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Jérémie 17 v 5-14 (Pierre Muller)



Texte : Jérémie 17/5-14
Genre : Déroulement de culte & Prédication
Auteur : Pierre MULLER
Source : Culte pour le 02.10.1994 à Clermont l'Hérault (34).



Bilan :
* Quel est le fondement de notre vie ?
* Sur quoi avons-nous bâti notre existence ?
* Si soudain tout devait s’effondrer autour de nous, quelle est la certitude que nous garderions ?
* Si notre vie devait s’arrêter dans une heure, et que nous puissions faire un bilan personnel, qu’est-ce qui apparaîtrait à nos yeux comme ayant été fondamental dans notre vie ?
* Autrement dit, en quoi ou en qui avons-nous mis notre confiance ? Quoi, ou qui est notre espérance ?

Pour le prophète Jérémie, la réponse est claire : “Béni soit l’homme qui se confie dans le Seigneur”. Ou, comme le dit le psalmiste : “Israël, confie-toi en l’Eternel ; il est ton secours et ton bouclier”. Quant à lui, l’apôtre Paul dit : “Pour moi, vivre, c’est le Christ !”. Alors, pour nous, vivre, c’est quoi ? c’est qui ?

Peut-être que, pour vous, vivre, c’est la santé. “Quand la santé va, tout va”, dit-on parfois. Ainsi, on est aux petits soins avec sa santé. On dépense des fortunes auprès des médecins ou des pharmaciens. On dépense énergie, temps, argent, intelligence, pour bien se soigner, pour mettre toutes les chances de son côté. On devient ensuite avare de sa santé, donc de sa fatigue, donc de sa personne. On devient égoïste, indifférent aux autres, indifférent aux appels à un service généreux.

On a ainsi une bonne excuse : il faut savoir se ménager ; il faut savoir ne pas se gaspiller ; il faut savoir se garder. Mais se garder pour quoi, en vue de quoi ?

Peut-être y a-t-il derrière toutes ces précautions, devant ce repli, devant ce refus de l’engagement, une sourde crainte, la crainte de la mort. On veut reculer au maximum l’échéance fatale. Peut-être parce que l’idée de la mort nous désespère si profondément qu’elle paralyse, en quelque sorte par avance, notre vie. Le jour où je mourrai, plus rien ne comptera ; alors, il faut absolument tout faire pour écarter cette possibilité terrible.

Ainsi, nous voilà doublement punis ! Punis par cette sourde désespérance et cette peur de mourir, mais punis, en plus, parce que même notre temps de vie en est gâché. Car vivre petitement, replié sur soi et sur ses soucis de santé, n’est-ce pas en définitive se gâcher la vie ?

Le prophète Jérémie décrit bien cette situation lorsqu’il s’écrie : “Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui prend la chair pour son appui, et qui détourne son cœur de l’Eternel”.

Dans le cas de l’homme replié sur lui-même et sur ses problèmes de santé, c’est bien d’une malédiction et d’une folie qu’il s’agit ; en effet, on se confie en soi, dans la chair, et l’on détourne son cœur de Dieu.

Mais il ne faut pas oublier non plus que notre corps est le temple du Saint-Esprit, et que justement il ne nous appartient pas. Il appartient à Dieu et il nous est donné pour le service de nos frères. Paul, le missionnaire intrépide et itinérant, n’était pas avare de sa personne, mais il savait en prendre soin pour la gloire de Dieu et la prédication de l’Evangile. Notre corps ne nous appartient pas ; inutile donc de vouloir se le garder jalousement et égoïstement. Mais inutile aussi de le gaspiller selon notre fantaisie, comme si nous avions tout pouvoir pour en disposer à notre guise.

Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, dans sa chair, dans son corps, dans sa santé, soit pour l’économiser comme un avare, soit pour le gaspiller comme un inconscient. Ne nous confions pas en nous-même, mais en Dieu !

Mais se confier dans l’homme peut aussi se traduire par d’autres attitudes que le repli sur soi. Quelquefois, notre confiance est accordée pleinement à d’autres hommes qu’à nous-mêmes, mais le résultat est identique : nous détournons notre cœur de l’Eternel.

Se confier en quelqu’un absolument, quelqu’un qui nous est proche ou quelqu’un qui est un héros pour nous. Ou encore mettre sa confiance en un système ou en des valeurs qui deviennent idolâtres.

Peut-être le fondement de notre vie, est-ce notre femme, nos enfants, notre frère, ou nos parents. Peut-être est-ce un maître spirituel. Peut-être un artiste, une idole…

Se confier dans l’homme, quel que soit cet homme, se confier à un point tel que Dieu lui-même est largement éclipsé, n’est-ce pas avoir mis sa confiance dans ce qui est vanité ?

L’apôtre Paul lui-même met en garde les Corinthiens qui avaient mis leur confiance en des maîtres spirituels prestigieux comme Pierre, Apollos et Paul lui-même, au point d’en oublier Jésus-Christ. “Quoi !, dit Paul à ses propres “fans”, est-ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?”. Son indignation est grande, car il décèle dans cette attitude un manque de foi profond. Dieu n’est plus le premier servi. Il y a affront, il y a lèse-majesté. Il y a manque de confiance en Dieu.

Il en est également qui se confient de la même façon en des valeurs considérées comme sûres, comme intouchables et rassurantes par la force de la tradition et des expériences des générations qui les ont véhiculées jusqu’à nous. Ces valeurs sont, par exemple, la morale, la propriété, la hiérarchie, l’autorité, la religion, l’argent, la nation ou l’ordre. “Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, et dans les valeurs de l’homme”. Car l’Eternel est au-dessus de l’homme, et même au-dessus de ces valeurs ; Dieu reste libre !

Se confier en l’Eternel, c’est peut-être justement ne pas perdre confiance, même lorsque les fondations sont ébranlées. Faire suffisamment confiance à Dieu pour garder l’espérance devant la mort, devant la maladie ou l’effondrement des valeurs. C’est croire que Dieu n’est pas enchaîné à tout cela. Dieu reste toujours libre, libre de nous aimer encore. Qui nous séparera de son amour ?

Après la malédiction, voici maintenant, dans la bouche du prophète Jérémie, la bénédiction : “Béni soit l’homme qui se confie dans l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espérance”. Cette espérance-là n’est jamais morte, car elle dépend de Dieu lui-même. Nous espérons le royaume de Dieu, nous espérons Dieu lui-même. Si nous croyons à son amour, notre espérance ne peut pas mourir.

Peut-être avons-nous été déçus, après avoir espéré beaucoup de choses. Déçus dans notre santé, déçus dans nos ambitions personnelles ou familiales, déçus dans notre espérance de vie. Mais déçus de Dieu, jamais !

Si Dieu lui-même est notre espérance, c’est une grande bénédiction pour nous, et aussi — je le crois — pour ceux qui vivent dans notre entourage. “Béni soit l’homme dont l’Eternel est l’espérance”.

A partir de là, toute notre vie prend une saveur nouvelle, s’éclaire d’une lumière nouvelle. Nous avons dit tout à l’heure que la peur de la mort, liée à un manque de foi, était capable d’empoisonner toute notre vie qui en devient mesquine et égoïste. Il faut dire ici qu’à l’inverse, celui dont l’Eternel est l’espérance trouve un sens et une joie à chaque instant de sa vie, une détente spirituelle et une liberté d’agir et de se dépenser parce qu’il ne vit plus dans la peur. Il sait que Dieu, en Jésus-Christ, a racheté toute sa vie.

C’est une réconciliation avec soi-même, avec sa propre vie. Parce que Dieu ne nous abandonne pas à notre mort, et qu’il ne nous abandonne donc pas non plus à aucun moment de notre vie.

Après avoir crié sur la croix : “Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?”, le crucifié dit encore en mourant : “Père, je remets mon esprit entre tes mains”. L’Eternel est son espérance. Le Seigneur — nous le savons — l’a ressuscité, et a ainsi donné raison, signification, et valeur à toute sa vie, y compris la crucifixion.

Il donnera aussi valeur et joie par Jésus-Christ à notre propre vie. Que ce soit notre désir et notre joie tout au long de nos jours. “Béni soit l’homme qui se confie en l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espérance” !

Amen.





01.01.1978 Saverdun
08.01.1978 Calmont & Mazères
04.01.1987 Narbonne (C)
02.10.1994 Clermont l'Hérault (C)



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