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Jérémie 11 v 18-23 Luis Honnay
Texte : Jérémie 11/18-23
Genre : Prédication Auteur : Pasteur Louis HONNAY Source : Prédication pour le 18.09.1988. On n’aime pas être dérangé. L’ouvrier ou le bureaucrate qui termine sa journée met ses pantoufles, s’installe devant sa télévision et passe sa soirée à regarder le film ou le match de football. Il veut être tranquille. Un homme de ma connaissance a installé une serrure avec une clef à la porte de son salon, pour éviter que ses enfants le dérangent quand il est devant son poste. Les nouvelles du Tiers-Monde, les enfants qui meurent de faim, les morts au Liban ou sur le front Iran-Irak, glissent sur nous, nous les chassons de notre mémoire, parce que cela nous gêne. Nous tenons à nos opinions au point de ne pas entendre les arguments qui les contestent, de peur de devoir changer notre point de vue. Restons comme nous sommes ! -o- La Parole de Dieu est sûrement ce qui nous dérange le plus. A condition qu’elle soit prêchée en toute vérité, qu’on ne la déforme pas pour l’adapter à nos conformismes. Mais malheur à celui qui ose dire cette Parole telle qu’elle est, dans toute sa force ! Il risque gros à vouloir être trop fidèle. Le prophète Jérémie en fait l’amère expérience. Jérémie, un des porte-parole de Dieu qui vit à cheval sur les septième et sixième siècles avant notre ère, est un de ces prédicateurs obligés de parler dans une situation difficile. Il appelle les gens de son temps à prendre conscience de leur infidélité envers le Seigneur, le Dieu d’Israël. Il leur montre les conséquences désastreuses où les conduit la religion dans laquelle ils se sont laissés glisser. Il les avertit qu’ils risquent la défaite militaire, l’occupation et la déportation, s’ils ne changent pas de politique. Les messages de Jérémie sont autant d’appels à la repentance, c’est-à-dire au changement. Le but de cette prédication sévère est d’éviter le malheur et de permettre au pays de continuer à vivre. Mais cette parole est mal reçue. Les gens ne veulent pas changer. Le roi Sédécias convoque parfois Jérémie, mais il n’arrive pas à prendre les décisions qui s’imposent. Le peuple comme le pouvoir refusent d’écouter la Parole de Dieu que Jérémie leur annonce. Ils se révoltent tellement contre la Parole qu’ils se bouchent les oreilles, ils complotent de tuer le prophète. C’est le bon moyen : éliminer un homme, c’est le faire taire définitivement. Un homme mort ne parle plus et la Parole de Dieu ne passe plus par lui. Ils préviennent Jérémie : “Cesse de prophétiser, sinon tu mourras de notre main”. Lui a-t-on réellement fait cette menace, ou bien Jérémie a-t-il appris ce complot par une voie détournée ? Le texte ne permet pas de le préciser. Ce ne sont, d’ailleurs, pas de vaines paroles. Nous savons qu’on a mis Jérémie en prison quelque temps et qu’on l’a jeté dans une citerne vide pour qu’il y meure. Le prophète accepte de courir ce risque. Il restera fidèle quoi qu’il arrive. Quand il comprend ce qui peut lui arriver, il s’adresse à Dieu. Nous avons là sa prière, sans doute en résumé : “Seigneur, tout-puissant... je verrai ta revanche sur eux, car c’est à toi que je remets ma cause”. Il compte sur le Seigneur pour le défendre, pour régler cette affaire, pour le protéger contre ceux qui deviennent maintenant ses ennemis. Et Dieu lui répond effectivement. Sa prière n’est pas vaine, Dieu prend ses dispositions pour le défendre. Plus précisément, Dieu annonce qu’il va sévir contre les ennemis de Jérémie, contre toute cette population qui rejette la Parole. La guerre va se déclarer, le pays sera envahi, les garçons et les filles mourront par la famine ou par l’épée des soldats étrangers. Ils avaient proféré des menaces de mort contre Jérémie. Eh bien, ce sont eux qui mourront. Ils seront victimes de leurs propres manigances, leurs projets se retourneront contre eux. -o- On peut comparer le sort de Jérémie et celui de Jésus. Ils se ressemblent. Jérémie préfigure Jésus. Jérémie n’est pas le Fils de l’homme, on ne peut pas lui attribuer la divinité, il n’est pas le Sauveur. Mais Jérémie proclame la Parole de Dieu et Jésus aussi. L’évangile de Jean dit même qu’il EST la Parole. Jérémie se fait des ennemis en transmettant des messages de Dieu qui dérangent. Jésus soulève l’hostilité par sa prédication. Jérémie risque la mort, il manque de mourir en enfonçant dans la couche épaisse de boue qui recouvre le fond de la citerne où on l’a jeté. Les adversaires de Jésus préparent sa mise à mort. Là s’arrête la ressemblance, Jérémie va échapper à la mort violente, il finira sa vie en Egypte où un groupe de personnes l’entraînera. Tandis que Jésus passera par la mort de la croix. Au-delà de cette différence qui sépare le prophète et le Seigneur, on retrouve un autre parallèle. Dieu donne finalement raison à Jérémie. Les gens résistent à la Parole, ils ne veulent pas changer. Le résultat de ce refus sera la défaite et la disparition du royaume de Juda. Dieu confirme par là ce que Jérémie avait annoncé comme la suite logique de l’infidélité régnante. Il y aura aussi une confirmation pour Jésus : Dieu va le ressusciter. La résurrection, c’est la réponse de Dieu aux adversaires de Jésus, c’est l’approbation de Dieu sur son message, le signe évident qu’il avait raison. -o- Que pouvons-nous tirer pour nous de cette histoire de Jérémie ? Nous sommes à la fois ceux qui entendent la Parole de Dieu et ceux qui la portent. Nous sommes l’un ou l’autre selon les moments et les circonstances. En tant que porteurs de la Parole et témoins de l’Evangile, nous ne risquons pas grand-chose. Nous risquons beaucoup moins que Jérémie ou que Jésus. Il y a encore des pays dans le monde où il ne fait pas bon s’afficher comme chrétiens. En Russie, depuis quelques mois, la pression du gouvernement se relâche. Mais il reste toujours interdit de faire le catéchisme aux enfants et de manifester sa foi en dehors des Eglises. En Arabie Saoudite, le christianisme est interdit. On n’a pas le droit de construire des temples ou des églises ni de célébrer un culte public. En dehors de ces pays de persécution plus ou moins violente, nous sommes tranquilles. Personne ne nous menace si nous disons que nous croyons en Jésus-Christ. Mais le problème se pose de savoir comment nous pouvons être des porteurs de la Parole de Dieu dans un milieu qui ne nous est pas systématiquement et officiellement hostile. Comment allons-nous dire la Parole dans notre monde ? Et la dire de manière à ce que nos contemporains comprennent que l’Evangile a quelque chose à faire avec leur existence concrète. Ce qui veut dire que nous devons tenir compte des événements qui se déroulent en ce moment, de la situation où le monde évolue. Les prophètes d’Israël ne parlaient pas en l’air, ils disaient une Parole de Dieu en référence à ce que les gens vivaient en ce temps-là, en cette époque précise de l’histoire. Comme eux, nous devons toujours confronter la Parole de Dieu et les situations que le monde vit, sinon la Parole n’aurait aucun impact, elle perdrait son sens et sa puissance, elle ne serait pas comprise comme une Parole valable pour aujourd’hui. Si nous avons ce type de fidélité, nous courons le risque de l’affrontement. La Parole de Dieu conserve encore toute sa force de contestation. Elle oblige toujours à prendre position. Elle est toujours appel à changer, invitation à prendre une direction nouvelle, à renoncer à certains comportements pour en apprendre d’autres. Si nous sommes des porteurs fidèles de la Parole, nous risquons de nous heurter à l’inertie des gens, à leur refus du changement. La Parole dérange et les gens n’aiment pas qu’on les dérange. Pour avoir la paix — ce qu’ils appellent la paix —, ou bien ils n’écoutent pas ou bien ils rejettent violemment celui qui parle. Il faut accepter cette situation, il faut s’y faire. On ne peut pas l’éviter, pas plus que Jérémie n’a évité d’avoir des adversaires parmi les habitants de son village, pas plus que Jésus n’a échappé à ceux qui voulaient le supprimer. -o- Une dernière remarque. Si Jérémie a été le prophète courageux qui n’a jamais reculé devant sa mission, s’il a dit obstinément les messages qu’il recevait de Dieu, c’est parce qu’il a commencé par écouter la Parole de Dieu. Il ne s’est pas dérobé à cette Parole. Au moment de sa vocation, Dieu lui a dit : “Je mets mes paroles dans ta bouche”. Jérémie n’a pas fermé la bouche pour ne pas recevoir ces paroles, il l’a ouverte pour les accueillir. Si Jésus a été fidèle jusqu’au bout à la tâche que Dieu lui avait confiée, c’est parce qu’il a su maintenir le contact avec son Père. On ne transmet bien que ce qu’on a d’abord bien reçu. On ne peut enseigner correctement une matière que si on l’a bien comprise. Pour bien dire la Parole, nous devons d’abord l’accueillir en nous-mêmes et pour nous-mêmes. Dans l’évangile de Marc, Jésus annonce à ses disciples sa mort et sa résurrection. Tout de suite après, il y a cet épisode où Jésus prend un petit enfant et où il explique : celui qui reçoit un enfant au nom de Jésus reçoit Jésus lui-même. En contraste avec le rejet qui aboutit à la mort, voici l’accueil qui fait vivre. Savons-nous accueillir la Parole de Dieu ? Comment l’accueillons-nous ? Sommes-nous du côté de ceux qui la refusent, comme les adversaires de Jérémie et de Jésus ? Ou bien avec ceux qui la reçoivent et qui la laissent guider leur vie ? Avons-nous l’humilité nécessaire pour la recevoir ? La qualité de notre existence dépend de la réponse que nous donnons à ces questions. Amen. Cantiques : * NCTC 1/1 à 3 Heureux ou ARC 36/1 à 3 O Seigneur, ta fidélité * ARC 221/1 à 5 O Seigneur, dans mon cœur ou NCTC 283/1 à 3 C’est toi Jésus qui as fondé ou LP 194/1 à 3 Ta Parole, Seigneur, est ma force * ARC 204/1 à 3 Nous t’invoquons, ô Seigneur ou ARC 608/1 à 3 Ta volonté, Seigneur Autres textes de la même catégorie
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