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Jérémie 1 v 1-19 (Pierre ROCHAT)



Texte : Jérémie 1/1-19
Genre : Prédication
Auteur : Pierre ROCHAT
Source : Méditation radiodiffusée. FPF, 14.10.1973.



Entendons-nous bien ! Dans le chapitre de Jérémie que nous venons de lire, se trouve une allusion à une guerre autour de Jérusalem et des villes de Juda. Cette guerre a eu lieu : au VI° siècle avant J.C., tout comme la vision prophétique l’annonçait ; c’est donc un chapitre clos. Bien sûr, reste ouvert le problème de la responsabilité des nations devant DIEU : la Parole de DIEU est “tous azimuts” et a, certes, quelque chose à dire sur la guerre rallumée au Moyen-Orient ; mais pas plus sur cette guerre-là que sur toute autre où se trouve impliqué un peuple ayant reçu la révélation du Dieu Saint et Unique.

Au demeurant, l’objet du passage que nous voulons méditer ensemble est d’abord d’ordre individuel : une vocation, c’est-à-dire l’embauche par Dieu, à son plein service, du jeune homme Jérémie, natif d’une banlieue.

Nous regarderons, comme dimanche dernier mais dans un cadre différent, comment la puissance de Dieu agit à travers un homme, cet homme qui peut être l’un de nous.

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La Bible ne nous présente pas une galerie de phénomènes, des géants de la foi qui seraient analogues aux géants de la route ou aux dieux des stades qu’on admire sans se bercer de l’illusion de les imiter. Des hommes et des femmes nous sont présentés comme des documents vivants : ce qui se passe entre Dieu et eux révèle comment Dieu veut être avec les hommes ; ils sont les chaînons de la grande lignée des témoins de la libération qu’opère la Parole vivante du Dieu vivant, lignée où chacun de nous a sa place marquée.

Jérémie rapporte en trois épisodes l’intervention de Dieu dans sa vie ; il le fait sur deux modes :
* solennité d’abord : c’est la formule trois fois proférée comme il est d’usage pour sceller un contrat : “La Parole de l’Eternel me fut adressée en ces mots...” ;
* puis une façon plus intime : elle exprime une autorité qui s’atténue en connivence... “L’Eternel me dit...”.

N’en est-il pas ainsi pour nous ? Nous avons la proclamation solennelle, qui nous fait bien saisir ceci : celui qui parle n’est pas le produit de nos peurs, de nos fantasmes ou de notre religiosité spontanée ; cette proclamation est dans l’Eglise la prédication, les sacrements. Le baptême atteste que Dieu nous a aimés le premier, d’un amour incompréhensible et qui précède notre existence ; et ce baptême nous introduit dans le compagnonnage du Seigneur, le sacerdoce royal qui fait de nous ses porte-paroles pour le monde.

Ne nous reconnaissons-nous pas quand Jérémie essaie de “prendre la tangente” ? “Je ne suis qu’un enfant”. Moïse aussi avait essayé de se dérober. Avant de découvrir qu’au bout du compte, il y a la joie ; l’appelé par Dieu éprouve d’abord la crainte d’une charge terrible. Jésus dit bien : “prendre sa croix et me suivre...”.

Et c’est bien ainsi. Dans l’invitation à la foi, Dieu s’engage de manière irréversible. Il se donne entièrement. Il n’impose pas comme un tyran. La foi est un don, mais non un cadeau-prime qu’on vous glisserait dans la poche : elle se prend. C’est un choix, un acquiescement à un avenir conduit par le Seigneur. Dieu balaie l’objection : “Je ne suis qu’un enfant” ; la fausse humilité ne compte pas plus que la feinte assurance. Croire ne me permet pas de me prendre au sérieux dans mon “présent” ; tout est mis au futur : “Tu iras, tu annonceras ce que je t’ordonnerai”. La foi en Dieu va se vivre en perpétuel devenir, dans une obéissance qui se nourrit du bonheur de tenir cette main que Dieu tend déjà... : “Je suis avec toi”, dit l’Eternel.

Et cette vie de foi est possible parce que le Seigneur est le tout-proche. J’aime décidément cette image de la main que Dieu offre : cette main dont il touche la bouche de son prophète, dont il touche nos bouches pour libérer nos langues rétives. Il dit, ce Dieu-là : “Avec ma Parole vivante, je te donne ma puissance. Je fais de toi le co-auteur de ma création, je t’investis de ma Parole qui garde le monde du néant et le prépare au surgissement du monde neuf et harmonieux de ma promesse”.

L’homme est très fier de parler : c’est ce qui le met au sommet de l’échelle des espèces. La merveille est que nous puissions parler de Dieu, prononcer son nom. Déjà, en ces temps bibliques où prière et louange paraissaient l’accompagnement obligé de toute l’existence, les auteurs de la Bible savaient : il ne va pas de soi que notre bouche célèbre Dieu, proclame sa Parole. Il faut que Dieu touche les lèvres, comme pour Jérémie, Esaïe, Daniel,... Le Psalmiste prie, et nous après lui : “Seigneur, ouvre nos lèvres et nos bouches proclameront ta louange” ; une prière qui s’impose à nous plus que jamais. Nous parlons tant de mots qui ne sont pas une Parole ; nous avons quelque chose à dire sur tout ce qui se passe dans le monde, un dire qui tient si souvent lieu d’agir... Sur tout, nous disposons de ce pseudo-pouvoir d’un propos définitif...

Nous pouvons vivre plus : le Seigneur nous invite à mettre au service des hommes la puissance de sa Parole. Alors que nos propos servent tellement trop à agresser, à dénigrer, à détruire, dans la vie publique ou dans la relation privée, ne serions-nous pas en ces temps prédits par Amos, où séviront “la faim et la soif d’entendre les paroles de l’Eternel” ? “Ils iront ça et là pour chercher la parole de l’Eternel et ils ne la trouveront pas...”. Ils ne la trouveront pas... peut-être parce que nous aurons refusé Pentecôte qui nous ouvre à la Parole, refusé d’être les témoins de Dieu, refusé cette liberté de prononcer son nom qui nous associe au ministère de prophète et de roi du Christ ! Ouvrons les yeux sur les signes évidents d’une vraie soif de Dieu chez les jeunes ; ils disent ne vouloir connaître que Jésus... mais n’est-il pas le chemin vers Dieu ?

Que sera cette parole dont Dieu revêt qui accepte d’être à lui ? Elle semble avoir, dans notre texte, une résonance politique : en fait, elle dénonce l’impiété et l’idolâtrie ; le message de Jérémie sera un appel à la repentance et à la foi. Il affirmera la souveraine liberté du Seigneur en face des pouvoirs et des institutions. Jérémie est mobilisé au service du bien public ; ramener les cœurs à Dieu, imposer le respect des faibles, le droit des petits, telle est l’œuvre de la parole qu’il doit, que nous devons, proclamer sans crainte.

Pourquoi craindrions-nous ? “Je te dresse, dit Dieu, comme une ville forte, comme une colonne de fer, et comme une muraille d’airain...”.

Je suis un baptisé : plaise à Dieu que je le sois tranquillement, fermement, ouvertement. On dit que les chrétiens cherchent à “être comme tout le monde”, c’est-à-dire à se perdre dans la masse. Baptisés de toutes églises et donc associés du Seigneur, acceptons, par amour pour le monde, d’être dressés comme citadelles imprenables...

Dans la dérive des mœurs, l’éclipse de la foi, il nous est donné d’être non pas des censeurs moroses, mais des colonnes bien visibles affichant la fidélité d’un Seigneur qui chemine avec les hommes.

Et qu’on ne dise pas que c’est une évasion anachronique hors des réalités : les deux autres apostrophes solennelles adressées au prophète sont des questions : “Que vois-tu ?”.

Des yeux ouverts sur les réalités du présent,
des yeux ouverts sur les signes du Royaume qui vient,
voilà ce que signifie aussi pour nous la promesse qui accompagne nos ordres de mission : “Je suis avec toi”.

Amen.




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