|
Liturgies
Notes bibliques ou théologiques
Prédications
Cantiques
|
Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Jean 09 v 1-41 David Mitrani
texte : Évangile selon Jean 9
chants : 267 et 279 (NCTC) "Étais-tu là-bas? L'as-tu vu, dis-moi, mon Seigneur et mon frère Jésus?…" C'est la question lancinante que posait un Negro spiritual chantant la mort du Seigneur en croix, un cantique fameux, bien qu'il ne se trouve pas dans nos recueils. Peut-être le connaissez-vous néanmoins, peut-être l'avez-vous déjà entendu ou chanté dans un culte avec des jeunes?… As-tu vu le Seigneur Jésus? Où étais-tu ce jour-là, à l'heure où c'est pour toi qu'il est mort?… Assurément, l'aveugle de naissance de notre récit ne l'a pas vu. Bien sûr. Comment aurait-il pu? Quand ils se sont rencontrés, il était aveugle! Ensuite, ses "amis", gens bien intentionnés peutêtre, pressés de savoir sûrement, ses voisins donc, clairvoyants, l'ont emmené devant le Conseil! Lui, il n'a toujours pas vu Jésus. Il n'a pas eu le temps. Il n'a pas eu l'occasion de le voir, le voir de ses yeux. Et vous et moi non plus, nous n'avons pas vu Jésus de nos yeux. Sommes-nous donc aveugles? C'est la question que posent les Pharisiens, à la toute fin du récit… Première étape de la rencontre: "Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance." L'évangéliste a cette manière étrange de parler, pour bien marquer la différence! Jésus voit celui qui ne peut pas le voir. Jésus passe devant celui qu'on suppose immobile, incapable de mouvement autonome, handicapé, habitué aussi à ce handicap qui fait partie de lui. Cet homme, c'est moi, bien sûr. Moi avant, ou moi maintenant, qui sait? Un peu des deux, sans doute. Aveugle au bord du chemin. Incapable de voir Jésus. Incapable de voir Jésus dans ma vie. Incapable de voir Jésus dans le monde. Vous savez, il y a des gens qui pensent le voir… L'un dit qu'il est ici. Un autre dit qu'il est là. C'était prévu, rappelez-vous! Beaucoup pensent savoir où est Jésus, savoir à quoi il ressemble. D'ailleurs, ils le recherchent à partir de cette image qu'ils ont de lui. Ils appellent "Jésus", ils appellent "Dieu", ils appellent "religion", ce qu'eux-mêmes voudraient que soient Jésus, Dieu et la religion. Ils les mettent à toutes les sauces, mais surtout à celle qu'ils préfèrent eux-mêmes. Or, heureusement pour chacun et malheureusement pour la tranquillité de chacun, personne n'a les mêmes goûts que son voisin… Ainsi, Jésus a de multiples visages. Encore plus que le christianisme n'a de dénominations. Dans notre département, celui-ci en a déjà au moins huit: les catholiques romains, les orthodoxes russes, les anglicans, les pentecôtistes tziganes, les pentecôtistes pas tziganes, les adventistes, les libristes, et les réformés, sans compter ceux que j'oublie, groupuscules perdus au milieu des autres. Chacun a "son" Jésus, et plus on est nombreux dans une Église, plus cette diversité se retrouve et s'augmente à l'intérieur! Jésus se reconnaîtra-t-il derrière un de ces visages? Chacun voudrait que ce soit dans "le sien", bien sûr. Mais non, je ne suis pas sûr… je ne suis pas sûr que Jésus se reconnaîtra dans ce que je dis et pense de lui… Tous ces gens, dont vous et moi faisons aussi partie, tous ces gens qui prétendent avoir vu Jésus – ou c'est tout comme – ne sont pas des païens, ils sont comme les pharisiens du dernier verset, à qui Jésus explique: "vous dites que vous voyez, alors votre péché demeure": ils sont idolâtres. Mais Jésus vient. Jésus passe. Et lorsque Jésus passe près de mon immobilité, de mon handicap, oui, quand le Seigneur s'approche de moi, alors, comparé à lui, je ressens mon péché, je réalise tout ce que je suis et tout ce que je ne suis pas, tout ce que je sais et surtout ce que je ne sais pas. Lui passe, et moi je réalise que je suis immobile. Quand il est là devant moi, et qu'il me voit, alors moi, je réalise que je ne le vois pas, que je suis incapable de le voir. Je réalise que je suis aveugle. Ainsi le premier mouvement, le premier regard, ne peuvent venir que de lui. Justement parce qu'avant qu'il ne passe et qu'il ne me regarde, malgré mes gesticulations et mes fausses sciences, je suis incapable et sot, je suis aveugle de naissance. Ce n'est pas tant par méchanceté que par nature. Et puis, Jésus vient, il se déplace vers moi puisque je ne peux me déplacer vers lui. Et il me regarde, c'est lui qui voit, c'est lui qui est clairvoyant. Ne cherchez plus à voir Christ, ne cherchez plus à connaître Dieu: c'est lui qui vous cherche, c'est lui qui vous connaît, c'est lui qui s'approche et qui vous voit là où vous êtes, tels que vous êtes. Et c'est alors que se passe la deuxième étape de cette rencontre. Quelque chose qui vient de la bouche de Jésus va guérir mon regard. Étrange connexion entre deux éléments qui ne sont pas faits pour aller ensemble. Quelques mots auparavant dans le texte, c'était la conjonction entre Jésus et moi, pourtant tellement différents l'un de l'autre, l'un qui voit et l'autre qui est aveugle. Et maintenant, c'est la connexion de la bouche de Jésus et de mes yeux! Ce n'est pas conforme à ce que j'attendais. Ce qui sort de la bouche s'adresse normalement à l'oreille, pas aux yeux. Ce qui sort de la bouche de Jésus, c'est sa Parole bien sûr, que la salive symbolise ici. Voilà le secret, voilà pourquoi j'étais aveugle. Je voulais voir Jésus. Le voir avec mes yeux, ma science. Le posséder. Je voulais savoir où il était, le fixer, comme on dit si bien. Je voulais savoir à quoi il ressemblait, pour qu'il soit toujours conforme à cette ressemblance-là. Mon regard voulait se l'approprier. Mais cela ne se peut pas. Cette quête-là sera toujours insatisfaite, jusqu'au jour où, dit Paul, "nous connaîtrons comme nous sommes connus"… En attendant, notre regard n'est pas capable de Dieu. Mais nous pouvons recevoir de Jésus autrement qu'en le voyant, autrement qu'en le possédant. Nous pouvons recevoir de sa bouche, c'està- dire: nous pouvons recevoir sa Parole. Et alors, nous devenons clairvoyants. Le baptême nous le signifie, nous fait ouvrir les yeux, comme pour Paul à Damas, vous vous souvenez de l'histoire… Mais l'eau ne réalise rien, non plus que la salive dans notre texte; c'est vraiment la Parole de Jésus qui agit. Comme c'était elle aussi qui avait aveuglé Paul, sur le chemin de Damas, aveuglé à ce qu'il pensait voir et savoir de Dieu et de la foi. La nouvelle vue que Paul recouvra était née de la Parole entendue, et de celui qui l'avait prononcée. Paul ne l'a jamais vu, il ne le verra jamais, sinon en extase – mais ça, c'est autre chose, comme il le savait bien lui-même! Que se passe-t-il après cette étrange rencontre de la bouche de Jésus et de mes yeux, de la Parole de Jésus et de ma compréhension? C'est la troisième étape, très diverse, d'une infinie variété, puisque nous-mêmes sommes infiniment variés. Chacun répond à la vocation particulière qui est la sienne dans une circonstance particulière, et tout dans la Bible et dans l'histoire montre que l'Église ni les chrétiens ne peuvent le prévoir à l'avance. On peut seulement le reconnaître quand cela se produit. Paul, lui, est devenu l'apôtre des païens. Quant à l'aveugle-né de notre texte, il témoigne seul, dans la lâcheté générale, du Christ qui lui a rendu la vue, et il se fait expulser par les Anciens d'Israël. Oui, c'est vrai, nous constatons que la vocation d'untel ou de tel autre, c'est ceci, ou c'est cela… Mais en toutes ces vocations tellement différentes, de ministres ou de chrétiens tout court, il y a une chose commune, une caractéristique de cette troisième étape: c'est qu'on ne voit toujours pas le Seigneur… mais, cette fois, on ne cherche plus à le voir, parce qu'on a autre chose à faire. Le regard qui nous a été rendu par le Christ doit maintenant servir, il doit pouvoir s'approprier les situations particulières pour les dominer. Ainsi, l'ancien aveugle de naissance est maintenant autonome et libre de ses mouvements, quand bien même certains s'imaginent pouvoir l'amener de force quelque part, ou l'en faire sortir par le même moyen. Sa nouvelle vue n'est pas une nouvelle vue sur Jésus, mais une nouvelle vue, une nouvelle maîtrise, sur lui-même et sur le monde! L'objet de la sollicitude ou du mépris des autres est devenu sujet de sa propre vie. L'ancien témoin involontaire du péché du monde est devenu maintenant témoin volontaire de la grâce de Dieu. Chers amis, c'est à cela que nous sommes appelés, c'est ce modèle qui nous est proposé, c'est cette guérison du regard par la Parole de Jésus qui nous est offerte sans cesse et chaque fois à nouveaux frais. Il nous faut savoir et reconnaître notre cécité pour laisser la parole divine transformer notre regard, transformer notre vision de nous-mêmes et du monde, abandonner les chimères dans lesquels se complaît notre immobilité, toutes nos bonnes raisons, bonnes à rien et qui nous plaisent tant pour cela même. Mais notre regard n'est pas changé pour voir Dieu quand même! Lorsque Jésus se présente, seulement en une quatrième et ultime étape, il se présente aux yeux de la foi en disant en une seule phrase le paradoxe de cette rencontre: "le Fils de l'homme, tu l'as vu, c'est celui qui te parle". Oui, dans sa parole, nous contemplons pleinement notre Seigneur et notre Dieu, et cela nous suffit. La foi en celui qui accomplit ce miracle de notre renaissance, de la résurrection que nous sommes appelés à vivre dès maintenant, ici-bas, la foi suffit pour vivre dans ce monde comme des hommes et des femmes qui voient clair et qui témoignent de celui qu'ils n'ont jamais appréhendé, mais qui s'est approché d'eux et qui les a transformés. Amen. Jarnac - 6 mars 2005 Pasteur David Mitrani - erf.jarnac@free.fr |
Dans ce dossier
|
Cultes contemporains