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Jean 9/1-41 Alphonse Maillot



Texte : Jean 9/1-41
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 44-48).



4° dimanche du Carême

Jean 9/1-41 (!)

Un texte énorme, dans tous les sens du terme, mais dont l'agencement n'est pas simple, même si le thème central semble être la lumière, ou plus exactement : "Qui y voit clair, et qui n'y voit rien", avec le nœud final : "Du moment que vous dites : nous voyons, votre péché (votre cécité) demeure".

Mais il vaut la peine de se consacrer aux premiers versets, eux aussi consacrés littérairement au verbe "voir". Il est bien signalé que (v. 1) : "...Jésus, lui, voit un aveugle (un non-voyant) de naissance" ; mais (v. 2) les disciples ne voient pas vraiment cet homme ; plus exactement, ils n'y 'voient' qu'un "problème théologique", ce qui est précisément "ne rien voir". Ils ramènent une détresse existentielle :

1° à une question de théologie, à un paragraphe ;

2° à une question de culpabilité. Il y a misère, il y a malheur, mais pour eux, il n'y a plus qu'un problème, et un problème de responsabilité : "Qui est le coupable ?". Question d'ailleurs inopérante. A quoi cela peut-il bien les avancer, avancer le non-voyant, et nous avancer, de savoir si la faute (éventuelle) en revient aux parents, et même à cet aveugle (dont Dieu aurait donc prévu par avance les faux pas !) ? La "causalité" (qui, d'ailleurs, si elle s'avérait juste, entraînerait le déterminisme total en notre monde) n'avance jamais à rien (pas plus que ne nous avance la vieille théologie qui attribue à Eve la responsabilité du péché et des malheurs de notre monde). Quand je suis malade, c'est le remède qui importe.

Mais nous voyons ici la sinistre et cynique impuissance des théologies, qui dissertent à perte de... "vue" des causes, alors que la vraie question est : "Peut-on quelque chose pour cet homme ? Peut-on changer le sort de cet homme, le sortir de la culpabilité (éventuelle) de ses parents ou de la sienne ?". Cet homme et sa maladie qui montrent la misère du monde, peuvent-ils "changer de signe" ? Peuvent-ils devenir des moyens de proclamer la gloire de Dieu ?

Et Jésus change alors de A à Z le raisonnement impuissant de ces théologiens habituels qui discutent sur le mal au lieu de "voir" s'il est possible d'y remédier. Sa réponse : — Ce n'est ni de sa faute ni de celle de ses parents (je refuse de répondre à votre pourquoi tourné vers l'hier et les causes), mais moi je "vois" dans cet aveugle quelqu'un en qui et pour qui nous allons rendre évidentes les oeuvres salutaires de Dieu. Jésus change l'impuissant et nostalgique "Pourquoi ?" en promesse qu'il va aussitôt mettre en oeuvre :

"Pour qui ?" et "Pour quoi ?"

Il réfute la causalité bavarde pour inaugurer la finalité espérante et agissante. Et alors, il soigne le malade (pensons ici aujourd'hui au Sida...).

Si vous réussissez à bien faire comprendre ce total changement d'optique (!), à la fois au théologien qui est en vous et à ceux qui viendront vous entendre, vous en aurez assez dit sur ce magnifique chapitre 9 (cf. Jean 16/20-23).

Bien entendu, on peut aussi étudier la mauvaise foi de ceux qui ne veulent pas voir : v. 9 & 16, ni croire : v. 18, 24, 27, 34 ; relevez l'ironie du texte, avec la cécité qui a changé de camp. On n'oubliera pas de relever aussi les v. 35-38 qui évoquent très probablement une liturgie baptismale.

Le v. 39 "mérite", lui aussi, une étude poussée, mais suivre ici la traduction du Lectionnaire catholique où (au lieu de "jugement") il y a "mise en question" = remise en cause des valeurs, des habitudes, des classifications, des définitions de ce monde, où jusqu'alors les malades étaient nécessairement pécheurs et où les aveugles traînaient obligatoirement la tare des parents ou la leur propre. Jésus vient tout remettre en cause. Alors les aveugles voient, et les grands "voyants" sont d'autant plus aveugles qu'ils ne veulent pas le... voir ni le savoir.



"Plan" de prédication

Prendre sans hésiter le 3° texte et surtout son début.

Faire comprendre que nous (occidentaux et scientifiques en particulier), nous sommes obnubilés par la causalité (expliquée) ; nous croyons que, si nous trouvons les causes, nous maîtrisons les conséquences... et c'est parfois vrai ; c'est en découvrant l'origine : le microbe ou le virus, qu'on arrive, parfois, à trouver le remède.

Mais cette recherche de la seule causalité est souvent inopérante ; de plus, quand il s'agit des sociétés, cela revient souvent à la recherche de boucs émissaires (le plus souvent fictifs : lire René Girard) ; c'est la "chasse à la sorcière" où personne ne se sent responsable, et où les gens croient que, s'ils découvrent un coupable (supposé), cela ira mieux (seulement dans leur système) ; cf. ici : le coupable, "lui ou ses parents" ? (On pourra songer ici à Marx et à Freud).

Bien faire remarquer que, même si c'était vrai, cela ne changerait rien à rien. Jésus transforme cette recherche vaine, ce remue-ménage du passé, en regard vers l'avenir : "Comment utiliser cette épreuve de l'aveugle pour manifester la gloire de Dieu ? = Que faire pour cet aveugle ?". Et de spectateurs palabrant sur le péché du monde, les disciples vont être transformés en collaborateurs de la manifestation du Salut du monde. Et ainsi on passe des "problêmes" à la réalité !

Cela doit transformer notre vision du monde : la solution est devant nous, même si la Croix (toujours présente) est derrière.

Il nous faut apprendre ce regard qui est celui de 1'Espérance.