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Jean 6 v 60-69 (Marc Plana)
Église Réformée de France - Coordination nationale "Édifier – Former"Marc Plana 122 Avenue de la Montagne 34290 VALROSTél. / fax : 04 67 98 22 81 Courriel : marc.plana@wanadoo.fr
Dimanche 24 août 2003 Textes : Josué 24, v 4 à 18 Éphésiens 5, v21 à 32 Jean 6/60-69 Notes bibliques Reprise de notes bibliques (auteur inconnu) Les quatre évangiles racontent la scène des pains multipliés. Chez Jean, cet épisode comme d'autres, donne lieu à un long développement, à une longue discussion entre Jésus et ses interlocuteurs. C'est la conclusion que nous voyons. 1. Le texte : On peut essayer de discerner les articulations ; comment les éléments réagissent les uns sur les autres. 1.1 La parole (v. 60), c'est évidemment tout ce que Jésus vient d'expliquer ; il est le pain qui donne la vie, manger sa chair et boire son sang est nécessaire pour vivre, il vient réellement du ciel, contrairement à la manne donnée par Moïse. Il faut relire tout ce qui précède pour revoir ce qu'est cette parole à quoi les disciples se rapportent. C'est tout l'énoncé sur Jésus, ce qu'il est, ce qu'il apporte, comment le recevoir. 1.2 Cet énoncé, cette parole, on peut les entendre de deux manières différentes : Selon la chair ou selon l'Esprit (v. 63). Ces deux termes sont évidemment à bien comprendre. DODD ("L'interprétation du Quatrième Évangile") les rattache à des conceptions grecques reprises par Philon et passées de là chez Jean. Les mots, le lexique, sont grecs. Mais il faut se demander si Jean n'y a pas glissé un nouveau contenu. Pierre BONNARD ("Synopse des 4 évangiles", Tome III) voit une influence paulinienne dans ce verset. Effectivement, la chair est la nature humaine, l'intelligence humaine (et pas seulement le corps), avec leur faiblesse ; peut-être marquées aussi par le péché, donc déjà déviées de leur usage et de leur fonctionnement normaux. C'est pourquoi elles ne servent à rien. Quant à l'Esprit, c'est l'autre façon de comprendre et de vivre, donc une autre manière de percevoir le monde. L'Esprit (faut-il ou non une majuscule ?) Permet de comprendre le réel de Dieu et, par conséquent, la réalité de l'homme. Ces deux façons de penser et de percevoir déterminent un clivage. On a d'un côté ceux qui ne croient pas (v. 64), de l'autre ceux qui croient (nous les retrouverons plus loin). Jésus connaît les deux catégories (voir aussi le v. 70). Ce qui va se passer manifestera concrètement à la fois les positions respectives et la science de Jésus. En face de l'incrédulité de certains, de leurs critiques (murmures, v. 61), Jésus pose la question du v. 62, contenue dans une phrase incomplète. Par "monter", on doit comprendre l'élévation sur la croix et l'élévation à la gloire qui, dans Jean, sont un seul et même événement. Par ces mots, Jésus restitue la dimension spirituelle de ses paroles, alors que ses auditeurs les comprennent dans un sens matériel. Voir le v. 52 : comment Jésus peut-il se donner (physiquement) à manger ? Le jeu du physique et du spirituel, du sens immédiat et du sens second, est une constante chez Jean. 1.3 Les paroles de Jésus, mal comprises, selon la chair et non seulement selon l'Esprit, créent le scandale (v. 61b), c'est à dire qu'elles sont un empêchement à la foi. Pour les autres, elles suscitent au contraire la foi. Il se produit une répartition en deux groupes : ceux qui croient, ceux qui ne croient pas. Les objections aux paroles de Jésus ont déjà été mentionnées aux v. 41 & 52. Mais alors, c'est la foule qui les NB + P - 24 / 08 / 03 - 1 / 4 émettait, ou, plus précisément, les Juifs au sens johannique, les responsables, les chefs, un peu l'équivalent des pharisiens dans les synoptiques. Ici, on franchit un pas de plus. Ce ne sont plus les "Juifs" en général qui contestent, ce sont les disciples de Jésus (v.60 & 66). Le clivage s'opère à l'intérieur du groupe qui suit Jésus. Certains ne le suivent plus, il se fait un mouvement d'éloignement ; ils vont ailleurs. Le motif de l'abandon est indiqué par Jésus (v. 65) : la foi et la juste compréhension sont données par Dieu. Ici se répète ce que Jésus disait déjà au v. 44. Ce qui pose le fameux problème de la prédestination. Ceux qui croient sont-ils destinés à croire par Dieu ? Ou bien chacun emploie-t-il le don de Dieu à sa manière et sous sa responsabilité ? N'oublie-t-on pas (v. 64b & 70) que Jésus a choisi les douze mais que parmi eux il y a un traître. La prise de position par rapport à Jésus et à ses paroles détermine la vie ou la non-vie. Car les paroles de Jésus, parce qu'inspirées par l'Esprit, produisent la vie (v. 63b). Il faudrait traduire : "les paroles que moi je vous dis sont Esprit et sont vie". Affirmation d'une part du lien entre Esprit et vie, d'autre part entre Parole et vie. La Parole est créatrice de vie : voir Genèse 1 et Jean 1/4. Ceux qui ne croient pas ses paroles se privent de la vie ; ceux qui les croient vivent. 1.4 En opposition avec ceux qui ne croient pas et qui s'en vont, il y a ceux qui croient. Pierre est leur porte-parole (v. 68), il parle au pluriel. La question que Jésus adresse aux douze (v.67, un groupe plus restreint que les disciples en général) suppose qu'il les laisse libres de leur choix. Ce qui confirme l'interprétation du v. 65. La réponse de Pierre implique un mouvement : aller vers Jésus ou aller ailleurs. Les douze restent auprès de Jésus ; c'est la contrepartie du mouvement d'éloignement du v. 66. Ils ne veulent aller vers personne d'autre. La question renferme à la fois le refus de l'abandon et l'étonnement devant la supposition contraire. Le thème de la vie reparaît, cette fois qualifiée d'éternelle, donc de valable. De la vie liée, ici aussi, aux paroles. Petit détail qui a son importance : le mot paroles se dit en grec "rémata", c'est à dire vocables prononcés, et non "logos", Parole créatrice de Dieu. Comme si le Logos se détaillait dans des Rémata. Le texte se termine par la confession de Pierre sous sa forme johannique. La formule a de nombreuses variantes textuelles : le Saint de Dieu, le Christ saint de Dieu, le Fils de Dieu, le Christ le Fils de Dieu, le Christ le Fils du Dieu vivant. Cette multiplicité d'expressions suggère combien l'Église primitive a discerné d'aspects divers dans la personne de Jésus. 2 - Texte du Premier Testament : Josué 24/1-18. Un choix proposé aux Israélites. Une décision finale. Parallèle à ce qui se passe pour les disciples, notamment pour les Douze. 3 - Thèmes possibles de prédication 3.1 La liberté de choix toujours laissée, mais toujours à partir d'un donné préalable : l'histoire d'Israël ou les paroles-actes de Jésus. 3. 2 Jusqu'où va notre foi ? Pouvons-nous accepter toutes les paroles de Jésus, de la Bible ? Ou bien nous laisserons-nous arrêter, scandaliser, par certaines d'entre elles ? Qu'en est-il alors de notre foi ? Penser aux contradictions apparentes ou réelles entre la Révélation et la science, la philosophie, les idéologies, … NB + P - 24 / 08 / 03 - 2 / 4 Prédication Reprise d'une prédication du Pasteur Michel FREYCHET Curieusement, chaque fois que Jésus ouvre la bouche ou accomplit un acte de puissance, ce qu'il dit ou fait provoque au moins la surprise, souvent l'hostilité, parfois même le scandale. Avez-vous remarqué qu'il n'est pas un seul passage des évangiles qui ne nous prenne nous-mêmes à contre-pied ? Ainsi, aussitôt que Jésus parle et agit, il y a crise, c'est-à-dire mise en question fondamentale de ses interlocuteurs, quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent. En toutes circonstances, parce qu'elles ne sont jamais neutres, ses paroles comme aussi ses gestes, créent l'événement face auquel nul ne peut rester indifférent. La multiplication des pains et le débat auquel elle donne lieu en sont une frappante illustration. Ici, il y a crise, non pas parce que Jésus nourri la foule (au contraire à cause de cela, tous veulent même le faire roi, ce à quoi il se dérobe parce que sa royauté à lui n'est pas précisément à l'image de celle de ce monde !). mais il y a crise parce que, après avoir nourri la foule, Jésus déclare être lui-même "le pain vivant qui descend du ciel : celui qui mangera de ce pain, dit-il, vivra pour l'éternité et le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie". En vérité, il y a crise parce que cette parole est irrecevable selon l'entendement humain. Elle suscite la contestation, elle scandalise, provoque refus et rejet jusque dans les rangs des admirateurs de Jésus : "Qui peut continuer à l'écouter ?" clament-ils. Et ceux-ci, aussitôt, de se retirer et de cesser de faire route avec lui ! Or, soyons bien clair, la parole qui cause scandale et déclenche ce flot de défections n'est autre justement que celle qui invite à découvrir en Jésus plus qu'un simple faiseur de miracles. Elle sollicite un autre regard sur cet homme unique qui se déclare l'Envoyé du Père. C'est pourquoi, elle est un pressant appel à croire. Croire !… Tel est ici le mot-clé. Car c'est bien de cela dont il est question avant tout !… Qu'est-ce à dire ? Il me semble que le texte de Jean est sans équivoque à ce sujet. J'y vois deux enseignements fondamentaux sur la démarche de la foi : · Premier enseignement : l'irruption de Jésus dans ce monde, sa venue parmi les hommes, crée une situation d'urgence. chacun, à l'ouie de ses paroles et au vu de ses actes, est appelé à se déterminer. Il faut se décider : tourner le dos à Jésus ou le suivre ? "Ici se situe le point de rupture entre l'incrédulité et la foi. il n'y a plus de moyen terme. L'heure du choix a sonné" (S. de Dietrich : l(l'heure de l'offrande). tel est le sens de l'interpellation de Jésus à l'adresse du groupe des Douze, ses plus familiers d'entre les disciples dont bon nombre viennent de se retirer : "Et vous, (vous les Douze), ne voulez-vous pas, vous aussi, vous en aller ?" Il n'est sans doute pas, dans la vie d'un homme, d'une femme, d'heure plus décisive que celle de ce choix qui conditionne non seulement notre vie présente, mais aussi notre destinée future au-delà même de notre mort. Il ne faut pas s'imaginer que la décision de Pierre et de ses compagnons de rester avec Jésus et de le suivre plus loin ait été facile. Eux aussi s'interrogent, eux aussi ont des doutes. Mais malgré ces interrogations et ces doutes, ils franchissent -en tremblant peut-être !- le pas de la foi en direction de Jésus : "Seigneur, à quel autre qu'à toi irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu". NB + P - 24 / 08 / 03 - 3 / 4 · Deuxième enseignement : il touche au contenu même du verbe "croire". Ce verbe implique ici une relation personnelle avec Jésus. Croire en Jésus, c'est entrer en communion avec lui, c'est confesser son nom, reconnaître qu'il a les paroles de la vie éternelle, qu'il est, lui, source et porteur de cette vie, et qu'en lui cette vie nous devient accessible. Comment ? Elle l'est, en effet, parce qu'il nous l'offre -gratuitement !- en échange de sa propre mort. C'est ici que gît le scandale pour chacun de nous. Et pourtant, voilà bien l'enjeu de la venue du Fils de Dieu sur la terre. Il mourra sur une croix comme un homme misérable afin que, par sa mort, le plus méprisable des hommes ait la vie. Mystère du Vendredi Saint !… lorsque, sur le bois maudit, l'Envoyé du Père touchant le fond de l'abîme assume à notre place et une fois pour toutes le drame de notre condition d'hommes et de femmes pécheurs. Miracle de Pâques !… lorsqu'à l'aube du troisième jour, le crucifié est relevé d'entre les morts, prémices d'une humanité nouvelle. Cette fois -en lui- la mort est morte ! Voilà pourquoi l'Évangile est Bonne Nouvelle. Désormais, tout homme qui croit, sait que son existence n'est plus liée au pouvoir de quelque fatalité aveugle. Il sait que libéré de toute crainte puisque sa mort a été définitivement engloutie dans celle du Christ, rien ne peut plus le séparer du Dieu vivant. Par la foi, ici et maintenant, il lui est déjà donné de goûter à la vie éternelle, c'est-à-dire à cette vie qui jaillit du Christ crucifié-ressuscité et que nulle mort ne pourra jamais anéantir. Beaucoup, dans ce monde tourmenté, ont faim et soif de cette vie-là !… que qualifient l'amour, la joie, la paix, la justice, le pardon, la réconciliation, autant de réalités fortes qui sont le propre de Dieu et que le Christ nous révèle en plénitude. Heureux ces affamés et ces assoiffés de toutes conditions, de toutes langues, de toutes races, que le Seigneur appelle et qui, accomplissant le saut de la foi, se mettent en route à sa suite, en quête de sa Parole. Oui, heureux sont-ils quand cette Parole les saisit et devient pour eux -Ô miracle !- Pain de vie ! Lorsque nous nous trouvons devant la Table du Seigneur à laquelle nous sommes conviés. Comment nous serait-il mieux attesté et signifié, à travers les éléments du pain et du vin, que la Parole qui a été faite chair en Jésus-Christ, est le Pain vivant donné pour la vie du monde ? NB + P - 24 / 08 / 03 - 4 / 4 Autres textes de la même catégorie
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