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Jean 4/1-42 Alphonse Maillot



Texte : Jean 4/1-42
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 35-37).



3° dimanche de Carême

Jean 4

Il y a un moyen bien simple d'en faire, comme la liste a l'audace de le proposer (même la lecture dite brève est fort longue), une lecture intégrale, c'est de calquer la liturgie sur ce texte : v. 1-15 (A) ; 16-26 (B) ; 27-38 (C) ; 39-42 (D). Et vous prenez un de ces passages pour le commenter plus précisément.

A- v. 1-15 : Bien relever (et rappeler) les notations géographiques. On est non seulement en pays étranger, mais en terre ennemie, et Jésus a choisi de passer par là (cf. note TOB ; relire Luc 9/51-58 et Siracide 50/25-26).

Ensuite noter les caractères très humains de Jésus :
1) sa fatigue (v. 6) ;
2) sa soif (v. 7) ;
3) il a besoin des autres (v. 8 & 9).

Encore, relever les tabous mis en cause : l'étranger (v. 4, etc…), la femme (v. 7) à la vie déréglée (v. 17) (et Jésus le sait : v. 18) ; cf. la réaction et la stupeur des apôtres (v. 27).

Enfin, le malentendu (fréquent chez Jean) : v. 10-11, puis 13-15. La femme pense à l'eau du puits, Jésus à une autre eau (l'Esprit) qu'il donne seul, et pourtant qui rejaillit à partir de tous ceux qui en ont été désaltérés. Cf. tout le symbolisme de l'eau dans l'Ancien Testament (cf. B. Reymond). On peut aussi ici se "rassurer" : l'Evangile cause toujours, au moins en un premier temps, le malentendu.

B- v. 16-26 : Déjà l'heure (midi) a révélé à Jésus que cette femme n'était pas vue du meilleur œil dans son village. Cependant, sans pour autant en faire une accusation, mais pour qu'elle apparaisse dans sa pleine clarté, devant celui qui est la lumière (Jean 8/12 et parallèles), Jésus va "obliger" (?) cette femme à faire la pleine lumière sur elle-même. Le "Tu dis vrai" n'est pas sans ironie envers les éventuels lecteurs. Voilà une bonne confession (vraie) du péché (vrai). La bonne (et la vraie) parole n'est pas une parole orthodoxe, un catéchisme, mais celle qui fait la lumière (même celle des ombres !) sur soi.

On aura bien relevé que "le salut vient des Juifs" (v. 23 et non pas des Samaritains) empêche une interprétation totalement désincarnée, ou hyper-spiritualisante de la suite : Dieu est Esprit (= Dieu est tout autre que les idoles ou images, même et surtout cléricales ou intellectuelles, que l'homme peut s'en faire : v. 24). Cette affirmation est aussi destinée à montrer qu'il n'y a pas (ou plus) de lieu où l'homme puisse enfermer Dieu, même en Sion, même sur le mont Garizim, même à Rome, même à Genève, ou au 47 rue de Clichy, etc…

Israël a été le vecteur d'un salut universel, qui désormais parvient aux hommes par le Messie Jésus, le Juif — v. 26 où on relèvera le "c'est moi qui (le) suis".

C- v. 27-38 : la fin de la note de la TOB sur le v. 27 est étrange. Car ce v. 27 prouve surtout que les disciples ne comprennent vraiment pas grand-chose à l'attitude, en fait "scandaleuse", du Christ. On retrouve cette incompréhension-malentendu aux v. 31-34 (à comparer avec celui des v. 10-15) ; les disciples ne sont pas plus futés qu'une femme, samaritaine et dissolue par surcroît. Devant le Messie et la Bonne Nouvelle, nous en sommes tous au même point, le point 0.

En revanche, la note de la TOB sur le v. 35 est éclairante, la confession de foi interrogative (belle caractéristique pour une confession de foi) de la fin du v. 29, montre que le champ du monde commence (avec Samarie) à être mûr, et qu'il est temps que des "moissonneurs" partent récolter les fruits de travaux que le Seigneur a commencés depuis les prophètes et même Moïse (v. 36-38, à comparer à 1 Corinthiens 3/5-13 et 4/1, où il faut lire "nous sommes l'équipage du Christ"). Cependant, ce texte (C) n'est pas d'une totale limpidité.

D- v. 39-42 : beaucoup plus clair ! L'une témoigne, les autres écoutent, plus ou moins dubitatifs, mais la parole de la femme les amène à une vraie rencontre avec Jésus-Christ (v. 42). La femme n'a plus alors qu'à s'éclipser. Elle a joué son rôle de catalyseur. C'est tout ce qui lui est demandé. Comme c'est tout ce qui nous est demandé dans la prédication, où aussi il faut savoir s'éclipser ou... être éclipsé.



"Plan" de prédication


Facile, facile... ! Mais se contenter d'un seul paragraphe (A par exemple).


Jean 4/1-42

Texte : Jean 4/1-42
Genre : Etude biblique
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Marie, ma sœur — étude sur la femme dans le Nouveau Testament. Letouzey & Ané, 1990 (p. 65-68).



Jean 4/1-42 — La Samaritaine

(Traduction partielle ; pour le reste du texte, cf. votre traduction).
3 Jésus quitta la Judée pour gagner la Samarie.
4 Il lui fallait donc traverser la Samarie...
6 ...Fatigué du chemin, Jésus s'assit là au bord du puits, vers midi.
7 Arrive une femme samaritaine pour puiser de l'eau, Jésus lui dit : « Donne-moi à boire ! ».
9 Alors cette femme samaritaine lui dit : « Comment toi, tout en étant Juif, tu me demandes à boire, à moi une femme samaritaine ? ».
10 En effet, les Juifs ne fraient pas avec les Samaritains...
16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari...
18 ...Tu as eu cinq maris et l'homme que tu as n'est pas ton mari »...
21 Jésus lui dit : « Crois (ce que je vais te dire) : l'heure vient où ce ne sera plus ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père !...
23 Oui, l'heure vient — et elle est là maintenant — où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité...
24 Dieu est Esprit... ».
25 La femme dit : « Je sais que (le) Messie vient, celui qu'on appelle Christ... ».
26 Jésus lui dit : « C'est moi qui le suis... ».
27 Là-dessus arrivent ses disciples ; ils furent stupéfaits de le voir parler avec une femme. Cependant aucun ne lui dit : « Que (lui) réclamais-tu ? » ou « De quoi lui parlais-tu ? ».
28 La femme... s'en alla vers la ville dire aux habitants :
29 « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'avais fait. Ne s'agit-il pas du Christ ? ».
30 Ils sortirent de la ville et vinrent jusqu'à lui...
39 Beaucoup de Samaritains venus de cette ville crurent en lui à cause de la parole de cette femme qui avait témoigné...
41 Mais bien plus nombreux encore furent ceux qui crurent à cause de sa parole à lui.
42 Alors ils disaient à la femme : « Ce n'est plus à cause de ta parole que nous croyons, car nous l'avons entendu et nous savons maintenant qu'il est vraiment le Sauveur du monde ».

Note :
v. 39 : c'est le mot « logos » pour parole qui est employé. Il faut peut-être traduire... « par le fait que cette femme avait témoigné ». Car, en hébreu, « parole » et « chose » sont le même mot. Ou alors cela sert à souligner la parole centrale du témoignage chrétien : « Il s'agit du Christ ». Et cette femme devient alors la première évangéliste, surtout avec un pareil succès.

Rappelons que je ne cherche pas tant à savoir ce qui s'est passé dans le cœur ou dans la tête de toutes ces femmes des évangiles, qu'à cerner comment elles ont pu permettre à Jésus de mieux comprendre (si l'on admet que Jésus avait, lui aussi, des oreilles pour entendre et un cœur pour comprendre), non pas tant son œuvre que « l'horaire » de cette œuvre (Jean 2/4 & 4/23).

Si on ne doit pas négliger ce que le Christ a pu apporter à ces femmes (et nous apporter par la même occasion), il faut aussi être attentif à ce que (involontairement ou consciemment peu importe) elles ont pu apporter au Christ ; elles l'ont aidé à mieux se comprendre, à mieux saisir le contenu et le calendrier de sa mission (cf. Marie à Cana ; ou la Cananéenne) et surtout l'une des plus grandes originalités de son message : « Les femmes ont une place entière dans le plan de Dieu ».

Donc, les événements (v. 6) le contraignent à passer par la Samarie, depuis longtemps le pays des faux-frères ; cela remonte au VII° siècle avant Jésus-Christ, où le syncrétisme s'installe en Samarie (2 Rois 17/24-33 ; la lecture de la suite : v. 34-41, est très... édifiante), en passant plus tard par des tracasseries et des ségrégations lors du retour d'Israël en Palestine après l'exil, puis par le schisme samaritain et la construction d'un autre temple sur le Mont Garizim (d'ailleurs détruit depuis plus d'un siècle, mais le lieu était resté sacré).

Maintenant pour savoir ce qu'au temps de Jésus, les « bons » Juifs pensaient des Samaritains, on lira Siracide 50/25-26 (« le peuple fou qui habite Sichem ») qu'on comparera au Psaume 87/5.

Tout d'abord, Jésus ne semble pas faire un « problème » de ce passage en pays abhorré (cf. cependant Matthieu 10/5-6). Et si la fatigue (tiens !) le prend, eh bien, il se repose (v. 6 et re-tiens !) [ne pas oublier que Jésus a été présenté en Jean 1/1ss comme l'éternel Logos divin]. Arrive (à une heure à ne pas mettre une bête dehors : midi) une femme (qui se cache des autres), une Samaritaine (c'est la pire des injures), et elle a eu cinq maris tandis que maintenant elle s'est acoquinée avec un homme qui n'est même pas son mari. Autrement dit, elle cumule. Elle a tout pour elle ou plutôt contre elle. Et devant elle, en un éclair, Jésus saisit que se présente à lui l'occasion la plus belle de tout faire chanceler : le rejet de l'hérétique, la sous-estimation de la femme, la condamnation des « grands » pécheurs, tout cela et le reste (le caractère sacré des lieux et des temps par exemple), Jésus va l'envoyer promener en une phrase, où, pire que tout, il demande un service à cette femme et accepte par avance de prendre l'écuelle « polluée » qu'elle va lui tendre. C'est le : « Donne-moi à boire ! » (v. 7). Le Messie a besoin des hommes... et des femmes... et même d'« étrangères scandaleuses ». Et la soif de Jésus se charge de symboles.

Bien entendu, la Samaritaine n'y comprend plus rien (v. 9). Mais les disciples ne seront pas moins stupéfaits (v. 27). La liberté de leur maître à l'égard des femmes les interloque... pour le moins. Il est probable qu'ils furent encore plus étonnés quand Jésus leur proposa de rester deux jours dans ce pays « perdu » (v. 40).

Cette rencontre avec la Samaritaine a permis au Christ de mieux apercevoir la fin des vieux cultes, le caractère périmé des temples sacrés (tout en gardant à Israël sa place originelle dans le salut, dont cependant il n'est pas le détenteur ; v. 22). Les paroles du Christ désacralisent à tout jamais tout lieu de la terre et, en conséquence, tout personnel cultuel. S'il n'y a plus de vrai Temple, il n'y a plus de vrai sacrificateur.

Partout sur la terre où il sera invoqué, lui, l'envoyé du Père, que ce soit sur la margelle d'un puits, dans une mansarde, ou même dans un lieu rutilant d'or, se déroulera quelque jour qu'on se trouve le vrai culte, celui qui sera en Esprit et en Vérité (Jean 4 reprend l'intuition de 2/18-22), même avec une femme vivant « en ménage ».

Que, plus tard, ce récit ait servi à l'Eglise primitive, aux Hellénistes en particulier (Actes 8/5ss), à porter l'Evangile en Samarie […ou à justifier cette extension, peu importe ! Rappelons que les Hellénistes, sur lesquels l’exégèse contemporaine a beaucoup brodé, sont des Juifs parlant grec entre eux, et probablement issus de la Diaspora] (Actes 8/14ss) et à comprendre l'universalité de la Bonne Nouvelle, c'est probable, mais ne fait que confirmer l'importance de cette rencontre du Christ et de la Samaritaine.

Sans aller jusqu'à dire que la Samaritaine est devenue apôtre (Jésus ne l'a pas formellement « envoyée » au-devant de ses frères), constatons de nouveau qu'elle est devenue une des premières évangélistes avec une double réussite :
1) elle amène beaucoup de monde, et quel monde : des Samaritains !
2) elle parvient à s'effacer ; les gens qui ont cru en un premier temps à cause de la parole de la Samaritaine croient désormais au Christ par la parole du Christ. Le (la) « média » a disparu.



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