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Jean 21 v 1-19 Alphonse Maillot



Texte : Jean 21/1-19
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 99-102).



2° dimanche après Pâques
ou 3° dimanche de Pâques

Jean 21/1-19

Tout d'abord je conseille vivement de lire le texte long (v. 1-19), et ensuite de consacrer l'essentiel de la prédication à la partie qu'on autorise (?) à délaisser (v. 15-18) ; vous comprendrez plus loin pourquoi.

En effet, la 1° partie est très connue et ne laisse guère de place à des malentendus.

1° C'est la reprise, après la Résurrection, de la pêche miraculeuse de Luc 5/1-11 avec les deux phrases fameuses : celle de Pierre (Luc 5/8) (c’est pourquoi pas mal de gens pensent que nous avons ici la vraie finale de Luc) qui ne manque pas ici, mais évoquée par la triple question du Christ, évoquant elle-même que Pierre est un triple pécheur ; celle de Jésus de Luc 5/10, « désormais vous captiverez (jeu de mots) des hommes », qui revient ici par trois fois, sous une autre image : « Pais mon troupeau » (...prenons ce seul mot avant d'aller plus loin). Après avoir « capturé » (captivé), on devra protéger et nourrir.

2° Pierre (déjà) désemparé, pense sans doute que la Résurrection n'a, en fait, rien changé dans sa vie. Il a rêvé trois (?) ans. Maintenant c'est le retour à la dure réalité : le travail habituel avec ses bredouilles et les longues nuits stériles de veille.

Les autres, probablement heureux que Pierre ait dit tout haut ce qu'ils pensaient tout bas, sont bien d'accord : « Tous au boulot ! ». On repart de zéro !

3° C'est là que Jésus va les rattraper, les... cueillir : dans le quotidien, et non pas comme pour Thomas (d'ailleurs ici présent, v. 2) au milieu du culte, non ! Cette fois, c'est au travail pour tromper le retour de l'ennui qu'on avait cru avoir exorcisé à jamais en compagnie du Maître. Autrement dit, Jésus, qui nous retrouve au culte, peut aussi nous rejoindre en plein milieu du « boulot ». Pas besoin d'être pasteur pour « avoir » ce (redoutable) privilège d'être rattrapé par le Christ.

4° C'est :

a) la bredouille noire (v. 3) ;

b) la venue de Jésus qu'ils ne reconnaissent pas (v. 4b à comparer à v. 7 et 12) ; c'est donc à la permanence de ses actes et de ses paroles que Jésus est reconnu ;

c) l'ordre de Jésus (v. 6) ;

d) la nouvelle pêche miraculeuse à cause de laquelle tout va repartir. La promesse de Luc 5/10 retrouve toute sa vérité.

e) Les 153 grands poissons ont donné lieu à bien des « hypothèses » ; la note de la TOB paraît la moins invraisemblable et rappelle la parabole du filet (Matthieu 13/46) qui ramène tout et n'importe quoi. Quant à ceux qui (depuis Augustin) y voient la triangulation de 17, qui devient alors 10 + 7, car 10 = la multitude et 7 = la totalité, je les laisse à leurs chères études de maths, tout en remarquant que cela rejoint la simplicité de la note de la TOB = il y a et aura de tout et de tous dans l'Eglise. Ouf ! J'ai ma chance !

Mais, je l'ai dit, je préfère me consacrer à la fin de ce passage, intitulé crânement par la TOB à l'aide d'une amputation... excessive : « Tâche pastorale de Pierre »... Pas si vite !

Et tout d'abord ne manquons pas les jeux de mots (magnifiques autant qu'escamotés par les traducteurs... sauf Chouraqui, mais qui n'est pas heureux dans ses choix).

v. 15 — Jésus dit (la 1° fois) : « Simon, le Joanite (fils de Jonas : cf. 1/41, et rien n'interdit alors de penser à Jonas : la colombe, qui s'enfuit quand Dieu l'appelle), m'aimes-tu (verbe agapaô) plus que ceux-ci ? ».

Simon répond la première fois : « Oui, Seigneur, toi (loin d'être superflu ce « Toi » !), tu sais que j'ai (beaucoup) d'amitié pour toi (verbe philéô) ».

C'est clair, Pierre n'ose pas dire qu'il aime pleinement Jésus ; le souvenir de son reniement est encore trop cuisant. Cependant ce dont il est sûr, est qu'il a au moins une grande amitié pour Jésus.

Et Jésus dit : « Nourris mes agneaux ! » (c'est le mot d'Apocalypse 5). Cette grande amitié suffit à Jésus pour qu'il confie à Pierre le soin de nourrir, au moins les plus fragiles des chrétiens. Mais ce n'est pourtant pas totalement suffisant encore puisque :

v. 16 — Jésus dit « de nouveau » (une deuxième fois, dit le texte avec un beau pléonasme volontaire) : « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ? » (encore le verbe agapaô) = Es-tu vraiment sûr désormais d'avoir un amour vrai, total, pour moi ?

Pierre dit (encore) : « Oui, Seigneur, Toi, tu sais que j'ai (beaucoup d'amitié) pour toi (verbe philéô) ». Pierre campe sur ce verbe : « Philéô », n'osant pas évoquer l'Agapê dont Jésus lui a parlé dans tout l'évangile de Jean, en rappelant par exemple que l'Agapê, c'est de donner sa vie pour ses amis (philoi) (15/13) et non de les renier. Jésus lui répond : « Fais paître mes brebis ». Ici il y a une responsabilité de conducteur qui, il me semble, n'était pas dans la première réponse du Christ.

v. 17 — Mais Jésus dit la troisième fois : « Simon, fils de Jonas, as-tu une (grande) amitié (philéô) pour moi ? ». Cette fois, Jésus ne requiert plus ce qui semble au-delà des forces de Pierre : l'Agapê, et il ne lui demande plus qu'une grande amitié. Jésus semble donc s'en satisfaire, tandis que l'évangéliste, avec sa troisième fois, n'a pas manqué de rappeler la triple trahison de Pierre.

Mais je crois qu'ici encore il faut s'écarter de l'interprétation habituelle qui voir dans le fait que Pierre s'attriste, la conséquence du rappel de sa triple trahison. Le texte dit clairement : Pierre s'attriste que, la troisième fois, Jésus lui ait (seulement) dit : « As-tu une (grande) amitié pour moi ? ». — Pierre s'attriste que Jésus ne lui demande plus que de l'amitié (même s'il songe aussi à sa trahison). Rendu prudent, il ne veut plus promettre que beaucoup d'amitié, mais veut simultanément que Jésus désormais lui réclame de l'amour. C'est la demande minorée du Christ qui l'attriste. C'est magnifique ! Et Pierre renforce alors sa réponse : « Seigneur, toi qui sais tout, tu connais ma grande amitié (phileô) pour toi », et donc que je veux t'aimer d'agapê (c'est clairement sous-entendu).

Et Jésus : « Nourris (comme la première fois) mes brebis (comme la deuxième fois !) : ici, c'est terminé, ta trahison est pardonnée, repars à la pêche aux hommes et va diriger et nourrir mon troupeau ».

Puis ce sera la prophétie, un peu obscure du v. 18, mais où il faut retenir l'humour de l'avertissement : « Tu vas guider des gens (qui ne seront pas toujours des... agneaux), mais je te préviens, c'est un autre qui te guidera ». Ce passage, à mon avis, suppose que, contrairement à la tradition qui voudra que Pierre soit mort crucifié la tête en bas, il soit mort après qu'on lui eut crevé les yeux (v. 18-19) (cf. le verbe « voir » au v. 20).

Retentit ensuite l'appel final : « Suis-moi ! ». Alors... !




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