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Jean 21 v 1-14 Louis Honnay
Texte : Jean 21/1-14
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 17.04.1983. Ils sont sept au bord du lac. Pierre, Thomas, Nathanaël, les deux fils de Zébédée, deux autres encore dont on ne nous dit pas le nom. Sept qui connaissent bien cette rive du lac de Galilée, puisque trois d'entre eux au moins exerçaient le métier de pêcheurs avant de devenir disciples de Jésus. Mais maintenant Jésus est mort, l'aventure avec lui terminée. Que faire d'autre, sinon revenir au point de départ, reprendre les anciennes activités ? C'est-à-dire retrouver les routines de la barque et des filets, des sorties heureuses et des nuits où le poisson ne se laisse pas attraper. Justement, cette fois, les efforts sont inutiles. Le matin est déjà là et on n'a rien pris. -o- Les échecs, nous savons ce que c'est. Qui n'en connaît pas au cours de sa vie ? Ils peuvent survenir dans les moments apparemment les meilleurs. Nous avons vécu des années d'abondance et de surproduction, en quelque sorte l'inverse de l'amertume des pêcheurs au bord du lac. Nous avions trop, plutôt que pas assez. Etions-nous plus heureux pour cela ? Si les revendications sociales donnent la température d'un pays, on peut dire qu'il régnait une insatisfaction générale et que les gens n'étaient guère contents de leur sort. On avait la richesse et le superflu, mais il n'a jamais été aussi vrai que l'argent ne fait pas le bonheur. On possédait à peu près tout ce qu'on voulait — du moins parmi les classes et les pays les moins défavorisés —, mais il subsistait ce vide intérieur que les biens visibles ne peuvent pas combler. Après les vaches grasses, les vaches maigres. A l'évidence, nous entrons dans une période où nous devrons nous habituer à produire moins et à moins consommer. La société industrielle engendre paradoxalement la pénurie. Il faut se restreindre après avoir vécu trop largement. Qu'on le veuille ou non, chacun devra subir les effets de ce qui est plus qu'une crise : une évolution dont personne ne peut actuellement prévoir l'issue. On tâche de l'enrayer ou de retarder les échéances par des mesures économiques et financières, qui ne font que masquer le mal sans le supprimer. Nous nous retrouverons dans la même situation que les sept disciples, avec notre échec sur les bras. Et le problème restera entier : que faut-il donc pour bien vivre ? Que faut-il pour nous satisfaire réellement ? Nous voici au milieu du lac et le bec dans l'eau, attendant l'insaisissable poisson… Les disciples sont ensemble et se tiennent compagnie. Mais leur tentative de pêche sur le lac ressemble à une diversion. On dirait qu'ils cherchent à se consoler d'une absence, depuis que le Seigneur est mort. Quelque chose leur manque, ou plutôt quelqu'un. Leur fait défaut cet élément qui donne sens et plénitude à leur vie, et dont ils ressentent peut-être obscurément la nostalgie. Tout le malaise des hommes, source de mécontentement et de récrimination, vient de ce manque de l'essentiel, de ce trou à l'intérieur d'eux-mêmes. On essaye de le combler par des plans de redressement, par des augmentations de salaire ou par le culte des idéologies. Mais ce ne sont que des solutions illusoires, qui nous amusent quelque temps et puis nous laissent le cœur et les mains vides. -o- Et pourtant, il est là, celui qu'on attend. Il se dresse là, debout, bien vivant. Il regarde le lac, la barque, les hommes. Il est là, mais personne ne le voit et, quand on l'aperçoit, personne ne le reconnaît. Celui qui peut nous procurer le bonheur ne se trouve pas loin de nous, à portée de voix. Malheureusement, souvent nous l'ignorons, nous faisons comme s'il n'existait pas. Certains pensent pouvoir se débarrasser de lui en prétendant que c'est un mythe ou en clamant bien haut qu'un mort ne peut pas revenir à la vie, même s'il s'est donné le titre de Fils de l'homme. Mais les mêmes se plaignent que tout va de travers, alors que lui, il est prêt à les aider, à entrer dans leur vie. Au bord du lac, Jésus interpelle ses disciples malheureux, il attend qu'ils le reconnaissent, il leur fait des signes jusqu'à ce qu'ils comprennent. Quand ils comprendront, quand ils obéiront à l'ordre qu'il leur donnera, le filet se remplira de poissons et ils ne travailleront plus pour rien. N'allons surtout pas en conclure que Jésus devient la recette qui mettrait fin à la récession et qui supprimerait d'un seul coup tous les déséquilibres mondiaux actuels. On ne peut pas mettre l'Evangile dans un ordinateur pour en faire sortir la formule idéale qui résoudrait mathématiquement nos difficultés ! L'enjeu se situe sur un tout autre plan. Aux disciples découragés, Jésus donne un ordre. Un ordre qui semble, à première vue, étonnant et parfaitement inadapté. Jeter le filet du côté droit de la barque, pour quoi faire ? Pourquoi aurait-on plus de chance à droite qu'à gauche ? Mais on essaye tout, quand on est au bout du rouleau. Et les disciples obéissent, ils font le geste que Jésus leur commande. L'essentiel est là, dans l'écoute d'une Parole inattendue et surprenante, dans la mise en pratique de cette Parole. C'est alors qu'il se passe quelque chose dans la tête des disciples. L'inconnu qui se tient là, sur le rivage, c'est le Seigneur ! C'est lui, ils le reconnaissent ! Plus de doute ; celui qui était mort est revenu à la vie, l'absent qu'on croyait définitivement perdu est de nouveau présent, devant eux ! Peu importe maintenant la réussite matérielle. Les disciples, remarquons-le, abandonnent la barque et le filet plein de poissons. Ils s'empressent — Pierre surtout — de rejoindre Jésus. Ce qui compte maintenant n'est plus leur succès, mais que le Seigneur soit là, qu'ils l'aient retrouvé, qu'ils puissent jouir de sa compagnie. Ce qui peut rendre notre vie féconde, ce qui peut combler notre manque, que nous connaissions l'abondance ou la pauvreté, c'est l'écoute d'une parole qui nous atteint au plus profond de nous-mêmes et qui change notre mentalité. Il faut tout miser sur cette Parole qui nous est adressée. Car en la croyant, en la prenant pour nous, nous découvrons que celui qui parle est vivant. Et c'est alors que notre stérilité prend fin et que nous commençons à vivre vraiment. -o- Ce qui se passe maintenant, on ne peut guère l'expliquer. On ne sait pas d'où viennent ce feu sur le rivage, ce pain et ces poissons grillés. Il serait ridicule de penser à quelque tour de passe-passe magique. L'intérêt se porte sur l'invitation de Jésus : "Venez manger". Le repas réunit le convives dans une même amitié ou, comme on le dit savamment, dans une même convivialité, une même vie commune et une même participation aux richesses offertes. Le repas est un signe de communion. Ce petit déjeuner pris au bord du lac a un peu des allures de Cène. Jésus prend le pain et les poissons, puis il les donne à ses disciples. C'est lui qui les nourrit, c’est lui qui leur apporte ce dont ils avaient faim et soif : sa présence et sa vie de ressuscité. Nous sommes au bout de l'itinéraire. Au début, les disciples se trouvaient réunis, mais en fait ils étaient seuls. Rien d'autre ne les rassemblait qu'une déception commune. Les voici à présent autour d'un feu de braise, en train de partager la nourriture simple qui réconfortera non seulement leur corps, mais aussi tout leur être. Ils passent de l'isolement à la communauté, de la séparation à la communication. Ils peuvent échanger, redevenir des hommes au sens plein du terme, parce qu'ils ont avec eux celui qui, en réalité, ne les avait jamais quittés. Ils ne s'associent plus pour un rendement meilleur, pour vendre davantage de poissons. La recherche de la productivité est stérile, ils viennent de le constater. Mais ils reçoivent gratuitement leur vie. Personne, apparemment, n'a préparé ce repas, personne ne l'a payé. Ce qui est gratuit ne sert à rien, pense-t-on ; c'est un scandale dans une société où tout s'achète. Mais, en fait, le gratuit se révèle le plus important. C'est cela qui fait vivre. -o- Ils étaient sept au bord du lac. Sept qui ont compris que Jésus est vivant. Mais sept qui représentent l'ensemble des disciples, les chrétiens de tous les temps et de tous les lieux. Ce sont eux qui, maintenant, vont rechercher des hommes dans l'océan du monde. Les cent cinquante-trois gros poissons pourraient bien représenter l'ensemble de l’humanité, à laquelle est destinée la Bonne Nouvelle de la vie de Jésus. C'est nous qui sommes les témoins de cette présence qui fait vivre, de cette vie qui est aussi celle du monde. Amen. Autres lectures : Esaïe 26/15-19 Ephésiens 2/18-22 Cantiques : * NCTC 23/1 à 3 Dieu, mon berger, me conduit et me garde * NCTC 207/1 à 3 = ARC 477 Christ est ressuscité ou ARC 475/1 à 3 Mon Rédempteur est vivant ou ARC 456/1 à 3 Tu vins, Jésus * NCTC 257/1 à 3 = ARC 242 Dieu des louanges ou LP 294/1, 2, 3, 5 Je la connais, cette joie ou ARC 220/1 à 4 Seigneur, rassemble-nous Autres textes de la même catégorie
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