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Jean 20 v 19 à 23 - Douglas Nelson
Dimanche 15 mai 2005
Pasteur Douglas NELSON, Vincennes-Montreuil (Région parisienne) Textes : Actes 2, v. 1 à 13 1 Corinthiens 12, v. 1 à 13 Jean 20, v. 19 à 23 Pentecôte Notes bibliques Bien que l’Evangile situe l’action de ce récit le jour même de Pâques, on l’appelle parfois la pentecôte johannique, car effectivement les disciples réunis reçoivent le don de l’Esprit. Tout comme dans l’œuvre de Luc-Actes, ce moment est préparé préalablement par une promesse du Christ. Dans l’Evangile de Jean, Jésus en parle assez longuement au moment de son dernier repas avec ses disciples, dans le discours d’adieu (voir Jean 14.15-31, 16.5-15). Il est donc important pour la compréhension de ce texte de lire ces passages. vs. 19 : L’action est située le soir « ce jour-là », après la découverte du tombeau vide (20.1-10) et l’apparition du ressuscité à Marie de Magadala près du tombeau (20.11-18). L’Evangile de Luc connaît également la tradition d’une apparition du ressuscité le soir même du jour de la résurrection, suite à la rencontre sur le chemin d’Emmaüs (Lc 24.36-49). C’est justement à ce moment-là que le Christ dit à ces disciples de rester à Jérusalem, « jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la puissance d’en haut. » On insiste à nouveau, comme au 20.1, sur le fait qu’il s’agit du premier jour de la semaine, ce qui reflète peut-être la coutume de se rassembler pour prier et « partager le pain » le dimanche (voir Ac. 20.7). La mise en scène est soignée : les portes sont verrouillées « par crainte des Juifs ». Dans le discours d’adieu Jésus a annoncé des persécutions à venir (15.20, 16.1) et nous savons que l’Evangile de Jean a été mis par écrit vers la fin du première siècle où s’est produite la rupture entre le christianisme et le judaïsme (voir aussi 9.22). L’insistance sur la fermeture des portes peut aussi être une manière de souligner la capacité du ressuscité de pénétrer dans les lieux clos. Il faut souligner, comme le fait L’Eplattenier dans son commentaire sur Jean, le sens symbolique de ce détail : « …Jésus, vainqueur de la mort, peut nous rejoindre dans tous nos enfermements et dans toutes nos angoisses. » L’endroit où se passe l’action n’est pas identifié. Luc précise que les disciples étaient à Jérusalem, ce qui est logique si on assume que Pierre et Jean, qui ont fait un aller-retour au tombeau dans la matinée, faisaient partie des disciples rassemblés. La salutation de Jésus (shalom alekem : Paix à vous), qui est répétée deux fois dans ce court récit (ici et au vs. 21), était employée dans des milieu juifs, mais prend ici une signification plus profonde. Le ressuscité apporte à ses disciples apeurés et troublés la paix dont il leur a parlé lui-même avant sa mort (14.27, 16.33). vs. 20 : Comme dans le récit de Luc (24.40), Jésus montre son corps meurtri (« ses mains et ses pieds » dans Lc, « ses mains et son côté » dans Jn), comme pour apporter la preuve que c’est vraiment lui. C’est justement cette preuve-là que Thomas, absent au moment de cette première apparition, va réclamer pour croire (20.25). Dans le récit de Luc, pour convaincre les disciples qu’il n’est pas seulement un « esprit » (pneuma dans le texte grec, Lc 24.37, 39), Jésus demande quelque chose à manger devant eux, car malgré leur joie et leur étonnement, ils ont du mal à croire (Lc 24.41). Ici la seule présence du ressuscité balaie tous les doutes, comme cela sera également le cas pour Thomas. Ils sont remplis de joie, tout comme Jésus avait prédit dans son discours d’adieu : « …vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. » (16.20). Jésus est identifié désormais comme le Seigneur (en grec kyrios), un titre que Jean n’emploie que rarement pour parler de Jésus pendant son ministère. C’est surtout la résurrection qui permet de reconnaître Jésus comme le Seigneur (un titre réservé à Dieu dans les milieux juifs), comme acclamera encore plus clairement Thomas dans la suite du récit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (20.28). vs. 21 : Si le Seigneur ressuscité vient pénétrer dans le lieu enfermé où se trouvent ses disciples, ce n’est pas seulement pour leur apporter la paix, même s’il le dit à deux reprises. C’est surtout pour leur charger d’une mission, la même mission que lui a reçue de son Père. « Comme le Père m’a envoyé (apostellô), moi aussi je vous envoie (pempô). » Les deux verbes employés dans ce verset pour signifier cet envoi sont utilisés très souvent dans l’Evangile de Jean, 26 emplois pour le premier et 31 pour le second, sans que l’on peut discerner réelle différence de signification. L’un ou l’autre peut être employé pour décrire l’action de Dieu en envoyant son Fils. Le thème de l’envoi des disciples se trouve également dans le discours d’adieu (17.18-23), où les disciples sont envoyés « pour que le monde croie que tu m’as envoyé… » vs. 22 : Le verbe employé pour décrire l’action de Jésus soufflant sur les disciples ne trouve nulle part ailleurs dans le NT. On le retrouve dans la traduction grecque de Gen. 2.7 qui décrit la création de l’homme à partir de la poussière et le souffle divin. Le don de l’Esprit est présenté comme une nouvelle création. Jésus a dit à Nicodème qu’il faut naître « d’en haut » ou « de nouveau » (3.3 : l’adverbe grec anothèn employé ici a un double sens) et le prologue de Jean dit que tous la Parole donne à tous ceux qui la reçoivent et croient en son nom le pouvoir de devenir des enfants de Dieu : « Ceux-là sont nés, non pas de sang, ni d’une volonté de chair, ni d’une volonté d’homme, mais de Dieu » (1.12-13). Ils sont « nés de l’Esprit » (3.6, 8). vs. 23 : Le don de l’Esprit est lié apparemment au pouvoir de pardonner des péchés. Le verbe grec employé a le sens de relâcher ou délier les péchés, ce qui contraste directement avec le verbe employé pour décrire la deuxième possibilité, celle de les tenir ou de les retenir. La première partie de ce verset semble couler de source : Jésus envoie les disciples et leur donne l’Esprit pour qu’il atteste le pardon de Dieu et donne à d’autres la possibilité d’accueillir la Parole. La deuxième partie est plus problématique. Comme la parole dans Matthieu 18.18, il réfère peut-être à une pratique disciplinaire dans les premières communautés chrétiennes dont nous ignorons tous les tenants et aboutissants. Prédication Enfermés dans la peur Enfermés, les portes verrouillées... C'est étrange, ce que peut faire la peur. Il n'y a pas si longtemps, les disciples sillonnaient les routes avec Jésus, ils vivaient à l'air libre. Et les voilà enfermés, repliés sur eux-mêmes, car ils ont peur. On pourrait penser que la mort de Jésus les a traumatisés. Maintenant ils ont peur de sortir, peur d'être reconnu comme ceux qui avaient accompagné Jésus, peur de subir le même sort que lui. C'est étrange, ce que peut faire la peur. On vit dans un monde en pleine mutation, où tous les repères sont brouillés : la mondialisation de l'économie, les nouvelles technologies, tout cela va à toute allure. La formation que l'on reçoit aujourd'hui risque d'être périmée en quelques années ; si on veut trouver et garder un emploi, il faut être prêt à se déplacer, parfois à l'autre bout de la planète. La tentation est forte de se replier à l'intérieur des frontières bien connues de la nation, du groupe, de la famille, de se méfier des autres. Sur le plan individuel, une mauvaise expérience à l'école, au travail ou ailleurs, ou tout simplement un excès de timidité, peut faire que j'ai peur d'exprimer mes idées, de m'exposer au regard des autres, que je me replie sur moi-même. Même si je sais que ce n'est pas bien, je n'arrive pas toujours à faire autrement. Regardez les disciples. Jésus leur avait promis, dans son discours d'adieux, quelques heures avant sa mort, qu'il ne les laissera pas tout seuls. Pierre et Jean ont déjà vu le tombeau vide. Marie de Magdala est déjà venue leur annoncer que Jésus était bien vivant, qu'elle l'avait vu et parlé avec lui. Cette bonne nouvelle n'a encore rien changé dans leur vie de disciples. Ils se sont renfermés dans la crainte et le doute -- un peu comme des morts qui attendent leur propre résurrection. Il leur manque encore quelque chose pour vivre pleinement la nouvelle vie que Jésus leur a promise. Il leur manque le Souffle, celui que l’Evangile de Jean appelle le Paraclet. C'est cela que le Christ donne à ces disciples au moment de la fête de Pentecôte, et l'Evangile de Jean nous donne une version encore plus directe que le livre des Actes des Apôtres : Il souffla sur eux... Le Christ donne son Souffle pour transformer notre vie. Aujourd'hui, à l'occasion de ce culte de Pentecôte, c'est notre prière, tout particulièrement pour les catéchumènes, mais aussi pour nous tous, que le Christ vienne souffler sur chacun de nous. Le Christ pénètre dans nos lieux enfermés Dans son discours d'adieux, avant sa mort, Jésus dit à ses disciples que c'est avantageux pour eux qu'il s'en aille. Eux, les disciples, ils sont troublés, ils ont beaucoup de chagrin. C'est vrai, ils se sont habitués à la présence de Jésus. Sa parole a pris une place importante dans leur vie. Comment son départ peut-il être avantageux pour eux ? Jésus dit que s'il ne part pas, le Paraclet ne viendra pas à eux ; mais si, au contraire, il part, il le leur enverra. Ces paroles qui sonnaient comme une énigme, vont maintenant devenir une réalité. Jésus revient personnellement pour les réaliser. Il revient, mais sa présence, tout en étant la même, s'est radicalement transformée. Avant sa mort, Jésus était, comme chacun de nous, limité par le temps et par l'espace. Sa résurrection le transforme radicalement. Cela est indiqué dans ce texte par le fait qu'il pénètre sans difficulté dans le lieu enfermé où se sont réfugiés les disciples. Il pénètre dans ce lieu pour leur communiquer sa présence d'une façon durable. Il leur vient apporter la paix et pour souffler sur eux. Depuis ce jour, le Christ continue à pénétrer dans tous les lieux où les hommes et les femmes sont enfermés ou se sont repliés sur eux-mêmes. Il n'y aucun endroit, aucune situation, aussi difficile soit-elle, où il ne peut pas se rendre présent. A mon avis, c'est le sens profond de ce que l'on dit dans le credo : il est descendu aux enfers. Cela signifie que le Christ porte la présence de Dieu partout où les hommes et les femmes sont séparés de lui, menacés par la mort ou par le perte de sens. Le Christ pénètre dans tous nos lieux enfermés... Le Christ nous apporte la paix… Le Christ vient, là où la peur et la crainte règnent. Il vient pour apporter la paix, cette paix que le monde ne peut pas donner. C'est la première chose qu'il dit à ses disciples : La paix soit avec vous. C'est, d'ailleurs, souvent la première chose que nous disons au début de chaque culte : la grâce et la paix nous sont données... Puis nous faisons appel à l'Esprit, nous demandons à Dieu de nous donner ce même Souffle qui a animé et qui anime encore la vie de Jésus. La paix que Jésus annonce et qu'il apporte par sa présence même, est la paix qui vient de Dieu, en hébreu, shalom : Evénou shalom alérhem. La paix de Dieu est beaucoup plus que l'absence du conflit ou l'absence de la crainte. C'est une force active et dynamique qui produit la joie et le bien-être. Elle vient de l'assurance profonde que Dieu agit en toute circonstance pour notre bien. En dernière analyse, notre vie ne dépend pas de nous-mêmes, ni de tel ou tel gouvernement, ni des forces (parfois obscures) qui régissent l'économie mondiale... Notre vie et son sens ultime dépendent de Dieu et seulement de ce Dieu qui a exprimé son amour profond pour chacun de nous en Jésus-Christ. C'est l'amour de Dieu et la puissance de sa vie, telle qu'elle est manifestée dans la résurrection de Jésus, qui est la source de notre paix. Comme dit cette parole de l'apôtre Paul, et je ne me lasse pas à la répéter, j'ai l'assurance que rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, rien ne pourra nous séparer de l'amour manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. ...et nous envoie avec la force de son souffle La paix que le Christ nous apporte dans nos lieux fermés n'est pas n'importe quelle paix. C'est une force agissante. Ce n'est pas une paix qui nous permet de rester tranquille derrière les portes fermées à clé. Si le Christ vient nous apporter la paix, c'est aussi pour nous faire sortir de nos peurs et de notre solitude. C'est pour nous donner son Souffle. "La paix soit avec vous. Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie." Ayant ainsi parlé, Il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l'Esprit Saint..." Le Christ ressuscité ne permet pas à ceux et à celles qu'il a choisis de rester bien au chaud dans un temple ou tout autre lieu clos. Il les envoie, comme lui-même a été envoyé par son Père. Il leur donne son Souffle, le Paraclet, une force agissante qui apporte son aide dans toutes les situations concrètes où ils devront vivre leur foi. Ils devront à leur tour entrer dans tous les lieux enfermés de ce monde pour apporter ce nouveau Souffle de la paix et de l'amour de Dieu. Sa parole, son souffle, peut transformer nos relations aux autres, à l'instar de cette parole sur le pardon : "Recevez l'Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Le Christ met le pardon de Dieu entre les mains des hommes et des femmes que nous sommes. Ce pardon, dont dépend entièrement la paix de Dieu, dépend aussi de nous. Nos actes ont une portée plus grande que nos petites histoires. Cette parole se référait peut-être à l’origine à la façon dont on exerçait la discipline dans l’église, notamment la possibilité d’excommunier quelqu’un. Mais à mon sens, elle suggère aussi fortement que nos actes dans et hors l’église peuvent être déterminants. Ils peuvent parfois faciliter, ou au contraire, bloquer l'action de Dieu dans ce monde. Ce n'est donc pas une parole à prendre à la légère et elle devrait nous pousser à implorer avec plus d'insistance encore le secours de l'Esprit Saint. Son souffle peut transformer notre vie Aujourd'hui, notre prière, c'est que le Christ ressuscité vienne souffler sur chacun de nous. Quels que soient les lieux où nous sommes enfermés, où nous nous replions sur nous-mêmes, il sait pénétrer, pour venir à notre rencontre. Mais peut-être aussi, il choisit de se tenir à la porte et de frapper, de nous laisser libre de lui ouvrir ou non la porte. Il vient tout d'abord, pour nous donner sa grâce et sa paix et cette belle assurance que rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu. Mais il vient aussi nous donner son souffle. Il nous communique sa parole avec toute sa force. Il nous demande d'en être porteurs dans un monde en pleine mutation. Il veut, par ce souffle qu'il donne, transformer notre vie. Autres textes de la même catégorie
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