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Jean 20 v 19-31 - Georges Philip



Texte : Jean 20/19-31
Genre : Notes bibliques & Prédication
Auteur : Georges PHILIP
Source : Notes bibliques & Prédication pour le dimanche 27.04.2003. Coordination nationale ERF "Edifier-Former".



Notes bibliques

Il serait dommage, une semaine après Pâques, de ne pas relire les récits de la résurrection, même si ceux-ci sont proposés chaque année.
Le témoignage de Jean ne s’épuise que dans une lecture rapide et convenue.
Je me contenterai donc de présenter le passage de Jean 20/19-31, qu’il est par ailleurs facile de diviser en deux parties.

Jean 20/19-23

C’est le soir d’une journée aux multiples rebondissements.
Le Seigneur est ressuscité ! Expériences et témoignages différents convergent vers cette imprévisible évidence. Et pourtant…

v. 19 — Les disciples éprouvent une crainte des Juifs, que rien ne justifie.
Elle est dans leur tête, leur cœur et leurs tripes. Elle les pousse à s’enfermer et eux verrouillent la porte. Sécurité dérisoire.
Ils sont dans une maison. Pas dans celle de la Cène ou du lavement des pieds, car l’homme est trop enclin à sacraliser les lieux et la mémoire.
Un lieu inconnu ; les disciples : les 12, les femmes, d’autres personnes ? Une église naissante ? Car le Seigneur vient et il est présent au milieu d’eux ! (Il ne s’agit pas d’une apparition !). Il parle et il apporte la paix à ceux qui sont murés dans leur crainte.

v. 20 — En même temps, il montre ses blessures, signes de reconnaissance certes, mais qui attestent le caractère de cette paix : « La sanction, gage de paix pour nous, était sur lui et… dans ses plaies se trouvait notre guérison » (Esaïe 53/5). C’est à la Parole et au signe qui la confirme qu’ils le reconnaissent, et non à son visage.
Voyant le Seigneur : le verbe utilisé signifie voir et comprendre.
Pour eux, le passé s’éclaire et la joie traduit ce qu’ils comprennent à nouveau.

v. 21 — La paix (shalom) confirmée atteste la mission qui vient du Père. Sans cette paix, pas d’apôtres, rien que de banals chroniqueurs d’un fait divers passé. Car c’est le Ressuscité qui apporte la paix, puis envoie !

v. 22 — Ce verset, qui relate le don de l’Esprit Saint (Pentecôte ?) est la clé indispensable pour déchiffrer le redoutable verset 23.

v. 23 — Ce verset dérange beaucoup lecteurs et interprètes ; chacun essaie de l’accommoder pour en adoucir le ton définitif. Beaucoup ont lu dans ces deux phrases, le don d’un pouvoir terrible.
L’Eglise catholique l’a lié au « pouvoir des clefs » confié à Pierre puis aux disciples (Matthieu 18/18). Or, nulle part le mot « pouvoir » n’est utilisé. Certains, comprenant le mot « péché » comme Jean — c’est-à-dire le refus du Christ — lient au don de l’Esprit, la capacité d’annoncer l’Evangile (par le baptême) à ceux qui se sont convertis.
Je préfère y voir un service (diaconie), un ministère (mini-stère) que le Seigneur confie à tous les disciples. L’Esprit Saint, et lui seul, leur permet de discerner quand il faut annoncer le pardon à celui qui se repent, et le refuser à ceux qui s’enferment dans leur bon droit et qui se justifient eux-mêmes, afin de ne pas brader cet acte inouï, incompréhensible souvent et même révoltant, de ne pas le vider de sa signification et de sa capacité à relever le pécheur. Contre le pardon bon marché, le pardon retenu maintient l’appel à changer et à vivre réconcilié avec Dieu et avec les autres. Service donc, et non pouvoir. Ministère évangélique collégial, et non rite disciplinaire institué et réservé à quelques-uns.
Cela veut peut-être dire aussi, tout simplement, que le disciple, comme son maître, est plus fort que le péché, et qu’il a reçu autorité sur lui.

On peut conclure cette séquence en constatant que l’irruption du Ressuscité, pour qui ni mur ni verrou, pas même une peur incontrôlée, ne sont un obstacle, s’accompagne pour chaque disciple d’un appel à sortir de ses refuges et de ses angoisses pour prendre part, à son tour, à la mission de réconciliation confiée au Fils par son Père.

Jean 20/24-29

Cette séquence nous met en face d’une toute autre situation.
Le jour de la Résurrection est achevé. L’épisode a lieu une semaine plus tard.
Mais la Résurrection est-elle de l’ordre d’un événement confiné dans le passé ou bien une réalité sans cesse présente et actuelle ?

v. 24-25 — Nous sommes d’abord dans un temps intermédiaire, au milieu de la semaine.
Les disciples sont dans la joie, à cause de leur rencontre avec le Ressuscité. Thomas n’a pas connu la même expérience, même si elle lui a été racontée. La foi naît nécessairement d’une rencontre personnelle avec le Ressuscité. Thomas est un personnage, chez Jean, qui pose beaucoup de questions.
Lors de la réanimation de Lazare (et non pas résurrection, car Lazare mourra un jour), il manifeste son attachement à Jésus sans comprendre tout à fait (Jean 11/16).
Lors du discours d’adieu, il traduira la difficulté à comprendre les paroles de Jésus, avant la croix (Seigneur, nous ne savons pas où tu vas ? Jean 14/5).
Dans ce passage, il n’est pas opposé à croire, mais il veut voir et comprendre.
Un courant gnostique (le salut par la connaissance) écrira un évangile, en se réclamant de son autorité (Evangile de Thomas).
Il est l’exemple du disciple qui refuse de croire n’importe quoi. Il n’a pas connu l’expérience de la rencontre avec le Ressuscité.
Pascal écrivait : « La foi, c’est Dieu sensible au cœur » et non le résultat de la connaissance et de la raison.

v. 26-29 — Thomas est le modèle du disciple de tous les temps.

v. 26 — L’épisode se situe une semaine plus tard. Nous sommes désormais dans le temps de la Résurrection que l’Eglise célèbre chaque dimanche.
Les disciples sont réunis, comme l’Eglise se rassemble.
Les portes sont encore verrouillées, mais la crainte a disparu et le Ressuscité est encore présent et proclame à nouveau la paix, le shalom définitif.

v. 27 — Jésus s’adresse à Thomas personnellement et reprend ses arguments.
Il ne lui fait aucun reproche, mais le rejoint là où il en est. Il s’agit de la rencontre entre Thomas et le Ressuscité.
Les signes de la croix et de la Résurrection sont là : ne doute plus. Le chemin de la foi est ouvert devant toi.

v. 28 — La confession de foi de Thomas dépasse tout ce qui a déjà été dit.
Le Juif qu’il est exprime la plénitude de la foi d’Israël en l’appliquant à Jésus
(Adonaï = mon Seigneur ; Elohim = mon Dieu).
La Parole est devenue homme – La Parole est Dieu. En Jésus, le Ressuscité manifeste pour lui la pleine vérité, la pleine révélation du Dieu de ses pères.

v. 29 — On a, à tort, fait de Thomas l’exemple des sceptiques (Proverbe : Je suis comme Thomas – Je ne crois que ce que je vois !).
Or, le texte dit : « Parce que tu as vu (c’est-à-dire compris), tu as cru ».
La foi est toujours compréhension et accueil de ce que l’évidence contredit.
Or, la manifestation de Pâques est passée et les témoins oculaires ont disparu. La Résurrection est toujours une réalité présente, sans cesse manifestée et actualisée dans la rencontre avec le Christ vivant, chaque jour dans notre vie, et chaque semaine dans le rassemblement de l’Eglise qui célèbre sa présence au milieu d’elle.

Ce court texte décrit l’expérience du disciple et la naissance de l’Eglise. Elle confirme la décisive révélation de Dieu dans son Fils et nous appelle à entrer dans la joie de sa présence avec une entière confiance.

Pistes de prédication

Après la résurrection, continuer à prêcher le Christ crucifié, folie et scandale.
Vivre la paix du Christ et la joie de sa présence…
…dans la communauté locale composée de personnes différentes et parfois opposées,
…dans une Eglise une et divisée.

Tous témoins et ministres du pardon des péchés.
Thomas, ou l’apprentissage de la foi = croire et douter.
La foi, rencontre avec le Christ vivant et non-adhésion à des idées ou des valeurs.



Prédication (sur Jean 20/19-29)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que, le soir de Pâques, le moral du dernier carré des disciples est mitigé.

Bien sûr, le tombeau était vide ! Marie de Magdala prétendait qu’elle avait vu le Seigneur, qu’il lui avait parlé ! De son vivant, Jésus avait évoqué sa mort et sa résurrection ! Tout cela est troublant. Et si c’était vrai…

D’un autre côté, les faits, eux, sont bien réels. L’arrestation, les événements qui ont suivi, la foule qui hurle, Pilate qui abandonne, le supplice, le tombeau….

Croire, espérer, espérer croire, tout cela est quand même bien fragile devant l’évidence de la mort. Surtout quand il y a le remord de la lâcheté… et la honte… et la peur.

Et Jésus vient. Rien ne peut l’arrêter. Ni les verrous, ni ce qui s’est passé entre lui et ses amis. Rien ne peut l’empêcher de leur apporter ce pour quoi il est venu, la paix, le pardon, la lumière au milieu de leur nuit, la réconciliation qui triomphe de tout ce qui les sépare encore, et la vie, la sienne, et celle qu’il leur offre, plus forte que toutes les morts et toutes les ruptures.

« Le châtiment, gage de paix pour nous, était sur lui… et dans ses plaies se trouvait notre guérison », avait écrit Esaïe le prophète. Voici que l’Ecriture s’ouvre, et elle s’accomplit. En voyant le Seigneur vivant au milieu d’eux, en accueillant ses paroles de paix, c’est sa paix qui les rejoint et sa joie qui les bouleverse.

Tout pourrait s’arrêter là, comme une mauvaise parenthèse qui se ferme comme un point final à un mauvais rêve… et voilà que tout continue, mais autrement.

L’Esprit Saint qu’ils reçoivent fait d’eux des hommes nouveaux, prêts à accomplir la mission que le Seigneur leur confie et qui, jusqu’à la fin du monde, poursuivra l’œuvre de paix et de réconciliation du Maître.

Redoutable mission, telle qu’elle est formulée ici, et qui en a fait trembler plus d’un.

« Pardonner ou retenir les péchés ».

Terrible pouvoir de juger, de lier ou de délier, pense-t-on communément. Et on tremble, quand on connaît ses limites, sa fragilité.

Mais qui parle ici de pouvoir, sinon les vieux démons qui nous hantent ? De son vivant, Jésus n’a revendiqué aucun pouvoir, sinon celui de pardonner les péchés et de guérir les hommes de toutes les maladies qui les empêchent de vivre : peur, angoisse, rancœur, désir de vengeance, désir de dominer et tant d’autres maux qu’il n’a cessé de dénoncer et de combattre.

Nous n’avons désormais aucune raison de redouter la tâche décisive qu’il confie à ses disciples de tous les temps. Dans confier, il y a confiance. Et c’est bien de confiance qu’il est question ici. Pour que ses disciples suivent le même chemin que lui, ce n’est pas un pouvoir qu’il leur donne, c’est un service, un mini-stère auquel il les appelle. La justesse et la fidélité de notre jugement ne dépendent pas, Dieu merci, de nos propres capacités, mais de l’œuvre du seul Esprit Saint en chacun de nous qui, comme l’a promis le Seigneur, viendra sans relâche, et nous conduira dans la vérité. Et pour commencer, la vérité du pardon, qui renverse toutes les barrières que les hommes ne cessent de dresser entre eux, et entre eux et le Père. Ce sont, d’ailleurs, souvent les mêmes.

Heureux sommes-nous chaque fois qu’il nous est donné d’annoncer le pardon à celui qui est écrasé de remord, rongé par la honte ou la culpabilité. Les disciples en savent quelque chose. Et leur bonheur est de faire partager au plus grand nombre, ce pardon et cette paix qui les a remis debout et a fait d’eux des hommes nouveaux. Et pour cela, nous avons, à coup sûr, besoin de toute la force de l’Esprit Saint pour être vraiment les disciples du Christ.

Beaucoup plus délicate est la responsabilité de retenir ce pardon. Or, le pardon n’est pas une chose légère. S’il guérit de sa rancune celui qui le prononce, il doit aussi relever celui qui a fait le mal. Accordé sans amour et par devoir, il devient insignifiant et manque son but, pour la victime comme pour le coupable. Nous sommes alors loin d’apporter la paix du Christ. Accordé, bien entendu, sans condition, le pardon ne peut être donné qu’à celui qui veut bien le recevoir. Dans ce cas, le retenir ne veut pas dire le refuser, mais attendre, avec parfois une longue patience, qu’il soit accepté. Et pour cela, nous avons encore plus besoin du secours de l’Esprit Saint, afin qu’il éclaire notre discernement et nous renouvelle la force d’aimer ceux-là même qui nous ont fait du mal.

Sommes-nous prêts, décidés à vivre cela à la suite du Seigneur ?

Prêts, je le crois ; car là où nous sommes, là où nous en sommes, il nous a rejoints, il nous a relevés, il nous a promis en toutes circonstances l’aide de son Esprit et il a confiance pour nous.

Décidés, cela dépend de nous, et c’est à cela que nous pouvons mesurer la force de la résurrection qui déjà s’accomplit en nous. Le bien connu Saint François d’Assise, priait ainsi, m’a-t-on dit : « Seigneur, mets en moi un cœur pur et un esprit bien disposé ». Il ajoutait aussitôt : « Mais attends encore un peu ! ». Nous savons le fidèle disciple qu’il est devenu quand il a fini par s’abandonner tout entier à l’amour de son Maître.

Présent au milieu de ses disciples, le soir de la résurrection, le Seigneur ne les a jamais abandonnés, même si, bien souvent, ils ont douté et été tentés d’abandonner. Et pourtant, depuis ce jour-là, chaque semaine il les invite à se rassembler autour de lui pour reprendre confiance et recevoir de lui des forces neuves.

Malgré nos abandons, nos trahisons, il nous confie inlassablement le même ministère de la paix et de la réconciliation. C’est un service humble et quotidien, difficile certes, mais il est toujours là, auprès de ceux qu’il appelle et envoie.

Et n’oublions pas qu’il compte sur chacun de nous et sur la fidélité de son Eglise pour faire connaître au monde combien il est aimé de Dieu, et pour que soient toujours plus nombreux ceux qui auront le bonheur de lui dire, à leur tour : « Mon Seigneur et mon Dieu ».



Autres lectures : Actes 4/32-35
1 Jean 5/1-6




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