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Jean 20 v 19-31 - David Mitrani
Texte : Jean 20/19-31
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 03.04.2005 à Segonzac & Jarnac (16). Combien d'entre vous n'ont-ils pas entendu souventes fois cette exclamation : "Moi, je suis comme Saint Thomas, je ne crois que ce que je vois"…? Avant d'aller voir comment se porte le saint en question, je voudrais vous dire ma peine devant cette phrase, ma peine pour ceux qui la prononcent. En effet, ils sont malheureux à plus d'un titre, et je ne voudrais pas leur ressembler ! Par cette phrase dont ils sont généralement assez fiers, en fait ils confessent leur infirmité à voir autant qu'à croire, ils confessent leur incapacité à saisir la moindre chose du réel. Oh, certes, il y a des choses que nous voyons. Si je me rappelle bien ce qu'à l'époque de mon enfance on appelait encore "leçon de choses" – bien nommée – et qu'aujourd'hui on appelle pompeusement "S.V.T.", ces choses donc sont de trois sortes : animales, végétales et minérales. Voilà, chers amis, ce que nous voyons. Il n'y a là rigoureusement rien à croire. Il n'y a qu'à voir et à nommer, et si nous avons le temps, à comprendre comment ça fonctionne, à quoi ça sert, etc… C'est du matérialisme pur et dur : il n'y a rien à croire. Notre personnage de tout à l'heure croit-il les fourmis et les chats, les haricots et le calcaire ? Dommage pour lui, n'est-ce pas, si c'est le cas ! Non, il voit, mais ne croit pas. Mais même ce qu'il voit n'est pas le tout des choses. Voit-il les molécules, les atomes, les quanta et leur spin, les cordes et leurs "branes" ? Voit-il l'expansion de l'univers ? Voit-il l'histoire de la terre et des humains ? Non, évidemment. Il voit des choses. Il en déduit des théories auxquelles il croit peut-être, mais qui peuvent être remplacées par d'autres, hypothèses meilleures que les précédentes. Il lui faut bien croire en sa capacité d'abstraction et de théorisation, il lui faut bien croire que l'esprit humain est capable d'appréhender efficacement ce qu'il ne voit pourtant pas directement. Notre personnage qui refuse de croire autre chose que ce qu'il voit n'est pas même un animal, car il n'a pas même d'instinct ; il est une plante ! Enfin, même s'il admettait de croire à des hypothèses scientifiques sur ce qu'il ne voit pourtant pas, il est certain qu'il exclurait de sa croyance tout ce sur quoi la science ne peut se prononcer, et qui pourtant tisse tant de liens entre les gens et les sociétés, par exemple l'amitié, la fidélité, la souffrance, le partage, le silence… l'amour. Notre personnage ne croit pas à l'amour, car celui-ci est évidemment invisible. Oui, malheureux est-il, ce personnage qui ne croit que ce qu'il voit, et qui ne peut donc que posséder et utiliser les autres, ou bien être possédé et utilisé par eux, puisque pour lui l'amour n'existe pas. Seul au monde et aveugle à tout ce qu'il se prive de croire et de recevoir. Pauvre homme ! Ne lui ressemblez pas, par pitié… Thomas est-il ainsi ? Jésus est mort. Il n'y a plus rien à voir… Thomas "y" a cru. A quoi ? Mais à cet homme ! Encore une différence entre voir et croire. Ce qu'il a vu, c'était un autre homme, Juif comme lui, offusqué par le péché, l'injustice, le mal, la mort, comme lui. En tout cas, ses œuvres et ses paroles allaient-elles dans ce sens. Et puis il a été arrêté, torturé et exécuté, comme tant d'autres. Qu'est-ce que Thomas croyait donc ? Qu'est-ce qu'il espérait ? De toute façon, maintenant tout est fini, la vie n'a plus de goût… Ils en sont tous là. Sauf lorsqu'il rentre : ils sont changés ! Mais ça n'a pas d'effet sur Thomas. Pas de contagion. Les esprits attachés à détruire le christianisme ont, de tout temps, prétendu que la foi en la résurrection était une invention d'esprits rendus débiles par le chagrin : ils auraient voulu y croire quand même, malgré la mort de leur maître ! Mais non. Thomas est surnommé "jumeau", c'est dire s'il est comme tout le monde ! Eh bien, pour tout le monde, même quand on a très mal, qu'on est très triste, la mort reste la mort, c'est indépassable. Tout au plus certains croient-ils à l'immortalité de l'âme, mais ça ne veut rien dire : moi, ceux qui sont morts et que j'aimais, je sais bien qu'ils sont morts, tout à fait morts… Thomas est comme moi, ou moi comme lui. Il croit à bien d'autres choses que seulement ce qu'il voit. Mais il a de la difficulté à croire contre ce qu'il voit. Il ne saurait pas que Jésus est mort, il pourrait bien le croire encore vivant, même sans le voir, et espérer encore une revanche, une victoire. Mais Jésus est mort, et la confiance de Thomas butte là-dessus, il ne peut pas franchir ce mur, il ne veut pas s'illusionner, inventer des fables, s'enfuir dans les nuages. Il veut bien croire, mais pas être fou, pas voir son propre esprit s'échapper dans les fantasmes. Thomas est un homme rationnel et croyant – si, si, ça existe, on peut ! Mais il ne croit pas à l'impossible. Ce qui se passe ensuite est à la fois parfaitement étonnant et tout à fait normal. C'est parfaitement étonnant pour Thomas ce jour-là, comme ça l'avait été huit jours plus tôt pour les autres. Celui qui est mort se trouve là, vivant, avec eux, et il leur dit bonjour, et ce mot a, aujourd'hui, du sens ! Et il montre la trace de ses tortures : oui, c'est bien lui, il n'y a pas de doute possible. L'apparition est étonnante. Le dialogue est étonnant. Les traces des blessures sont étonnantes. C'est comme à la Transfiguration – où Thomas n'était pas, soit dit en passant. Sauf que là, c'est le vrai Jésus. En fait, c'est le contraire de la Transfiguration : ce jour-là, les trois qui y étaient avaient eu une vision lumineuse, à la place du vrai Jésus en chair et en os. Mais maintenant, ils voient ce Jésus en chair et en os, à la place du vrai vide qu'ils auraient dû "voir" ! Etonnant donc : Jésus en gloire ressemble à Jésus souffrant, et non pas à une lumière éblouissante. 2 000 ans après, nous n'avons pas fini de nous en étonner… Mais ce qui se passe dans la scène qui nous est montrée est aussi parfaitement normal : une rencontre entre deux amis, une rencontre où ils se reconnaissent. Et Thomas en est tout chamboulé, il en est totalement transformé. Oui, ça, c'est normal. Qui de vous ressort identique à ce qu'il était avant, d'une rencontre particulièrement marquante ? Qui de vous est capable de renouer une relation forte, sans que ça modifie son regard et même sa vie ? Thomas aurait pu devenir incroyant, après le départ de Jésus, le départ définitif. Mais Jésus revient définitivement, et même le fait de ne plus le voir n'y changera plus rien : Thomas peut donc devenir croyant !… La rencontre avec Jésus ressuscité a changé sa vie. Mais ce que, maintenant, Jésus dit à Thomas – et l'évangéliste le dit à nous à travers son récit –, c'est que l'opposition n'est pas entre voir et croire, comme le disait notre "légume" matérialiste tout à l'heure ; l'opposition n'est pas théorique : elle est entre avoir rencontré Jésus et ne pas l'avoir rencontré. Or, la vue n'y fait rien. On peut très bien passer son temps avec quelqu'un qu'on voit parfaitement, et ne jamais le rencontrer. Comme on peut rencontrer vraiment quelqu'un qu'on n'aura fait que croiser. Comme on peut rencontrer Jésus ressuscité, qu'on ne voit pas. A quoi apprécie-t-on qu'on a vraiment rencontré quelqu'un ? Au changement opéré. Au changement commencé. Au fait qu'on n'est plus le même après qu'avant. En bien ou en mal, en noir ou en couleur, en qualité ou en quantité, on n'est plus le même dans la définition de soi-même. On est changé, et dès lors, on commence à changer aussi de manière plus ou moins visible, dans certains domaines de son existence – pas forcément dans tous, ni dans tous en même temps. Il y a d'autres puissances qu'on peut rencontrer. Jésus ressuscité est la seule puissance, la seule personne, dont la rencontre n'écrase pas, mais élève l'homme ou la femme rencontré/e. Il est le seul qui sauve, qui libère, au lieu d'enfermer, de détruire. Les autres non plus, on ne les voit pas, et pourtant, concrètement, on y croit, oh combien ! Mais si la rencontre avec le destin, la puissance de l'argent, la maladie, la jalousie, l'attrait pour la mort, etc… est une rencontre tellement dévastatrice, c'est qu'alors on ne rencontre pas une personne. Jésus ressuscité est la seule personne qui se laisse rencontrer, pour la vie et la liberté, car c'est le même que celui qui a donné sa vie pour nous. Rencontré. Changé. Pardonné. Ressuscité. Tous ces adjectifs, en l'occurrence, sont synonymes. Ils qualifient celui ou celle à qui Jésus ressuscité a parlé, à qui il s'est fait connaître et reconnaître. La foi, c'est comme l'amour, je le disais tout à l'heure : c'est croire ce qu'on ne voit pas, et qui pourtant vous a changé. La rencontre de la foi, c'est comme la rencontre amoureuse : on n'a de cesse d'en parler aux autres, à commencer par ses amis, mais ce jour-là, tout le monde est "ses amis" ! Oui, rencontré par le Christ vivant, l'un des changements opéré par cette rencontre, c'est qu'on a envie d'en parler au plus de monde possible. La mission donnée par Jésus huit jours avant de rencontrer Thomas ne demande pas autre chose. Elle énonce que le pardon reçu dans la rencontre avec celui qui est la vie, est un pardon qui s'annonce et s'offre joyeusement, sans retenue, sans calcul, sans crainte. Et ce n'est pas seulement à Jésus qu'il faut dire : "Mon Seigneur et mon Dieu", il le sait !… C'est aux autres, autour de nous, qu'il faut désigner ainsi celui dont la route a croisé et irrémédiablement changé la nôtre. Qui d'autre aurait eu assez de force pour nous dérouter, dans tous les sens du terme ? ! Oui, nous sommes chrétiens, non pas par ce que nous savons et que nous avons vu. Nous sommes chrétiens par celui auquel nous croyons et qui a changé notre vie, à nous qui l'avons vu et à nous qui ne l'avons pas vu. Amen. Autre lecture : Jean 3/1-21 Cantiques : * ARC 417 Tu peux naître de nouveau * NCTC 212 = ARC 475 Mon Rédempteur est vivant Autres textes de la même catégorie
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