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Jean 20 v 19-31 - Alphonse Maillot



Texte : Jean 20/19-31
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 88-92).



Jean 20/19-31
(cf. Pentecôte)

1°- On remarquera que l'apparition du Christ a non seulement lieu un dimanche, mais qu'elle est "ad usum privatum" : dans un lieu verrouillé (v. 18) (On prendra garde à ne pas transformer "la peur des Juifs" du v. 19 en antisémitisme = c'est ici la peur de (certains) Juifs). Si cela ne signifie pas qu'on doive transformer nos Eglises en prisons (cf. les portes rébarbatives de nos Eglises), cela signifie tout d'abord que, même dans nos Eglises closes, il parvient à entrer, et que, dès que retentit la phrase d'introduction : "Le Châlôm soit avec vous", c'est des lèvres mêmes du Christ qu'il nous vient. Le Christ n'est pas seulement présent lorsque la Cène (où il nous offre de partager son sacrifice et sa vie) est célébrée, mais dès que la liturgie commence. A la vérité, il était déjà là, à nous attendre, avant même que nous arrivions. Et cependant, seuls ceux qui veulent être ses disciples peuvent, non plus le voir, mais certainement l'entendre.

2°- Ce n'est pas sa gloire (comme à la Transfiguration par exemple) que Jésus montre, mais les signes de sa crucifixion (v. 20). C'est à cela qu'on le reconnaît (cf. Paul dans 1 Corinthiens 2/1ss et autres). C'est cette nouvelle-là que les apôtres (disciples ici, comme le plus souvent chez Jean) vont devoir transmettre : "Le Crucifié est vivant". Et comme le Père a envoyé (au-devant de la Croix) Jésus, celui-ci, avec la paix, envoie les apôtres eux-mêmes annoncer, sinon affronter, la Croix. Là encore, ce n'est pas une marche triomphale que Jésus leur promet, mais la certitude de devoir se renier eux-mêmes, prendre en charge leur propre croix afin de pouvoir le suivre (et... j'ai l'audace d'écrire cela engoncé dans un fauteuil !) ; cf. Matthieu 16/24 qui fait suite à la réponse de Jésus à Pierre qui avait cru un instant à une glorieuse progression (et procession) de l'Evangile.

3°- Jésus, pour cela, leur remet son propre esprit (v. 22) : le Saint-Esprit qui l'accompagnait. Cet Esprit est prioritairement un esprit de pardon. Je me permets de voir dans la seconde partie de la phrase un procédé rhétorique sémite où la seconde partie de la phrase, qui paraît contredire, vient au contraire renforcer la première partie (c'est le parallélisme antithétique) : "C'est si vrai que les péchés seront pardonnés quand vous les remettrez, qu'ils ne pourraient l'être si vous l'oubliez, ou si vous faillissiez (??) à votre tâche !! = Je me fie pleinement à vous ; alors prenez garde ! Vos actes ont une portée eschatologique. Votre pardon est un acte éternel".

4°- Quant à Thomas, tout s'éclaire quand on suit l'indication du texte. Thomas = Didyme = Jumeau. Thomas est mon jumeau... et le vôtre. Comme nous, il ne peut ni ne veut croire au Crucifié-Ressuscité. Il lui faut voir et, mieux encore, il veut toucher (non pas les "marques" de la Résurrection, mais les stigmates de la croix).

Et voici que "huit" jours (cf. plus bas) après, Jésus vient et répète la phrase liturgique : "La paix...". On remarque trop peu que, dès que Jésus lui offre les preuves qu'il exigeait, Thomas ne veut plus de ces preuves. Lui aussi a reconnu la voix ; lui aussi entend l'appel du Crucifié, et c'est la confession de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu" (v. 28). La divinité de Jésus est ici clairement confessée. C'est alors que Jésus prononce la phrase, la bénédiction, la béatitude inattendues : "Heureux ceux qui croiront sans voir" ou "Heureux ceux qui reconnaîtront ma voix sans m'avoir vu".

Nous avons plus de chance que les apôtres, car si, dans le culte, soudain ou lentement, nous entendons (au lieu de celle du prédicateur, toujours minable) la voix du Christ, nous accédons alors à la foi véritable. Heureux sommes-nous alors, plus que Pierre, plus que Jean, plus que Thomas !

5°- Pour votre curiosité, sachez que, moi aussi, je suis très intrigué par ces 8 jours, qui ne signifie pas comme aujourd'hui 1 semaine après. 8 jours pour Jean, c'est 8 jours. C'est un fanatique du calendrier et de la gématrie (interprétation kabbalistique des nombres) : par exemple le nom même de Thomas revient 7 fois dans l'Evangile, celui de Marthe 7 fois en Jean 11, etc… S'il est vrai que 7 représente (cf. Lamouille et Boismard) la totalité, la plénitude, ce huitième jour désignerait alors la plus parfaite plénitude (7 + 1 ? ?) et que donc nos cultes sont ce huitième jour perpétuel... mais ? ? ?

On insistera en outre :

a) sur l'un des desseins de ce texte. L'auteur, qui doit écrire vers 80-90, soit environ soixante ans après l'Evénement (tous les témoins de la Résurrection doivent avoir disparu) se trouve devant des gens qui se croient disqualifiés par rapport à la première génération de chrétiens et en particulier par rapport aux témoins oculaires. "Ah ! si nous aussi nous avions pu voir, sinon toucher, combien nous serait-il plus facile de croire, et de transmettre le message de la vie !". L'auteur répond au v. 29 : "Pas du tout ! La foi pleine au Ressuscité est celle des chrétiens qui ne l'ont pas vu" ; cf. 11/25-27. Celle-là fait pleinement vivre, elle est pleinement Vie. Paradoxe qu'il nous faut sans cesse réapprendre.

b) sur la bénédiction du Ressuscité : "La paix soit avec vous !". La vieille bénédiction et salutation juives (Châlôm) trouve son plein accomplissement quand le Christ ressuscité vient à notre rencontre dans le culte qui doit non seulement être inauguré par ce don du "Châlôm" juif, mais être entièrement orienté, coloré par ce même Châlôm avec lequel ceux qui sont venus doivent repartir. Ce n'est d'ailleurs pas dans un autre but que Jésus le "confie" ; il transmet aussi à ses apôtres l'Esprit, afin qu'ils puissent transmettre le pardon des péchés (v. 22s). Signalons à ce propos qu'il est possible que la traduction "retenir" (Lectionnaire Catholique : "maintenir" est peut-être plus fidèle) : "...à qui vous les (les péchés) retiendrez", n'est pas d'une évidence parfaite ; le verbe = tenir fortement, dominer. Ce peut être une allusion au pouvoir que les apôtres (et l'Eglise entière) reçoivent sur les péchés, même si le parallélisme du v. 23 rappelle nécessairement Matthieu 16/19 et 18/18.



"Plan" de prédication

Autant dans une étude biblique, j'insisterais sur le texte des Actes avec :
a) l'enseignement,
b) la communion,
c) la fraction du pain,
d) les prières (sans oublier le diaconat qui naîtra au chapitre 6 du "service des tables" et du soutien des veuves). On essaiera de se procurer le cahier n° 31 des Cahiers Théologiques de Delachaux et Niestlé (P. H. Menoud : La vie de l'Eglise naissante, cf. plus haut) ;

Autant pour la prédication, je me "rabattrai" sur Jean 20/19-31, "typologie" du culte chrétien :
a) réunion d'hommes peureux (pas difficile de découvrir nos peurs) ;
b) présence certaine du Christ, qui déjoue nos fermetures, nos murs et nos incrédulités ;
c) le Châlom (ou Shâlôm) donné non seulement pour une heure, mais pour toute la vie ;
d) le Pardon transmis... (n'insistez pas sur les péchés "retenus" (?)) ;
e) le Jumeau (Didyme) = notre jumeau en incrédulité, dont nous pouvons devenir le jumeau en la foi et le pardon.




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