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Jean 20 v 19-31 Albert Greiner



Texte : Jean 20/19-31
Genre : Prédication
Auteur : Albert GREINER
Source : Méditations radiodiffusées. FPF



Frères et sœurs,
Nous parlons bien souvent de Thomas, l’incrédule… de Thomas, l’homme qui doute… Mais combien sommes-nous à lui ressembler, à nous heurter comme lui à cette incroyable nouvelle : “Jésus vit ! Il est ressuscité !” ? Oui, combien sommes-nous dans ce cas ? Des hommes, des femmes, des jeunes, des personnes âgées ; des gens qui ont suivi une instruction religieuse et d’autres qui n’en ont jamais reçu. Car je n’ai aucune honte à le dire, puisque c’est vrai : même dans le cœur des croyants, l’incrédulité et le doute arrivent à s’insinuer. Pour ma part, je ne connais pas de chrétien qui n’en ai pas senti ou qui n’en sente pas encore, à un moment ou à un autre, la morsure.

Oui, il nous arrive à tous d’être contaminés par la pensée dominante au point de nous demander si tout ce que dit la Bible a une quelconque réalité, si tout cela a un sens.
Oui, il nous arrive d’être impressionnés par la manière dont notre siècle se passe de Dieu ;
il nous arrive d’être troublés par le silence qui paraît répondre à tant de nos prières ;
il nous arrive d’être effrayés par la cruauté, par l’injustice et par la violence d’un monde qui continue à vivre comme si Jésus n’était jamais venu, au point de douter de l’existence et de l’amour d’un Père et de nous demander si ceux qui y croient ne sont pas les victimes d’une gigantesque mystification.

Oui, cela nous arrive. Et même quand notre doute n’est pas théorique, quand il ne porte pas sur telle ou telle affirmation précise de l’histoire du salut, nous avons tous, chaque jour, tellement de peine à faire confiance concrètement aux promesses de Dieu, à nous appuyer sur le Ressuscité et à vivre de sa vie, que Thomas l’incrédule, Thomas le sceptique, Thomas l’homme-qui-doute nous apparaît vraiment comme un frère. Avec lui, nous sommes en bonne compagnie ! Avec lui (et avec beaucoup d’autres), nous sommes présents dans la Bible, présents dans l’histoire de Jésus. Bonne affaire, n’est-ce pas ? Bonne nouvelle pour nous, en vérité !
Pour les uns, ce doute est un drame, ou tout au moins une souffrance et une accusation ; ils se reprochent cette incrédulité dont ils constatent avec horreur la présence.
Pour d’autres, c’est un simple cri du cœur, combien de fois entendu : “Je voudrais bien croire, assurent-ils ; mais je n’y arrive pas !”.
Pour d’autres enfin, qui semblent devenir sans cesse plus nombreux, ce n’est même plus une souffrance ; ce n’est même plus un cri, car pour eux la cause est depuis longtemps entendue : “l’affaire de Dieu” est jugée ; le dossier est clos ; tout cela n’existe pas ; tout cela est inutile ; tout cela, c’est du vent, et il vaut mieux s’occuper d’autre chose.

Thomas l’incrédule, Thomas le douteur n’appartient manifestement pas à cette dernière catégorie !

Voyez l’insistance, la froide passion avec lesquelles il pose, précise et accumule ses conditions ; il en énonce et il en rajoute, logiquement, systématiquement : “Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains (et d’une !), si je ne mets pas mon doigt à la place où étaient les clous (et de deux !) et si je ne mets pas ma main dans son côté (et de trois !), je ne croirai pas”; voilà ce qu’il dit avec force à ses collègues (v. 25).

Cette sorte de rage me fait réfléchir. Elle me fait penser à un assiégé qui édifie avec soin une triple muraille pour se protéger contre son assiégeant. Et si ce refus n’était, au fond, qu’un appel déguisé en son contraire ?
Si l’attachement de Thomas à Jésus était, en réalité, sans qu’il le sache, plus fort que le doute qu’il proclame ?
Si sa défense obstinée, butée, n’était qu’une imploration inconsciente ?
Si la triple condition qu’il énonce n’était, après tout, qu’une sorte de prière à rebours, mais parfaitement sincère, dans laquelle nous pourrions légitimement reconnaître l’action secrète de l’Esprit ?
Si c’était de cette manière paradoxale que se manifestait l’attachement de Jésus à Thomas ?
Si c’était à cause de cela qu’il méritait, jusque dans cette scène poignante, d’être appelé “Thomas, l’un des douze”, Thomas, l’un des disciples (v. 24) ?

Il vaut la peine, je crois, que nous nous posions toutes ces questions. La réponse que notre récit leur donne pourrait nous inspirer un sain réalisme. Elle pourrait nous aider (et nous en avons bien besoin !) à jeter par terre la fausse image idéale que nous nous faisons trop souvent du chrétien comme de quelqu’un qui vit dans la sérénité absolue d’une foi sans nuage. Un chrétien “zen”, en quelque sorte ! Elle pourrait nous aider à jeter par terre notre fausse conception idéale de la prière comme d’un discours qui ne comprendrait jamais que des choses douces, soumises et aimables ; jamais de protestations, jamais de doutes, et tout au plus quelques rares questions bien anodines et respectueusement reléguées sur les bords.

Thomas, l’incrédule — Thomas, l’un des douze ! Mais si cela est vrai, nous, les incrédules, nous les douteurs, nous ne serions donc pas automatiquement exclus de la sollicitude et de l’amitié du Christ !… Nous ne serions donc pas automatiquement des brebis galeuses !… Il y aurait donc pour nous un espoir jusque dans l’heure des ténèbres ?

Oui, c’est cela, frères et sœurs, c’est exactement cela, la bonne nouvelle que proclame cet Evangile ! Le doute de Thomas n’est pas un obstacle infranchissable pour Jésus. Absent, invisible, silencieux,
le Ressuscité a entendu ce que disait celui qu’il aime.
Il entend nos cris, nos défenses, nos murmures.
Il est à l’écoute de nos appels, même quand ils franchissent nos lèvres sous forme de protestations.

Et, pour Thomas, il fait quelque chose de proprement inouï. Il accepte l’ultimatum. Il réalise, une à une, avec une exactitude surprenante (v. 27), les conditions posées par Thomas. L’incrédule a beau se retrancher dans la forteresse de son doute, Jésus est vivant ;
Jésus est puissant ;
Jésus est le plus fort ;
Jésus le débusque et Jésus le vainc.
La puissance de l’Esprit Saint, qui souffle avec force à la suite de la Résurrection, place sur les lèvres du disciple ce cri de foi véritable, c’est-à-dire de confiance et de consécration : “Mon Seigneur et mon Dieu” (v. 28).

Fera-t-il la même chose pour nous ?…

Je réponds “oui” sans hésiter, car je le crois. Oui, il fera la même chose, mais il la fera autrement. Il ne nous vaincra et ne nous convaincra pas par des apparitions, du moins en règle générale. Il le fera en nous renvoyant au témoignage de ceux qui ont vu. Il le fera en nous renvoyant à la Parole reçue, à la Bible lue dans la communauté des frères. “Heureux sont ceux qui croient sans m’avoir vu”, dit Jésus à Thomas reconquis, et l’évangéliste ajoute : ”Ce qui se trouve dans ce livre a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et pour que, par cette foi, vous ayez la vie en lui” (v. 29 & 31). Il le fera par l’action victorieuse et convaincante de l’Esprit qu’il a promis de manière ferme à ceux qui le demandent sérieusement, c’est-à-dire avec la volonté arrêtée de se laisser engager au service de Dieu dans le service des frères.

C’est pourquoi, à nous tous qui doutons, je recommande ceci :
Ne classons pas le dossier !
Gardons-nous de considérer l’affaire comme réglée !
Gardons-nous de l’indifférence !
Disons au Seigneur, tout simplement, où nous en sommes !
Confions-lui, même si c’est avec violence,…
nos doutes,
les incrédulités qui nous habitent,
les impossibilités de croire qui nous cabrent !
Avec d’autres, ouvrons la Bible et demandons le cadeau de l‘Esprit ! Disons : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute”.

C’est là l’unique remède, mais c’est un remède puissant, un remède qui agit, car — je le répète et, au fond, je n’ai rien d’autre à dire — Jésus est puissant ;
Jésus est vivant ;
Jésus est ressuscité ;
son action qu’on pouvait croire éteinte avec sa mort, continue ; elle se poursuite à travers les siècles des siècles.
Gloire soit rendue au Seigneur !

Amen.




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