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Jean 20 v 19-29 Peter
Textes bibliques : Jn 20, 19-29
Les disciples de Jésus sont terrés dans une maison de Jérusalem ; ils n’ont pas seulement peur, ils sont en plein désarroi, affligés de ce qui vient de se passer, pour leur maître et pour eux-même. Pour leur maître, parce qu’il était bon et juste, un homme de Dieu, puissant de vérité, d’amour, de courage, envers les humbles comme envers les grands ; et il est mort, de la façon la plus injuste, la plus infamante qui soit, comme un malfaiteur. Pour eux-même, parce qu’ils ont tout quitté pour suivre Jésus et se retrouvent à présent isolés, traqués, sans défense, et pire… sans but. Ne se seraient-ils pas fatalement trompés ? La porte qu’ils ont verrouillée derrière eux, s’est aussi refermée sur leur enthousiasme, leur espérance, et c’est devant eux surtout qu’elle ferme désormais l’horizon. Leur marche s’arrête là, stoppée net, plus de guide, plus d’avenir ; les disciples se sont enfermés à double tour dans le deuil, le remords et la peur, le désespoir. Bien sûr, il y a eu le tombeau trouvé vide ce matin par les femmes, puis Pierre et Jean ; et puis Marie, qui a dit avoir vu Jésus. Mais eux, n’ont rien vu, et ce tombeau vide, rajoute pour eux du vide au vide qu’ils ressentent à cet instant ? Le vide vertigineux du deuil, de la rupture, de l’absence de celui qui était devenu tout ; aujourd’hui, ils n’ont plus rien, ils n’attendent plus rien, et c’est la solidarité de l’angoisse qui les tient encore réunis. L’angoisse, c’est la perception du vide, de l’inutilité de la vie, de la vanité de l’espérance. Et Jésus vient au milieu d’eux, et parle : « La paix soit avec vous ». La paix, c’est le contraire de l’angoisse, c’est le sentiment que la vérité se situe dans l’événement de la vie, l’événement de sa vie, et non pas dans la fatalité de la mort, de sa mort, du vide, du néant. La paix, c’est tout autre chose que la tranquillité, l’état de béatitude inconsciente du bon sauvage de Rousseau par exemple, mais la conviction déterminée de pouvoir agir en faveur de la vie. Jésus ne dit pas aux disciples « Tout va bien, soyez tranquilles », mais « relevez-vous, reprenez confiance remettons-nous en marche ». Jésus n’a pas ouvert la porte pour entrer, comme un fantôme, qui traverserait les murs… Ou alors, pour lui, Jésus, il n’y a plus de portes fermées. Il a ouvert toutes les portes fermées de la vie, les portes fermées à la vie, et même celle qui nous nous semble la plus infranchissable de toutes, la porte fermée de la mort, sur laquelle s’arrête irrémédiablement toute vie. Pour Jésus, il n’y a plus de verrous, ni de murs ; il a ouvert à la vie un horizon infini de possibilité, de nouveauté, de liberté, et il l’a ouvert par l’amour, l’amour dont il a aimé ses disciples, l’amour dans lequel il les a enseignés. Mais qui est-il, ce Jésus qui fait irruption au milieu des disciples terrés, et atterrés ? A quoi reconnaissent-ils qu’il est leur Seigneur ? Non pas à son visage, ni à sa voix, et pourtant ils l’ont vu et entendu pendant plusieurs années ; ils le reconnaissent à ses blessures, aux blessures qu’il a reçues sur la croix. C’est à cela qu’ils pensaient bien sûr ; à sa mort, à cette mort qui pour eux était la fin de tout, parce qu’ils avaient vu celui en qui ils croyaient comme le Messie de Dieu, mourir comme un malheureux, mourir en fin de compte comme tout le monde, condamné à mort comme tout le monde est condamné à mort. C’est à ses blessures qu’ils reconnaissent leur Seigneur vivant, par les marques de sa communion aux souffrances du monde, les marques de son amour. Celui qui vit et leur parle, c’est bien celui qu’ils ont vu souffrir et mourir, celui qui vient et leur parle porte sur lui l’injustice et la souffrance subie par le monde et il porte tout cela pour le porter, l’emporter au-delà de tout enfermement, pour porter le monde au-delà des blessures de l’injustice. Ce Jésus stigmatisé révèle la vie, notre vie, au-delà de la porte verrouillée de la mort, au-delà de la peur du vide, il franchit pour nous cette porte. Le ressuscité n’est pas passé par la porte ; il est venu par l’amour qu’il a placé dans la conscience de ses disciples, pour franchir avec eux la porte verrouillée. Le blessé ressuscité donne son Esprit aux disciples enfermés dans la peur, pour leur ouvrir le monde, pour les offrir au monde. C’est cet homme-là que veut voir Thomas ; non pas le Christ glorieux, mais l’homme blessé, tué, vivant. Thomas fait partie de ceux que l’on considère comme les mauvais rôles de l’Evangile, et pourtant, que demande-t-il à voir de plus que ce que les autres ont vu ? Ont-ils cru, les autres, lorsque Marie leur a dit avoir vu Jésus ? Pourquoi se seraient-ils alors enfermés à double-tour ? Et puis, lorsque Jésus s’est mis en route vers la maison de Lazare, son ami mort, c’est Thomas qui s’est montré le plus courageux et a entraîné tous les autres à le suivre, en sachant qu’ils couraient grand risque à retourner vers Jérusalem. L’étiquette collée sur Thomas est injuste, il n’a pas plus de qualités, ni moins de défauts que les autres ; eux non plus, n’ont pas cru sans avoir vu. Il n’y a pas de mauvais rôle dans l’Evangile ; il y a des humains, et Dieu, et l’amour. En appelant Thomas à surmonter son incrédulité, c’est à chacun d’entre nous que s’adresse Jésus ; peut-il être facile de croire que toutes les injustices, jusqu’à la mort, peuvent ressusciter en vie, par l’amour ? C’est le message, l’appel radical de l’Evangile. A-t-il un sens aujourd’hui, pour nous, peut-il nous emmener à voir au-delà de tous nos enfermements, de toutes nos portes verrouillées, nos regrets et nos peurs, par l’amour ? « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu » ; à cela s’oppose la fameuse affirmation « je crois ce que je vois ». Jésus n’accuse pas Thomas, il l’encourage à passer du fatalisme à l’espérance. Si nous croyons ce que nous voyons, comment pourrons-nous changer, renouveler quoi que ce soit ? Les visionnaires, les créateurs, les inventeurs, croient-ils ce qu’ils voient, ou ce qu’ils espèrent ? L’appel à Thomas, c’est l’appel à nous engager au-delà de ce que nous voyons, à ouvrir les portes fermées du jugement et de la résignation, qui nous enferment encore davantage dans nos propres blessures. Les problèmes des banlieues, la guerre en Palestine, le sida, n’ont pas besoin de ceux qui croient ce qu’ils voient, mais de ceux qui cherchent les solutions, avec foi, et persévérance ; il est vain de dire du mal du mal, parce que c’est nourrir le mal, nourrir la mort. Nous voyons l’humanité souffrir et mourir, et si nous nous résignons, si nous croyons ce que nous voyons, nous souffrirons et nous mourrons avec. Nous avons entendu dire que Christ est ressuscité, et qu’il était bien l’homme Jésus de Nazareth, l’homme crucifié. Et nous ne le verrons pas, ce ressuscité. Ou plutôt, nous le verrons, dans chaque humain qui renaîtra à l’espérance parce qu’il aura reçu de l’amour dans sa détresse. C’est ce qu’a fait le Christ, pour chacun d’entre nous, c’est ce qu’il nous donne de faire, en soufflant son Esprit sur nous, l’Esprit de l’amour, de l’espérance, l’Esprit de la résurrection du monde. Amen |
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