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Jean 18 v 33



Textes : Daniel 7, v 13 & 14 Apocalypse 1, v 4 à 8 Jean 18, v 33 à 37

Notes bibliques
1. Il est un peu étrange de méditer un texte de la Passion en automne. Mais celui-ci nous présente le roi eschatologique et cadre donc bien avec la fin de l'année liturgique.

Les notations de mouvement abondent. On mène Jésus dans le Prétoire (c'est la résidence du Gouverneur, v. 28) ; Pilate sort pour parler aux responsables des Juifs (v.29), il rentre vers Jésus (v.33) ; il sort à nouveau (v.38b. Ces allées et venues délimitent de petites unités dans notre texte.

2. Le personnage de Pilate représente un certain pouvoir. Il gouverne au nom de l'empereur de Rome. Il détient l'autorité civile et judiciaire. À ce titre, il reçoit la plainte des autorités juives concernant Jésus.

L'accusation n'est cependant pas formulée clairement. Au v.30, les Juifs refusent de préciser les motifs ; ils affirment simplement que Jésus est un malfaiteur. Pilate ne peut pas s'en contenter pour prononcer une condamnation. Sa question du v. 33 vise à faire avouer à Jésus ce qu'il prétend être. Jean ne raconte pas que les chefs juifs aient dit que Jésus veut être roi, contrairement à Luc 23/8. Cependant, il y fera allusion plus loin (19/12), comme par la bande.
Détenteur du pouvoir, Pilate est incapable de l'exercer, faute de motifs. Il avouera (v.38b, 19/6) ne rien trouver en Jésus qui mérite la mort. S'il le condamne quand même, c'est poussé par les chefs juifs, plus forts en l'occurrence que en conscience professionnelle de Romain. Ce sont eux qui exercent le véritable pouvoir.

3. Face à Pilate, apparaît un autre roi : Jésus. Il est seulement supposé roi, à titre d'hypothèse d'enquête, dans les deux questions de Pilate (v.33 & 35). Il est évident que celui-ci pense à un roi humain, semblable à l'empereur de Rome et qui le contesterait. Mais, selon un mécanisme familier à Jean, on passe de la figure de ce roi politique à la figure d'un roi tout différent, grâce à deux décrochages où l'on change de plan.
3.1 Le v. 36 marque une première rupture. La réponse de Jésus implique qu'il s'avoue roi. Le mot grec du texte peut se traduire par "royaume" ou par "royauté". Le premier terme, employé par Segond et d'autres, évoque plutôt un territoire ("Le royaume de France"), alors que le contexte rend plutôt sensible un conflit de pouvoir et incline à traduire par "royauté", comme le fait la TOB.
Mais cette royauté diffère des pouvoirs humains. Jésus n'est pas roi au sens où Pilate l'entend et Jésus vise à modifier son opinion. Son autorité est d'une autre nature ("n'appartient pas à ce monde", traduit François Courant). Comme preuve, Jésus avance ce fait : s'il était venu faire la révolution et susciter des troubles, ses partisans combattraient pour lui. Jésus appartient à une réalité autre… Les deux expressions du v.37 "je suis né" ; "je suis venu" renvoient à l'incarnation de la Parole et au fait que le Christ vient de Dieu. Elles sont parallèles au "pas d'ici" du v. 36.
3.2 Le v. 37 marque une seconde rupture. Il indique la fonction de ce roi d'autre nature et d'une autre provenance. Cette fonction ne consiste pas à dominer les hommes par la force, m ais à révéler la vérité, avec tout ce que ce mot, dans la Bible et dans Jean en particulier implique de révélation de Dieu, de révélation de l'homme à lui-même et d'engagement de celui-ci dans une certaine direction.
On reconnaît cette autorité non en étant subjugué par la force mais en adhérant à la vérité (v.37b). La vérité, véhiculée par une Parole ("ma voix") demande un acquiescement. Devenir sujet de ce roi consiste à accepter la vérité qu'il révèle.
3.3 Devant ces affirmations, le phénomène courant dans Jean se reproduit : Pilate ne comprend pas. Au départ (v. 33 & 35) il était normal qu'il se situe sur le plan strictement politique. Après la première rupture, Pilate ne comprend pas mieux, comme l'indique sa question du v.37a. mais ici se produit le glissement de sens caractéristique de Jean. Le mot "roi" prononcé par Pilate est ambigu et prête à deux interprétations.
L'incompréhension de Pilate a encore pour fonction de mettre en relief la nature totalement autre de Jésus et de sa royauté. Ce sont des réalités inaccessibles à la raison humaine ; il faut la foi pour les reconnaître.

4. Deux remarques pour préciser comment comprendre cette royauté.
4.1 Du fait qu'elle n'est pas "de ce monde", on a conclu à une autorité toute spirituelle et désincarnée, qui s'exercerait dans le Royaume de Dieu ou dans le ciel. Or, l'écoute de la vérité, de la voix de Jésus (v.37) entraîne un certain style de vie dans le monde présent, dans le concret. "Faire la vérité", comme le dit littéralement 3/21, cela veut dire vivre pratiquement en accord avec la volonté de Dieu. La royauté de Jésus n'est pas purement spirituelle ; elle s'incarne dans le quotidien.
4.2 Dans cette scène s'affrontent le pouvoir de Pilate et l'autorité de Jésus. Le premier dépend d'une autre source, comme Jésus le dira (19/11), mais Pilate ne le reconnaît pas. Au contraire, cédant au pouvoir de persuasion de chefs juifs, il condamnera Jésus. Celui-ci ne se défend pas. Ses réponses ne sont pas des plaidoyers. Son intention, en effet, est d'aller à la croix. C'est lui, en définitive, qui conduit les événements, qu'elles que soient les réactions des hommes.

5. Pistes pour les prédications :
5.1 Montrer comment Jésus renonce, apparemment, à son autorité pour réaliser la volonté de salut de Dieu. Ce faisant, il exerce réellement cette autorité.
5.2 La royauté "pas de ce monde". Le sens réel de cette expression. Implique une obéissance concrète de notre part. Parfois contre les pouvoirs humains.
5.3 Le conflit Pilate-Jésus. Sa traduction actuelle dans certaines options chrétiennes. Son efficacité pour le sauvetage des hommes.

Prédication
1ère : Pasteur David Mitrani

Jean 18 / 33-38
Première lecture : Apocalypse 1 / 1-19

"Qu'est-ce que la vérité ? …" Au cœur de l'interrogatoire de Jésus par Pilate, dans la version de Saint Jean, il y a ces mots du préfet militaire de Judée, ces mots laissés à la postérité par les disciples de l'homme qu'il va faire crucifier bientôt, parmi une multitude d'autres suppliciés, triste bilan de sa procurature. Ce contexte nous dit en tout cas une chose : c'est qu'il ne s'agit pas là d'une question théorique, "philosophique" au mauvais sens du terme ! Les deux hommes ne sont pas assis devant le micro d'une radio, ou encore dans un café, ou sur un plateau de télévision. La question ici formulée touche à l'ultime, c'est-à-dire à la réalité concrète que ces deux hommes sont en train de vivre. Lorsque Jésus est livré aux Romains par le peuple de Dieu, lorsque le tortionnaire et la victime se rencontrent, lorsqu'il va y avoir la mort d'un homme, lorsque, de plus, cet homme est innocent, alors… "qu'est-ce que la vérité ?"…
"Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix." Lorsque Jésus dit cette phrase, plus personne n'écoute sa voix. Lorsque l'évangéliste en rend compte, ils sont à peine quelques-uns. Aujourd'hui, combien ? … Gardez-vous de répondre en éludant la remarque de Pilate ! Gardez-vous de trop vite vous mettre dans le bon camp – ou dans le mauvais ! – sans réfléchir à ce que vous faites, sans réfléchir à ce que Jésus veut dire.
"Qu'est-ce que la vérité ?" Le cynisme de l'homme de guerre a ceci de bon, qu'il nous aide à réaliser combien nos vérités ne pèsent rien ! Lui, il exécute les ordres. En fait, il les donne, mais il ne sait plus faire la différence. Il est pris dans un système qu'il entretient de manière parfaitement fataliste. Cela l'aide à relativiser toutes les vérités, celles peut-être auxquelles il croyait lorsqu'il était plus jeune, celles que les hommes politiques font profession de croire et au nom desquelles lui, il fait le sale travail.
Mais en face de lui, il y a Jésus. C'est difficile à avaler. Parce que la remise en cause est profonde. Je n'ai pas de crainte que nous ressemblions trop à Pilate ! Suffisamment poursuivis, lorsque nos Pères devaient se cacher ou mourir, lorsque nous-mêmes sommes tout juste tolérés dans notre expression religieuse aujourd'hui, laïcité oblige… Oui, nous ne courons pas trop le risque de ne plus croire aucune vérité et d'écraser toute revendication de sens.
Mais nous courons le risque de pleurer pour nos vérités à nous, de nous révolter pour elles, de mourir pour elles. Et, de mourir pour la vérité à tuer pour la vérité, la nature humaine fait vite le pas ! Regardez le Proche-Orient, regardez-les se tuer parce qu'ils se ressemblent... À l'aune d'un tel drame, mesurons nos propres vérités. "Qu'est-ce que la vérité ?" Est-ce une certaine conception de la vie personnelle, de la vie en société, de la morale, du droit ? Est-ce une certaine conception de Dieu, de la religion ? Le protestantisme réformé est-il la vérité ? Dit-il la vérité ?
Si nous répondons oui, en tout cas à cette dernière question, alors ne nous étonnons pas. Ne nous étonnons pas que notre société ne soit pas chrétienne, c'est parce qu'elle refuse notre vérité et qu'elle en a choisi une autre ! Ne nous étonnons pas que l'œcuménisme avance si lentement : ce sont deux vérités concurrentes portant sur le même objet, qui s'affrontent, certes aujourd'hui de manière plus feutrée, moins sanglante, que par le passé. Ne nous étonnons pas, même pas, de l'animosité qu'il peut y avoir dans des couples, des familles, des villages : chacun défend sa vérité quand on l'attaque ou quand seulement on pourrait l'attaquer.
Nous sommes tous bardés de tas de vérités, portant sur toutes sortes de sujets. Nous hiérarchisons ces vérités : il y a donc celles pour lesquelles on peut tuer, celles pour lesquelles on peut mourir (j'hésite sur l'ordre de ces deux premières…), il y a celles pour lesquelles on peut supporter un brin de contradiction, il y a celles pour lesquelles on fait avec la contradiction, il y a celles, enfin, qu'on n'a pas : les sujets pour lesquels on ne sait pas, on reste ouvert… parce que, pour tout le reste, on est fermé, enfermé dans sa vérité à soi.
Oh, je ne veux pas faire de subjectivisme. Il y a des vérités qui sont bonnes pour tous, qui devraient s'imposer à tous ! Mais il se trouve que "tous" n'est pas d'accord… ! Puisque, justement, les uns et les autres ne croient pas aux mêmes vérités. On aboutit à cet illogisme : c'est que chacun "a sa vérité". C'est une ineptie, bien sûr, c'est le contraire de ce que le mot "vérité" veut dire. C'est Pilate dans son ambiguïté : Pilate qui innocente Jésus au nom du subjectivisme, Pilate qui fait mourir Jésus au nom de la paix romaine, vérité suprême.
Nous vivons dans un monde où des vérités opposées se neutralisent. Je vous citais le Proche-Orient. Mais regardez aussi nos propres peurs, celles de nos concitoyens, par exemple la vérité des consommateurs et celle des éleveurs, toutes deux "vraies vérités" face auxquelles le pouvoir politique (qui, lui, n'en a pas, de vérité) ne sait pas quoi faire d'intelligent. Etc., etc. : vous pouvez trouver dans toutes les situations que vous vivez tous les exemples dans lesquels la vérité n'est plus ce qu'elle était…
Alors, nous protestants, sommes-nous dans la vérité lorsque nous sommes ce que nous sommes ? Mais "qu'est-ce que la vérité ?"… L'autre jour, dans une étude biblique, quelqu'un disait : "mais alors, la Bible ne dit pas la vérité ?" Sans doute le pasteur avait-il été hérétique, ou un brin provocateur ! Mais là encore, "qu'est-ce que la vérité ?"… C'est ce qui est vrai ! Direz-vous justement, parodiant les définitions du Petit Larousse ! Je crois que le dialogue de Jésus et Pilate nous dit autre chose. Il nous dit que la vérité n'est pas dans ce qu'on croit, dans "ce qui est vrai", mais que la vérité est ailleurs, qu'elle est d'une autre nature. La vérité dont témoigne Jésus-Christ dans ses paroles et ses œuvres, mais très particulièrement dans sa Croix, cette vérité n'est pas une doctrine ni une morale, c'est Dieu lui-même.
La question de Pilate est effectivement sans réponse, croire le contraire serait de l'inconscience. Mes frères et sœurs, nous n'avons pas la vérité, notre religion n'est pas la vérité, notre Bible ne dit pas la vérité ! Mais elle n'est pas menteuse ni fausse, ni – je crois – notre religion lorsqu'elle lui est fidèle. Dire que nous n'avons pas la vérité, ce n'est pas dire que nous sommes dans l'erreur, mais c'est confesser que la vérité nous dépasse, et de très loin, et que nous ne la posséderons jamais. Pas parce que nous sommes bêtes ! Mais parce qu'on ne possède pas Dieu.
Pilate n'a bien sûr pas réalisé la force de son refus des vérités humaines. Comme tous ceux qui manient la force à outrance, c'est qu'il était lâche. Il a eu peur de Dieu, puis peur des foules, peur enfin de perdre son pouvoir. Il a eu peur d'être comme Jésus, non pas possédant ou refusant la vérité, mais possédé par elle au point d'accepter de mourir pour lui rendre meilleur témoignage. On ne possède pas Dieu, mais je peux accepter ou refuser que Dieu soit ma vérité, qu'il soit la vérité de ma vie, de ma mort, la vérité éternelle de ma vie éternelle. Pilate n'a pas voulu choisir, il a donc choisi : il a fait mourir la Vérité.
"Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi." C'était à ses disciples que Jésus avait dit cela (Jn. 14 / 6), et ils n'y avaient rien compris… Jésus, image du Père, est la vérité. "Quiconque est de la vérité écoute ma voix." La question n'est plus de tout de savoir si je crois comme il faut, ni si je vis comme il faut. Aucune doctrine n'est vraie, aucune morale n'est vraie. Certaines aident à vivre, d'autres pas, d'autres encore sont mortifères. Mais tout un chacun peut s'en rendre compte, point n'est besoin d'être chrétien… Soyons donc fervents partisans de doctrines et de morales qui aident à vivre, en sachant que nous ne serons peut-être pas d'accord sur le choix à faire là-dedans ! …
Mais la question de la vérité n'est pas là. Appartenons-nous à la vérité, c'est-à-dire au Dieu de Jésus-Christ, ou bien ne lui appartenons-nous pas ? Sommes-nous possédés par la vérité, la vérité qui fait vivre même les idiots, les hérétiques et les pécheurs ? Ou bien voulons-nous posséder la vérité ? Sommes-nous à Dieu ou à diable, pour le dire plus brièvement ? ! C'est le diable qui veut posséder, qui veut dire à Jésus ce qu'il doit faire et croire ! C'est Jésus qui se soumet au Père, même lorsqu'il ne sait plus, même lorsqu'il meurt.
Chaque fois que vous vous emballerez pour une idée ou pour une question de morale, de valeur, de choix de vie, demandez-vous donc si vous ne servez pas justement le diable à ce moment-là ! Et chaque fois que vous oublierez de vous emballer pour Dieu, le Dieu qui donne sa vie, demandez-vous aussi si votre tranquillité ne ressemble pas à Pilate ? … Ne cherchez plus la vérité, c'est épuisant et vain. Mais dans votre vie quotidienne, dans votre tête, dans votre cœur, dans vos paroles et dans vos actes, laissez-vous donc trouver par elle… Amen !



chants :
AEC 303, NCTC 223 : Seigneur, que tous s'unissent
AEC 522, NCTC 249 : Sur ton Église universelle


2ème : Pasteur Jean-Claude Odier

On dit de quelqu’un qu’il est le roi quand, dans son domaine, il est inégalable. On le reconnaît comme maître incontesté. Son autorité en impose, appelle le respect. On est dans l’admiration.
Le roi ? c’est le chef. Qu’on veut imiter. Dont on s’inspire. On se réclame de lui dans la pratique. On le suit, lui obéit. Ses fans lui sont soumis comme réels sujets. C’est son monde à lui. Le monde sur lequel il règne.

* * *
Jésus est notre roi, à nous chrétiens. Mais le genre de roi qu’il est, sa manière de régner, ceux sur qui il règne et ce que cela représente pour eux, voilà une réalité globale qui n’a pas son pareil ailleurs. On le voit dire dans l’Évangile : « Mon royaume n’est pas de ce monde ».
Si l’on se place dans le contexte direct de cette parole de Jésus, c’est la notion politique de royaume qu’il récuse le concernant. Le Seigneur affirmait bien qu’il était « roi des juifs » mais pas à la façon qu’on pouvait croire. Politiquement, il aurait eu à sa disposition une armée pour le protéger. Aurait-on pu l’arrêter si ses soldats étaient intervenus ?
Jésus ne règne pas comme on conçoit couramment l’idée de régner. Il ne le fait, ni comme un chef d’État via ses forces de l’ordre, ni comme un magnat de l’industrie par la puissance de l’argent, ni comme une star grâce à son auréole. On ne devient pas son sujet par une loi astreignante, ou par nécessité économique, ou par simple admiration.
Jésus est roi en cela qu’il a reçu de Dieu son Père, « l’Ancien des jours », « Celui-qui-dure », « le Vieillard » de Daniel, la domination sur tous les peuples. Mais qu’est cette domination si non ce qu’il dit de lui-même : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ».
* * *
Plus que roi, Jésus est témoin, LE témoin par excellence de la vérité. Et la vérité pour le monde,
c’est ce que Dieu dit, c’est son intention, son dessein pour le monde, son projet. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il est la vie éternelle » (Jn 3, v 16).
La vérité, c’est Dieu qui la dit. Et sa Parole incarnée c’est Jésus. Il est « le chemin, la vérité et la vie ». (Jn 14, v 6). Sa personne et son œuvre révèlent la volonté de Dieu pour le monde, qui est une volonté d’amour, de paix et de justice.
Jésus-Christ, comme le présente l’Apocalypse, est « le témoin fidèle », le martyr, celui qui, sur la Croix, dit à l’humanité la vérité sur elle, elle qui est sous l’emprise de toutes les forces de destruction, elle que
Dieu sauve à travers la mort et la résurrection de son Messie qui porte sur lui les péchés de tout le peuple. Il en meurt, car « le salaire du péché, c’est la mort » (Ro 6, v 23), mais il est « le premier né d’entre les morts », il est le premier ressuscité et entraîne tous les croyants dans sa résurrection qui sera la leur.
C’est en cela qu’il est « le souverain des rois de la terre ». c’est là qu’il les domine tous. Dans ce service là, qui lui est confié à lui uniquement.
Il est chef en servant. En se donnant. Paul dit qu’il s’est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la Croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2, v 8 à 11).
* * *
Voilà en quoi Jésus est le roi. Et il n’y a pas de roi sans sujets, sans royaume. Et de qui ce royaume se compose-t-il ? Le texte de l’Apocalypse le dit : « Celui qui nous aime et nous a délivrés de nos péchés par son sang ; il a fait de nous un royaume de sacrificateurs pour Dieu son Père ».
Les fans de Jésus, ses disciples, les chrétiens, sont les gens gagnés par la Parole de vérité. C'est dans la mesure où ils l’écoutent qu’ils s’engagent dans la voie de l’Évangile, vivent l’Évangile, pensent et agissent dans la zone d’influence de l’Évangile. c’est ça, vivre le Royaume.
Êtres de chair et de sang, les chrétiens participent au monde des hommes. Nous sommes du monde sans lui être soumis. Nos références ultimes ne sont pas celles du monde des hommes, mais celles que nous inspire l’Évangile.
Et vivre l’Évangile, c’est être acteurs, artisans du royaume. Les chrétiens sont « sacrificateurs pour Dieu », c’est à dire prêtres, c’est à dire qu’ils offrent leur vie en sacrifice vivant et saint (Ro 12, v 1). Vie de témoignage. Vie en témoignage de l’amour de Dieu manifesté aux hommes en Jésus-Christ.
L’office des chrétiens est de présenter Dieu au monde et le monde à Dieu. C’est l’évangélisation, où le message n’est pas dit quand paroles mais aussi en actes. C’est la prière où intercéder pour le monde
exige de le connaître et de l’aimer, ce qui ne veut pas dire l’approuver.
* * *
Nous, chrétiens, le Seigneur Jésus a fait de nous « un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père ». Ce royaume-là, attention ! rappelons-nous ce que le Christ dit à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde ».
On ne saurait être participant de ce royaume, ou artisan de ce royaume, si l’on oubliait les fondements et les lois de ce royaume. Jésus n’est roi qu’en ce qu’il est chargé de « rendre témoignage à la vérité ». pour lui, c’est ce que Dieu dit qui est vérité. Et la vérité est dite en Christ, sa mort et sa résurrection.
Il y aura toujours quelque chose qui échappera à la logique du monde : c’est qu’il faut que Jésus passe par la croix. Là où l’on estime qu’il est faible, car il rencontre apparemment l’échec, il est en réalité force d’amour pour le salut du monde. C’est là que « Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom ».
Si notre Maître a su passer par la Croix, on sait ce qui attend ses disciples. « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi », a-t-il averti (Jn 15, v 20).
Ce qui est faiblesse aux yeux des hommes ne l’est pas forcément dans le service de la vérité. Nous n’avons pas à crier trop vite à l’échec. nous ne saurions être anéantis devant les phénomènes de destruction.
La victoire de l’Évangile afin que le Christ règne sur nos vies et la vie de tous les hommes est œuvre de l’Esprit Saint avant que nous puissions mettre en évidence le moindre de nos mérites.
* * *
En fait, n’existe-t-il pas dans la prière par excellence cette requête : « Que ton règne vienne » ? Nous ne pourrons jamais imposer le royaume. Nous n’avons pas à le faire. Mais la seule chose qui appartient vraiment aux artisans du royaume – je dis bien artisans, car les disciples ne sauraient être fainéants sous prétexte que c’est l’Esprit qui agit en dernier ressort – c’est de prier, de supplier Dieu en lui criant : « Que ton règne vienne ! ».
Amen.
Confessons notre foi :
Seigneur, tu m’as toujours donné le pain du lendemain,
et, bien que pauvre, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours donné la force du lendemain,
et, bien que faible, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours donné la paix du lendemain,
et, bien qu’angoissé, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours gardé, dans l’épreuve,
et, bien que dans l’épreuve, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours tracé la route du lendemain,
et, bien qu’elle soit cachée, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours éclairé mes ténèbres,
et, bien que sans lumière, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours parlé quand l’heure était propice,
et, malgré ton silence, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu as toujours été l’ami fidèle,
et, malgré ceux qui trahissent, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu as toujours accompli tes promesses,
et, malgré ceux qui doutent, aujourd’hui, je crois.
Communauté de Pomeyrol.


Cantiques : Psaume 97 Dieu le Seigneur est Roi ! toutes les strophes
AEC 153 Tournez les yeux vers le Seigneur toutes les strophes
AEC 263 Que toute la terre toutes les strophes



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