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Jean 18 v 33 (David Mitrani) 2



Texte : Jean 18/33-38
Genre : Prédication
Auteur : David MITRANI
Source : Prédication pour le 26.11.2000 à Châteauneuf & Jarnac (16), pour le 03.12.2000 à Villefavard (87).



"Qu'est-ce que la vérité ?…" Au cœur de l'interrogatoire de Jésus par Pilate, dans la version de Saint Jean, il y a ces mots du préfet militaire de Judée, ces mots laissés à la postérité par les disciples de l'homme qu'il va faire crucifier bientôt, parmi une multitude d'autres suppliciés, triste bilan de sa procurature. Ce contexte nous dit, en tout cas, une chose : c'est qu'il ne s'agit pas là d'une question théorique, "philosophique" au mauvais sens du terme ! Les deux hommes ne sont pas assis devant le micro d'une radio, ou encore dans un café, ou sur un plateau de télévision. La question ici formulée touche à l'ultime, c'est-à-dire à la réalité concrète que ces deux hommes sont en train de vivre. Lorsque Jésus est livré aux Romains par le peuple de Dieu, lorsque le tortionnaire et la victime se rencontrent, lorsqu'il va y avoir la mort d'un homme, lorsque, de plus, cet homme est innocent, alors… "qu'est-ce que la vérité ?"…

"Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix". Lorsque Jésus dit cette phrase, plus personne n'écoute sa voix. Lorsque l'évangéliste en rend compte, ils sont à peine quelques-uns. Aujourd'hui, combien ?… Gardez-vous de répondre en éludant la remarque de Pilate ! Gardez-vous de trop vite vous mettre dans le bon camp – ou dans le mauvais ! – sans réfléchir à ce que vous faites, sans réfléchir à ce que Jésus veut dire.

"Qu'est-ce que la vérité ?". Le cynisme de l'homme de guerre a ceci de bon, qu'il nous aide à réaliser combien nos vérités ne pèsent rien ! Lui, il exécute les ordres. En fait, il les donne, mais il ne sait plus faire la différence. Il est pris dans un système qu'il entretient de manière parfaitement fataliste. Cela l'aide à relativiser toutes les vérités, celles peut-être auxquelles il croyait lorsqu'il était plus jeune, celles que les hommes politiques font profession de croire et au nom desquelles lui, il fait le sale travail. Il est le Créon d'Antigone, pour ceux qui ont vu ou revu cette pièce qui est en train de courir la Charente, sur "les Tréteaux de France".

Mais en face de lui, il n'y a pas une adolescente anorexique. Il y a Jésus. C'est plus difficile à avaler. Parce que la remise en cause est plus profonde. Je n'ai pas de crainte que nous ressemblions trop à Créon-Pilate ! Suffisamment poursuivis, lorsque nos pères devaient se cacher ou mourir, lorsque nous-mêmes sommes tout juste tolérés dans notre expression religieuse aujourd'hui, laïcité oblige… Oui, nous ne courons pas trop le risque de ne plus croire aucune vérité et d'écraser toute revendication de sens.

Mais nous courons le risque d'être comme Antigone. Nous courons le risque de pleurer pour nos vérités à nous, de nous révolter pour elles, de mourir pour elles. Et, de mourir pour la vérité à tuer pour la vérité, la nature humaine fait vite le pas ! Regardez le Proche-Orient, regardez-les se tuer parce qu'ils se ressemblent… Antigone et Créon sont le miroir l'un de l'autre, chacun est ce que l'autre pourrait être. A l'aune d'un tel drame, mesurons nos propres vérités. "Qu'est-ce que la vérité ?". Est-ce une certaine conception de la vie personnelle, de la vie en société, de la morale, du droit ? Est-ce une certaine conception de Dieu, de la religion ? Le protestantisme réformé est-il la vérité ? Dit-il la vérité ?

Si nous répondons oui, en tout cas à cette dernière question, alors ne nous étonnons pas. Ne nous étonnons pas que notre société ne soit pas chrétienne, c'est parce qu'elle refuse notre vérité et qu'elle en a choisi une autre ! Ne nous étonnons pas que l'œcuménisme avance si lentement : ce sont deux vérités concurrentes portant sur le même objet, qui s'affrontent, certes aujourd'hui de manière plus feutrée, moins sanglante que par le passé. Ne nous étonnons pas, même pas, de l'animosité qu'il peut y avoir dans des couples, des familles, des villages : chacun défend sa vérité quand on l'attaque ou quand seulement on pourrait l'attaquer.

Nous sommes tous bardés de tas de vérités, portant sur toutes sortes de sujets. Nous hiérarchisons ces vérités : il y a donc celles pour lesquelles on peut tuer, celles pour lesquelles on peut mourir (j'hésite sur l'ordre de ces deux premières…), il y a celles pour lesquelles on peut supporter un brin de contradiction, il y a celles pour lesquelles on fait avec la contradiction, il y a celles, enfin, qu'on n'a pas : les sujets pour lesquels on ne sait pas, on reste ouvert… parce que, pour tout le reste, on est fermé, enfermé dans sa vérité à soi.

Oh, je ne veux pas faire de subjectivisme. Il y a des vérités qui sont bonnes pour tous, qui devraient s'imposer à tous ! Mais il se trouve que "tous" n'est pas d'accord…! Puisque, justement, les uns et les autres ne croient pas aux mêmes vérités. On aboutit à cet illogisme : c'est que chacun "a sa vérité". C'est une ineptie, bien sûr ; c'est le contraire de ce que le mot "vérité" veut dire. C'est Pilate dans son ambiguïté : Pilate qui innocente Jésus au nom du subjectivisme, Pilate qui fait mourir Jésus au nom de la paix romaine, vérité suprême.

Nous vivons dans un monde où des vérités opposées se neutralisent. Je vous citais le Proche-Orient. Mais regardez aussi "le plus grand pays du monde" : la vérité de Bush et la vérité de Gore sombrent ensemble dans le ridicule. Regardez nos propres peurs, celles de nos concitoyens, la vérité des consommateurs et celle des éleveurs, toutes deux "vraies vérités" face auxquelles le pouvoir politique (qui, lui, n'en a pas, de vérité) ne sait pas quoi faire d'intelligent, etc…, etc… : vous pouvez trouver dans toutes les situations que vous vivez tous les exemples dans lesquels la vérité n'est plus ce qu'elle était…

Alors, nous protestants, sommes-nous dans la vérité lorsque nous sommes ce que nous sommes ? Mais "qu'est-ce que la vérité ?"… L'autre jour, dans une étude biblique, quelqu'un disait : "mais alors, la Bible ne dit pas la vérité ?". C'est que votre serviteur devait avoir été hérétique ! Mais, là encore, "qu'est-ce que la vérité ?"… C'est ce qui est vrai ! direz-vous justement, parodiant les définitions du Petit Larousse ! Je crois que le dialogue de Jésus et Pilate nous dit autre chose. Il nous dit que la vérité n'est pas dans ce qu'on croit, dans "ce qui est vrai", mais que la vérité est ailleurs, qu'elle est d'une autre nature. La vérité dont témoigne Jésus-Christ dans ses paroles et ses œuvres, mais très particulièrement dans sa croix, cette vérité n'est pas une doctrine ni une morale, c'est Dieu lui-même.

La question de Pilate est effectivement sans réponse, croire le contraire serait de l'inconscience. Mes frères et sœurs, nous n'avons pas la vérité, notre religion n'est pas la vérité, notre Bible ne dit pas la vérité ! Mais elle n'est pas menteuse ni fausse, ni – je crois – notre religion lorsqu'elle lui est fidèle. Dire que nous n'avons pas la vérité, ce n'est pas dire que nous sommes dans l'erreur, mais c'est confesser que la vérité nous dépasse, et de très loin, et que nous ne la posséderons jamais. Pas parce que nous sommes bêtes ! Mais parce qu'on ne possède pas Dieu.

Pilate n'a, bien sûr, pas réalisé la force de son refus des vérités humaines. Comme tous ceux qui manient la force à outrance, c'est qu'il était lâche. Il a eu peur de Dieu, puis peur des foules, peur enfin de perdre son pouvoir. Il a eu peur d'être comme Jésus, non pas possédant ou refusant la vérité, mais possédé par elle au point d'accepter de mourir pour lui rendre meilleur témoignage. On ne possède pas Dieu, mais je peux accepter ou refuser que Dieu soit ma vérité, qu'il soit la vérité de ma vie, de ma mort, la vérité éternelle de ma vie éternelle. Pilate n'a pas voulu choisir, il a donc choisi : il a fait mourir la Vérité.

"Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi". C'était à ses disciples que Jésus avait dit cela (Jean 14/6), et ils n'y avaient rien compris… Jésus, image du Père, est la vérité. "Quiconque est de la vérité écoute ma voix". La question n'est plus du tout de savoir si je crois comme il faut, ni si je vis comme il faut. Aucune doctrine n'est vraie, aucune morale n'est vraie. Certaines aident à vivre, d'autres pas, d'autres encore sont mortifères. Mais tout un chacun peut s'en rendre compte, point n'est besoin d'être chrétien… Soyons donc fervents partisans de doctrines et de morales qui aident à vivre, en sachant que nous ne serons peut-être pas d'accord sur le choix à faire là-dedans !…

Mais la question de la vérité n'est pas là. Appartenons-nous à la vérité, c'est-à-dire au Dieu de Jésus-Christ, ou bien ne lui appartenons-nous pas ? Sommes-nous possédés par la vérité, la vérité qui fait vivre même les idiots, les hérétiques et les pécheurs ? Ou bien voulons-nous posséder la vérité ? Sommes-nous à Dieu ou à diable, pour le dire plus brièvement ? ! C'est le diable qui veut posséder, qui veut dire à Jésus ce qu'il doit faire et croire ! C'est Jésus qui se soumet au Père, même lorsqu'il ne sait plus, même lorsqu'il meurt.

Chaque fois que vous vous emballerez pour une idée ou pour une question de morale, de valeur, de choix de vie, demandez-vous donc si vous ne servez pas justement le diable à ce moment-là ! Et chaque fois que vous oublierez de vous emballer pour Dieu, le Dieu qui donne sa vie, demandez-vous aussi si votre tranquillité ne ressemble pas à Pilate ?… Ne cherchez plus la vérité, c'est épuisant et vain. Mais dans votre vie quotidienne, dans votre tête, dans votre cœur, dans vos paroles et dans vos actes, laissez-vous donc trouver par elle…

Amen !



Autre lecture : Apocalypse 1/1-19

Cantiques :
* NCTC 223 = ARC 303 Seigneur, que tous s’unissent
* NCTC 249 = ARC 522 Sur ton Eglise universelle




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