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Jean 17 v 20 à 26 Eva Zettwoog



Prédication du dimanche 29 août 2004, au Temple de Rambouillet,
Préparée par Eva Zettwoog
Ps. 68, 4 à12
Jn. 17,20 à 26

« Chantez à Dieu, célébrez son nom ! »

Pour ce dernier dimanche d’août nous avons choisi le thème de la louange. Peut-être vous êtes vous déjà sentis invités à la louange en cette fin de vacances, qui a dû vous apporter des moments de détente et de joie. Le rythme de vie changé et ralenti a offert aussi un peu plus de temps pour la prière et la méditation. Avons-nous pu, comme le psalmiste du psaume 68, nous réjouir devant Dieu ? Avons-nous eu des raisons de Le louer, de L’acclamer, Le glorifier, Le célébrer ? Définitions que nos dictionnaires nous proposent, si nous les interrogeons sur ce vocabulaire.

Quand j’ai réfléchi à ce qui serait au centre de notre réflexion d’aujourd’hui, c’est le thème de la louange qui s’est présenté à mon esprit. J’ai cherché à me documenter à la Procure mais la responsable du rayon de théologie pratique n’a pas pu m’indiquer le moindre titre. Ce qui tend à prouver que ce thème de la louange est délaissé de nos jours, en France tout au moins.

C’est en cherchant moi-même dans les rayons que j’ai trouvé le petit livre de Merlin Carothers « Puissance de la Louange », dont le leitmotiv est: « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » Rom. 8, 28.

Ce pasteur et aumônier américain a découvert l’efficacité inouïe de la louange, sur laquelle il a basé sa relation avec Dieu, incitant toutes les personnes qu’il rencontrait à en faire autant. Merlin Carothers nous dit: « La Louange est basée sur l’acceptation totale et joyeuse du présent comme faisant partie de la volonté parfaite d’un Dieu d’amour. Elle n’est pas fondée sur ce que nous pensons ou espérons voir arriver dans l’avenir ».

Les témoignages qu’il rapporte dans son livre sont plus qu’éloquents. Son message est clair : Dieu a conçu pour chaque être humain un bon projet de vie. Le disciple du Christ est celui qui se met à la recherche de ce projet. Comment le trouver ? Beaucoup de chrétiens croient qu’il leur revient de comprendre ce que Dieu attend d’eux. Mais l’entendement de Dieu dépasse toutes les possibilités de l’entendement des humains. Incapables de trouver ces chrétiens se découragent. Merlin Carother leur dit : « Commencez par louer Dieu pour l’excellence du projet qu’il a conçu pour vous, même si vous ne le connaissez pas encore et même si vous êtes dans l’extrême détresse. Votre moi ne faisant plus obstacle, le Saint Esprit viendra habiter en vous. Soudain vous vous mettrez à vivre tout naturellement votre projet de vie au présent sans vous inquiéter du futur, puisque la lumière en vous vous guidera. C’est dans la jubilation que vous louerez Dieu » .

Le livre de Merlin Carothers m’a remis en mémoire différents moments de ma vie où je n’ai rien pu faire d’autre que de louer notre Seigneur pour sa présence auprès de moi, me conseillant, me soutenant et me guidant au travers des épreuves sur des chemins qui semblaient bloqués, fermés.

Il m’a aussi rappelé une discussion que j’ai eue avec une amie allemande. Elle avait voué toute sa vie au service de Dieu en tant que prédicateur laïc avec une grande capacité d’écoute, ce jusqu’au moment où sa santé est devenue trop précaire. Elle m’a dit: « tu sais, j’ai parfois envie de me fâcher avec Jésus pour ce qu’il m’impose de souffrances presque insupportables, mais je retombe toujours dans la louange, tellement Il est proche de moi, partageant avec moi des journées qui seraient invivables sans Lui ».

Le passage des confessions de St Augustin que Pierre nous a lu est une puissante exhortation à la louange : « Ils loueront le Seigneur ceux qui le cherchent. Le cherchant ils le trouveront. Le trouvant ils le loueront ».

St Augustin nous atteste ici que l’amour du Seigneur, sa fidélité et cette présence si réelle du Christ sont capables de nous détacher de notre moi et de ses misères. Le Christ nous libère de tout ce qui nous assaille et nous tenaille et nous pouvons nous laisser tomber dans ses bras.

Je suis sûre que beaucoup d’entre vous ont fait cette expérience et vivent leur foi avec une grande confiance. Quant à moi, il m’a été était possible d’accepter certains événements difficilement acceptables de ma vie parce que le Christ était à côté de moi à chaque instant. Jusqu’alors Il ne m’a jamais abandonnée.

Mais Dieu se laisse trouver et louer pas que par des chrétiens. Un exemple précieux m’en a été donné en lisant la vie d’une femme soufie, Rabia. Elle fut vendue toute jeune comme esclave. Son maître n’avait aucune pitié de sa faiblesse et lui réservait les travaux les plus durs. Elle passait ses nuits en prière dans sa chambre. Une nuit, où le maître désirait la rejoindre, il la vit inondée d’une lumière qui remplissait non seulement la pauvre petite pièce, mais s’étendait dans toute la maison. Pris de frayeur le maître lui rendit aussitôt la liberté. Rabia s’installa dans une hutte en continuant sa louange. Elle aimait Dieu pour Lui seul. Sa vie était si exemplaire que beaucoup de monde venait la voir en lui demandant conseil. Elle répétait que passer son temps à blâmer le monde (blâmer est le contraire de louer) c’est encore trop s’en occuper. Ce qu’il faut, c’est l’oublier pour ne penser qu’à Dieu.

C’est en étudiant sa biographie que j’ai pleinement compris l’infinité de la miséricorde de Dieu. Dieu s’est penché avec un immense amour sur cette pauvre petite esclave, dont la vie est devenue si exemplaire qu’elle est vénérée comme une Sainte. Quand on lui demandait pourquoi elle adorait Dieu à l’exclusion de toute autre chose, elle déclarait que son amour n’attendait aucune récompense surtout pas celle du paradis. Rabia savait ce qu’est un « pur amour »!

Un autre exemple qui m’a montré que cette miséricorde de Dieu s’étend à toute l’humanité m’a été donné grâce au livre de Patrice van Eersel et d’Alain Grosrey, « Le Cercle des Anciens ». Patrice van Eersel m’est connu par son livre « la Source Noire », sous-titré « Révélations aux portes de la mort », que certains d’entre vous ont peut-être lu. Ce livre m’a aidée à mieux approcher les personnes en stade terminal que j’ai eu à rencontrer dans mon travail d’aumônier à l’hôpital de Rambouillet.

Patrice van Eersel relate avec « Le cercle des anciens » la rencontre organisée à l’institut de Karma Ling au bord de l’Isère par le Lama Denys Teundroup avec l’accord du Dalaï-Lama. L’invitation s’adressait à tous les hommes ou femmes médecins ou chamans du monde entier partout là où ils étaient encore actifs. Après des préparatifs importants, des délégations sont arrivées des quatre coins du monde et se sont rassemblées sous un magnifique chapiteau. Etaient aussi représentées par des observateurs les traditions chrétiennes, juives, musulmanes, hindoues. En fait des représentants de toutes les traditions des mondes de l’imaginaire étaient arrivés sur les bords de l’Isère.

Le Dalaï-Lama a ouvert cette rencontre inter religieuse avec une bénédiction. Et tous ceux qui voulaient faire une célébration dans leurs rituels respectifs ont pu lui emboîter le pas, avec aussi des louanges, sans le moindre aspect de syncrétisme, mais dans un profond respect des uns pour les autres. Ces rituels se sont poursuivis sur plusieurs jours.

Patrice van Eersel écrit: « L’avenir s’éclairera quand les hommes auront compris que les différences entre chacun sont une immense miséricorde de Dieu. /…/ Le fait qu’il y ait plusieurs façons de voir les choses, plusieurs messages, plusieurs philosophies qui abordent les choses de façon nouvelle et différente, fait partie de la volonté miséricordieuse divine. /…/ Celui qui comprend cela va vivre dans un environnement à la fois universel et fécond pour lui, parce qu’il va puiser dans la totalité de l’héritage de l’humanité ».

Que des représentants de religions qui se sont fait subir les unes les autres, pendant des générations, des persécutions de toutes sortes, aient pu se rencontrer sans la moindre hostilité et sans le moindre reproche, peut être aussi considéré comme un signe de la miséricorde de Dieu envers les hommes, si différents qu’ils puissent être dans leur recherche d’un chemin. Théodore Monod nous dit à ce propos « il y a beaucoup de sentiers qui mènent au sommet de la montagne. »

Les chrétiens ont cette chance extraordinaire que Jésus, devenu le Christ, leur a frayé leur chemin dans ce monde, et qu’Il les accompagne à chaque pas. C’est aussi le Christ qui leur a ouvert l’entrée que Jürgen Moltmann, un théologien contemporain allemand, appelle la Périchorèse de la Trinité, et qu’il nous décrit dans son livre « Trinité et Royaume de Dieu ». La Périchorèse est le mouvement circulaire de L’Esprit Saint qui unit dans sa dynamique le Père et le Fils. Nous sommes invités dans cette relation d’amour qui émane du Père vers le Fils et du Fils vers le Père, et c’est ce que nous avons entendu au moment de la lecture du chap.17 de Jean, avec le passage intitulé « Prière sacerdotale » : « Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé ».

Ce courant d’amour nous élève vers la lumière divine. Dans l’histoire du salut tout émane du Père et s’achève en Lui. Il est le commencement et la fin. L’Alpha et l’Oméga, Apo. 1,8.

Paul nous dit dans sa lettre aux Ephésiens au chap. 5, 8 : « Autrefois vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière ». C’est la force de l’Esprit Saint qui nous rappelle inlassablement le projet de Dieu pour nous ; sans cette force il nous serait difficile de faire abstraction de tout ce qui nous semble indigne en nous et qui nous empêche de nous considérer comme des enfants de lumière. Le seul moyen de nous libérer de nous même c’est la louange. Dieu nous aime tellement plus fort que ce que nous sommes capables d’imaginer en matière d’amour. Il veut que nous nous laissions porter par notre joie et notre reconnaissance en nous détachant de notre médiocrité.

En louant le Père et le Fils, nous répondons à Leur élan d’amour, et nous sommes ainsi unis à Eux.

Amen




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