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Jean 17 v 20-26 Christophe Denis
Jean 17, 20-26
Finalement, à quoi sert l'Église ? A quoi servent nos rencontres, nos cultes, notre organisation ? Quelle est la fonction de l'Église ? A-t-elle seulement un rôle quelconque ? Vous vous êtes peut-être déjà posé cette question. Est-ce que vous ne vous demandez jamais : "Mais qu'est-ce que je fais ici, dans ce temple ? Qu'est-ce que c'est que cette Église protestante réformée ? Qu'est-ce qu'elle fait dans le monde d'aujourd'hui ?". Pour vous rassurer tout de suite, ou attirer votre attention, je dirais brièvement que notre église n'est pas réformée au sens où on peut l'être d'un service citoyen. Elle est simplement issue de la réforme du 16ème siècle grâce à Luther et Calvin qui ont voulu réformer de l'intérieur leur église avec entre autre cette devise : "l'église est sans cesse à réformer" : ecclésia reformata, semper réformanda. Ils n'y sont parvenus que partiellement puisqu'ils ont été obligés de créer leur propre église parce qu'à l'époque le dialogue œcuménique et la notion de tolérance n'existait pas. C'était l'époque de la devise : 1 roi, 1 foi, 1 loi." Alors, à quoi sert l'Église ? Qu'est-ce qu'elle fait dans le monde d'aujourd'hui ?". La réponse à cette interrogation, on peut la trouver dans cette finale du chapitre dix-sept de l'évangile de Jean, que nous venons de lire. Ce texte du chapitre dix-sept, on l'appelle traditionnellement la prière sacerdotale, parce que Jésus prie pour ses disciples comme le prêtre d'Israël priait pour le peuple. L'évangéliste Jean met cette prière dans la bouche de Jésus à la fin de sa dernière conversation avec ses disciples, quelques heures avant son arrestation et sa condamnation. -o- La finale de cette prière se rapporte au temps de l'Église, au temps que nous vivons. Elle concernait les chrétiens du premier siècle, et elle nous concerne, nous aussi qui sommes dans la suite de l'histoire. Elle nous replace dans l'histoire du monde et donc dans l'histoire de l'Église, présente dans le monde, quelle que soit son étiquette ou sa particularité. Alors, la réponse à notre question Pourquoi l'Église ?, nous pouvons la trouver dans quelques traits de cette prière, dans quelques-unes des affirmations mises dans la bouche de Jésus et qui expriment la conviction des chrétiens du premier siècle. 1ère affirmation : Jésus dit : "Le monde ne t'a pas connu". Il n'a pas connu Dieu, son Père. Voilà quelque chose qui nous étonne. Il existe de nombreuses religions qui prétendent le connaître. Du temps de Jésus et longtemps avant existaient des religions antiques ; elles étaient nombreuses et croyaient à de nombreuses divinités. Au risque de vous choquer, je dirais volontiers qu'il existe encore maintenant des religions. Elles nous assurent que leur dieu est le bon. Chacune, anciennes et modernes, a son idée de dieu ou des dieux, chacune a ses théologiens et sa théologie. Pourtant l'affirmation de Jésus que le monde ne connaît pas Dieu est vraie. Toutes ces divinités que les religions adorent sont des inventions humaines. Ce ne sont pas de vrais dieux, mais des dieux inventés, des idoles. Ce n'est pas seulement la conviction de Jésus, c'est aussi celle de toute la Bible. Personne, aucune religion ni aucun peuple ne sait qui est le Seigneur vivant. On ne le connaît que lorsqu'il se révèle par sa Parole. C'est là toute la différence me semble t-il entre la religion et la foi. La foi est du domaine de la rencontre existentielle. Et d'ailleurs, toute la Bible 1ère et nouvelle alliance confondues essaye de nous transmettre ce qui a été compris progressivement par le peuple hébreu puis par les 1ers croyants à propos de Jésus qui nous révèle Dieu. -o- Deuxième affirmation de Jésus, qui suit immédiatement : "Moi, je t'ai connu". Jésus connaît Dieu, parce qu'Israël le connaît. Les Israélites ont reçu la révélation de Dieu, ils ont gardé la Parole de Dieu, ils l'ont transmise au long des siècles. Jésus est un Israélite, c'est un Juif. Il est tout normal qu'il dise à Dieu : "Je te connais, toi, le Seigneur vrai, le Seigneur unique". C'est en tant que Juif qu'il peut le dire. Le Nouveau Testament affirme qu'il existe une relation particulière entre Jésus et son Père. L'évangile de Jean la fait ressortir tout particulièrement. Il montre ce qu'il y a d'unique dans cette relation. Jésus dit lui-même à son Père : "Moi et toi, nous sommes un". Tous les deux forment une sorte d'unité, ils sont en pleine communion l'un avec l'autre. Pensez à cette image d'une pyramide à 3 faces. C'est la même figure mais en 3 D comme on dit aujourd'hui à propos des dessins ou en 3 dimensions. C'est aussi un peu comme de l'huile 3 en 1 ou multi-usages non pas pour "mettre de l'huile sur le feu" !, mais pour mettre de l'huile dans les rouages de notre vie personnelle et citoyenne. Il s'agit ainsi pour notre humanité de recevoir cet appel à la réconciliation pour vivre pleinement cette communion humaine et spirituelle.. De même, Jésus trouve sa connaissance de Dieu dans cette communion, dans cet accord avec son Père. Mais il ne garde pas cette connaissance pour lui-même. Il la transmet aux autres. Il peut dire : "Je leur ai fait connaître ton nom" ; autrement dit, il nous fait connaître la personne, la vraie personne de Dieu. Telle est la mission qu'il a remplie. -o- Jésus est le point de rencontre entre Dieu et le monde, entre Dieu et le monde païen. C'est au monde que Jésus fait connaître Dieu. Ce n'est que par Jésus que les non-Juifs peuvent connaître Dieu. Pour les non-Juifs il n'existe aucune autre façon de connaître Dieu. Il est inutile de chercher d'autres détours, d'autres chemins. Jésus-Christ apporte la révélation unique, il est le seul canal, le seul point de passage, le seul pont entre Dieu et le monde non-Juif. Maintenant c'est à travers nous, c'est à travers l'Église, que Jésus-Christ fait connaître son Père. C'est le sens de sa prière : "Je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croient en moi". Notre rôle, notre mission, consiste à travailler à la suite de Jésus-Christ, de continuer la mission qu'il a commencée. Notre mission, c'est de faire connaître la Parole de Dieu à tous ceux qui ne la connaissent pas encore. Nous recevons la Parole de Dieu pour la répandre. Nous ne devons pas la garder pour nous-mêmes, nous avons à la diffuser. Pensez aux abeilles qui butinent le nectar des fleurs et qui en font du miel. Ainsi, la mission de l'Église et la nôtre, la raison d'être de celles et ceux qui se posent des questions sur Dieu et sur Jésus et se laissent interpeller, c'est d'être un peu comme des abeilles qui butinent le nectar de l'Évangile pour faire connaître la Parole de Dieu. Mais nous ne détenons pas cette Parole de Dieu ! Tout ce que nous pouvons faire c'est d'essayer d'être à son écoute pour essayer ensuite de dire au monde, à nos contemporains en quête d'espérance et de sens à leur vie que le Seigneur est vivant. C'est cela me semble t-il nous inviter à la foi en Jésus-Christ. Plus que de savoir un catéchisme par cœur, c'est d'essayer de garder le contact avec ce nectar de l'Évangile, et avec le seul et unique véritable Roi : Jésus-Christ. Hier après midi, avec un voisin, nous avons réussi à attraper un essaim situé à une 12aine de mètres de hauteur, grâce à des cannes à pêche et un mât de planche à voile, muni en bout d'un collecteur de piscine ! En secouant par dessous la branche du pin nous avons pu progressivement récupérer les abeilles par paquets de plusieurs centaines de grammes puis de les déverser dans une petite ruchette préparée à cet effet. Et lorsque les abeilles ont su que la reine était dans la ruchette, nous n'avons plus eu besoin de retourner à l'arbre pour récupérer le reste d'abeilles. Elles sont descendues d'elles-mêmes si je puis dire en venant directement à la ruchette. La Reine en effet sécrète une substance chimique qui permet aux abeilles soit rester groupées autour d'elles. C'est une sorte d'aura ! Mais je pense quant à moi que les abeilles se transmettent aussi entre elles l'information soit par leur façon de voler dans l'air soit dans la façon de battre des ailes à l'entrée de la ruche pour en quelque sorte battre le rappel ! C'est aussi une autre façon de se passer le ballon ou de taper dans la balle … ! Il me semble que c'est aussi cela la foi, faire confiance peut être pas trop naïvement quand même à cette nuée des témoins de la foi qui nous ont transmis ce message de l'Evangile avec leur culture et leur conception de l'époque. A nous aujourd'hui d'essayer de le retraduire et de le retranscrire pour interpeller et inviter à la foi personnelle au Christ. C'est le plus grand service que nous puissions rendre à l'humanité. Les hommes cherchent passionnément Dieu, ils sont prêts à tout pour le trouver. Les intégristes de tout poil vont jusqu'au meurtre dans leur recherche folle, mais passionnée. On doit réprimer leurs crimes, mais cela ne suffit pas. L'humanité ne trouve son équilibre que dans la foi au vrai Seigneur et dans la relation vivante avec lui. En apportant la Parole de Dieu, nous apportons aux êtres humains ce dont ils ont besoin fondamentalement, profondément. Ici, on n'est plus sur le terrain de la religion. On est dans le domaine de ce que d'autres appellent l'existentiel, ce qui est absolument indispensable pour être une créature vraiment humaine. De cette façon pourra se réaliser cette affirmation de Jésus : "Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée". La gloire, ce n'est pas seulement une lumière, ce n'est pas une clarté, même éblouissante. Dans la Bible, la gloire, c'est le poids. Ce qui est glorieux, c'est ce qui est pesant, ce qui a de la consistance (un peu comme le miel) . En français, on dit qu'un homme a du poids quand on lui reconnaît de la valeur, quand il a de l'influence. Dieu est glorieux, parce qu'il est important, parce qu'il est efficace. La gloire d'une personne, c'est son poids d'humanité, c'est sa valeur humaine. C'est ce qui fait qu'elle est réellement une créature de Dieu. Mais cette "gloire humaine", elle n'est reçue que dans la foi. C'est seulement dans la foi en Dieu qu'on reçoit sa vraie personnalité, sa vraie humanité. Il faut cette confiance en Dieu pour devenir vraiment soi-même. Jésus reçoit de son Père sa gloire, son humanité pleinement réalisée. En transmettant la Parole de Dieu, il fait venir ceux qui l'écoutent à la gloire, il les amène à la vraie dimension humaine. Pour transmettre ce beau message de l'Évangile, cette Bonne nouvelle, Jésus prie pour l'unité de ses disciples. "Qu'ils soient un comme nous sommes un", demande Jésus. Le mouvement œcuménique reprend cette prière, il vise à ce que cette prière s'accomplisse de manière concrète et visible (cf. la charte œcuménique, Viviers, Groupe d'Éveil à la foi, groupe des chrétiens catholiques, orthodoxes et protestants réfléchissant et agissant autour de la question du chômage à Port Ste Foy). L'unité ne nous est pas donnée pour elle-même. Elle ne peut pas servir à l'usage interne. Jésus complète sa pensée : "...afin que le monde croie". Nous ne sommes pas UN pour notre propre plaisir. Nous ne devons pas rechercher l'unité pour notre satisfaction ecclésiale. L'unité vise au témoignage, elle fait de nous de témoins de Dieu et de Jésus-Christ. -o- Voilà donc la prière de Jésus. Il ne prie pas seulement pour nous, mais aussi pour ceux que nous sommes chargés d'appeler à la foi. Notre témoignage manifeste la grâce de Dieu, sa bonne disposition envers les hommes. L'Évangile atteste que Dieu aime le monde, qu'il aime tous les hommes et qu'il veut leur donner la chance et le bonheur de le connaître. Mais ce n'est pas facile à faire. D'après le plan de l'évangile de Jean, Jésus prononce cette prière juste avant d'entrer dans sa Passion. On va l'éliminer sous le faux prétexte qu'il se prétendrait le roi des Juifs, donc un homme qui menacerait l'hégémonie de l'empire romain. A la suite de Jésus, ses disciples sont comme un corps étranger dans le monde. Les chrétiens ne pensent pas comme le reste des gens, ils ont des idées à part, leur seule présence conteste les religions ou devrait les contester. C'est pourquoi il arrive que ce monde incrédule rejette les chrétiens, comme il a rejeté leur Maître. Nous en avons un exemple dans la deuxième lecture proposée pour aujourd'hui. Les Actes des apôtres rapportent le procès qui est fait au diacre Etienne. On l'arrête, on l'accuse, on finit par le tuer à coup de pierres. Etienne meurt en remettant son esprit à Dieu, comme Jésus l'avait fait sur la croix. Si la persécution subsiste encore dans certains pays, nous sommes nous sommes pourtant en quête de cette vérité nommée Jésus. Nous sommes dans le sens de l'histoire. Le sens de l'histoire, c'est l'achèvement du plan de Dieu, c'est la réparation totale du monde et de l'humanité. La grande vision de l'Apocalypse annonce cet accomplissement sous une forme imagée, parfois un peu difficile à comprendre. Nous sommes des précurseurs, nous sommes en avance sur notre temps, nous annonçons ce qui sera un jour la réconciliation avec Dieu et la plénitude de la vie en sa présence. Amen. Autres lectures : Actes 7/55-60 Apocalypse 22/12-20 Autres textes de la même catégorie
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6e Dim. a. Pâques - Jean 14,15-19