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Jean 14 v 15-19 Jean-Daniel Wohlfahrt
Jn 14/15-19 28 mai 1995
On a longtemps, on a trop longtemps donné la priorité absolue aux récits de tendance apocalyptique, assimilé le retour du Christ a un événement cosmique qui bouleverse et transforme le monde pour seulement entendre les promesses du Christ contenues dans notre texte et dans d'autres passages des évangiles. Pour emporter la conversion des âmes, les chrétiens ont usé et abusé de la peur générée par l'annonce du jugement dernier. Ils se sont laissé prendre à ce jeu au point qu'ils n'ont souvent même pas reçu et entendu tous ces textes où Jésus nous annonce qu'il est dès maintenant, qu'il reste avec les hommes. Tel est le message de l'Ascension que nous venons de fêter. Dès lors que nous n'arrivons plus à faire passer cette idée du Christ présent aujourd'hui, l'homme ne sait plus quel contenu donner à l'affirmation du Christ vivant ; il est donc normal que nous soyons chaque année moins de chrétiens pour célébrer cette fête qui est et doit rester la reconnaissance du Christ vivant aujourd'hui, à la droite du Père, du Christ agissant aujourd'hui dans le monde, monde qui reste aujourd'hui comme dans la nuit de la trahison, son souci permanent: Ne priait-il pas cette nuit-là pour que nul ne se perde de ceux que le Père lui avait confiés ! En privilégiant un message apocalyptique mal compris, on a réduit la foi en Christ à une résignation, à une attente plus ou moins patiente, plus ou moins silencieuse, de la justice révélée au grand jour, on a coupé la foi chrétienne de sa dimension de libération qui est l'espérance, l'espérance que sous-tend l'attente joyeuse du grand jour du retour du Christ. Je ne vous laisserai pas orphelin dit Jésus, je viens à vous. Je viens, c'est un présent dans le texte grec et non un futur, pourquoi donc ne l'entendre que comme un futur ? Ne conviendrait-il pas de voir ici plutôt une annonce de la permanence de la venue du Christ, une permanence de la présence du Christ à nos côtés, quoiqu'il arrive. Ne conviendrait-il pas également de voir dans les autres versets de notre texte l'explication, une explication de la situation de notre monde ? Le monde ne me verra plus, vous, vous me verrez vivant et vous vivrez aussi. Le monde vit certes, mais que de haine, que de déchirements, que de mépris de la vie humaine, quelle déchéance. Le monde ne vit pas de la vie de Dieu. La vie véritable est conditionnée par la reconnaissance du Christ vivant, plutôt que par la connaissance d'un Jésus historique. Cette reconnaissance passe par la découverte du Christ, compagnon de tous les jours. Il est avec nous pour nous donner le moyen de vivre selon ses principes et lois, et comme il dit lui-même, son joug est facile, il est écrit en terme d'amour de Dieu, d'amour du prochain. Si vous m'aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements. Une lecture superficielle ou rapide de notre texte peut accréditer une compréhension, contre laquelle l'église a souvent eu à lutter, celle d'une révélation en temps successifs. D'abord le Père dans la création, puis, en Jésus qui a partagé l'humaine condition, le Fils, et enfin, en attendant le retour du Christ, pour nous consoler et nous guider, pour nous aider à nous purifier dans l'attente du jugement, l'Esprit, appelé ici de ce nom inhabituel et disparu de notre quotidien: le Paraclet, c'est-à dire, l'avocat, le consolateur. Révélation en trois temps plus facile à saisir que la simultanéïté sur laquelle la Parole ne cesse d'insister. Jésus ne dit-il pas ici, par exemple: le monde ne me verra plus, le Père vous donnera leParaclet, et en même temps, je viens à vous, et dans Matthieu 28/20, Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. Autant de contradictions diront ceux qui ne veulent pas comprendre que la présence du Christ est une présence perceptible aux yeux de la foi seulement. Jésus ne nous annonce-t-il pas de même la venue du Saint Esprit, tout en disant dans le même verset: vous, vous le connaissez, car il demeure et vous et il est en vous. Attente et présence, révélation accomplie et pourtant à venir c'est tout le mystère de la foi inscrit dans le déjà et le pas encore, dans le vécu et dans l'espérance. Voilà ce qu'il faut annoncer à ces enfants que nous avons accueillis par le baptème, à qui le baptème dit la réalité présente de l'amour et du pardon de Dieu mais à qui nous voulons donner aussi le témoignage de l'espérance de l'église, d'une foi transmise par nos pères de génération en génération qui verra son aboutissement lors du retour glorieux du Christ. Voilà ce dont le monde a besoin, lui qui voit sans croire parce qu'il s'arrête à l'aujourd'hui, à ce qu'il entend et voit à la télé et, à ce qu'il lit sur son journal au lieu de se mettre à l'écoute des promesses du Christ. Mais savons-nous, nous qui sommes réunis aujourd'hui, percevoir dans ces promesses ce qui concernent notre aujourd'hui et ce qui concerne de façon beaucoup plus lointaine mais tout aussi réelle l'avenir de ce monde fdans lequel nous devons être témoins de l'amour de Dieu ? Autres textes de la même catégorie
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