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Jean 14 v 1-14 David Mitrani



textes : Évangile selon Jean 14 / 1-14 ; première épître de Pierre 2 / 4-10
(trad.: Nouvelle Bible Segond)
chants : 138 et 301 (NCTC)
« N'ayez pas peur! »… Bon, je sais, c'est à la mode, et je n'ai pas pu résister… Mais en dehors
du clin d'œil à l'actualité catholique, c'est quand même bien une expression assez proche de celle-ci
qui ouvre l'extrait de ce matin de l'évangile de Jean – passage que certains ici ont entendu dans des
circonstances plus tristes il y a à peine quelques semaines. "Que votre cœur ne se trouble pas", dit
Jésus. Face à la mort cette phrase de réconfort a bien sa place. Mais c'est surtout face à la vie qu'elle
est importante, c'est face à la vie qui est devant nous, face à ce que nous avons à vivre dans ce
monde, qu'il est bon de la réentendre.
Notre petit groupe d'étude biblique, cette semaine, a relu l'histoire du jeune homme riche, selon
les 3 évangélistes qui la relatent. Enfin, seulement le début, tellement il y avait de choses à dire! Et
c'est justement une telle question qu'il se pose, cet homme: maintenant, suis-je face à la mort ou bien
face à la vie? dois-je passer ma vie à me préoccuper de ma mort, ou bien y a-t-il une autre raison de
vivre? un autre moyen de bien vivre? Et il me semble que la réponse de Jésus est assez radicale;
c'est: débarrasse-toi de ta préoccupation, débarrasse-toi de ce qui encombre ta vie au point que tu
veuilles préparer ta mort avec! Et puis, "viens, suis-moi"… (Mt. 19 / 21 et //)
C'est exactement ce qu'il redit ici dans cet évangile, le seul qui ne raconte pas l'histoire, et
c'est exactement, quoique avec d'autres images, ce que dit Pierre dans son épître. Il y a, dans la personne
de Jésus mort et ressuscité, il y a quelqu'un en qui mon existence peut se débarrasser de la
mort qui l'envahit sans cesse et qui l'attend au bout du chemin. Quelqu'un sur qui je peux bâtir, sur qui
je peux me bâtir, moi chrétien, moi Église. Quelqu'un grâce à qui – et avec qui – je vais vers la vie et
non plus vers le néant. Mais pour cela, il faut, dit Pierre "[s']approche[r] de lui, pierre vivante rejetée
par les humains, certes, mais choisie et précieuse aux yeux de Dieu". Il faut, dit Jésus dans l'évangile,
"mettre [n]otre foi en" lui.
"Mettre notre foi en lui." C'est une meilleure traduction que "croire en lui", parce que, aujourd'hui,
ce dernier verbe évoque une adhésion intellectuelle. On peut croire en Dieu, et ne rien en faire,
juste savoir qu'il existe – ce qui ne veut rigoureusement rien dire, ce qui n'est même pas une foi minimale.
Oui, même dans notre société déchristianisée, on peut encore dire le contenu de la foi et que ce
ne soit pas la foi, que ça n'ait rien à voir avec la foi. "Mettre sa foi en" quelqu'un évoque plus la
confiance, le fait de se reposer sur ce quelqu'un, et c'est bien le sens originel du verbe croire, c'est
bien ce que dit le texte.
Il faut donc mettre notre confiance en Jésus-Christ. C'est bien le "viens, suis-moi", "suis-moi"
non pas même comme on suit un guide, mais bien comme on suit un chemin. "C'est moi qui suis le
chemin", dit Jésus. Ou édifier la maison sur la pierre de l'angle, si l'image vous parle plus. C'est exactement
le même sens. Les deux images disent d'une part la solidarité profonde entre le croyant et son
Seigneur – le marcheur et le chemin, la pierre de construction et la pierre d'angle – et d'autre part un
projet qui est devant soi – la route à faire, la maison à construire. Mais dans les deux images, les deux
projets, l'exhortation n'est pas de dire "au travail", c'est de dire "fais-moi confiance"…
La question qui vient automatiquement à notre cervelle qui n'a de cesse de vouloir fonctionner
toute seule, et bien souvent en tournant en rond, à vide, c'est: "que faut-il que je fasse?". Si je garde
l'image du chemin, ce sera "quelle route dois-je prendre?" "pour aller où?", et aussi "où est la carte
routière?", "où trouver du carburant?" etc. "Que votre cœur ne se trouble pas. Mettez votre foi en
Dieu, mettez aussi votre foi en moi", dit Jésus… Et comme le jeune homme riche dont je vous parlais
tout-à-l'heure, cela nous panique ou nous chagrine, au lieu de nous rassurer. Nous avons, en fait, si
peu confiance en Christ – nous croyons si peu en lui – que l'idée de nous en remettre à lui nous dérange
profondément, et nous tournons autour du pot, multipliant les questions théologiques ou morales
au lieu d'y aller, comme Thomas et Philippe.
Nous restons obnubilés par la question du "faire". Que dois-je faire? Comment dois-je faire?
Chers amis, il faut en être bien conscients, pour ce qui est des choses de l'Église, de la foi, du témoignage,
du salut, bref, de la vie, cette question n'a pas de réponse tant qu'elle est posée en premier.
C'est la question que le serpent suggère à Ève au paradis, c'est la question de la Loi, et la seule réponse
est la transgression, le péché, le mal. En commençant par la question de ce qu'il faut faire,
nous nous condamnons à ne pas trouver de réponse, nous nous enfermons dans notre péché, et
nous restons sous le coup de la condamnation: nous sommes morts, et il n'y a pas de perspective
d'en sortir.
Mais "mettez votre foi en" Christ! Avant la question du faire, il faut poser non pas la question,
mais la confiance, la confiance en Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, et ce n'est rien d'autre que la
confiance en Christ, la certitude que le vaincu du Vendredi Saint a remporté sur la Croix une victoire
bien plus puissante que tout ce qui peut prétendre dominer ou détruire ma vie. C'est vrai pour moi,
c'est vrai pour vous, c'est vrai pour notre Église locale, c'est vrai pour notre mission dans ce pays. En
premier, mettre la confiance en Christ.
Comment faire confiance? La question n'a pas de sens…! Vous avez confiance en quelqu'un,
ou vous n'avez pas confiance – rappelez-vous ce qui a été dit au "dessert biblique" de janvier, si vous
y étiez. La confiance certes s'apprend, par le compagnonnage ou par le coup de foudre, mais elle ne
se décrète pas. Comme la marche s'apprend en marchant, pas en faisant des études dessus, de
même la confiance: c'est en s'appuyant sur quelqu'un qu'on sait qu'on peut s'appuyer sur lui, on ne
peut pas le savoir avant, la confiance ne peut pas faire l'économie de la confiance, la foi ne peut pas
faire l'économie de la foi.
Alors "n'ayez pas peur!" D'ailleurs, "n'ayez pas peur de faire confiance", et "n'ayez pas peur"
tout court, c'est pareil: c'est la confiance qui fait disparaître la peur. "Approchez-vous" du Seigneur. Le
simple fait, pour une pierre de construction, de s'appuyer sur la pierre d'angle, fait avancer la construction!
Non? Dire "je n'ose pas", c'est avouer "je ne fais pas confiance". La confiance, par définition, ose,
là où le raisonnement ne sait pas. Savoir, ce n'est plus faire confiance. Savoir, ça concerne les choses,
le matériel. Faire confiance, ça concerne les gens. Autant serait stupide celui qui ferait confiance
à un outil ou une machine, au lieu d'apprendre à s'en servir, autant est stupide ou méchant celui qui
voudrait savoir se servir d'un être humain au lieu d'avoir avec lui une relation de confiance…
Une fois que la confiance est posée, maintenant seulement peut intervenir en second la question
du faire. Que faire de ma vie désormais libérée, que faire dans ma vie, dans mon Église? Comment
accomplir fidèlement la mission qui m'est confiée, qui nous est confiée? – Tiens, encore la
confiance, mais dans l'autre sens cette fois: celui en qui j'ai confiance me fait confiance pour que je
fasse ce qu'il attend de moi… La question du quoi et du comment est maintenant débarrassée de tout
aspect d'angoisse, je n'y joue plus rien de vital, je n'y perds et je n'y gagne rien: faire est désormais
l'exercice normal de ma liberté, aimer est désormais le libre service que j'accomplis.
Ainsi en est-il de nos projets d'Église, qu'on a mal nommés "projets de vie": non, ce sont les
projets que la vie que nous avons en Christ va nous permettre d'accomplir au fur et à mesure de notre
existence communautaire. Et là, parce que nous avons confiance en Christ et que Christ a confiance
en nous, nous serons sérieux, nous étudierons les actions, les moyens, les échéances. Nous cesserons
de nous réfugier dans le passé pour justifier notre flemme et notre couardise pour le présent et
l'avenir. Aujourd'hui, chers frères et sœurs, à Jarnac il y a 300 catholiques à la messe, 50 pentecôtistes
et 30 réformés au culte, et quelques anglicans et libristes peut-être. Il y a donc, rien qu'à Jarnac,
4.500 personnes qui sont ailleurs ce matin. Je ne crois pas que nos différentes Églises se marcheront
dessus si chacune annonce selon son génie propre l'Évangile de la confiance de Jésus-Christ!
La confiance est incontournable. Là où elle règne, parce qu'elle nous met en communion non
seulement avec le Christ, mais avec le Père, alors le monde est à nous, pour que nous y aimions les
gens et que nous leur communiquions notre confiance. Si celle-ci n'y est pas, que voulez-vous donc
communiquer d'autre? Un catalogue de doctrines? Le monde s'en fiche avec raison. Vos bons sentiments?
Le monde n'en attend pas moins, mais ça ne le guérira pas, ni ne l'éclairera. Tout au plus cela
lui donnera-t-il une vague idée de ce qu'il perd: vous l'enfermerez dans sa condamnation!
Si nous n'avons pas confiance en Dieu, taisons-nous et restons chez nous, ou allons à la
chasse, ou à la mer, bref: attendons de mourir, n'embêtons pas les gens avec notre protestantisme
vidé de tout son sens. Mais si nous avons confiance en celui qui est mort pour nous, allons-y joyeusement,
parlons donc de cette confiance, parlons de lui, du bonheur qu'il donne et qui fait pâlir tant les
bonheurs humains que les malheurs, parce qu'en lui nous avons beaucoup plus, nous avons la vie
éternelle, nous avons l'éternité de l'amour que Dieu nous porte, et que nous voulons communiquer à
tous ceux qui nous entourent. Nous le voulons, n'est-ce pas?… Amen!
Jarnac - 24 avril 2005
Pasteur David Mitrani - erf.jarnac@free.fr