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Jean 14 v 1-12 Alphonse Maillot



Texte : Jean 14/1-12
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? - Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l'année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l'Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 121-125).



4° dimanche après Pâques
ou 5° dimanche de Pâques

Jean 14/1-12

Le Lectionnaire catholique souligne à très juste titre que toute l'exhortation du chapitre 14 (et suivants) commence en 13/1, mais encore faudrait-il citer ce verset en entier et ne pas oublier 13/1b : "Jésus aima les siens, eux qui étaient dans le monde, il les a aimés jusqu'à la fin (le but, l'aboutissement, l'achèvement, la totalité, etc…)". On retrouve en inclusio le verbe correspondant, deux fois en 19/28, et surtout en 19/30, où Jésus ne dit pas (comme l'ont prétendu certains) : "Tout est fini", mais "Tout (l'Ecriture, le plan de Dieu, etc…) est arrivé à son but".

Et l'une des manières de Jésus "d'aimer les hommes jusqu'au bout de l'amour" (13/1) est de leur parler, pour les avertir et les affermir. Mais il y a une première difficulté à résoudre : le v. 1b, littéralement : "Vous croyez en Dieu et vous croyez en moi" (sic !). Je pense qu'il y a là une alternative : "Jusqu'ici vous croyiez en Dieu, mais (à partir du moment où je vous parle), il vous faut (aussi et d'abord) croire en moi". La foi en Dieu devient la pleine foi en se plaçant dans le Christ. Et, de plus, il n'y a plus pour Jean de vraie foi en Dieu qui ne soit pas préalablement foi dans le Christ.

Quant au v. 2, je proteste vigoureusement contre la traduction du Lectionnaire catholique, d'autant plus qu'au v. 1, son : "Ne soyez donc pas bouleversés" était excellent.

Le Lectionnaire catholique a traduit, en effet : "…dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent (sic !) trouver une demeure" (avec un changement combien caractéristique du sujet). Or, c'est bien, conformément aux vieilles traductions (et TOB) : "Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures". Ce qui est consolant, non seulement pour le nombre de personnes à qui Dieu donnera asile, mais quant à la diversité de ceux qui y seront accueillis. Il y a une seule maison, certes, mais avec beaucoup de pièces, et des pièces très différentes. Si cela est assez souvent rogné ou limé, que dire de la suite, où (quelle que soit la syntaxe de la phrase, TOB me paraît tout à fait légitime) Jésus tient à préciser que c'est à cause de lui et de son œuvre qu'il y aura tant de places, et des places aussi diverses. Ce n'est pas simplement "plusieurs" au sens actuel, mais beaucoup. C'est Jésus qui, par sa venue, ses actes, ses paroles, sa passion et sa résurrection, prépare tout. C'est lui le vrai architecte et le vrai maçon. Et c'est lui seul encore qui viendra (v. 3). Tout vient de lui. Et c'est donc lui seul qui nous mènera ; il est le chemin, mais qui ne mène qu'à lui (v. 4) = si vous croyez en moi (v. 1), vous êtes sur le chemin qui mène à la maison.

Bien entendu, premier malentendu : Thomas (qui se souvient sans doute de l'attitude de service de Jésus au chapitre 13, et qui n'y comprend plus grand-chose) : "Nous ne comprenons plus rien, nous sommes égarés, ta conduite nous déroute. Alors fais-nous nous y retrouver, donne-nous une boussole, un fil, que nous comprenions où et comment nous diriger".

Et Jésus répond : "Le chemin, c'est moi, c'est moi qui non seulement vous montre la route à suivre, qui vous accompagne le long de cette route, mais qui suis aussi cette route" (= en hébreu, conduite, plan,...). On ne manquera pas (après l'image statique de la maison) de relever le caractère dynamique de la Route. Le Christ nous met en route.

Jésus ajoute : "(C'est moi qui suis)… la Vérité" (on se reportera à 18/38) ; Jésus est non seulement celui qui conduit, mais le but auquel il conduit : la Vérité (non pas philosophique, abstraite, cf. Ancien Testament, mais la réalité ferme sur laquelle l'homme peut s'appuyer pour vivre). Cette Vérité, en effet, est ce qui permet à l'homme de vivre, elle est (la) Vie. On peut aussi traduire, mais avec un léger affaiblissement : "Je suis le chemin de la vie (cf. Proverbes 6/23 contre 14/12 et autres) véritable. Seul je mène au Père (v. 6) ; et en me voyant, vous voyez le Père".

Mais Philippe, lui, veut déjà que Jésus lui montre (et démontre) le Père (v. 8). Et c'est encore l'affirmation christologique : le Père s'est montré (et démontré) dans l'abaissement du Fils (v. 9-12).

Pour ne pas trop allonger le commentaire de ce texte qui rappelle, comme tout l'évangile, l'absoluité de 1/18 : il n'y a pas d'autre connaissance de Dieu que christologique, j'en viens donc au v. 12, aux "œuvres plus grandes" qu'accompliront les croyants. Je n'arrive pas à exclure de ce verset une nuance ironique ("Hélas !, constaterait le rédacteur définitif, les disciples, eux, ont, en fait, accompli des oeuvres plus grandes, plus spectaculaires que celles de leur Maître !", cf. le début des Actes), même s'il est sûr qu'il contient une promesse (la note TOB est assez embarrassée). Il est possible que Jésus pense ici au Paraclet ; même s'il rappelle (aux v. 13-14) que ce qu'obtiendra l'Eglise, c'est bel et bien le Fils seul - qui le lui accordera... pour glorifier le seul Père. Mais le plus probable est que le "plus grand" désigne l'aire de l'évangélisation. Excellente prédication pour un dimanche consacré au DEFAP.



"Plan" de prédication

Je m'autoriserais à mêler les trois textes sous la rubrique : "Misère, grandeur et diversité de l'Eglise".

Misère - Actes 6 : des ségrégations culturelles resurgissent quasiment aussitôt après la naissance de l'Eglise (trop édénique, décrite plus haut), ségrégations typiques de toutes les autres. L'Eglise n'en est pas à l'abri. Elle est vite contaminée par ces tentations de rejet... mais on soulignera alors la rapidité du règlement. Il faut dire qu'à l'époque, on n'ergotait pas sur des virgules. On soulignera, au passage, que c'est en ayant recours à Moïse (Exode 18/13ss) que la solution est découverte, même si parfois il nous faut inventer.

Grandeur - 1 Pierre 2 : Dieu qui construit son Eglise avec les pierres délaissées par tous les "grands architectes et bâtisseurs" (cf. 1 Corinthiens 1/26), et qui fait de chacune d'elles une pierre "vivante", et une pierre qui permet à l'édifice de grandir et de tenir. On relèvera bien l'alliance de mots des v. 4-5 : pierre(s) vivante(s), avec le passage de Jésus-Christ aux chrétiens, et donc de celui de la prêtrise du Christ à celle de l'ensemble des chrétiens. Mais la pierre de faîte est Jésus-Christ lui-même et lui seul.

Diversité - Jean 14 : toutes les pierres ne sont pas taillées de la même manière, ni placées au même endroit : "Il y a (et il le faut) beaucoup de sortes de pierres pour construire la maison de mon Père" (cf. v. 2). D'ailleurs, Actes 6 en avait fourni un premier exemple avec la "naissance" des diacres, même si les ministères ne vont pas être étanches (cf. le "sermon" d'Etienne en Actes 7). Insistez, face aux sectes, sur la promesse qu'il y a beaucoup de demeures, de pièces, d'appartements dans le Royaume qui n'a rien pourtant d'une H.L.M. ; et qu'il y aura beaucoup de gens... même ceux des sectes !