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Jean 13 v 31-35 Enrico Bénédetto
Quoi de neuf ? Quoi de neuf sous le soleil ? Les dernières nouvelles ? Les nouvelles de ce matin, par exemple ? Pas vraiment. Ces nouvelles, sans cesse renouvelées - car l’homme est amnésique - nous montrent, justement, qu’il n’y a rien de vraiment nouveau sur terre.
Allumons la télé, sœurs et frères, même si c’est un peu tard par rapport au journal de 13h. Qu’es-ce qu’il y a ? Guerres, mensonges et vidéo. Même la vidéo, ces vidéos atroces qui nous viennent d’Irak, même ces vidéos ne sont qu’une fausse nouveauté puisqu’elles reproduisent simplement ce qui vient de se produire. Et ce qui vient de se produire est quelque chose de très ancien. L’Algérie..., l’Indochine..., on peut remonter jusqu’à Daniel... et à sa fosse aux lions, voir plus loin... Quoi de neuf, alors ? Rien, même la mondialisation, nous l’avons appris vendredi soir, sévissait déjà il y a deux petits millénaires, avec la complicité de l’empire romain. (donc quelle belle époque !). Et quand au système bancaire, l’un des trois intervenants nous l’a dit très clairement, nous le retrouvons dans une parabole de Jésus. Face à un vide pareil de nouvelles, on peut peut-être éteindre la télé et allumer l’Evangile ! Et aujourd’hui, nous tombons sur ce, je cite : “ commandement nouveau ”. Encore une loi, un règlement, une ordonnance de plus ? Le débit législatif a augmenté voyez-vous, en France ! En cinquante ans, du 600 % ! Voici un domaine où la croissance est au rendez-vous et le développement, durable ! Mais ce dont il est question ici n’est pas une loi, c’est une parole qui nous est adressée. Jésus ne légifère pas. Et le Dieu de Moïse non plus d’ailleurs puisque “ décalogue ” signifie bien une parole. Et les juifs en restent là, judicieusement, en nous laissant, à nous les chrétiens, la responsabilité de ce “ détournement légaliste ”. Qu’est-ce que dit cette parole ? “ Aimez-vous les uns, les autres ”. Les myopes pourrons la lire en gros caractères sur le fronton du Temple du Chambon sur Lignon, haut lieu protestant ! Quoi de neuf ? Rien, une fois de plus ! Des expressions semblables, nous les retrouvons dans la Torah. Et même si on ne peut pas dater la Bible au carbone 14, heureusement d’ailleurs, cela nous démontre en passant que la Bible n’est pas un objet, même pas un objet de culte, même si on ne peut pas la dater au carbone 14, nous savons que plusieurs siècles séparent la Torah, -- qui veut dire enseignement et point loi --, du chemin de Jésus sur terre. Alors guère de nouveautés, une alliance pour fallacieux ? Non ! C’est qu’en affichant “ Aimez-vous les uns, les autres ” point. Le fronton du Temple du Chambon sur Lignon et nos fronts à nous, notre conscience, eh bien nous taisons, nous cachons l’essentiel, en transformant l’amour en injonction alors que l’on ne commande pas l’amour, n’est-ce pas ? C’est déjà tellement difficile de se supporter, qu’on peut au plus accorder à l’autre un édit de tolérance, révocable bien sûr ! Il y a à peu près 15 ans, je venais de découvrir Paris, j’ai mis les pieds au 46 de la rue de Vaugirard, c’est la préhistoire, actuellement il y a les bureaux du Sénat, il y avait encore le Centre Protestant d’Etudes et de Documentation avec un petit dessin dans un coin : une vieille dame bien rondelette qui disait : “ quand je pense que nous sommes-là pour nous aimer mutuellement, c’est terrifiant ! ” L’ordre, l’ordre est terrifiant, mais si l’essentiel n’est pas cet ordre, à l’impératif, qu’est-ce que c’est l’essentiel ? Un petit mot apparemment inoffensif : “ comme ” et ce qui suit et qui n’est pas une suite mais le commencement de tout et du neuf enfin : “ comme je vous ai aimé ” et là, ça change, ce n’est plus aime ton prochain comme toi-même, “ je ne t’aime plus parce que je l’aime ” ouf ! On ne parle plus de mon moi ! On ne parle plus de mon moi ! Ici, Dieu donne ce qu’il ordonne. Jésus nous dit que nous sommes précédés par cet amour inconditionnel par cette grâce qui nous fait vivre et qui est contagieux, encore faut-il le ressentir, lui faire de la place, l’écouter, lui parler. Nous ne sommes pas appelés à être “ aimables ”, ni à nous leurrer en jouant les activistes de l’Amour. L’Amour chrétien n’est pas une utopie sentimentale, et ce n’est pas non plus une vertu dont je m’acquitte en cochant la case : mon prochain ! C’est un don qui me traverse en forçant les barrières du moi. “ Aimez-vous les uns, les autres ” signifie peut-être : je ne m’appartiens pas, je ne suis pas mien et je ne suis pas mienne (dans la version pour dames). Je suis autre chose que mon moi, que mon moi si encombrant, mais nous, nous dans le Seigneur Jésus, nous nous appartenons, nous sommes notre. Accepter de s’appartenir mutuellement, c’est accepter d’être aimé par Dieu. C’est accepter de n’être plus inaccessible. C’est alors que l’Amour devient librement le signe “ ostensible ”, n’en déplaise aux porteurs et aux porteuses de croix huguenotes... !, de la confiance humaine qui répond à la fidélité de Dieu. Mais aimer en fait, qu’est-ce que cela signifie ? Car on n’a rien dit de l’amour. L’amour choisi chaque jour son nom et ce nom peut être un nom de bataille, car l’amour chrétien n’est pas mièvre. Il est doux et pugnace. Où il y a oppression, il s’appellera alors résistance ; Où il y a tyrannie, liberté ; Où il y a mensonge, vérité ; Où il y a faim, le nom de l’amour, sur un pain ; Où il y a blessure, guérison ; Où il y a non-dit, il y a beaucoup de non-dit, parole ; Où il y a mur, communion. Mais, aimer, c’est aussi prendre soin de la solitude de l’autre. Dans ses légendes de Kassidim, Martin Buber nous raconte l’histoire suivante : C’est un rabbin qui s’adresse à un juif, pieux, forcément, à la sortie de la synagogue et il lui dit : “ m’aimes tu ? ” Oui rabbi, “ m’aimes tu vraiment ? ” Cela vous rappelle peut-être quelque chose ? Oui ! Mais connais-tu ma douleur ? Comment pourrais-je mon maître ? Alors, tu ne peux pas m’aimer. Pour m’aimer, tu dois connaître ma douleur. Je me dis, chers frères et chères sœurs, que ce qui signifie aimer, nous ne pouvons pas le décider par nous-mêmes, ni le savoir par nous-mêmes. C’est l’autre qui doit nous le dire. Et c’est l’autre qui doit nous l’apprendre. C’est l’autre qui seul peut nous apprendre le nom de l’amour. Et c’est encore l’autre qui me dira si je l’aime ou non. Cela signifie que pour aimer, il faut aussi donner la parole au non aimé, au mal aimé, d’où l’église, alors que en église d’habitude, résonne seulement la voix de ceux qui aiment ou qui croient aimer. Vous avez à l’esprit ce que l’on appelle l’hymne à l’amour, la “ marche nuptiale théologique ”, pour dans la première lettre aux Corinthiens. Ah ! L’Amour ! Il ne dit pas : si je n’ai pas l’amour, je n’ai rien ; il dit, si je n’est pas l’amour, je ne suis rien. Dans les années 70, j’étais traqué en Italie, comme vous peut-être en France, par cet ouvrage d’Erich Fromm, avoir ou être [être et avoir] qui a fait des vagues depuis et que nous avons peut-être tous plus ou moins à l’esprit. Par rapport à Jean, il est faux. Car l’évangile nous dit : si tu n’as pas l’amour, tu n’es pas. Et maintenant l’apocalypse, ce qui donne en anglais : apocalypse now ! (rires dans l’assemblée !) Kali Funkschmidt nous a parlé du missiologue Bob Dylan. Qui chantait : times are changing, oh yeh ! Ce n’est pas l’apocalypse qui lui donnera tord. La nouvelle Jérusalem descend, c’est quand même le ciel qui nous tombe sur la tête ! Il descend, sur la terre comme au ciel, pour ceux [et celles] qui prient le Notre Père. Et là, en lisant le texte, j’ai fait une petite découverte. Je lis au verset 3 (de apocalypse 21), c’est la seule édition qui rentrait dans ma poche, mais c’est autorisé, c’est la Segond, ... une valeur sûre ... ! “ Et j’entendis du trône, une forte voix qui disait : voici la demeure de Dieu avec les hommes : il habitera avec eux et ils seront son peuple ”. Mais il y a quelque chose qui cloche avec le texte grec [qui dit] ; qui ne parle pas de demeure, qui ne parle pas d’habiter, qui dit : “ Dieu plantera sa tente et campera ”. Cette ville, écrin ciselé de minéraux précieux. Etrange communication spatiale est en réalité une porte de bédouins habitée par le Seigneur. Et là, je me dis que Dieu fait très fort dans l’interculturel ! Et il ne s’arrête pas là. Ma Bible me trompe une deuxième fois en traduisant : “ ils seront mon peuple ”, car les manuscrits les plus anciens disent : “ ils seront mes peuples ”, et dans les versions les plus récentes on dit : “ mes peuples ”. Jérusalem ne fusionnera pas les peuples dans un peuple élu de synthèse, bionique ! Jérusalem, ville ouverte. Ils seront là, plusieurs peuples. Je vois déjà le calicot : “ Jérusalem, ville ouverte ” ! Ils seront là, plusieurs peuples dans la même ville, comme à Lyon, comme à Marseille, comme à Paris, comme à Strasbourg, comme à Berlin, comme à Rome. Mais autrement qu’à Rome, à Berlin, à Strasbourg, à Marseille, à Paris, et à Lyon, autrement que dans l’autre situation, les choses seront complètement différentes. Ce lieu qui vient à eux, ce lieu qui vient à nous devient notre origine et notre destination. Une métropole, une cité chrétienne et post-chrétienne à la fois, qui prend la suite de l’Eglise ! Au fond, qu’est-ce que c’est Vivre ? C’est la communion des gens par leurs corps qui se touchent. C’est dans cette ville terrestre et céleste, que l’œuvre de l’homme sera assumée nous dit l’écriture et l’œuvre de Dieu célébrée. La création de Dieu ne sera pas réduite au silence des origines, à la dé-création de Babel, la première ville. Il y a une Babel dans nos villes. A cette création, répondra la re-création de la Jérusalem. La terre, le ciel que nous connaissons seront remplacés, nous dit Jean. Sans blague ! remplacés sans aucun effets spéciaux, apocalyptiques. Remplacés non pas par un nouveau monde, nous y goûtons déjà à ce nouveau monde, n’est-ce pas avec les États-Unis d’Amérique ? Mais par un monde nouveau. Nuance ! “ Voici, je fais toutes choses nouvelles, dit le Seigneur ”. Quoi de neuf ? Quoi de neuf sous le soleil ? Dieu ! Amen. |
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