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Jean 10/1-21 Bettina Cottin



Textes : Esaïe 40/1-11 ; Jean 10/1-21
Genre : Prédication
Auteur : Bettina COTTIN
Source : Prédication pour le 28.09.2003 à Taverny et pour le 15.02.2004 à Deuil (95), trouvée sur le site de l’Eglise réformée d’Enghien et environs. Choisir "Prédications", puis "28 septembre 2003 (Taverny) et 15 février 2004 (Deuil)".



Ancien Testament, Nouveau Testament :
continuité ou rupture ?
La figure du berger

Bien sûr qu'il y a continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament !
Le Nouveau testament est écrit sur la base de l'Ancien ; il se veut une interprétation de l'Écriture, mais en aucun cas une Écriture de remplacement.
C'est toujours le même Dieu, c'est la continuité de l'histoire du salut. L'événement Jésus, surtout sa mort et sa résurrection, s'expliquent pour les premiers chrétiens à partir des textes de la Bible hébraïque. Dans ce qui se passe en Jésus, ils voient l'accomplissement de ce qu'ont espéré les prophètes.
Enfin, les prières et chants – surtout les Psaumes – de l'Ancien Testament semblent presque intemporels et sont utilisés par des générations innombrables de croyants … des deux religions !

Bien sûr qu'il y a aussi rupture !
La mort de Jésus sur la croix suivie de sa résurrection est un événement totalement contradictoire et, dans le fond, insoluble pour la spiritualité de l'Ancien Testament, sauf, peut-être, pour un passage du livre d'Ésaïe, celui qui parle du Serviteur souffrant. Mais cette contradiction de la croix constitue aussi une rupture pour tout raisonnement humain normal. Dans le fond, la rupture passe moins entre l'AT et le NT, mais entre l'initiative de Dieu et la pensée humaine.

Pour la comparaison, j'ai choisi la figure du berger.
Quelques points de comparaison et de contraste :
Le berger d'Ésaïe arrive en triomphe (c'est ce qu'on appelle, par un terme spécial, une théophanie), tandis que le berger de Jean sort de l'enclos et appelle. Dans Ésaïe, les voix qui parlent et crient sont multiples, dans Jean, il y a une seule voix. Ésaïe campe la scène dans un paysage géographiquement défini ; Jean reste vague et utilise des éléments passe-partout : un enclos, des pâturages …
Dans le texte d'Ésaïe, l'histoire est très présente ; c'est l'expérience de l'exil et du retour au pays de Juda. Dans le texte de Jean, l'allusion à l'histoire est plus discrète ; c'est la séparation des chrétiens et des juifs en deux religions et le passage de l'Évangile aux autres peuples.

Le Dieu d'Ésaïe est comme surdimensionné, presque écrasant : il est créateur/modeleur de paysages, juge, consolateur puissant, berger parfait (c'est difficile de mener un troupeau avec plein d'agneaux nouveaux-nés !), libérateur glorieux et triomphant. Le Dieu de Jean est beaucoup plus à taille humaine (c'est aussi logique, puisque c'est Jésus qui parle) et n'utilise pas la force, au contraire, il va subir lui- même la mort.

Nous retrouvons là quelques différences entre AT et NT qui nous occupent l'esprit : l'AT est écrit sur le fond d'une histoire longue et compliquée et humainement souvent ambiguë, avec, forcément, son lot de batailles, de déportations et de violence. Le Dieu de l'AT est un Dieu très énergique, actif et créatif, dont nous goûtons parfois difficilement la souveraineté, qui peut paraître écrasante. Les relations souvent tumultueuses et dramatiques entre Dieu et son peuple demandent des nerfs solides, si on veut les suivre. Mais, d'autre part, la force poétique des textes de l'AT nous subjugue et conserve une jeunesse éternelle.

Le NT couvre une histoire beaucoup moins longue et dont nous ne voyons souvent moins les problèmes parce que nous lisons rarement les épîtres en entier. Nous perdons aussi progressivement de vue l'enracinement juif du NT, parce que nous sommes avant tout attirés par l'universalisme, par le passage de l'Évangile aux autres peuples. Le Dieu du NT est un Dieu plus "civilisé", peut-être, plus "moderne", sans sautes d'humeur, aussi. Bien sûr, l'incarnation en Jésus en fait un Dieu proche, dont on a moins peur.

Mais beaucoup de traits sont communs, si on prend ces deux textes :
La sollicitude du "berger" et l'infinie fragilité de l'existence humaine, livrée à toutes les agressions, que ce soit le vent chaud sur l'herbe ou le loup dans la bergerie. L'appel à la confiance en Dieu en toutes choses, et la réclamation de l'égalité de tous devant Dieu, exprimés dans Ésaïe par le curieux rabotement des montagnes (symbole de l'orgueil humain). L'ouverture vers l'espérance et la relation de tendresse que Dieu offre à son peuple. Mais surtout, ce qu'il y a en commun, c'est que les deux textes se confrontent à la violence et à la mort et qu'ils annoncent la résurrection ou la régénération de la vie au-delà de la mort.

La violence est regardée en face, elle est là, elle fait partie de l'humanité et de son histoire. Ésaïe en parle sous une forme poétique ; mais Jean utilise la métaphore du loup, ainsi que celle du voleur. Ce sont des images qui font réagir immédiatement. Comment Dieu réagit-il à l'expérience de la violence ?

Dans l'AT, c'est l'expérience de la défaite, de l'exile, de la perte des repères. La catastrophe d'un peuple !
Dieu affirme alors sa présence même en exil et devient presque le thérapeute de son peuple : il l'aide à se définir par d'autres catégories et à reconstruire son espérance.
Dans le NT, Dieu se livre lui-même à la mort. C'est la catastrophe de Dieu, ou du moins d'une certaine image de Dieu. La résurrection de Jésus confirme que cela est bien vrai et valable.

Si, dans l'AT, l'expérience de la violence et de la mort débouchent, grâce à Dieu, sur une refondation et une renaissance de l'humanité, dans le NT, la violence et la mort sont admis dans l'existence même de Dieu et bouleversent toutes les idées religieuses reçues. Dans les deux cas, Dieu est souverain, créateur et puissant ("j'ai le pouvoir", dit Jésus), mais d'après le NT, il est encore plus déconcertant ! Déconcertant à un tel point que je crois que de longues périodes du christianisme n'ont pas su en rendre compte, et même nous, le plus souvent, ne savons pas en rendre compte.

Que reste-t-il à faire à la communauté des croyants ?

Dans Ésaïe, la communauté des croyants fournit toutes ces voix qui transmettent la Bonne Nouvelle de colline en colline. Le peuple d'Israël a comme vocation de proclamer de proclamer la grandeur et l'amour de Dieu.
Dans Jean, le troupeau du bon berger aura comme tâche d'accueillir les troupeaux qui viendront d'ailleurs. Le peuple chrétien est appelé à construire l'unité de l'humanité croyante, malgré et avec toutes ses différences.

Il est évident que nous sommes, les uns et les autres, l'un et l'autre peuple de Dieu, loin de cet idéal. C'est pourquoi, AT et NT nous appellent avec la même force à retourner au Dieu vivant, à nous confier en son amour et à vivre de sa grâce seule !
Amen




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