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Jean 02 v 1-12 Gill DAUDÉ
Texte : Jean 2/1-12
Genre : Prédication Auteur : Gill DAUDÉ Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 14.01.2001. Avec l’évangile de Jean nous parviennent des récits taillés et polis par des décennies de méditations et de débats. Des paroles et des signes qui vous emmènent en voyage avec, comme le dit cet évangile, ce "Dieu – parole-faite-chair qui a habité parmi nous" et dont on a contemplé finalement la gloire à l’heure de la crucifixion et dans un ressuscité qui garde les marques de cette crucifixion. C’est déjà avec cette visée que le premier geste public de Jésus est décrit. Jusque là, Jésus a été présenté par Jean le Baptiseur, il a recruté quelques disciples et une confession de foi s’est tissée communautairement entre eux : voici l’agneau de Dieu, disait Jean-Baptiste, le Messie, celui dont Moïse a parlé, le Roi d’Israël, le Fils de Dieu, le Fils de l’homme, ajoutaient les disciples entre eux. Trois jours après, dit notre récit… Trois jours après, ce n’est pas innocent bien sûr… Trois jours après, nous sommes au fin-fond de la Galilée, une région de très moyenne réputation, dans l'obscure bourgade de Cana, pour une noce plutôt mal préparée qui annonce une fin de soirée misérable (France Quéré), avec des gens dont on ne sait rien. Mais peu importe ; l’essentiel du message est ailleurs. Le premier message, c’est justement que ce Dieu-fait-homme annoncé en tête de l’Evangile, habite bien la vie des hommes puisqu’il participe à la noce du commun anonyme des mortels. Tout ce qu’il y a de plus ordinaire, petit même… en tout cas au regard de tous ces titres grandioses égrenés juste avant. La puissance messianique prend ainsi une tournure particulière. Premier message donc : Ne cherchez pas Jésus et ses disciples dans l’extraordinaire et le spectaculaire, mais dans la vie humble de l’humanité. Il ramène nos pieds sur terre. Aujourd’hui dans un mariage, demain avec des enfants, après-demain avec un chercheur, une femme déboussolée, une foule affamée, un non-voyant, des disciples apostats, un politique incertain et finalement deux brigands condamnés à mort. Toute la vie, dans toutes ses dimensions, est ainsi rencontrée par Jésus. Il y injecte, pourrait-on dire, cette confiance qui donne du "peps" à la vie. MUSIQUE : Orgue « Ils n’ont pas de vin », s’écrie sa mère. Ben voyons ! Un mariage en manque de vin, vous avez déjà vu ça dans un village de Galilée ? Le sens doit être ailleurs. « Ils n’ont pas de vin »… mais pourquoi Marie s’adresse-t-elle à Jésus, lui l’invité par raccroc, comme s’il était l’époux ou le Maître de cérémonie ? Evidemment, le sens est ailleurs ! Et voilà que Jésus change l’eau en vin. Six cents litres, s’il vous plaît ! C’est certain, le sens est ailleurs. C’est que les jarres maintenant remplies de vin ne pourront plus servir aux rites anciens de la vieille religion ; c’est qu’on entre dans des temps nouveaux ; c’est que le vin en si grande abondance est le signe du Messie annoncé, de la bénédiction en surabondance, du passage à l’ère messianique, à l’ère de l’Esprit, comme l’annonçaient les prophètes ! Voici donc le déclic de ce qu’on appelle le règne de Dieu, de sa présence au milieu des hommes qui donne un autre sens à la vie, un autre regard sur l’existence, et qui finalement la transforme. Il nous fait signe, d’un signe qui répond à l’attente antique. Mais un signe si discret, avez-vous remarqué, que les participants de la noce ne le voient pas, qu'il n’étonne pas les serviteurs, dont le maître de la fête ne voit pas l’origine, et au sujet duquel le marié ne s’enthousiasme pas. Il n’y a que les disciples qui semblent avoir perçu l’enjeu, le signe, l’annonce. Bref, ceux qui voient sont ceux qui croient ; ceux qui voient le signe sont ceux qui ont reçu confiance en cet homme Jésus qu’ils ont confessé de tous les titres que leur vocabulaire religieux contenait. Deuxième message donc : « Ils n’ont pas de vin », ce n’est pas le constat sur le manque matériel de vin, mais l’expression d’un manque plus profond de l’humain, de ce besoin d’autre chose d’indéfinissable qui taraude l’humain, parfois si douloureusement qu’il le conduit jusqu’à l’excès (vous savez : l’excès d’alcool, de stupéfiant, de pouvoir ou de repli dans sa bulle, ou de toute autre chose grisante). Eh bien, Jésus répond à ce manque, à sa manière : toujours inattendue, en nous ramenant les pieds sur terre, en instillant du neuf, de la confiance, et aussi faisant en sorte que son action soit au bénéfice de tous. MUSIQUE : Orgue « Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Voilà qu’en début de son ministère, Jésus marque durement, semble-t-il, sa distance avec sa mère. Mais c’est pour la conduire à un changement. En la provoquant ainsi, il la déplace vers la conversion, il fait naître la femme de foi, et ainsi Marie, de mère qu’elle était, devient à son tour disciple : · Une disciple qui prie en apportant à Jésus le constat du manque des humains, · Une disciple qui fait confiance à Jésus et à son heure, · Une disciple qui passe de la conversion à l’apostolat, c’est-à-dire qu’elle se met à inviter les autres à se fier à Jésus : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Pour Marie, ces noces sont une épiphanie (P. Robillard), ce n’est plus seulement son fils qu’elle a en face d’elle. A la chaîne des disciples qui avaient confessé Jésus sous toutes les formules, s’ajoute une autre disciple. L’éminente représentante d’Israël qui espère son Messie, deviendra ainsi avec les disciples qui croient, les premiers membres d’une communauté de foi autour de Jésus, naissance d’un nouveau peuple, figure de l’Eglise (Elian Cuvillier). Troisième message donc : il s’agit de recevoir ce qui nous provoque dans la parole de Jésus : le premier miracle, c’est le « oui » des femmes et des hommes à Jésus (France Quéré). Ce « oui » de la confiance, nous sommes invités à le laisser s’éclore dans la prière qui constate devant Jésus notre manque et celui des hommes. Puis, nous pouvons partir à la suite de celui qui, encore aujourd’hui, assume et transforme notre humanité, ses failles et ses drames, ses noces et ses joies, y met du neuf et de la confiance. Tout cela concerne, remet en cause, transforme en profondeur nos existences. Nos existences, mais aussi les Eglises : · Leur pleine communion (sur laquelle nous allons méditer et prier la semaine prochaine) n’a pas d’autre chemin que le « oui » au dérangement de la Parole de Jésus ; · Elle n’a pas d’autre chemin que la prière qui porte devant lui nos manques et nos manquements (et qui marque aussi notre limite) ; · Elle n’a pas d’autre chemin qu’une confiance aussi hardie et active que cette femme de foi qu’est devenue la mère de Jésus. Je souhaite que nous puissions vivre et inviter à cette confiance, et apporter peut-être ainsi, dans les noces parfois tristes de notre monde, une joie nouvelle, même à ceux (et avec ceux) qui ne perçoivent pas encore que Jésus répond à leurs attentes. Ainsi Jésus, le Christ, fera petit à petit du neuf dans nos vies comme dans les Eglises, comme dans notre monde. Autres textes de la même catégorie
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Cultes contemporains
Jean 02 v 1-12 Didier CROUZET