|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Jean 02 v 1-12 David Mitrani
Texte : Jean 2/1-12
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 14.01.2001 à Châteauneuf & église St-Pierre-de-Jarnac (16). Chers amis, beaucoup de liquide nous occupe aujourd'hui : six cents litres ! Vous me direz : c'est beaucoup. C'est beaucoup pour une noce, c'est beaucoup pour notre assemblée. Et en même temps, ce n'est rien. Il y a tellement d'autres choses dans la vie. Il y a tellement d'autres choses dans ce texte… En vérité, il n'est pas difficile de prêcher sur les noces de Cana, ni sur la plupart des textes de Saint Jean : c'est tellement riche, il y a tellement de niveaux de sens, tellement de l'Evangile…! Mais aujourd'hui, je ne vous dirai rien de la mère de Jésus, si présente, ni de ses disciples, si absents de la scène. Et il y a beaucoup d'autres choses dans ce récit dont je ne parlerai pas non plus. Car je veux vous parler de tout ce liquide, qui est après tout au centre, puisque Jésus est après tout au centre, et qu'à un moment, le bon vin, c'est Jésus… Mais, je vous le disais, ce liquide est aussi bien peu de choses. Si c'est de l'eau, nous en dépensons bien plus en peu de temps. Si c'est du vin, nos caves personnelles doivent bien en contenir une bonne partie. Et cela ne passe pas la journée à nous occuper l'esprit ou le corps ! Bref, ce qui est au centre du récit et qui nous semble si important en quantité, en fait, est ridiculement accessoire dès lors que nous prenons du recul, dès lors que nous regardons plusieurs jours de notre existence. Ces jarres même pas pleines d'eau, peut-être même vides, puisqu'il faut les remplir, ces jarres servent à la purification. Elles symbolisent la religion. Elles permettent aux convives, purifiés par l'eau qu'elles contiennent, de célébrer le repas comme des prêtres. Elles font des convives, en quelque sorte, les commensaux de Dieu. Et c'est bien cela, chers amis, qui occupe si peu de place dans notre vie. Pour moi, aujourd'hui, la première leçon de notre texte est bien celle-ci : la commensalité de Dieu, le festin des Noces de l'Agneau, le banquet eschatologique, image de la communion pleine, totale et définitive de Dieu avec son peuple, qui nous semble si importante (600 litres ! ! !), ne représente, dans la réalité, qu'une bien petite part de notre existence. Ainsi, quand nous pensons "Eglise" (c'est un autre mot pour la même chose), nous pensons culte ou messe (mais où nous ne passons que quelques dizaines de minutes par semaine, et pas forcément chaque semaine), nous pensons bâtiment (mais où nous n'habitons pas), nous pensons communauté (mais plus souvent au sens associatif ou bien pire : distribution de services et de biens religieux), nous pensons engagement (au sens militant, oubliant que celui qui s'engage, c'est Christ, pas nous). Oui, quand nous pensons Eglise, nous évaluons ce qu'elle nous rapporte, ou bien ce qu'elle nous prend, en temps, en argent, en souci. Nous la voyons comme nous prenant trop, ou bien comme ne nous donnant pas assez. C'est une réalité extérieure, c'est un petit bout de notre vie chrétienne, à côté duquel, à n'en pas douter, notre famille, notre travail, notre loisir, notre sommeil, notre entretien, etc… occupent beaucoup plus de place. Lorsque nous pensons aux jarres de purification, nous pensons aux quelques secondes du rite nécessaire au repas, et pas au repas lui-même. Comme si la religion était détachée de la vie, comme si l'Evangile n'avait pas à modifier nos comportements individuels et sociaux. Nous posons les jarres dans un coin, et nous passons à un repas qui est le même que celui que nous aurions pris sans nous laver les mains. Notre religion nous est ainsi prétexte à nous passer de Dieu. Ne nous étonnons pas que ceux qui s'en sont rendu compte pour nous ou pour eux-mêmes aient laissé tomber ce prétexte, en un temps où il n'est plus nécessaire d'avoir de prétexte pour bien faire ou mal faire ou rien faire ! La vieille religion est morte, c'est Jésus lui-même qui l'a ruinée, dévoilée, révoquée. Si elle nous tient, alors nous aussi, nous sommes morts avec elle. Elle n'a pas d'intérêt. Elle ne rapproche pas de Dieu. Que nous soyons chrétiens et non plus Juifs n'y change rien : si la religion n'est que des mots pour cacher notre paganisme, notre athéisme, notre égocentrisme, alors elle n'est pas chrétienne, elle est vide, elle n'est rien. La suite du récit, la suite du banquet, nous le dit avec une autre image tout aussi liquide. A travers sa réaction, l'organisateur du repas avoue implicitement une chose, c'est qu'à l'heure où arrive ce vin qu'on lui apporte, les gens sont déjà ivres. Il est étonné à juste titre, mais plus profondément qu'on pourrait le penser à lecture rapide. A l'heure où nous atteint l'Evangile de Jésus-Christ, nous sommes déjà pleins de vin, mais d'un vin que l'Evangile, par contraste, nous dévoile comme "moins bon" ! De quoi s'agit-il ? Eh bien, parmi beaucoup d'interprétations possibles, je crois qu'en lien avec ces jarres qui avaient besoin d'être remplies, et qui avaient donc été vidées plus ou moins, c'est justement de notre vieille religion que nous sommes pleins, que nous sommes ivres. Et au moment où va débuter la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, permettez-moi de vous dire, même si cela doit vous choquer : nous sommes ivres de nos confessions particulières, les protestants de leur protestantisme, et peut-être même les catholiques de leur catholicisme ! Comme le disait l'higoumène orthodoxe de Grassac, vendredi soir, parlant de sa propre confession, chacun de nous prétend être la vraie Eglise fondée par les apôtres : nous sommes ivres de cette certitude. N'est-elle pas pourtant légitime ? Si c'est la certitude que Jésus-Christ est le Seigneur, alors elle est légitime, certes ! Mais si c'est la certitude que notre foi en lui, notre compréhension de lui, est la vérité, alors oui, nous sommes ivres, notre esprit est totalement embrumé, et nous ne contemplons plus que le veau d'or que nos mains ont fabriqué. Nous prenons notre pensée ou notre expérience pour celui qui, lui seul, est la vérité ; nous prenons l'image pour la source. Nous prenons nos mauvais vins pour le nectar le plus fin, nos brouillis pour de la vieille eau de vie. Notre jugement est totalement perverti, et cette perversion s'étend sur tout le reste. Ainsi, nous avons vu nos frères et nos sœurs comme des ennemis. Ainsi, nous avons vu l'unique Eglise du Christ comme notre propriété. Ainsi, nous avons vu notre propre engagement comme le critère de la vérité et du salut pour nous et pour les autres. Oui, lorsque nous voyons ainsi, alors nous manifestons seulement que nous sommes ivres et que le vin était mauvais. Comment voulons-nous que d'autres viennent le boire, sinon pour s'enivrer de même façon ? La vie commune des frères et sœurs du Seigneur de gloire ressemble alors à ce que Paul décrit de l'Eglise de Corinthe, lorsqu'il leur écrit que "l'un a faim tandis que l'autre est ivre" (1 Corinthiens 11/21). Pendant ce temps, le Seigneur n'est pas là. Il est à côté. On ne le voit pas. Seuls les anges savent où ils ont pris le liquide où il leur a ordonné de puiser. Mais les anges ne parlent pas, n'est-ce pas, sauf en rêve !… Le vin nouveau, combien nouveau, puisqu'il ne vient pas de la vigne (!), il est là, à côté, apporté, près à être servi, prêt à être bu, apprécié, dégusté, "le vin qui réjouit le cœur de l'homme et fait plus que l'huile resplendir son visage", comme chantait le psalmiste (Psaume 104/15). Seulement du bon vin, pas de mauvais qui suivra. Un vin inutile pour ceux qui sont déjà ivres, incapables de l'apprécier. Un vin nécessaire pourtant parce que "le vin commençait à manquer". En cette première année de nouveau millénaire, alors que l'Eglise n'a jamais été unie en vingt siècles, il faut bien le reconnaître, où en sommes-nous de notre beuverie ? A défaut d'avoir eu le bon vin au début, il arrive néanmoins. A défaut d'avoir commencé par le bon bout, celui-ci se présente de toute façon. Parce qu'il ne vient pas de nous. Parce qu'il ne dépend pas de nous. Parce que c'est "comme il voudra, quand il voudra", pour le dire comme l'Abbé Couturier. Oh, pas la fusion de nos organisations ecclésiastiques. Qu'importe… Mais "la manifestation de l'unité du corps de Christ", objet de la prière de l'Esprit. Nos efforts nous y portent. Ou bien nos efforts s'y opposent. Des choses en nous crient "pas comme ça" ou bien "pas avec eux"… C'est normal. Nous n'avions qu'à pas boire n'importe quoi ! Ou bien, un peu moins ivres, nous voulons courir du bon côté, sans le voir autrement que dans le brouillard, risquant de tomber pour n'avoir pas vu où nous mettions les pieds, etc… Comme d'habitude, comme toujours, dans un sens ou dans l'autre, nous voulons prendre la place de Dieu, choisir le moment, choisir le vin, décider de notre ivresse. Comme d'habitude, comme toujours, nous allons être malades… C'est Dieu qui agit. C'est Christ qui vient. C'est l'Esprit qui témoigne. Et nous ? Nous restons là, les bras croisés ? Non. Nous, nous sommes invités. Il faut y aller. La fête n'attend pas. Le bonheur n'attend pas. La paix, la joie, l'amour, n'attendent pas. Les frères et sœurs n'attendent pas. Le Père n'attend pas. Il faut y aller. Nous sommes invités. "Une voix sortit du trône : Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, vous qui le craignez, petits et grands ! Et j'entendis comme la voix d'une foule nombreuse, comme la voix de grandes eaux, et comme la voix de forts tonnerres, disant : Alléluia ! Car le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, a établi son règne. Réjouissons-nous, soyons dans l'allégresse et donnons-lui gloire, car les noces de l'Agneau sont venues, et son épouse s'est préparée. Il lui a été donné de se vêtir de fin lin, éclatant et pur. Le fin lin, ce sont les œuvres justes des saints. L'ange me dit : Ecris : Heureux ceux qui sont appelés au festin de noces de l'Agneau ! Puis il me dit : Ce sont les paroles véritables de Dieu" (Apocalypse 19/5-9). Amen. Autre lecture : 1 Corinthiens 12/3-13, 18-21 & 26-27 Cantiques : * NCTC 243 = ARC 528 O Jésus, tu nous appelles * NCTC 266 = ARC 610 O Jésus, mon frère Autres textes de la même catégorie
|
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Jean 02 v 1-12 Didier CROUZET