Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Jean 02 v 1-12 Christian Tanon



Soyez toujours joyeux

Prédication donnée à la FPMA à Port Royal, le 18 Janvier 2004-01-16

Esaie 62
Jean 2, 1-12
I Thessaloniciens 5, 16-18


Un miracle à Cana

C’est dans un petit village au Nord de Nazareth, en Galilée, que Jésus accomplit son 1er miracle. Ceux qui se mariaient et le maître de la cérémonie devaient être des amis proches de Marie. Son fils Jésus était aussi invité, ainsi que ses disciples. La fête battait son plein. Les invités se réjouissaient de la fête, de la noce, mais cette joie commençait à faiblir, à s’estomper, car le vin venait à manquer.
Marie s’en aperçoit et le signale à Jésus, en espérant qu’il allait faire qq chose, peut-être un miracle, pour redonner du vin à la noce afin qu’elle se prolonge dans la foie.
Mais Jésus, qui avait très bien compris l’allusion de sa mère, la rabroue un peu vivement, car il n’était pas prêt à accomplir un miracle à de moment là (mon heure n’est pas encore venue) mais il fit quand même ce que sa mère lui avait suggéré de faire. Vous connaissez la suite, l’eau des jarres servant à la purification des Juifs fut changée en vin, qui s’avère du très bon vin, meilleur que le précédent, du Château Laffite ou Château Saint Julien, cru classé.
Ainsi la noce pouvait –elle reprendre de plus belle, trouver un second souffle, arrosé par un excellent vin.
Nous pourrions nous arrêter là et retenir de cette histoire le côté miraculeux, prodigieux, surnaturel de l’intervention de Jésus. Mais nous passerions à côté de l’essentiel.

La joie qui vient de Dieu

En fait on a tort de parler de miracle. On devrait plutôt parler de signe. Jean l’évangéliste utilise un mot en grec qui ne devrait pas se traduire par miracle, mais par signe. Il faut donc rechercher le sens de cet évènement. La signification pour nous aujourd’hui.
Je suis frappé par un détail qui nous met sur la voie de la compréhension du sens de ce récit. Le vin que Jésus a produit est meilleur que le vin que les convives buvaient au début de la fête. D’habitude, dans les fêtes et les noces (certaines noces pouvaient durer toute la journée) on servait le bon vin au début, et les moins bons ensuite, car étant plus ou moins grisés, pour ne pas dire ivres, les convives ne faisaient plus la différence. Là c’est le contraire qui s’est produit.
Quand le soir approche, Jésus apporte un vin meilleur. Le vin nouveau de Jésus Christ est meilleur. Le vin, c’est la joie. Quand Jésus vient dans le monde, il y a une joie nouvelle qui est donnée en abondance.
Permettez-moi à ce stade, frères et sœurs, de vous donner le témoignage d’une femme de 70 ans qui, au cœur d’une longue maladie, a découvert la joie que procure la venue, dans sa vie de Jésus Christ. Cette femme est une amie protestante qui a demandé le baptême à l’age adulte dans mon ancienne paroisse de Meudon – Sèvres. Son baptême fut en soi un magnifique témoignage pour toute la communauté. Elle exprimait sa joie d’entrer dans une communauté de frères et sœurs dans la foi. Un an après son baptême, elle tomba malade d’une maladie de dégénérescence des muscles. Les médecins l’ont soigné au mieux, et ont reconnu au moment de sa guérison progressive, que la vitalité, la force de vivre et le désir de guérir de la patiente était pour beaucoup à l’origine de sa guérison. Anne témoigne aujourd’hui que c’est Dieu qui lui a donné cette vitalité, il y a vraiment de la joie dans les yeux quand elle parle de toute cette période, pourtant si rude. Elle raconte qu’elle a eu beaucoup de chance, par rapport à d’autres malades qu’elle a connu à l’hôpital, et qui, frappés par le même type de maladie, étaient beaucoup plus malheureux qu’elle. Cette joie qui l’habite vient de Dieu. Cela lui a permis de traverser le malheur dans un esprit de confiance, et du coup, par contamination, redonner confiance à ceux qui l’entourent, en particulier à son mari qui a été assez déstabilisé par toutes ces épreuves.

Qu’est-ce que la joie de Dieu en nous ? La joie de la présence de Jésus dans notre vie ? Est-ce qu’elle nous épargne des malheurs ? Non, mais elle nous permet de les traverser autrement.
Il y a une différence entre bonheur et joie ; à la différence du bonheur, la joie n’est pas égoïste. La joie que Dieu me donne, elle n’est pas que pour moi, mais pour ceux qui m’entourent. Comme ce fut le cas de mon amie Anne.
L’apôtre Paul était en prison quand il a écrit l’épître la plus joyeuse de toutes ses épîtres : celle qu’il a adressée aux Philippiens. Je ne cesse de prier avec joie pour vous, écrit-il aux chrétiens de la vielle de Philippes.
Autre exemple : le bébé que portait Elizabeth s’est mis à tressaillir de joie dans le ventre de sa mère, lorsque Marie, la mère de Jésus, est venue rendre visite à sa cousine. La venue de Jésus, (même s’il n’était alors qu’un fœtus de quelques semaines, procurait une joie immense à Jean-Baptiste, également à l’état de fœtus, de six mois nous dit-on. La joie qui vient de Dieu n’est pas pour nous seulement, mais aussi pour un autre, ou à cause d’un autre.
Par ailleurs, la joie est un sentiment profond, inattendu, qui jaillit sans qu’on puisse le contrôler. D’où l’expression courante « éclater de joie ». Un évènement qui surgit de nous-même mais qui nous vient d’ailleurs, et dont la portée nous dépasse. A la différence du bonheur, la joie est communicative : elle se propage à notre entourage.

La venue de Jésus : joie et haine à la fois.

Il y a 2000 ans, la venue de Jésus n’a pas procuré que de la joie. Elle a aussi produit de la haine. Le 1er signe (je ne dis plus miracle mais signe) donné à Cana est placé sous le signe de la joie, des noces et du banquet bien arrosé, mais le dernier signe, tel que Jean le rapporte dans son évangile, a au contraire produit la haine : il s’agit de la résurrection de Lazare. En ressuscitant Lazare, son ami, Jésus a signé son propre arrêt de mort. Et aussi celle de Lazare.

Encore aujourd’hui, le nom de Jésus peut procurer l’hostilité. Je pense aux Eglises persécutées dans certaines parties du monde. Plus près de nous, l’évocation du nom de Jésus attire l’ironie ou le mépris, en particulier dans le milieu du travail, ou à l’école.

Mais pour nous, qui nous disons Chrétiens, Jésus est synonyme de joie, de bonne nouvelle.

La joie, un commandement

Soyez toujours joyeux, dit Paul aux Thessaloniciens. C’est donc un commandement que de se réjouir, que de rendre grâce.
Quand un évènement heureux se produit, la naissance d’un enfant, la réussite à un examen, ou la guérison d’un parent qui était malade, alors c’est facile de se réjouir ! Les non chrétiens en font autant !
Mais lorsque les journées sont porteuses de mauvaises nouvelles, ou que les journées s’étirent dans la monotonie, qu’il est difficile de se montrer joyeux, et de rendre grâce malgré tout ! Et d’une façon générale, dans nos journées accaparées par les soucis et les activités incessantes, qu’il est difficile de percevoir les clins d’œil et les sourires en provenance de Dieu , au fil de nos journées !

A mon sens, si nous nous plaignons sans cesse de nos petites misères, nous donnons un contre-témoignage de la foi chrétienne. Vous connaissez la chanson : « frères, ne pleurez pas comme ceux qui n’ont pas l’espérance » Il nous est demandé, à nous qui avons l’espérance, de voir la bouteille à moitié pleine, alors que la plupart la voient à moitié vide. Et de rendre grâce pour les petites choses agréables de la vie, en taisant autant que possible les choses moins agréables.

Mais comment y parvenir ? Par nos propres forces, nous sommes en fait incapables de voir la vie avec les lunettes de la joie ; c’est Dieu en nous, le Dieu de Jésus Christ, en nous, qui nous donne cette capacité. C’est cela l’œuvre de l’Esprit Saint en nous.

Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. Vous connaissez ce beau psaume 23. Face à mes adversaires, tu dresses devant moi une table. Ce dernier verset est étonnant : alors que mes ennemis menacent, je pense en particulier à la perspective de la mort (car ce sont souvent des ennemis intérieurs que désignent les Psaumes) donc quand tout va mal, voilà que le Seigneur vient dresser une table de noce, et m’y invite ! Comme aux noces de Cana !
Et ces noces me donnent un avant-goût de la vie éternelle, qui est communion avec Dieu dans la joie.
[Lorsque ma sœur fut atteinte du cancer, elle reçut grâce sur grâce qui lui permit de traverser l’épreuve de la maladie. Une force intérieure lui permettait de ne jamais se plaindre, et d’être toujours attentive aux autres. Elle m’a confié, peu avant sa mort, qu’elle ne s’attendait pas du tout à recevoir tant de grâce de la part de Dieu. Mais le mari et les enfants étaient si tristes de la voir partir, qu’elle ne put s’empêcher de leur dire, peu avant la fin : « je vais partir, mais surtout ne pleurez pas. Restez joyeux. Car je serai en bonnes mains ! » Elle parlait comme l’apôtre Paul aux Philippiens du fond de sa prison. « réjouissez-vous, car Dieu est toujours avec vous »]

Jésus est l’invité de notre vie

Réjouissons-nous , frères et sœurs, car aux noces de Cana, Jésus a changé l’eau en vin. Les noces de Cana, c’est un évangile , une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui. Car Jésus lui-même est l’invité de notre vie. Il était jadis l’invité aux noces de Cana, mais il est aujourd’hui l’invité aux noces de notre existence.
Il est venu dans notre maison, et il a changé en nous qq chose qui est devenu source de joie.

Je terminerai par cette belle phrase de l’Apocalypse : « je me tiens à la porte et je frappe, si qqn m’ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai le repas avec lui ». Encore un repas placé sous le signe de la joie !

Si Jésus Christ est l’invité de notre vie, alors laissons-le transformer peu à peu tous nos sentiments de tristesse, d’envie ou de rancune, pour en faire des sentiments de joie, de bienveillance et de reconnaissance, et le monde autour de nous en sera à son tour transformé.

Amen
Christian Tanon



Inscription à la newsletter