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Jacques 5/7-8 Anne Epting



Texte : Jacques 5/7-8
Genre : Prédication
Auteur : Anne EPTING
Source : Prédication pour le 07.12.2003 (2° dimanche de l’Avent)



On sent que celui qui a écrit ce texte aime bien le mot "patience". Trois fois, il est employé en seulement deux versets. Celui qui a écrit ce texte aime bien ce mot, car il veut dire quelque chose pour lui. D'après les historiens de la Bible, il aurait vécu à la campagne, en Palestine, dans le pays de Jésus, proche de la nature, des animaux, des arbres, des champs… Quand on est tellement lié à la création, quand on vit à son rythme, au rythme des saisons, de la pluie, du soleil, on devient un ami de la nature, un ami qui apprend d'elle à patienter comme le cultivateur qui attend avec patience les belles récoltes de la terre.

A observer la création, à vivre avec elle en toute intelligence, l'être humain devient philosophe. Il prend le temps de vivre, de rencontrer les autres, de grandir et de mûrir, de réfléchir sur sa vie et sur le monde.

Il y a quelques années, le service missionnaire de nos églises avait organisé un échange entre pasteurs alsaciens et pasteurs polynésiens. Les pasteurs alsaciens ont ainsi pu passer quelques semaines sur les îles de la Polynésie française qui se trouvent dans l'océan pacifique dont la plus connue est Tahiti, et les pasteurs polynésiens ont pu séjourner quelques semaines en Alsace pendant la saison d'hiver.

Un des pasteurs alsaciens a raconté que ce qui l'avait fortement impressionné pendant son séjour, c'est d'observer combien les gens de ces îles prennent vraiment le temps de vivre. D'ailleurs, le temps pour eux est très subjectif. Un jour qu'il accompagnait son collègue en voiture pour aller à une réunion importante d'église, ils sont arrivés avec beaucoup de retard, car son collègue de l'île, chaque fois qu'il croisait un de ses paroissiens sur la route, s'arrêtait pour prendre des nouvelles et de celles de sa famille.

Nous rêvons d'adopter un mode de vie à la polynésienne, nous qui sommes si stressés et qui arrivons seulement à nous détendre pendant les vacances et encore… pas toujours.

Le premier sens de patienter est "savoir attendre".

Au Bercail, pour la retraite des pré-confirmands, les 10 jeunes qui étaient dans mon groupe de travail ont réfléchi sur le sens à donner à la patience. En fait, ils ont plutôt réfléchi sur le mot impatience. J'ai noté quelques-unes de ces réflexions :
- il y a l'impatience qui les habite quand il y a eu un contrôle écrit et qu'on attend la note ;
- il y a l’impatience de voir naître les bébés lapins ;
- il y a l’impatience de fêter Noël, d'ouvrir les cadeaux, d'être en vacances…
En rapport avec des choses plus religieuses :
- certains trouvent le culte du dimanche trop long, ils sont impatients de voir arriver la fin du culte ;
- quand ils prient (par exemple pour qu'aux contrôles tombent les questions apprises, pour une personne malade de leur entourage, pour qu'ils gagnent les paris avec les copains), ils sont impatients de voir leurs prières exaucées.

L'impatience n'est pas toujours un défaut, un vilain défaut comme la curiosité, qui d'ailleurs n'en est pas un non plus. L'impatience qui nous habite a aussi un effet positif, il nous "boost", nous met en route, nous motive.

C'est l'impatience, ce feu qui brûle en nous, qui fait que nous avons envie de transformer le monde et de le rendre plus juste.

C'est encore l'impatience, cette fougue qui vient de l'intérieur, qui fait que le croyant se tourne dans la prière vers Dieu, le bouscule à la manière du prophète Esaïe : Où est ton brûlant amour pour nous ? Où est ta puissance ? Nous ne sentons plus ta tendresse et ta bonté pour nous ! En d'autres termes : Pourquoi tu ne viens pas nous aider ? N'as-tu pas dit toi-même que tu es celui qui libère les hommes de leurs poids ? Alors viens ! Ne tarde pas !

Il ne faut pas croire que les jeunes n'ont pas de soucis, ni de poids à porter sur leurs épaules. Les jeunes ont des soucis à l'échelle de leur âge : importants pour celui qui les vit. Il y a des jeunes qui doutent de Dieu (et pas que des jeunes) parce que leur prière, dans laquelle ils ont mis plein de conviction, est restée inexaucée.
Ils ont prié pour que les bonnes questions tombent au contrôle, et ce ne fut pas le cas.
Ils ont prié pour que la personne malade de leur entourage guérisse, et ce ne fut pas le cas.
C'est à ce moment-là, aux moments de découragement et de doute, que la vertu de la patience est bienvenue.

Et nous arrivons au second sens du mot patience : endurer, savoir supporter. Autrefois, la vie des hommes étant plus dure, plus épuisante physiquement que celle d'aujourd'hui qui, elle, est certainement plus épuisante nerveusement. Autrefois, cela voulait dire quelque chose : savoir supporter l'épreuve, le passage difficile. Aujourd'hui, on ne veut pas en entendre parler, car l'existence doit être légère, insouciante, sans épreuves, sans malheurs, en tout cas dans notre société qui a inventé une nouvelle idéologie (croyance) celle du risque zéro. Les gens s'étonnent qu'on ne guérisse pas encore toutes les maladies avec la recherche avancée de la médecine et surtout de la génétique ; qu'on puisse être blessé dans un accident de voiture quand l'airbag et l'ABS devraient être une garantie sécurité à 100 %.

C'est ce qui peut contribuer, malheureusement, au besoin des gens d'avoir tout tout de suite : Je veux tout de suite réussir, avoir de bonnes notes, je veux ouvrir mes cadeaux de Noël maintenant…
Avoir, avoir, avoir…
Celui qui veut avoir et qui ne reçoit pas, ne le supporte pas. Quand on vit à la surface des choses, quand on vit comme si on n'avait pas de vie intérieure, uniquement tourné vers un besoin de posséder, c'est alors l'avoir qui prend le dessus sur l'être.

Je veux vous parler de la dimension de l'être, celle de la vie intérieure, celle du cœur. Nos forces, notre courage viennent de là, de cet intérieur. C'est la force du caractère, oui, c'est aussi la force que Dieu nous donne pour endurer, supporter des situations difficiles qui ne peuvent être modifiées et qui demandent plutôt un abandon serein. A l'heure actuelle, la faculté de supporter les choses pénibles ne cesse de diminuer. Et pourtant, nous en aurions un urgent besoin pour maîtriser notre vie et pour résoudre les problèmes de notre temps. Et ce n'est pas de la passivité, comme s'il s'agissait d'accepter simplement tout ce qui arrive. Endurer veut dire tenir jusqu'au bout, persévérer sans ployer sous la charge.

Qu'est-ce qui nous aide à tenir bon ? Eh bien, par exemple ces paroles de la lettre de Jacques : Soyez patients ! Courage, le Seigneur vient bientôt !

Ceux qui ont reçu cette lettre, il y a très longtemps, étaient des chrétiens pauvres qui travaillaient comme ouvriers agricoles sur des vastes domaines tenus par de riches fermiers. Ils étaient méprisés, insultés, humiliés dans leur travail. Leur vie n'était pas aisée. C'est vrai, ils auraient pu se révolter, faire la grève, mais ils n'en avaient pas les moyens, ni la force tant ils étaient bridés. Quand il n'y a pas le choix, seule la voie de l'endurance permet de survivre. D'autant plus que la parole du Seigneur qui vient bientôt dans nos vies est une promesse qui fait vivre.

Cette promesse est aussi pour nous : le Seigneur connaît ta souffrance (pour reprendre les paroles de Dieu adressées à Moïse au buisson ardent) avec ce problème qui se pose sur le lieu du travail, à l'école, en famille, dans les conflits conjugaux.

Le temps joue un rôle important. Il nous faut laisser aux autres, comme à nous-mêmes, le temps nécessaire au changement. Et il nous faut laisser, dans un élan de confiance, la place nécessaire au Seigneur pour qu'il travaille au changement en nous.

Courage, le Seigneur vient bientôt !




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