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Jacques 5/7-11 François VOUGA
Texte : Jacques 5/7-11
Genre : Commentaire biblique Auteur : François VOUGA Source : L’épître de Saint Jacques (commentaire du Nouveau Testament, XIIIa). Labor & Fides, 1984 (p. 132-138). Jacques 5/7-11 : PAROLE AUX CROYANTS 7 Soyez donc persévérants, frères, jusqu'à l'avènement du Seigneur. Voyez : le laboureur attend le fruit précieux de la terre, persévérant sur lui jusqu'à ce qu'il ait récolté le précoce et le tardif. 8 Soyez persévérants, vous aussi ; affermissez vos cœurs, car l'avènement du Seigneur s'est approché. 9 Ne maugréez pas, frères, les uns contre les autres, afin de n'être point jugés. Voyez : le juge se tient aux portes. 10 Pour la souffrance et la persévérance, prenez pour modèles, frères, les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. 11 Voyez : nous disons bienheureux ceux qui savent endurer. Vous avez entendu l'endurance de Job et vous avez vu la fin du Seigneur, que le Seigneur a beaucoup de cœur et qu'il est plein de compassion. L'encouragement pressant à la persévérance, qui culmine dans l'évocation du destin des prophètes, de Job et de Jésus, répond immédiatement aux invectives qui précèdent contre les spéculateurs (4/13-17) et contre les riches (5/1-6). Il en est la contrepartie directe. Il en reprend d'ailleurs le genre et les termes : le ton reste celui des oracles prophétiques du Jugement. L'avènement du Seigneur est proche (v. 7 & 8), le Juge est aux portes (v. 9), c'est le temps des chants funèbres (v. 1), des derniers jours (v. 3), du Jour où va intervenir le Seigneur Sabaoth (v. 4-5). C'est le temps où les uns spéculent sur l'avenir, où les autres engraissent leurs cœurs (v. 5), alors qu'ils s'agit, dans l'attente du Seigneur qui vient, de les affermir (v. 8). Par les riches commerçants et par les grands propriétaires terriens, les chrétiens, de condition modeste (2/1-13), sont fascinés. Face à la tentation qu'ils représentent (voir le parallélisme 1/5-8 // 4/13-17 ; 1/9-11 // 5/1-6), Jacques exhorte les croyants à tenir bon (persévérer, v. 7, 7, 8 & 10) et à résister (endurance, endurer, v. 11), retrouvant ainsi le thème même du début de l'épître : la résistance et l'endurance face aux épreuves (1/2-4 & 12). L'enjeu de la parénèse pourrait n'être que tactique : ne vous laissez pas entraîner par la révolte ou le zélotisme ; vous vous feriez massacrer. Jacques engagerait alors ses destinataires à la patience et à une attitude prudente des communautés à l'égard des notables et des riches qui les intimident, les exploitent et les contraignent à une insécurité permanente (cf. 2/1-13). La perspective paraît toutefois plus radicale. Jacques a dénoncé l'échec fondamental de tous ces gens admirés et enviés : les spéculateurs et les planificateurs passent à côté de la vie, les riches sont rongés par leurs propres richesses qui les détruisent. Que les membres des communautés, pauvres de Yahvé, ne se méprennent pas ; qu'ils restent fidèles au bonheur qui leur est donné : ils tiennent le chemin de l'accomplissement de leur dignité humaine et de leur vocation (cf. 1/2-4). Celle-ci ne se joue, en effet, ni dans la mercantilisation du temps ni dans la possession des biens, mais dans la résistance aux épreuves et dans la lutte contre les idoles et les puissances. La péricope est construite sur une succession d'impératifs : deux appels à la persévérance (v. 7a & 8), illustrés par un exemple agricole qui contraste avec l'invective du v. 4, sont renforcés par l'évocation des modèles des prophètes, de Job et de Jésus (v. 10 & 11). Le v. 9 fait intervenir d'autres thèmes : notre auteur met en garde ses destinataires contre les plaintes qu'ils pourraient exprimer les uns contre les autres. Cet élément paraît briser la cohérence. Je crois cependant que c'est précisément la perspective eschatologique et parénétique de l'ensemble qui permet d'expliquer sa place ici et son lien organique avec le contexte. (7-8) On rend généralement makrothumein, le concept clef de ce passage, par patienter. Cette traduction est possible ; elle est cependant contestable. Les modèles donnés aux v. 10-11, ainsi que les autres verbes employés aux v. 7-8 (en particulier affermissez vos cœurs, v. 8), montrent qu'il ne s'agit pas de s'en tenir à une attitude passive. La destinée dramatique des prophètes tient au contraire au fait qu'ils sont restés fidèles à la parole qu'ils proféraient. Notre auteur n'engage pas à la simple expectative ou à la soumission, mais à une fidélité active, à une dissidence et à une endurance. Makrothumein, fréquent en particulier dans la Septante, signifie étymologiquement avoir le souffle long, d'où être persévérant, ne pas s'énerver ou ne pas faire de bêtises. L'épître ne cherche pas à réprimer l'impatience révolutionnaire ou eschatologique de chrétiens opprimés. Elle les encourage à tenir bon jusqu'au bout (dans le même sens que Matthieu 10/22, 24/13 ; Marc 13/13 ; Apocalypse 2/26). C'est la raison pour laquelle elle les exhorte aussi à se fortifier. L'expression stérizein tas kardias, affermir, arrêter, fixer ou appuyer son cœur vient de la tradition vétéro-testamentaire et juive. On la rencontre en Juges 19/5, 8, 22, au Psaume 104/15, en Siracide 6/37, 22/16 et, dans le Nouveau Testament, en 1 Thessaloniciens 3/13, etc… Le contexte de ces verbes n'est pas nécessairement celui de la persécution ou de l'oppression injuste. Il est plus généralement celui des difficultés, des privations, des inquiétudes ou des souffrances de la vie quotidienne (voir 5/13-18, kakopathei tis). Adelphoi est répété trois fois dans la péricope, v. 7, 9 & 10. Ce genre d'apostrophe appartient au genre de la prédication et de la diatribe. Jacques en use abondamment. Elle prend toutefois ici un sens particulier : notre auteur s'adresse directement aux membres des communautés, alors qu'il invectivait, à l'extérieur, les planificateurs et les riches de 4/13 à 5/6. Une mise en garde contre les séductions laisse place à l'encouragement direct. Celui-ci est appuyé sur deux motifs : 1. L'avènement du Seigneur s'est approché. L'expression joue sur deux registres différents qui, pour Jacques, n'en forment plus qu'un : celui de l'eschatologie néo-testamentaire, qui attend le retour du Christ (Matthieu 24/3, 27, 37, 39 ; 1 Corinthiens 15/23 ; 1 Thessaloniciens 2/19, 3/13, 4/15, 5/23 ; 2 Thessaloniciens 2/1 & 8 ; 2 Pierre 1/16, 3/4 ; 1 Jean 2/28, etc…) et celui des oracles prophétiques annonçant l'intervention ultime de Yahvé (Amos 1/2 à 2/16, 3/1-8, etc… ; Malachie 3/1 ; Esaïe 35/4; Psaumes 27/14, 37/10-11, etc…). Dans l'épître, kurios, Seigneur, peut désigner aussi bien Dieu que Jésus (1/7, 3/9, 5/4 et, respectivement, 1/1, 2/1, 5/7-8 ; on peut hésiter pour 4/10 & 15, 5/10, 11, 14, 15). Parousia tou kuriou, l'avènement du Seigneur, est en revanche un terme technique chrétien, l'Ancien Testament n'utilisant parousia que cinq fois, dans son sens classique, politique et profane, pour désigner l'entrée joyeuse d'un souverain ou d'une personnalité dans une ville ou dans son camp (Néhémie 2/6 ; Judith 10/18 ; 2 Maccabées 8/12, 15/21 ; 3 Maccabées 3/17). Dans son sens premier, parousia signifie tout simplement la présence, ou la manifestation d'une présence. Il est attesté ainsi chez Eschyle, Sophocle, Euripide ou Platon. Cette présence s'est approchée comme on lit, dans le Nouveau Testament, que le Règne de Dieu s'est approché (Marc 1/14 ; Matthieu 3/2, etc…). La confiance des chrétiens est fondée sur l'attente et l'espérance de la manifestation solennelle et publique de la présence, jusque là cachée, du Seigneur. 2. Cette perspective oblige les chrétiens à un nouveau réalisme qui s'inscrit dans la vision eschatologique du long terme et du global (makpothumein, avoir le souffle et le courage longs). Ce réalisme est celui du laboureur, cité ici comme comparaison ou comme exemple. L'illustration vient du monde de la campagne, à l'instar de 1/9-11 ou, plus près, de l'invective de 5/4. Fait-elle partie du quotidien des destinataires de la parénèse, ou Jacques ne la choisit-elle que comme motif littéraire (cf. Psaume 126/5-6 ; Siracide 6/19 ; Marc 4 et parallèles, etc…) ? Le laboureur ne fait pas qu'attendre : il sait patienter dans l'attente, laisser venir le précoce et le tardif. Géôrgos est un terme général désignant le travailleur de la terre : le paysan, le fermier, le vigneron ou le jardinier. Il ne s'agit ni d'un saisonnier, comme l'ergatès de 5/4, ni d'un propriétaire de latifundia, comme les riches de 5/1-6 : notre homme patiente sur un fruit qui a pour lui grand prix. L'adjectif timios signifie précieux, cher, d'où honorable et honoré. Mais sa persévérance a un terme : il sait qu'un temps vient où il va recevoir. Pour les commerçants et les spéculateurs de 4/13-17, le temps était un objet de planification et un outil d'investissement. Pour les riches de 5/1-6, il était pris dans une logique d'accumulation et de capitalisation (v. 3). Ici, en revanche, le temps est un espace d'ouverture et d'espérance. Ekdéchomai signifie recevoir, recueillir des mains de quelqu'un, et lambanein peut vouloir dire prendre, saisir, retirer, obtenir. Le précoce et le tardif (littéralement : du matin et du soir) peut évoquer deux choses différentes : a) Il s'agit des pluies précoces et tardives (sous-entendu uéton). Jacques utiliserait l'expression vétéro-testamentaire de la confiance en Yahvé qui prend soin de sa terre, qui garde sur elle les yeux du début à la fin de l'année et qui donne en son temps la pluie qu'il lui faut, celle de l'automne et celle du printemps (Deutéronome 11/14 ; Jérémie 5/24 ; Joël 2/23 ; Zacharie 10/1 dans la Septante ; cf. Jérémie 3/3, Osée 6/3). Selon cette lecture, notre laboureur est un modèle d'attente confiante, reprenant de l'Ancien Testament la certitude que, ce qu'il faut pour vivre et pour subsister, le Seigneur le donnera sûrement en son temps. L'image choisie peut alors être rapprochée des paraboles de la croissance de Marc 4/26-29 et 30-32. On ne peut hâter le mûrissement, mais, quoi qu'on fasse, le champ lève. b) Ce n'est pas uéton qui doit être sous-entendu, comme dans les textes vétéro-testamentaires auxquels l'expression fait allusion, mais karpon, le fruit : le laboureur attend le fruit de la terre, persévérant jusqu'à ce qu'il ait recueilli le fruit précoce et le fruit tardif. Le sens est alors différent : le laboureur est exemplaire en ce qu'il attend la récolte de l'arrière-saison pour juger de l'année. Aux chrétiens de savoir discerner dans le long terme et de voir où mènent, en définitive, les choix existentiels des uns ou des autres. Il ne s'agit pas de se laisser fasciner par les premières apparences ou d'envier ceux qui, sur le moment, paraissent en situation privilégiée. Il faut attendre le fruit tardif : se garder de l'égarement des spéculateurs dont la vie part en fumée (1/5-8 // 4/13-17) ou du destin des riches qui se perdent par ce qu'ils croient posséder (1/9-11 // 5/1-6) ; tenir bon dans la compréhension de soi de ceux qui résistent et persévèrent (1/12 // 5/7-11 et, en particulier, les v. 10-11). L'allusion à Deutéronome 11/14 et à la tradition vétéro-testamentaire ne fait pas de doute. La seconde lecture s'impose toutefois aussi : la construction karpon lambanein, recevoir ou récolter du fruit est usitée ; ce n'est en revanche pas le cas de uéton lambanein, recevoir la pluie. Il faut donc maintenir les deux dimensions : c'est sur le fond de la foi en la fidélité du Seigneur que Jacques engage ses frères à un autre réalisme. La persévérance des chrétiens n'est que l'écho de la prévenance de Dieu à leur égard. Si le laboureur voit loin et tient la distance, c'est parce qu'il croit en l'avènement du Seigneur. Il faut croire en la venue des pluies de l'automne et du printemps pour patienter et résister jusqu'à la dernière récolte. La grâce fonde l'impératif. (9) Les membres de la communauté ne doivent pas se plaindre entre eux : le juge est devant la porte. Le verbe stenazein, fréquent dans la Septante tant que dans le grec classique (Eschyle, Sophocle, Euripide), est employé cinq fois par le Nouveau Testament : Marc 7/34 ; Romains 8/23 ; 2 Corinthiens 5/24 ; Hébreux 13/17 et ici. Il signifie gémir ou déplorer. Le motif eschatologique n'est plus celui de l'avènement du Seigneur mais celui, inversé, de l'imminence du Jugement (voir déjà 2/12-13, 4/12, 5/12 ; cf Matthieu 7/1, Romains 2/16) : le Juge (Dieu, 4/11-12, ou Jésus, 5/7-9 ?) se tient aux portes, selon l'expression que l'on retrouve en Marc 13/29 ou Matthieu 24/33. Tradition parallèle : Matthieu 7/1 // Luc 6/37. Ce que Jacques veut éviter, ce n'est pas seulement que les pauvres des communautés perdent leurs forces à récriminer contre les riches et les notables au moment où le Juge s'apprête à intervenir. Que les chrétiens ne se méprennent donc pas sur les temps. Mais aussi : que les difficultés n'aigrissent pas les frères les uns contre les autres et que les épreuves qu'ils rencontrent (v. 11 // 1/3-4) ne les divisent pas. Qu'ils ne rejettent pas les uns sur les autres la responsabilité de la détresse présente (Ropes). Qu'ils évitent donc de se juger les uns les autres (4/11-12) et de fuir ainsi la difficulté : car un autre est le Sauveur et le Juge (Laws : Dieu ; Davids : Christ) qui départagera les brebis et les boucs (Matthieu 25/31-46). (10) Jacques inscrit les membres des communautés chrétiennes auxquelles il écrit dans la lignée des témoins. Il avait évoqué l'exemple d'Abraham et de Rahab (2/14-26), et il donne ici le modèle des prophètes (v. 10) puis de Job et de Jésus (v. 11). Les prophètes sont, en effet, pour lui un repère : upodeigma (Siracide 44/16 ; 2 Maccabées 6/28 & 31 ; 4 Maccabées 17/23 ; Jean 13/15) est un signe, une marque, un indice, avant d'être, comme paradeigma, plus fréquent, une figure exemplaire. De quoi sont-ils témoins ? Des souffrances d'abord qu'ils ont endurées. Kakopathia est un terme rare (seul emploi dans le Nouveau Testament ; cf. Malachie 1/13, Jonas 4/10, 2 Maccabées 2/26-27, etc…). Il désigne les mauvais traitements et les vexations qu'ils ont subies. Ils sont d'autre part témoins de leur persévérance et de leur ténacité. Les deux choses sont liées à la vocation qu'ils ont reçue de parler au nom du Seigneur : l'auteur rappelle à ses lecteurs la persistance et la passion de la parole dissidente. Le kurios peut être Yahvé ou, dans l'interprétation christologique des prophéties vétéro-testamentaires, le Christ. L'expression est celle de Jérémie 20/9, 44/16 et Daniel 9/6. La tradition biblique mentionne souvent, dans sa parénèse, des catalogues de héros, rappelant leurs actes, leurs vertus et leurs souffrances (1 Chroniques 2/51-60 ; Siracide 44/49 ; Hébreux 11/31-38, etc…). Elle relate en particulier la destinée dramatique des prophètes (1 Rois 19/10 & 14 ; Jérémie 38/4-6, 26/20-23 ; Amos 7/10-17 ; 2 Chroniques 24/20-22). Le thème prend de l'ampleur dans le Judaïsme, puis dans le Nouveau Testament. La fidélité de Jésus à sa parole et le don qu'il fait de sa vie sont lus comme l'accomplissement de la destinée des prophètes (Marc 12/1-12 // Matthieu 21/33-46 // Luc 20/9-19 ; Luc 13/32b-33). Or, les disciples et les chrétiens eux-mêmes sont pris dans cette confrontation entre l'invective prophétique de l'Evangile et la logique de dénégation et d'idolâtrie qu'elle tente de briser (Matthieu 23/29-36 // Luc 11/49-53 ; cf. Actes 7/52 et 1 Thessaloniciens 2/5). A la situation précaire des témoins répond la béatitude indiquant où se trouve leur dignité et leur vocation (Matthieu 5/11-12 // Luc 6/23 & 26) : la tradition de la destinée prophétique est ici clé d'interprétation de l'existence chrétienne. (11a) Deuxième exemple : Job, qui n'est mentionné qu'ici dans tout le Nouveau Testament. Job est cependant très populaire dans le Judaïsme à cause de sa foi inébranlable : « Soit un pays ; il pèche contre moi et commet un sacrilège ; j'étends donc la main contre lui, je supprime ses provisions de pains, j'envoie contre lui la famine, j'en retranche hommes et bêtes. Même si ces trois hommes : Noé, Daniel et Job, se trouvent au milieu de ce pays, eux seuls sauveront leur vie, par leur justice - oracle du Seigneur Yahvé » (Ezéchiel 14/14, cf. 14/20). La première lettre de Clément dit de Job qu'il était juste, irréprochable, véridique, religieux, éloigné de tout mal (17/3, voir Job 1/8). Jacques prend ses destinataires au mot de leurs vénérations. Ils disent bienheureux les saints qui les ont précédés. Le verbe makarizein est usité dans le grec classique — où il signifie estimer quelqu'un heureux ou le louer — et on le rencontre fréquemment dans l'Ancien Testament. Le Nouveau Testament ne l'utilise que deux fois, ici et dans le Magnificat, Luc 1/48, mais on peut le rapprocher des béatitudes. Le thème est le même qu'en 1/2-4 et surtout en 1/12. Jacques réintroduit le concept d'endurance, central dans la première partie de l'épître, qui exprime la fermeté, l'intransigeance ou la dissidence des témoins. Reprenant la problématique fondamentale du poème de Job 3/1 à 42/6, il en fait un modèle de l'existence chrétienne. Que ceux qui disent bienheureux les gens endurants le soient aussi eux-mêmes (cf. Daniel 12/12 ; 4 Maccabées 1/10, 7/22) et qu'ils voient l'exemple de Job. (11b) La fin du Seigneur peut se comprendre de diverses manières : a) Elle peut faire allusion à la réhabilitation de Job qui, dans le cadre narratif, conclut le livre (Job 42/10-17). Job est alors l'exemple de celui qui a su attendre dans la patience le rétablissement final (l'avènement, v. 7-8) de Dieu. Le v. 11 donne une ultime illustration de l'exhortation des v. 7-8, parallèle à celle du v. 10. Kurios est un génitif subjectif : la fin que le Seigneur a ménagée à Job. b) Le génitif a la même valeur, le sens de l'expression est le même, mais telos renvoie à la fin du poème : Job 42/1-6. Dieu a contraint Job à un nouveau regard qui réinterprète sa propre souffrance. Devant le paradoxe de la réponse de Dieu à ses questions, il se retrouve démuni et sans réplique. Yahvé s'est manifesté dans toute sa souveraine liberté — donnant raison à Job, par devers lui, dans sa dissidence contre ses amis qui voulaient enfermer la providence dans des liens de causalité et de rétribution — et Job, cette fois, l'a vu. Rien n'a changé : Job n'a pas quitté son fumier ni sa résistance, mais Dieu a rencontré son dénuement. c) Le telos kuriou ne se rapporte plus à Job, mais à Jésus. Telos signifie dans son sens premier l'accomplissement, le terme, l'achèvement ou le but. Il fait allusion ici à la révélation de la Croix (voir Jean 19/28-30) ou à la Résurrection. Le titre de Seigneur qualifie Dieu en Jacques 1/7, 3/9, 5/4, mais il est incontestablement attribué à Jésus en 1/1, 2/1, 5/7 & 8. On peut hésiter pour 4/10 & 15, 5/10, 14 & 15. La lecture christologique de la formule la fin du Seigneur explique le changement de verbe. Ekousate, vous avez entendu, s'applique comme en Matthieu 5/21, 27, 33, 38 & 43 à la lecture et à l'écoute de l'Ecriture. Jacques utilise en revanche eidete pour la catéchèse évangélique (1/19, 3/1, 4/4 & 17). Selon cette troisième orientation qui était déjà celle de saint Augustin, Jacques renvoie ses lecteurs à l'endurance de Jésus lui-même. La tendresse et la miséricorde de Dieu se sont manifestées non seulement dans l'exaucement de Job 42/10-17 ou dans la théophanie de Job 42/1-6, mais, ultimément, à Golgotha et dans l'événement pascal qui en fait une parole (cf. 1 Corinthiens 1/18). Polusplagchnos est un terme propre au christianisme primitif. On ne le rencontre pas avant Jacques, ni dans le grec classique et hellénistique ni dans le Judaïsme. Hermas, en revanche, va le réemployer, comme plusieurs autres termes forgés dans notre épître (Sim V,7,4 ; Mand IV,3,5). Il désigne étymologiquement quelqu'un qui a beaucoup d'entrailles, qui se laisse émouvoir, qui est plein de cœur et de tendresse. Oiktirmôn vient de la poésie grecque. Fréquent dans la tradition biblique, il signifie compatissant, miséricordieux. Il évoque, dans son sens premier, les lamentations, les déplorations et les plaintes que l’on extériorise. Le jumelage des deux termes rappelle des tournures vétéro-testamentaires (Psaume 103/8 & 9). |
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