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Jacques 2 v 14-19 Henri Persoz
http://ervc.free.fr/ ER Vallée de Chevreuse
La foi et les oeuvres Chevry, 4 décembre 2004 ; Palaiseau 5 décembre 2004 Pour voir la liste des autres prédications disponibles, suivez le guide ... Pour écouter les liturgies, suivez la musique Textes : (Romains 2,13) Jacques 2, 14-19 A quoi bon, mes frères, dire qu’on a de la foi, si l’on n’a pas d’œuvres ? La foi peut-elle sauver dans ce cas ? Si un frère ou une sœur n’a rien à se mettre sous la dent et pas de quoi manger tous les jours, et que l’un de vous lui dise : « Va en paix, mets-toi au chaud, et bon appétit », sans que vous lui donniez de quoi subsister, à quoi bon ? De même, la foi qui n’aurait pas d’œuvres est morte dans son isolement. Mais quelqu’un dira : « Tu as de la foi ; moi aussi, j’ai des œuvres ; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi. Tu crois que Dieu est un ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi et ils frissonnent ». Veux-tu te rendre compte, pauvre être, que la foi est inopérante sans les œuvres ? Abraham, notre père, n’est-ce pas aux œuvres qu’il dut sa justice, pour avoir mis son fils Isaac sur l’autel ? Tu vois que la foi coopérait à ses œuvres, que les œuvres ont complété la foi et que s’est réalisé le texte qui dit : « Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice » et il reçut le nom d’ami de Dieu . Vous constatez que l’on doit sa justice aux œuvres et pas seulement à la foi. Tel fut aussi le cas pour Rahab, la femme de mauvaise vie : n’est-ce pas aux œuvres qu’elle dut sa justice pour avoir accueilli les messagers et les avoir fait partir par un autre chemin ? En effet, de même que, sans souffle, le corps est mort, de même aussi, sans œuvres, la foi est morte. Je ne me souviens pas avoir entendu une prédication sur l’épître de Jacques. Il est vrai qu’elle n’est pas trop aimée des protestants et que Luther l’avait traitée « d’épître de paille », méritant à peine d’être incluse dans le Canon du Nouveau Testament. La raison en est dans les versets que nous venons de lire et qui paraissent s’opposer à la justification par la foi, chère à l’apôtre Paul et à Martin Luther. L’ensemble de la lettre de Jacques est énigmatique ; elle parle à peine du Christ au point que l’on s’est demandé s’il ne s’agissait pas d’un écrit juif auquel des chrétiens auraient rajouté deux fois le nom de Jésus Christ. C’est la raison pour laquelle cette lettre a été intégrée très tardivement dans le Nouveau Testament, vers la fin du quatrième siècle. Qui est Jacques ? Nous ne savons pas. La lettre est sans doute un pseudépigraphe, c’est-à-dire un hommage rendu à un personnage important, peut-être Jacques le frère de Jésus, pour donner une certaine autorité à l’écriture. L’auteur connaissait en tout cas les lettres de Paul, car il en reprend par endroit le vocabulaire et l’argumentation, pour la compléter, l’envoyer dans d’autres directions. Je me suis servi, pour préparer cette prédication, du livre de Louis Simon, « Une éthique de la sagesse, commentaire du livre de Jacques ». Louis Simon a été le pasteur pratiquement fondateur de cette paroisse de la Vallée de Chevreuse. Il se refusait à écrire des livres, disant que son message était une parole qui passait et non une écriture. Et il m’a raconté pourquoi il avait néanmoins écrit ce livre. Un jour, il reçoit une lettre d’un éditeur le remerciant d’avoir accepté d’écrire un commentaire sur le livre de Jacques et lui précisant qu’il attendait ce commentaire pour telle date. Manifestement il y a eu confusion de personne car Simon n’avait jamais rien accepté. Il répondit cependant : Vous devez vous tromper de personne, je ne vous ai rien proposé, mais si voulez, je peux vous écrire quelque chose pour telle date. Et c’est ainsi que le livre est né, qui fait référence encore aujourd’hui. On a coutume d’opposer Paul et Jacques et de dire que cette lettre de Jacques a été écrite en grande partie pour contrer les positions pauliniennes. Jacques serait l’apôtre de la justification par les œuvres, tandis que Paul serait l’apôtre de la justification par la foi. Les commentateurs, qui ont toujours réponse à tout, en ont souvent déduit que ces deux manières de voir correspondaient à deux charismes différents qui pouvaient avantageusement coexister à l’intérieur d’une même communauté. Les uns se retrouvant mieux dans la piété et la contemplation, les autres dans le service, l’action sociale, la diaconie. L’apôtre Paul explique bien, dans plusieurs de ces lettres, que tous n’ont pas reçu les mêmes dons, mais que c’est le même Dieu qui produit tout en tous. Et c’est ici que l’apôtre utilise l’image du corps. Chaque membre a une fonction différente et est indispensable à l’ensemble du corps. La diversité parmi les membres de l’Eglise est donc une richesse, comme est une richesse la diversité d’approche de la relation à Dieu et à Jésus, du côté de la foi ou du côté des œuvres. L’Eglise a besoin d’hommes de foi, l’Eglise a besoin d’hommes d’œuvres. Elle ne pourrait pas exister si elle ne s’appuyait pas sur ces deux types de personnes. Parce qu’elle est faite pour la louange à Dieu ; parce qu’elle est faite pour le service au monde. Ceci nous rappelle les deux figures de Marthe et Marie dans les évangiles. Marthe est une active, elle s’affaire au service, tandis que Marie est contemplative et s’assied tranquillement au pied du Seigneur. L’évangile de Jean nous précise bien que Jésus les aimait toutes les deux. Au-delà de ces contrastes de vocation, il nous faut entrer dans le texte de Jacques pour nous apercevoir qu’il n’est pas vraiment en opposition avec la théologie paulinienne. Jacques compare, non pas la foi et les œuvres, mais une foi qui ne serait pas accompagnée de ses œuvres, une foi inactive en quelque sorte et la foi disons « normale » naturellement accompagnée de ses œuvres, c’est-à-dire s’impliquant dans le monde. Je vous relis le verset clef : « Tu as de la foi ; moi aussi, j’ai des œuvres ; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi ». Jacques dit simplement que les œuvres sont la preuve de la foi et que s’il n’y a pas d’œuvres, il ne peut pas y avoir de foi véritable. L’homme donné en exemple, dans le plus complet dénuement à qui son frère dit simplement « Va en paix et rassasie toi » va en fait à la mort. Il n’a pas la nourriture qu’il lui faudrait pour la journée et ne reçoit que des paroles d’encouragement. Comme cet homme va à la mort, la foi de celui qui ne fait que le bénir est une foi morte, qui ne peut entraîner que la mort. Elle n’a que des paroles pieuses à adresser à celui qui a besoin de pain et de chaleur. Mais la foi vivante est faite pour donner le nécessaire à la vie. Ainsi la tirade de Jacques oppose la foi vivante et la foi morte. Pour lui, la foi ne peut exister, être vivante, qu’insérée dans un comportement, dans un engagement pour donner à ceux qui frappent à la porte le nécessaire vital. Les démons aussi ont la foi ; ils croient que Dieu est un, ce qui est le rappel du premier commandement. Mais ils ne font rien que le mal ; leur foi est morte. On ne peut donc pas séparer la foi et les œuvres, la théologie et l’engagement, la piété et la miséricorde. Ceci a fait écrire à Ignace d’Antioche, qui était un des premiers pères de l’Eglise, mort martyr au début du deuxième siècle : La foi est la chair du Seigneur et la charité son sang. Expression un peu crue, mais qui montre bien que la charité alimente et fait vivre la foi. Les évangiles d’ailleurs confirment cette inséparabilité puisqu’ils alternent constamment d’une part l’enseignement et les prières de Jésus, et d’autre part ses actions de compassion en faveur de ceux qui implorent son secours. Accueillir Dieu et accueillir les hommes. Avoir foi en Dieu, c’est à dire confiance en Dieu et faire en sorte que les hommes aient confiance en vous ; voilà l’inséparable. Un évangile qui ne raconterait que la piété filiale de Jésus envers Dieu serait insuffisant. Un évangile qui ne parlerait que des guérisons et actions de compassion de Jésus le serait autant. Synergie entre la foi et les œuvres. Vous pensez peut-être que le mot synergie est trop moderne pour être utilisé ici. Mais c’est justement le terme employé par Jacques, au verset 22 : « Tu vois que la foi travaillait avec les œuvres » : sunergei, travailler avec, qui a donné synergie. Fortification de l’un par l’autre. Saint Anselme, commentant ce passage, écrivait : « La foi est inutile et comme morte si elle n’est pas vivifiée et fortifiée par l’amour ». Il y a là cette idée de synergie : les œuvres d’amour donnent de la force à la foi, la font grandir, lui donnent sa véritable dimension. Albert Schweitzer allait un peu plus loin lorsqu’il écrivait: « Si tu veux croire en Jésus Christ, commence par faire quelque chose en son nom. » Ce qui veut signifier que parfois, lorsque la foi est chancelante, que l’on ne sait pas très bien en quoi elle consiste, si elle correspond encore aux besoins de notre monde, ce sont les œuvres, le « faire quelque chose au nom de Jésus » qui permettent de la retrouver, de la fortifier. Les illustrations du propos de Jacques, prenant exemple sur l’histoire d’Abraham et de Rahab sont difficiles à comprendre. Car Abraham portant son fils au sacrifice, et Rahab trahissant son peuple en aidant à fuir des étrangers qui étaient venus pour espionner son pays ne sont pas spécialement édifiants. C’est ici que l’on voit bien que Jacques répond directement à Paul ; car l’apôtre Paul cite plusieurs fois cette phrase de la Genèse : « Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice » signifiant par là que la foi était suffisante pour la justification. Mais Jacques rajoute que le patriarche n’eut pas que la foi, il s’est impliqué dans des actions d’obéissance et d’obéissance extrême. Il faut bien comprendre que dans la mentalité juive de l’époque, l’histoire du sacrifice d’Isaac n’était pas perçue négativement, mais comme l’exemple même de l’acte d’obéissance à Dieu. Pour Louis Simon, Jacques pousserait un peu à l’extrême sa démonstration en s’appuyant sur le fait que les actes de ces deux personnages Abraham et Rahab ont permis à l’histoire d’Israël de se dérouler. Ces personnages se sont approchés de la mort mais ce sont leurs actions qui les ressuscitent en créant l’histoire. Simon insiste donc sur la foi créatrice d’histoire, la foi qui n’hésite pas à s’impliquer dans le monde, parfois de façon ambiguë, pour que l’histoire puisse trouver son chemin. Revenons donc à l’apôtre Paul pour reconnaître qu’il ne démentirait certainement pas les propos de Jacques, car il dit bien, lui aussi, que les œuvres sont la conséquence logique de la foi. En Gal 5,6 il précise que la foi efficace, c’est la foi agissant par l’amour. Et un peu plus loin il dit, comme Jésus, que la loi est récapitulée dans cette unique parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et je vous ai lu cette phrase étonnante de l’apôtre, dans son épître aux Romains, qui précise que les justes devant Dieu sont ceux qui pratiquent la loi ; alors qu’à bien d’autres endroits, lus attentivement par Luther, l’apôtre est le défenseur de la justification par la foi. Mais il faut bien comprendre : là où Paul dénonce les erreurs de ses contemporains, et Luther avec lui, c’est de penser que les œuvres puissent être le fondement, l’origine du salut et non pas simplement la conséquence de la foi vivante. Paul dit que les œuvres toutes seules ne sauvent pas. Jacques dit que la foi toute seule ne sauve pas, parce qu’elle est morte. C’est donc bien la foi vivante, fortifiée par l’amour comme dit Anselme, qui nous sauve. Parce que, comme l’explique Luther, le salut est une question de disposition intérieure, de réconciliation avec Dieu et avec soi-même. Et cela est bien une question de foi. Ainsi, chers amis, ne nous posons pas trop de questions. Et laissons nous aller à la diversité de nos dons. L’un a-t-il la vocation du service ? Qu’il serve. L’autre a-t-il la vocation de la foi agissante ? Qu’il croie de manière agissante. C’est ainsi que nous formerons un seul corps, solidaires les uns des autres et témoignages pour le monde. 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