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I Corinthiens 15 v 1-11 (Service d'Animation Biblique)
Dimanche de Pâques
11 Avril 2004 I Corinthiens 15/1-11 I TEXTE - NBS 15:1 Je vous confirme, mes frères, la bonne nouvelle que je vous ai annoncée, celle que vous avez reçue, dans laquelle vous vous tenez 15:2 et par laquelle aussi vous êtes sur la voie du salut, si vous la retenez dans les termes où je vous l'ai annoncée; autrement, c'est pour rien que vous seriez venus à la foi. 15:3 Je vous ai transmis, avant tout, ce que j'avais moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. 15:4 Il a été enseveli, il s'est réveillé le troisième jour, selon les Ecritures. 15:5 Il est apparu à Céphas, puis aux Douze. 15:6 Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois : la plupart d'entre eux sont demeurés en vie, quelques-uns se sont endormis dans la mort. 15:7 Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. 15:8 Après eux tous, il m'est apparu, à moi aussi, comme à un avorton. 15:9 Moi, en effet, je suis le moindre des apôtres; c'est même trop d'honneur pour moi que d'être appelé apôtre, puisque j'ai persécuté l'Eglise de Dieu. 15:10 Mais par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n'a pas été inutile; au contraire, j'ai travaillé plus qu'eux tous; non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. 15:11 Ainsi donc, que ce soit moi, que ce soient eux, telle est notre proclamation et telle est la foi à laquelle vous êtes venus. 2.0 CONTEXTE 2.1 Contexte littéraire 2.1.1 La première épître aux Corinthiens n'est probablement pas sortie de la plume de Paul telle que nous la lisons. Elle donne plutôt l'impression d'un dossier qui aurait recueilli toute une correspondance (1/11 ; 4/17 ; 5/1.9.11 ; 7/1 ; 9/3 ;) Divers commentateurs estiment que I Corinthiens est une recomposition à partir de plusieurs lettres adressée par Paul à l'Eglise de Corinthe pendant son séjour à Ephèse entre 52/53 et 54/55. Mais ils ne s'accordent pas sur le nombre de lettres [1], leur contenu respectif et l'ordre dans lequel elles ont été envoyées. [1]2, 4, plus ? La reprise de certains sujets, comme celui de la viande sacrifiée aux idoles, avec des nuances dans la position de Paul peuvent faire penser que Paul corrige ses positions en fonctions des informations reçues. De là à identifier des courrier précis… 2.1.2 Cela importe peu pour I Corinthiens 15 qui constitue une unité en soi, même la lettre est, malgré les commentateurs, d'une seule pièce. Rien ne rattache ce chapitre, au passage précédent, 12-14 qui de manifestations de l'Esprit et de la tenue des assemblées, ni au thème de la collecte qui occupe le chapitre 16 avant les salutations finales. 2.2 Contexte historique I Corinthiens donne de l'église de Corinthe une image générale qui ne manque pas d'intérêt pour notre passage. 2.2.1 C'est une église divisée (1-4 ; 11/17-19 ; 12/1-31, traversée par des courants divers que les spécialistes ont du mal à faire entrer dans des catégories très claires.( pré gnostiques, spiritualistes, …) Ces définitions n'ont pas de véritable importance. Il est plus utile de comprendre les données générales qui apparaissent dans l'épître. 2.2.2 Le passage par Corinthe de divers missionnaires chrétiens (I Cor 1/12 ; 3/1-6) a laissé des traces. 2.2.3 Mais aussi l'irruption dans la culture hellénistique de l'évangile d'origine sémitique et orientale : D'une certaine manière nous assistons au travail herméneutique de l'apôtre qui essaie de traduire dans la réalité d'une communauté plongée dans le monde gréco-romain la vie qui découle de l'évangile qui est marqué par l'affirmation monothéiste et une anthropologie étrangère à l'hellénisme. Il semble notamment que - des confusions ont eu lieu l'évangile étant reçu comme une nouvelle sagesse susceptible des spéculations " philosophiques " ou religieuses[2] et non comme une révélation qu'il convient de recevoir pour en tirer les conséquences pratiques (I cor 1/17-2/16 ; 8/1) - des débats se sont ouverts sur des questions concrètes (Mariage 5/1-13 ; 7/1-40 11/2-16 - procès devant les tribunaux païens 6/1-11 - consommation des viandes 8/1-13 ; 10/14-22) mais aussi en raison de prétentions spiritualistes (12/1-14/39). - Au passage, la prédication de l'apôtre a été mise en cause (2/1 ; 4/1-5.14-21 ; 9/1-27). [2] En I Cor 11/17-22 Paul évoque des divisions que nous appellerions peut-être " sociales ". Mais aussi des déviations qui font penser que certains Corinthien confondent le repas du seigneur avec des pratiques de religions à mystères ou dionysiaques. 2.2.4 Tout cela donne le sentiment d'un groupe bouillonnant, spontané, enthousiaste assurément, mais fragile dans ses convictions, fluctuant dans ses pratiques qui ne sont pas toutes très conséquentes par rapport à l'Evangile reçu. Cela ressemble bien plus à un groupe de jeunes un peu brouillon qu'à une paroisse adulte et l'apôtre fait remarquer à plusieurs reprises qu'il ne peut pas parler aux Corinthiens comme à des adultes (2/6 ; 3/1 ; 4/17 ; 11/2 ; 14/20 ;), obligé qu'il est de revenir constamment aux éléments fondateurs de l'évangile (2/1 ; 4/17 ; 11/2.23 ; 15/1-3). 2.2.5 Notre texte, 15/1-11 est le début d'un assez long développement (58 versets) concernant la résurrection. Le débat ne porte pas fondamentalement sur la résurrection du Christ, mais sur la foi en la résurrection des croyants (15/12), et plus précisément sur la résurrection des corps (15/35-58). 2 .2.6 A l'arrière plan, il y a une opposition entre deux anthropologies. - L'une, (hellénistique ? Pré gnostique ? Docétique ?) représentée semble-t-il à Corinthe (15/12 : certains d'entre vous) pose que l'homme est un esprit (âme immortelle) plus ou moins prisonnier de la matière (le corps). Pour ceux qui pensent ainsi, il ne saurait y avoir résurrection des corps. La résurrection de Jésus n'est que le signe de la libération de l'âme immortelle. Cette libération peut alors, selon les cas entraîner deux positions éthiques paradoxalement opposées : la licence absolue (libération par rapport à la loi) puisque ce que fait le corps n'a plus aucune conséquence pour le salut de l'âme ; où l'ascèse la plus stricte par mépris du corps. - L'autre, représentée par l'apôtre est celle de l'Ancien Testament : l'homme est un " être vivant " créé par Dieu qui lui donne le souffle de vie. Lorsque Dieu retire son souffle, la mort survient comme un anéantissement complet de l'être. La résurrection est une " re-création ", un acte libre de Dieu. Celle de Jésus garantit celle, toujours à venir du croyant. III LES MOTS Je vous confirme : les traductions usuelles disent je vous rappelle, sens du verbe anmimnjskw en I Cor 4/17 ; II cor 7/15. Mais on a ici, comme en Galate1/11 le verbe gnwrizw déclarer, porter à la connaissance, faire connaître. La traduction de la NBS est un moyen terme. On suppose en effet que Paul a annoncé la mort et la résurrection du Christ dès ses premières démarches d'évangélisation à Corinthe. Si il écrit ici " je vous fait connaître " cela correspond au fait qu'il se sent obligé de " tout reprendre à zéro "[3] [3] Ce qui nous vaut d'avoir ici un échantillon de sa prédication de base ! Dans laquelle vous vous tenez : Le verbe istjmi signifie d'abord " tenir debout " (I cor 10/12, mais aussi " tenir bon ". Paul suppose donc qu'il n'y a pas de contestation, dans l'église de Corinthe quant au cœur même de la bonne nouvelle, la mort et la résurrection de Jésus. A moins qu'il ne fasse ici une sorte de politesse : " voyons, nous sommes au moins d'accord sur ceci " 15:2 La traduction de ce verset est problématique. Voici quelques possibilités : (L'évangile) par lequel aussi vous recevez le salut - en quels termes je vous ai annoncé l'évangile - si vous le retenez ; à moins que vous ne soyez devenus croyants en vain (Christophe SENFT) C'est par lui aussi que vous êtes sauvés, si vous retenez l'enseignement que je vous ai donné - faute de quoi vous seriez devenus croyants en vain. (Jean HERING) Par lequel vous êtes sauvés ; en quels termes je vous ai annoncé l'Evangile, si vous le retenez sinon… Hans CONZELMANN La difficulté est de savoir à quoi rattacher la proposition 'en quels termes je vous ai annoncé l'évangile " Soit Paul évoque avec quel soin et quelle chaleur il a annoncé l'évangile - signe de son agacement de ne pas avoir été clairement compris. Ou il affirme que le salut des Corinthiens est lié à formulation même de cet Evangile qu'il leur a enseigné - ce qui est contredit par le verset 11. De toute manière L'apôtre introduit ici une réserve qui relativise l'affirmation précédente dans laquelle vous vous tenez et met au conditionnel l'affirmation du salut. Vous êtes sur la voie du salut, Cette formule de NBS est une interprétation, non une traduction. Le verbe grec s§zesqe indique un fait accompli, une réalité présente, non un futur, encore moins celle d'un progrès vers le salut auquel le croyant participerait. Le salut est entièrement donné dans la bonne nouvelle de la mort et de la résurrection. Pour rien : le grec eikj peut aussi bien signifier " à la légère, sans réfléchir " que " sans effet, pour rien ". Les deux sont sans doute exprimés ici : ayant accepté l'évangile à la légère, sans en tirer toutes les conséquences certains Corinthiens ne sauraient en recevoir la salut. Que vous seriez venus à la foi. : Même observation. Les Corinthiens sont " devenus croyants " ils n'ont pas " progresser vers la foi ". Il s'est réveillé : le verbe grec egeirw signifie bien " réveiller ". Ressuscité est un terme technique chrétien. Le nouveau Testament utilise des verbes courant comme réveiller ou relever, redresser avistamai. Il convient cependant de garder la forme passive du verbe : il a été réveillé qui indique l'intervention divine qui re-donne la vie. Il est apparu : Littéralement : il a été vu ; il s'est fait voir. Aux Douze : Certains manuscrits corrigent aux onze pour harmoniser avec les évangiles qui excluent Judas du groupe initial des disciples qui bénéficient d'une apparition. Se sont endormis dans la mort. Le sens littéral de koimasqai est bien être endormi. Mais il s'agit d'un euphémisme permanent pour mourir ou être mort : Matthieu 27/52 ; Jean 11/11 ; Actes 8/60 ; 13/36 ; I Cor 7/39 ; 11/30 ; 15/18.20.51. I Thessaloniciens 4/13.14.15. Le sens " dormir, endormir " ne se trouve jamais chez Paul (Mais en Matthieu 28/13 ; Lc 22/45 ; Actes 12/6. Un avorton. Le terme grec désigne un enfant né avant terme et non viable. Appliqué à Paul, il ne fait pas allusion à sa conversion tardive. Peut-être Paul reprend-il ici un terme qui lui est appliqué par des adversaires. En tout cas l'idée est celle exprimée au verset 9 : Paul n'est pas plus digne d'être appelé apôtre qu'un avorton n'est digne d'être appelé être humain 4 OBSERVATIONS GENERALES 4.1 Construction Le passage laisse aisément apparaître les éléments de sa composition : - V. 1-3a : préambule - V 3b-5 : la confession de foi fondamentale - V 6-7 : les apparitions " complémentaires " - V 9-10 : Le témoignage de Paul - V 11 : la conclusion - 4.2 Le préambule à une double fonction, en dehors du fait qu'il introduit le sujet de tout le chapitre. - D'une part, il renvoie les Corinthiens à l'Evangile qu'ils ont déjà reçu, accueilli et en principe, accepté. La réserve du verset 2 exclut en quelque sorte du débat ceux qui n'acceptent pas fondamentalement l'affirmation centrale de l'Evangile. Le débat en effet porte sur la résurrection des morts (v. 12 !). Paul entend, avant de l'aborder, s'assurer d'un point fondamental d'accord. - D'autre part d'inscrire l'affirmation fondamentale de l'Evangile comme la foi de toute la communauté Chrétienne, quelles que puissent être par ailleurs les différence et les divergences : Paul ne défend pas là une position personnelle. C'est au contraire la pierre angulaire, la foi centrale, en dehors de laquelle il n'y a pas de base de réflexion, pas de débat possible. 4.3 La confession de foi de l'Eglise S'exprime déjà dans une formule structurée, en deux phrases strictement parallèles : Le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures Il a été enseveli, Il a été réveillé le troisième jour, selon les Ecritures. Il est apparu à Céphas, puis aux Douze. La mort et la résurrection du Christ sont fondées dans les Ecritures avant d'être confirmées par des faits : l'ensevelissement et l'apparition. Ce fondement dans les écritures semble fondamental à la toute première Eglise. La reprise de la formule " selon les écritures " indique une origine judéo-chrétienne de la confession de foi. La conformité aux écritures ne devait guère impressionner des non juifs. Mais elle avait certainement une importance pour Paul lui-même. On relèvera que cette confession de foi dit " le Christ est mort pour nos péchés " et non " Jésus est mort pour nos péchés. " C'est donc " le Messie " qui meurt, et sa mort est un sacrifice pour le péché. L'affirmation est, tel quel, relativement rare : I Pierre 3/18 ; Luc 24/46-47. De sorte que la question reste ouverte de savoir à quelles " Ecritures " nous sommes renvoyés. 4.4 Selon les écritures La mort d'une personne pour le péché renvoie à Esaïe 53 qui parle du Serviteur. Ce serviteur peut être identifié au Messie à travers l'ensemble des chants du Serviteur mais l'identification semble ne se faire que dans la personne de Jésus, ou, plus exactement à travers l'usage fait de Esaïe 53 pour comprendre la mort de Jésus. Esaïe 53/10 peut aussi être appliqué à la résurrection Cependant les renvois à Esaïe 53 sont rares dans le Nouveau Testament : il n'y a que Actes 8/32-35 et Marc 15/28, verset absent de bon nombre de manuscrits et donc probablement rajouté. Les évangiles, dans les récits de la Passion, se servent surtout des Psaumes, surtout du Ps. 22 et font de Jésus le Juste souffrant Pour la résurrection au troisième jour on évoque généralement Osée 6/2, sans doute faute de mieux. Sans doute faut-il rappeler que nous ne savons pas exactement ce que les auteurs du Nouveau Testament, et notamment Paul considérait comme " les Ecritures ", le canon n'étant pas fixé et les juifs de la diaspora ayant retenu des textes qui ne sont pas dans l'AT hébreu. D'autre part, il faut tenir compte de modes d'interprétation du temps qui pouvaient trouver probantes des citations qui ne le sont pas à nos yeux. 4.5 Apparitions 4.5.1 Il est complètement vain de vouloir harmoniser la liste des apparitions du ressuscité avec les données des évangiles : - Matthieu : apparitions aux femmes 28/9 ; aux onze 28/16-18 - Luc : aux deux disciple " d'Emmaüs " 24/13-35 ; aux onze 24/36-48 - Jean : Marie de Magdala 20/11-18 ; disciples (nombre indéterminé) 20/19-23 ; les mêmes + Thomas 20/26-29 ; à Pierre et sept autres 21/1-24 - Marc (dans l'appendice, c'est-à-dire probablement un " digest " de la tradition des trois autres) : Marie de Magdala ; 2 anonymes ; aux onze : 16/8-19. Paul représente une tradition plus ancienne que les Evangiles, ce qui n'empêche pas ceux-ci d'ignorer les apparitions mentionnées par Paul, ni Paul d'ignorer des récits rapportés dans les Evangiles. On observera simplement que, autant la confession de foi est affirmative " il est apparut " autant les données sont imprécises dès qu'elles sont mises les unes à côté des autres. 4.5.2 La confession de foi de l'Eglise, que Paul a reçu et transmise ne mentionnait probablement que l'apparition à Céphas et aux douze. Les autres, dont Paul a aussi reçu l'information sont ajoutées par lui. L'énumération à un double effet : - Elle fait " nombre " et sert donc à confirmer l'affirmation première : Réveillé des morts, Christ a été vu. - Elle conforte également l'introduction Je vous ai transmis, avant tout, ce que j'avais moi-même reçu et prépare la conclusion : eux ou moi, c'est le même évangile. En effet la mention de Céphas, des douze et de Jacques pose comme bénéficiaires d'apparition des personnes avec lesquelles Paul a pris par ailleurs quelques distances (Galates 2/1-14). Mais tous ont en commun ce pivot central de l'Evangile : Christ est mort et ressuscité. 4.5.3 La mention de ceux qui sont morts (verset 6) semble jeter un froid sur l'énumération. Avoir vu le ressuscité n'empêche pas de mourir et la mort reste l'avenir des croyants. La notice prépare alors le débat qui suit à propos de la résurrection des morts. Mais il s'agit sans doute d'une précision qui vaut parce qu'elle renforce l'affirmation précédente : la plupart des cinq cent sont encore vivant et peuvent ainsi confirmer qu'ils ont vu le Seigneur ressuscité. 4.6 Paul, l'avorton Paul ajoute son expérience à celle des autres visionnaires. Il est le dernier à avoir vu le Christ ressuscité. Là encore, il est ainsi associé aux autres, il n'est pas en dehors du noyau central de l'église. Il n'a pas autre chose à annoncer. De cette apparition, Paul ne dit rien de plus que ce qu'il dit des autres : le Christ s'est montré à lui. Aucun détail, aucune circonstance, aucun portrait. Aucune tentative de décrire ce qu'il a " vu ". Juste la certitude affirmée : le Christ crucifié et ressuscité s'est montré à lui. Par contre l'apôtre s'étend un peu sur son cas personnel : Il n'est pas digne d'être apôtre. Il est l'avorton. Il n'avait aucune dignité particulière qui le prédisposait à recevoir une apparition du Seigneur. C'est au contraire cette apparition - cette grâce - qui a transformé l'avorton en apôtre, le persécuteur en porteur de l'Evangile. Les versets 9-10, qui semblent interrompre le développement, en font intégralement partie. La rupture intervenue dans la vie de Paul atteste sa rencontre avec le ressuscité. C'est elle qui l'a intégrée au groupe fondateur de l'Eglise, lui qui en était l'adversaire convaincu. Inversement, La grâce qui a mis Paul en route est un effet immédiat de la résurrection. Celle-ci n'est pas un événement passé sans suite, mais une réalité présente qui transforme la vie du croyant. 5 ENJEUX THEOLOGIQUES 5.1 Prouver la résurrection de Jésus ? Il est certain que Paul essaie ici de convaincre les Corinthiens de la réalité de la résurrection du Christ. Il avance des arguments qui, de son temps au moins pouvaient être considérés comme des " preuves ", même si il ne s'agit pas de ce que nous appelons des preuves scientifiques. Dans cet ordre d'idée, on peut d'ailleurs se demander pourquoi il ne mentionne pas le tombeau vide, qui, à nos yeux, n'est pas plus une preuve mais fait " plus concret " que les apparitions qui laissent la porte ouverte à bien des raillerie (qu'est-ce qu'ils avaient fumé ou bu ? cf. Actes 2/13). Toutes les suppositions sont possibles à ce sujet. Mais ce qui est clair, c'est que le tombeau vide ne cadrait pas vraiment avec le raisonnement qu'il développe. [4] D'autre part Paul semble considérer que ce qu'il dit là n'est qu'un rappel, que la confession de foi qu'il a reçue et transmise a été reçue et gardée au moins par une partie des Corinthiens. L'énumération de l'apparition ne vient ici que pour renforcer ou réassurer la foi des Corinthiens. Pour ceux d'entre eux qui refusent la résurrection du Christ, le développement qui suit n'a aucun intérêt. [5] En tout état de cause la résurrection est, pour nous au-delà de toute démonstration. Nous n'établirons pas que la résurrection est un fait historique démontré. Au mieux pourrait-on établir que le tombeau était réellement vide[6] et que les personnes mentionnées ont bel et bien " vu " le ressuscité : Hallucination ? Rêve ? Ou … La réponse, c'est notre foi qui la donne. Non la croyance en la véracité de tel ou tel fait, mais la foi en la personne de Jésus, le Christ. [4] Rappelons que le récit du tombeau vide a été considéré comme une affabulation de femmes (Luc 24/22-24) et considéré pour cela comme peu fiable. [5] Ce qui ne veut pas dire que Paul n'essaiera pas de les convaincre - mais pas dans cette lettre. [6] Voir à ce sujet " l'Evangile selon Pilate " de Eric Emmanuel Schmidt : toutes les explications possible de la vacuité du tombeau y figurent. 5.2 la communauté de foi On ne peut manquer de souligner l'insistance de Paul sur un point particulier : le fait que la Foi au Christ crucifié et ressuscité est " reçue " et " transmise " et d'autre part qu'il s'agit du " bien commun " de tous les porteurs de l'Evangile. Ceux-ci peuvent avoir des divergences d'opinion sur les conséquences pratiques, éthiques, liturgiques de l'œuvre du Christ, mais le fondement reste le même. Refuser cette affirmation là, c'est ce placer en dehors de l'Eglise de Jésus-Christ. 5.3 Résurrection et non survie L'insistance de Paul sur le fait que le ressuscité a été vu correspond sans doute à l'affirmation de l'ensevelissement du Christ mort. Celui qui est " vu " a une forme, un corps, c'est une personne, non un esprit informe, invisible et insaisissable. Paul s'inscrit là dans la tradition de l'Ancien Testament : l'homme (la femme) est une unité, un " être vivant ", créature de Dieu. Quand il (elle) meurt, il (elle) disparaît totalement, il ne reste rien de vivant. Il n'y a pas d'âme éternelle. La vie au-delà de la mort n'est pas assurée d'office par la survie de l'âme, qu'elle soit " recyclée " dans un autre corps (métempsychose) ou libérée pour poursuivre son existence en " pur esprit ". Aussi n'est-il pas indifférent que les croyants aient encore à mourir la résurrection du Christ est promesse de résurrection, non libération de l'âme. ET si la résurrection du Christ change la vie terrestre du chrétien comme elle a bouleversé celle de Paul, il reste une autre étape, qui repose entièrement entre les mains de Dieu. Le Christ a été réveillé (ou relevé) : C'est un Acte re-créateur de Dieu. Celui qui met sa foi dans le Christ mort et ressuscité peut compter sur la promesse d'être à son tour re-créé comme " être vivant " par une intervention de la grâce divine qu'il ne saurait ni obtenir ni contraindre par ses propres moyens. La foi au Christ ressuscité, c'est la foi au Dieu qui fait vivre par grâce. 6 PISTES DE PREDICATION 6.1 En fonction de 5.3 ci-dessus : face au " supermarché des religions " où chacun puise ce qui lui convient, aux doctrines hindouiste à la mode, aux espoirs plutôt vain de voir la science (encore une religion !) Prolonger la vie réaffirmer que la proclamation de l'évangile est celle de la grâce de Dieu. Que la résurrection du Christ est renouvellement de nos existences concrètes et promesse d'anéantissement de la mort. 6.2 Aborder la question des preuves. Il n'y a pas de preuves de la résurrection du Christ, pas de preuves d'une vie après la mort (tous les témoignages lancés sur le marché sont, malheureusement, d'abord des affaires (financières) d'éditeurs. Même en tablant sur la sincérité absolue des témoins, leur témoignage ne vaut pas plus que les récits d'apparitions. Notre problème est de savoir si nous croyons en Dieu, au père de Jésus-Christ, Dieu d'amour et de vie qui fait éclater toutes les forces de mort. 6.3 Une foi partagée : reçue et transmise au-delà de tout débat de toute discussion. On peut s'interroger, comme Paul à la fin du chapitre, sur le comment ? de la résurrection - et faire des suppositions aussi hasardeuses qu'inutile (comme l'apôtre lui-même !) Mais il ne s'agit pas non plus de dire que chacun fait et pense ce qu'il veut. Il s'agit de s'inscrire dans une tradition de foi qui se transmet parce qu'elle fait vivre celui qui l'a reçue et celui qui la donne… 6.4 La conversion de Paul comme révélation du ressuscité : un exemple de la vie transformée par la résurrection du Christ. Pâques ce n'est pas un jour autrefois, ni un jour demain … C'est la vie du Christ qui transforme notre vie, ébranle des certitudes et des convictions, renverse des comportements (de persécuteur en serviteur !) 6.5 Au cœur de l'évangile : la croix et la résurrection, la résurrection et la croix. La confession de foi qui est au cœur du passage ne permet pas de dissocier Pâques du Vendredi Saint, ni l'inverse. La résurrection n'efface pas la croix. Elle lui donne un sens : la défaite est victoire, Jean Hadey 14 mars 2004 Autres textes de la même catégorie
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