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Hébreux 9 v 24-28 Jean-Daniel Wohlfahrt



Hb 9/24-28 Vdi st 88/94
Tout notre texte repose sur une notion capitale pour Israël comme pour nous chrétiens. Mise en doute par les hommes, réaffirmée par Dieu, répétée par les prophètes, et prouvée s'il le fallait par Jésus dans le drame de la croix comme dans la gloire du soleil de Pâques. Je parle de l'ALLIANCE conclue par Dieu avec Abraham, répétée pour Isaac et pour Jacob, omniprésente dans le message du Christ quand il parle du pardon, de l'amour de Dieu, de vie nouvelle possible et même offerte par le Père. L'Alliance cela signifie pour Dieu un engagement jusqu'à l'extrême et l'extrême nous venons de le relire dans l'épître. Dieu va jusqu'au bout de sa promesse. même si le chemin de ce jusqu'au bout passe par la mort sur la croix.
C'est de cette alliance que parle l'auteur de l'épître aux hébreux avec une comparaison que nous avons quelque peine à comprendre aujourd'hui puisque nos habitudes cultuelles ont changé. Avec la mort de Jésus Christ toute une conception de la foi est tombé en désuétude. Il ne saurait plus y avoir sacrifice puisque le sacrifice unique, celui de la victime innocente est consommé sur la croix.
A Jérusalem il en allait autrement puisque avant d'entrer dans le temple, les fidèles avaient déjà apporté leur offrande, ovins ou bovins, qui avaient été sacrifiés et brûlés sur le terre-plein du temple. Le peuple voyait alors le Souverain Sacrificateur entrer dans cette partie du temple où nul autre n'avait le droit d'entrer, pour verser sur les coins de l'arche de l'alliance le sang des offrandes. Acte de louange à Dieu -remerciement pour un pardon reçu et accepté- Cette cérémonie devait être reprise chaque année et peut-être même plusieurs fois dans l'année en fonction des péchés dont on s'était chargé. Ainsi l'auteur de notre épître peut-il opposer cet acte repris "plusieurs fois" à l'acte unique du Christ offert sur la croix: "Non pas ma volonté avait-il dit au Père mais que ta volonté soit faite"
Et cet acte est porteur de deux messages. D'abord celui de la réconciliation. Le Christ enlève le péché de la multitude nous dit le texte en utilisant une expression à connotation restrictive là où Jésus lui prie afin que nul ne se perde. Christ n'est pas mort pour la multitude mais pour tous même si parmi les hommes il en reste tant qui refusent ce sacrifice.
Il nous faut veiller à deux interprétations erronées: d'une part à celle qui mettra le poids sur ce terme de MULTITUDE et réservera ainsi le salut à une élite. Cette interprétation ne pourra aboutir qu'à une revalorisation des oeuvres devenues indispensables au salut. Une telle lecture ne peut avoir d'autre résultat que l'apparition d'un peuple pharisien préoccupé surtout de son salut personnel, terrifié à l'idée de faire le moindre faux-pas qui lui fermerait à jamais l'accès au royaume de Dieu. Comment pourrait-il vivre encore une relation au prochain et à Dieu marquée par l'amour et le don de soi.
Une autre interprétation fausse ouvrerait tout grand les portes à tout un chacun. Une condition existe pourtant, elle nous est redite dans le texte: lever les yeux à Jésus-Christ, confesser Jésus Christ non pas comme un homme de jadis, un personnage de l'histoire de l'humanité même pas comme un personnage clef de notre passé, prophète ou philosophe, mais comme celui qui, par son sacrifice, abolit le péché, celui qui s'est offert une seule fois pour enlever le péché de la multitude
Mais n'y aurait-il pas comme une contradiction dans notre texte ? Une fois il est dit "abolir le péché", une autre fois "enlever le péché de la multitude". Car le péché n'a pas été aboli. Qui pourrait croire seulement qu'il ait perdu toute puissance ? La Bible nous l'a montré dans sa puissance. L'histoire de l'humanité, notre histoire nous dit combien l'homme aujourd'hui encore continue à faire la part belle à la rébellion contre Dieu. Ne suffit-il pas d'ouvrir nos journaux pour le voir rôder et même aboutir dans les guerres et dans tant de drames qu'entraîne la volonté de se vouloir sinon à la place de Dieu du moins aussi puissant que lui. La tentation de Babel n'est pas morte
Bien qu'il ait été offert à son peuple par Dieu dès les origines , l'homme avait beaucoup de mal à concevoir le pardon avant de le voir cloué sur la croix, trait d'union entre le ciel et nous. Dressée sur le Mont Golgotha, la croix est exposée aux yeux de tous alors que le geste du Souverain Sacrificateur n'était visible que de ceux qui avaient accès au temple et encore n'était-ce que partiellement parce que le Souverain Sacrificateur seul avait le droit de pénétrer dans le Saint des Saints, où était gardée l'Arche de l'Alliance. La croix, elle est dressée au vu de tous, habitants de Jérusalem ou passants, voisins ou romains. A tous, elle dit le pardon et l'amour de Dieu.
Mais la croix ne serait qu'accusation perpétuelle du pécheur, condamnation de chacun, s'il n'y avait la fantastique espérance que nous rappelle le texte: Ce Jésus qui s'est offert une fois pour toutes pour enlever le péché de la multitude apparaîtra une seconde fois à ceux qui l'attendent pour leur salut. C'est là l'espérance qui permet l'Eglise: c'est l'espérance que l'Eglise offre à tous.




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