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Hébreux 7 v 1-28 Albert VANHOYE
Un sacerdoce différent (Lire Hébreux 7/1-28)
Parfaitement conscient des trois dimensions de l’accomplissement des Ecritures, l’auteur d’Hébreux poursuit son exposé par une troisième partie (5/11 à 10/39) où il montre que le sacerdoce du Christ est très différent du sacerdoce ancien et que ce dernier se trouve désormais déclassé. C’est là un point de vue nouveau, qui n’était pas exprimé explicitement dans la deuxième partie (3/1 à 5/10). Lorsqu’il a cité dans la section précédente (4/15 à 5/10) la proclamation divine du Psaume 110/4, l’auteur l’a prise globalement et il s’en est servi pour démontrer que le Christ a été nommé prêtre par Dieu tout comme Aaron (5/4-5). Maintenant, en 7/1-28, il reprend le même texte pour le soumettre à une analyse de détail et il s’en sert pour prouver que le Christ est prêtre d’une manière très différente de celle d’Aaron. Le psaume dit en effet “prêtre à la manière de Melchisédek”. Que signifie pareille spécification ? L’auteur en détermine le sens en remontant au texte de Genèse 14/18-20 qui concerne Melchisédek. A vrai dire, il ne commente pas ces versets pour eux-mêmes. Sa démarche consiste à mettre en rapport entre eux, sans le dire tout de suite, l’épisode ancien, l’oracle du psaume et la position actuelle du Christ glorifié. a) Il découvre ainsi que le texte de Genèse 14 donne de Melchisédek une description qui le fait ressembler à l’avance au Christ glorifié. Ce texte, en effet, présente Melchisédek comme prêtre sans mentionner “ni père, ni mère, ni généalogie”. Le fait est étrange car, dans l’Ancien Testament, l’origine familiale avait une importance décisive pour le sacerdoce (cf. Esdras 2/62). Le texte de Genèse 14 ne parle pas non plus de la naissance de Melchisédek ni de sa mort et ne lui donne donc pas de limites dans le temps. Il évoque par là la figure d’un prêtre qui participerait à l’éternité divine et serait prêtre pour toujours ; bref, un prêtre qui serait en même temps le Fils de Dieu (7/1-3). Absence de généalogie sacerdotale et perpétuité du sacerdoce : tels sont les deux traits qui définissent le sacerdoce “à la manière de Melchisédek”. L’auteur ne cessera d’y revenir au cours de cette section (cf. pour le premier trait : 7/5-6, 13-14, 16a, et pour le second : 7/8, 16b-17, 23-25, 28). D’autres traits du texte de Genèse 14 permettent de montrer que Melchisédek s’y trouve en situation de supériorité par rapport à Abraham et donc aussi par rapport aux prêtres juifs, qui sont les descendants d’Abraham (7/4-10). Par cette analyse de Genèse 14, l’auteur a sapé la conviction traditionnelle des Juifs, qui attribuaient au sacerdoce lévitique la valeur la plus haute. Il a montré, en effet, qu’avant même de parler de la naissance de Lévi, la Bible avait déjà esquissé la figure d’un prêtre différent et supérieur. b) L’auteur passe alors à l’oracle du Psaume 110/4 et, cette fois, il prend nettement l’offensive contre les institutions anciennes, sacerdoce juif et Loi de Moïse. Ce paragraphe d’Hébreux 7/11-28 présente plus d’une difficulté ; cependant, l’argument de fond en est simple : l’auteur observe qu’en proclamant de façon prophétique le sacerdoce perpétuel d’un prêtre différent —qui, évidemment, prendrait la place des prêtres lévitiques—, l’oracle du psaume manifeste le caractère provisoire et imparfait du sacerdoce ancien. Du même coup, c’est tout l’édifice des institutions anciennes qui est voué à la ruine, car le sacerdoce en était la clef de voûte (7/12). “On a, d’une part, abrogation du précepte antérieur en raison de sa déficience... et, d’autre part, introduction d’une espérance meilleure”, celle qu’apporte un sacerdoce pleinement valable (7/18-19). Pour développer son argument, l’auteur fait porter la question sur la valeur de la consécration sacerdotale dans l’Ancien Testament. Et c’est ici qu’une difficulté de vocabulaire vient compliquer les choses pour le lecteur moderne. Dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, les rites prescrits pour conférer le sacerdoce ne sont pas appelés “consécration” des prêtres, ni “ordination”, mais “perfectionnement” (téléiosis), c’est-à-dire “action qui rend parfait”, “action qui donne la perfection”. Notre auteur estime visiblement que ce mot est très bien choisi, car une véritable consécration sacerdotale doit transformer profondément celui qui la reçoit, de telle manière que plus rien en lui ne puisse déplaire à Dieu. C’est ce qu’exige son rôle de médiateur. La consécration sacerdotale doit donc donner la perfection. De là dépend la position du prêtre auprès de Dieu, et sa capacité d’intervention en faveur du peuple. Or, en annonçant implicitement la destitution du sacerdoce ancien, l’oracle du psaume permet de conclure que, dans l’Ancien Testament, la consécration sacerdotale ne méritait pas son nom. Ce n’était pas vraiment une “action qui donne la perfection” : elle n’assurait pas au prêtre une bonne relation avec Dieu. Autrement, Dieu n’aurait eu aucune raison de susciter un nouveau genre de prêtre (7/11). En fait, Dieu a “suscité” (le même mot grec signifie aussi “ressusciter”) un prêtre tout différent, qui n’est pas de la tribu sacerdotale de Lévi, mais de la tribu non-sacerdotale de Juda (13-14) et qui n’a pas reçu le sacerdoce par succession héréditaire, mais grâce à la transformation glorifiante de sa résurrection (7/16). c) Garanti, dans le psaume, par un serment de Dieu, son sacerdoce est incontestablement supérieur à celui des prêtres juifs (7/20-22) ; c’est un sacerdoce perpétuel —”le Christ ressuscité ne meurt plus” (Romains 6/9)—, alors que le leur était limité par la mort (Hébreux 7/23-25). Il est donc clair que la position du Christ prêtre, telle qu’elle est proclamée par le psaume, l’emporte de beaucoup sur celle des grands prêtres juifs. Ces derniers restaient hommes mortels, imparfaits et pécheurs (7/28). Les cérémonies de leur “perfectionnement” ne changeaient rien à cela ; elles n’avaient aucune efficacité (7/18) et ne les dispensaient donc pas de recommencer indéfiniment leurs offrandes (7/27). L’oracle du psaume, au contraire, dresse devant nous la figure d’un prêtre vraiment agréé par Dieu “pour toujours”. En lui se réalise ce que la Bible esquissait en parlant de Melchisédek : un prêtre qui est le Fils de Dieu et qui a ainsi avec Dieu la relation la plus intime qu’on puisse imaginer. Sa consécration à lui n’est pas restée inefficace. Elle a vraiment été une “action qui rend parfait”. Telle est la conclusion de cette section (7/28). On peut la paraphraser dans les termes suivants : “Alors que la Loi de Moïse établissait comme grands prêtres des hommes qui restaient déficients, l’oracle du Psaume 110 établit comme grand prêtre un homme qui est en même temps le Fils de Dieu. Cet homme a été consacré grand prêtre pour l’éternité au moyen d’une action qui l’a vraiment transformé et lui a donné la perfection”. En quoi a consisté cette action transformatrice, l’auteur le dit brièvement à la fin du v. 27, mais ces quelques mots ne peuvent suffire ; ils ne font que préparer la section suivante (8/1 à 9/28). Remarque : La phrase d’Hébreux 7/28 nous donne l’occasion d’une remarque qui vaudra aussi pour les autres sections de la troisième partie. On peut observer que, pour critiquer le sacerdoce de l’Ancien Testament, c’est sur l’Ancien Testament lui-même que l’auteur prend appui. On voit par là que, s’il nie la valeur de l’Ancien Testament à un certain point de vue, il la reconnaît à un autre point de vue. Il reconnaît sa valeur prophétique et il nie sa valeur d’institution. Il montre que l’Ancien Testament comme prophétie annonce l’abrogation de l’Ancien Testament comme Loi ou, en d’autres termes, que l’Ancien Testament comme révélation prédit la fin de l’Ancien Testament comme institution. C’est exactement la position de saint Paul, telle qu’elle est exprimée, par exemple, en Romains 3/21 : “Maintenant sans passer par la Loi [fin de l’Ancien Testament comme institution], la justice de Dieu a été manifestée conformément au témoignage de la Loi et des prophètes [valeur de l’Ancien Testament comme révélation]”. Cette position est tout à fait dans la logique de l’ “accomplissement”. VANHOYE Albert : Le message de l’épître aux Hébreux (Cahier Evangile n° 19). Service biblique Evangile et Vie — éditions du Cerf, 1977 (p. 46-47). Autres textes de la même catégorie
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