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Hébreux 12 v 5 - 13 Alphone Maillot



Texte : Hébreux 12/5-7 & 11-13
Genre : Notes homilétiques
Auteur : MAILLOT Alphonse
Source : Qui est mon prochain ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C (juillet-août). Mission intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1992 (p. 99-102).



11° dimanche après la Pentecôte
21° dimanche ordinaire

Hébreux 12/5-7 et 11-13

On peut penser ce qu'on veut du lien que fait l'auteur entre les punitions et châtiments que nous ont infligés nos parents, et notre père en particulier, avec les difficultés-punitions que nous enverrait notre Père céleste, et on peut éprouver quelques réticences devant cette équation (rare, dans l'Ecriture, et même dans les Psaumes, malgré ce qu'on en pense souvent), mais il est dommage d'essayer de l'atténuer, en "oubliant" les v. 8-10, où bien des pédagogues modernes éprouveraient quelques malaises... à méditer en particulier le v. 8 : "Ceux qui sont privés de la correction sont des... bâtards".

Mais reprenons au v. 5, suite du rappel aux destinataires qu'il n'y a pas encore eu parmi eux de "martyrs", même s'il semble bien que la (les) communauté(s) concernée(s) a (ont) connu quelques tracas. Cependant la principale misère de ces chrétiens (et c'est là que l'épître nous concerne aujourd'hui) semble être la tiédeur et 1'avachissement. La course leur semble trop longue et le combat trop indécis et trop pénible. Ils ont un marathon là où ils attendaient, à la rigueur, un 400 mètres.

Alors, après avoir essayé 1'exhortation, en rappelant le but de la course, puis 1'émulation en décrivant la passion (puis l'accession à la gloire du Père) de Celui qui est notre but, arrive 1'avertissement en deux temps :

1°) vous pourriez bien devoir connaître de pires oppositions que celle que vous rencontrez en ce moment, et subir alors jusqu'au martyre. Et pour cela, il vous faut être quand même plus fermes et plus aguerris que vous ne l'êtes aujourd'hui.

2°) Et à cela l'auteur ajoute une "paraclèse" (v. 5, cf. Paraclet = "exhortation, consolation, encouragement et... avertissement" ; le mot est d'une très grande richesse) qui semble oubliée par les chrétiens d'alors (seulement ?), à savoir qu'il nous faut être capables de discerner dans les difficultés rencontrées autant de signes d'amour de notre Père, pour nous remettre dans le bon chemin.

Je dois avouer ici que si, d'une certaine manière dans cette époque molle, — où une nouvelle (!) pédagogie, sans punition, n'est souvent que l'alibi d'une paresse, plus encore que la conséquence d'une sentimentalité superficielle —, je me sens à l'aise dans le rappel viril des Proverbes (3/11ss ; mais on aurait pu aligner bien plus de citations), autant une application brutale de ce théorème : "Quand il y a punition, épreuve dans telle Eglise ou dans telle vie chrétienne, c'est que Dieu nous rappelle ainsi sa paternité vigilante, afin de nous replacer dans la « course chrétienne »", me hérisse. J'ai envie de rappeler alors Osée 11/8-9 : "...Je suis Dieu et non pas un homme, je n'agirai pas selon mon ardente colère".

Ce qui signifie en clair que si Dieu accepte d'être l'Epoux d'Israël ou le Père des chrétiens, il ne l'est pas "à la manière humaine", et que nous devons nous garder de transposer trop rapidement nos images, quand nous les appliquons à Dieu.

Cependant, après cette remarque destinée à nous mettre en garde, nous pourrons lire avec plus de finesse le texte proposé.

En effet, il ne dit pas brutalement : "Vous avez commis des erreurs, et Dieu le Père vous corrige nécessairement, comme un père (digne de ce nom) le fait avec ses enfants" ; en conséquence, "Soyez contents et dites vite Merci...". Mais il s'adresse essentiellement aux fils pour qu'ils s'interrogent afin de voir eux-mêmes si les difficultés rencontrées ne sont pas parfois des avertissements. Il fait appel aux fils afin qu'ils essaient d'y voir clair et d'interpréter convenablement eux-mêmes ce qui leur survient. C'est pourquoi il s'autorise à dire avec les Proverbes :

"...Ne néglige pas la réprimande du Seigneur.
Ne te laisse pas aller s'il te reprend".

Tout cela peut très bien concerner aussi la prédication, et montre que l'assurance de la grâce n'est pas nécessairement "pommade, eau de rose et congratulation" (à la condition que celui qui parle, sache le premier entendre les réprimandes, si elles doivent être dites).

"Car le Seigneur aime ceux qu'il éduque" (ou "réprimande", cf. ci-dessus). Autrement dit, je peux voir dans les reproches qui me sont faits, le rappel de l'indéfectible paternité du Seigneur qui ne veut pas voir ses fils s'égarer sur des routes où il faudrait bien plus que des réprimandes pour les ramener à la maison.

Mais l'hémistiche suivant semble, aussi bien en grec que dans le proverbe hébreu, évoquer le châtiment corporel.

Et là, je me répète : autant je pense, comme tous les sages de tous les lieux (proverbe égyptien, vieux d'environ 4000 ans : "N'oublie jamais que ton fils a les oreilles dans le bas du dos" = Une bonne fessée fait rentrer les leçons les plus difficiles) et de toutes les époques (sauf celles qui étaient aveugles et molles), qu'une taloche, en temps et en heure, n'a jamais vraiment fait mal à un gamin, autant il faudrait éviter cette équation néfaste : "Un malheur me survient = C'est un châtiment de Dieu". Car Jésus lui-même s'est battu contre cette relation aussi facile que fatale : "Faute = châtiment divin = maladie" (cf. Jean 9/1ss).

C'est à chacun à découvrir le sens et la portée de ce qui lui arrive. Et cela peut parfois lui être très profitable. Mais personne d'autre que lui-même n'a le droit de transformer cela en accusation ou en leçon.

On en terminera avec l'apaisante lecture des v. 12s : "Si le Père peut trouver bon parfois de nous remettre droits (= corrigés), c'est pour nous rendre des forces afin de reprendre une route aplanie, pour que nous ne chancelions plus".




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