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Hébreux 12 v 1-4 Louis Honnay
Texte : Hébreux 12/1-4
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 17.08.1986. Qu'il est donc difficile de persévérer ! Pendant des siècles, on a suivi la tradition. On se transmettait de père en fils les habitudes, les principes de la morale, les tours de mains professionnels. On était chrétien parce que tout le monde l'était et on le restait toute sa vie. On ne remettait pas la foi en question. La tradition séculaire persiste encore dans quelques pays que le démon de la vitesse n'a pas atteints. Mais, dans nos contrées dites évoluées, on ne sait plus voir loin. L'engagement conjugal, quand il existe, dure de moins en moins souvent toute une vie. Il devient difficile d'être fidèle et encore plus malaisé de rester fidèle dans la foi. On la perd, comme on dit, si on l'a jamais eue... D'ailleurs, il est des régimes politiques qui se chargent de nous la faire perdre, qui visent à sa disparition pure et simple. Dans ces conditions, l'avertissement de la lettre aux Hébreux est bien pour nous : "...afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement". Ou bien, comme on le traduit aussi : "Ne vous laissez pas abattre, ne vous découragez pas". Il en faut, du courage, pour persévérer dans la foi dans un monde qui ne l’a plus. -o- Nos lectures d’aujourd'hui nous proposent deux exemples de courage. Le premier, c'est celui de Jérémie, le prophète qui vivait aux environs de l'an six cents avant notre ère. Il est porte-parole de Dieu. Mais, comme d'autres prophètes, on refuse de l'écouter. On va même jusqu'à le poursuivre et à le mettre en prison. Alors, faute de pouvoir parler, puisqu'il ne peut plus paraître en public, il se met à écrire ses messages sur l'ordre de Dieu. Un nommé Baruk fera office de secrétaire. C'est ce même Baruk qui, ensuite, ira lire ce livre dans le temple de Jérusalem, un jour où une foule importante se rassemblera à l'occasion d'un jeûne. Nous avons lu ce récit. En continuant, nous apprendrions que le roi, devant qui on refait la lecture, jette le livre au feu, parce qu'il ne veut pas entendre ce que Dieu a à dire, à lui et aux gens d'Israël. Mais Jérémie ne se laisse pas abattre. Il dicte de nouveau ses messages. Baruk écrit, et cela donnera ce que nous lisons maintenant : le livre du prophète Jérémie et ses cinquante-deux chapitres. Jérémie a continué sa mission, courageusement et obstinément, parce qu'il se savait dans la vérité et au service de Dieu et de ses semblables. Le second exemple, c'est une parole de Jésus. Il nous prévient que devenir son disciple peut amener des ennuis. La foi produira des divisions à l'intérieur d'une même famille. Certains membres seront chrétiens et d’autres ne le seront pas. Dans l'antiquité, quand les persécutions sévissaient, ces différences pouvaient être tragiques. On a connu des gens qui dénonçaient leurs proches aux autorités, pour les faire condamner à la prison ou à la mort. Ce n'est pas facile de vivre avec quelqu'un qui ne partage pas la même foi. On ne se sent pas sur la même longueur d'ondes, malgré tous les sentiments qui tendraient à rapprocher les individus. Alors, il y a deux solutions. Ou, dans un couple, l'un des deux laisse tout tomber pour faire plaisir à l’autre ou, comme on dit, pour avoir la paix. Ou bien il persévère. Et c'est là que des problèmes se posent. C'est là qu’on a besoin de courage, de ne pas se laisser abattre, qu'on a besoin de lutter pour ne pas abandonner, besoin d’apprendre la fidélité patiente. Dans une société qui se déchristianise, les couples dont l'un est chrétien et l'autre non se font plus nombreux. Il faut entendre le conseil de l'auteur de l'épître aux Hébreux : "...afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement". -o- Ce ne sont pas seulement de belles paroles. Elles s'adressent à des gens qui subissent l'opposition de la part des païens au premier siècle de notre ère. Il n'y a pas encore de morts par le martyre, mais la contradiction est assez forte pour inciter quelques membres de la communauté à délaisser la foi pour qu’on les laisse tranquilles. C'est pourquoi l’auteur les encourage en leur rappelant comment Jésus s’est comporté. La figure de Jésus est au centre de toute l’épître, au centre de notre texte. Jésus aussi, le premier, aurait pu se tirer d'affaire. Au lieu d'apporter des idées neuves et souvent révolutionnaires, il aurait pu penser comme ses adversaires. Il aurait pu renoncer à dire la vérité telle qu'il la comprenait. Il ne se serait pas fait d'ennemis. Mais il a continué à proclamer l'Evangile et le règne de Dieu. Il a couru le risque de la contradiction, alors même qu'il savait que cela finirait mal. Quand Jésus a compris où son entreprise le conduisait, il aurait pu avoir peur de la croix. On savait assez ce que représente la mort d'un crucifié pour en avoir peur. L'exécution comporte des souffrances physiques inimaginables, qui peuvent durer vingt-quatre heures sans arrêt. C'est la mort infamante d'un criminel. Et ensuite, le cadavre reste sans sépulture décente, on le jette n'importe où. Ce qui, pour un homme de l'antiquité, est le pire des sorts, le plus tragique et le plus honteux. Mais Jésus a surmonté la peur. Souvenons-nous de sa lutte contre lui-même dans le jardin de Gethsémané, juste avant qu'on ne l'arrête, quand il a dû surmonter, dans la prière, l'horreur que la croix lui inspirait. Il n'a pas eu honte, il est allé jusqu'au bout, sans se laisser abattre ou décourager. C'est pourquoi Jésus est au centre de notre foi. L'épître aux Hébreux le présente comme modèle, si on peut dire, de notre foi. L'auteur écrit qu'il est "l'initiateur de la foi et il la mène à son accomplissement". Une traduction classique, celle de Segond, que nous connaissons bien et qui nous a beaucoup servi, disait que Jésus est le "consommateur de la foi". Ce qui maintenant prête à rire : on ne consomme pas de la foi comme on consomme du pain ou de l'essence ! Une traduction plus récente dit que Jésus est "l'auteur de la foi et la mène à la perfection". Une autre encore rend la phrase comme ceci : "Jésus, dont notre foi dépend du commencement à la fin". Car Jésus produit en nous la foi. Quand il se présente à nous, quand nous comprenons ce qu'il est pour nous, nous lui répondons par notre foi, par notre confiance. C'est encore lui qui nous accompagne dans notre vie guidée maintenant par la foi. Il nous aide à surmonter les obstacles et à vaincre les difficultés. Il fortifie notre foi par les expériences que nous faisons, il la nourrit, il la fait grandir. Il la conduit à son terme, à l'état de foi adulte. Dans ce sens, il est le "consommateur" de la foi, comme on parle d'un artiste "consommé", c'est-à-dire qui atteint les sommets de son art. C'est pourquoi l'auteur de l'épître nous engage à garder les yeux fixés sur Jésus. Sur lui, et non sur ses paroles, ni sur sa doctrine. C’est sa personne qui nous importe, c’est ce qu’il fait. Ce qui nous importe, c’est qu’il ait surmonté toutes les résistances qu’on lui opposait sans se décourager, qu’il ait vécu jusqu’à sa mort dans la foi à son Père. Il n'existe pas d'autres remèdes aux risques de découragement que de le mettre au centre de notre vie, que de regarder comment il a vécu dans la confiance. Pas d'autre remède que de garder contact avec lui, de rester en union avec lui, par notre confiance et notre disponibilité. -o- De cette façon, nous pourrons résister aux influences qui nous entraîneraient à l'abandon de la foi. "Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans votre combat contre le péché", dit l'auteur de l'épître. Il est des chrétiens qui sont obligés d'aller jusque-là : ceux qu'on emprisonne dans des goulags, ceux qu'on fait périr sous la torture. Nous avons la chance de ne pas subir ce sort, jusqu'à présent. Nous sommes au calme, nous ne suscitons pas d'opposition violente. Nous ne nous rendons pas assez compte de ce privilège et nous n'en remercions pas assez le Seigneur. Mais il n'en reste pas moins que l'ambiance où nous vivons n’encourage pas la foi. Nous côtoyons tout le temps des gens qui n'ont pas la foi ou qui ont une autre foi que la nôtre, qui font confiance à Moon, qui entrent dans les sectes ou qui croient au destin, aux cartes ou aux horoscopes. Nous devons résister à un double entraînement : vers l'absence totale de foi et le vide spirituel, et vers des fois falsifiées et pernicieuses, aussi dangereuses que le paganisme antique. "Les yeux fixés vers Jésus", comme dit l'épître aux Hébreux, est le seul moyen de ne tomber ni dans un piège ni dans l'autre, mais de garder la foi en Jésus-Christ. Nous ne sommes pas seuls dans cette lutte. Autour de nous, il y a cette "nuée de témoins" dont parle la lettre aux Hébreux. Il y a les témoins des temps passés, qui ont lutté comme nous. Il y a ceux de maintenant, dispersés à travers le monde. En communion avec eux et en communion avec le Christ, nous vivons dans une foi toujours menacée et toujours à préserver. Amen. Autres lectures : Jérémie 46/1-10 Luc 12/49-53 Cantiques : * Psaume 68/1 à 3 Que Dieu se montre * NCTC 258/1 à 3 = ARC 252 Nous te célébrons ou LP 230/1 à 4 Sur ton Eglise, viens, Seigneur ou ARC 522/1à 3 Sur ton Eglise universelle * NCTC 238/1 à 4 = ARC 543 C’est un rempart |
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