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Hébreux 10 v 5-10 (Samuel Benetreau)
Texte : Hébreux 10/5-10
Genre : Commentaire biblique Auteur : Samuel BENETREAU Source : L’épître aux Hébreux, tome 2. Edifac (Editions de la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine), 1990 (p. 99-103). v. 5-7 — Aussi, en entrant dans le monde, il dit : de sacrifice et d’offrande tu n’as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps. L’Ecriture est sollicitée pour établir que, dans le plan divin, le moment était venu de repousser les sacrifices inopérants et de mettre en œuvre un autre moyen. Le Psaume 40 est considéré ici non seulement comme messianique, mais comme parole du Christ, du moins à partir du v. 7. Le juste délivré par son Seigneur, après avoir dit son émerveillement et sa confiance (v. 1-6), énonce la grande vérité spirituelle qui s’est imposée à lui (v. 7-9a) : Dieu n’exige pas de sacrifices pour le péché, mais un esprit résolu à accomplir sa volonté telle qu’il la révèle. L’épître voit ici l’expression de l’obéissance personnelle du Christ qui, entrant dans le monde, livre le sens de sa mission. L’expression entrant dans le monde (avec le participe présent erchoménos) n’évoque pas un moment précis, tel que le début de l’incarnation, mais vise la démarche globale du Fils préexistant advenant au monde pour y réaliser son œuvre. La citation s’intéresse aux convictions et à l’esprit avec lesquels il aborde cette tâche : faire la volonté de Dieu, voilà l’essentiel. Mais le Psaume esquisse les traits de l’étrange moyen choisi par Dieu pour cette mission de salut. Un corps sera donné au Fils : il permettra la réalisation d’une vocation bien particulière au sein du monde des hommes, vocation programmée dans le rouleau du livre (l’Ecriture). Comme le note Attridge, un fait surprend, mais il est capital : le grand prêtre céleste chanté par l’épître accepte ici la condition d’être terrestre. Il entre dans le cosmos, alors que kosmikos s’appliquait de façon péjorative à l’ancien sanctuaire (9/1). C’est avec un corps, avec un élément matériel signalant l’extériorité, que son ministère se déroulera, et c’est par l’offrande de ce corps que sera acquise la sanctification intérieure (10/10). Parce que lui, le céleste, a accompli ce douloureux parcours, il ouvre le ciel à ses frères, les hommes, leur obtenant une “rédemption éternelle” (9/12). Seul, il est en mesure d’unir, de dominer les dualités. Si l’utilisation du Psaume 40/7-9 par l’épître est claire dans sa ligne générale, elle oblige aussi à aborder quelques problèmes. Le premier est posé par la parole de 5b, tu m’as façonné un corps, empruntée à la Septante. Le texte hébreu, du moins dans la majorité des témoins, porte “tu m’as creusé des oreilles”. Plusieurs commentateurs se contentent d’enregistrer la différence et ne cherchent pas d’explication : “c’est justement ce texte mal traduit qui est pour notre auteur l’essentiel, l’élément précieux de la citation”, déclare Strathmann. D’autres font effort pour comprendre le texte massorétique et les raisons pour lesquelles il a été rendu ainsi dans la version grecque. Spicq voit dans l’expression hébraïque “tu m’as creusé les oreilles” une allusion au rite du percement de l’oreille en signe de soumission volontaire d’un serviteur (Exode 21/6 ; Deutéronome 15/17) ; dans ce cas, l’idée d’obéissance consentie serait reprise par l’épître aux Hébreux, le corps en étant l’instrument. Bruce retient une solution plus simple et donc plus vraisemblable. La traduction de la Septante serait le fruit non pas de l’utilisation d’un texte hébreu différent, mais d’un désir d’explicitation. Dans sa paraphrase elle développerait ce qui était en hébreu une figure de rhétorique, pars pro toto, la partie pour le tout, l’oreille pour désigner le corps. Déjà dans le texte massorétique, la création de l’oreille se rattacherait à la perspective de la formation d’un être humain en vue du service. Bruce juge même que l’auteur de l’épître aurait pu faire son profit directement de la mention des oreilles fournie par le Psaume ; il aurait alors rejoint les termes d’Esaïe 50/4ss où l’ “ouverture de l’oreille” exprime la soumission du Serviteur de l’Eternel. Le second problème de cette citation est l’étrange mention du rouleau du livre. Dans le Psaume 40, cette référence était, semble-t-il, éclairée par 9b, non cité dans l’épître : “et ta loi est au fond de mon coeur”. Le psalmiste voit dans cette loi un message qui s’adresse à lui (“avec le rouleau du livre écrit pour moi”, selon la Bible à la Colombe, qui signale comme autre traduction possible “dans le rouleau du livre il est écrit à mon sujet”). La loi, considérée sous sa forme écrite, transmet la volonté divine. Dans la perspective de l’épître aux Hébreux, le livre englobe vraisemblablement tout l’Ancien Testament, dans lequel le Christ peut lire sa vocation. Les évangiles, tout particulièrement celui de Jean, portent témoignage à la volonté d’obéissance du Fils, en conformité avec la Parole, pendant son ministère terrestre : “Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre” (Jean 4/34 ; cf. Jean 6/38). v. 8-9 — Il déclare tout d’abord... Il dit alors : voici, je suis venu pour faire ta volonté. Le bref commentaire de la citation qu’on trouve dans ces deux versets a pour but de mettre en valeur le contraste sur lequel ils sont construits : d’un côté, le refus des sacrifices anciens dans leur diversité ; de l’autre, la légitimation d’un autre type de sacrifice fondé sur l’adhésion à une intention divine explicite. En fait, c’est le remplacement d’une première disposition par une autre : il supprime le premier culte pour établir le second. Comme les paroles du Psaume sont mises dans la bouche du Fils, on peut dire qu’il annonce puis effectue lui-même ce changement de culte, en accord avec son Père. Le cœur même des nouvelles dispositions, de la nouvelle alliance, c’est l’incarnation débouchant sur une mort consentie, puis sur une exaltation définitive. Un événement de ce monde retentit durablement dans le ciel. v. 10 — C’est en vertu de cette volonté que nous avons été sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ une fois pour toutes. Le én du début de la phrase a plus une valeur causale (“en vertu de”, Bible de Jérusalem et Bible à la Colombe) que locale (“dans”, TOB). C’est à partir de cette volonté du Père (“ta volonté”, v. 9), devenue celle du Fils, que nous sommes sanctifiés. Le moyen est une nouvelle fois proclamé : par l’offrande du corps (sôma, cf. 5b) de Jésus-Christ. La mention du corps du Christ (v. 5b), inhabituelle dans l’épître, est amenée par le texte du Psaume 40, mais relève aussi du désir de souligner le caractère concret, terrestre, du don qui produit une œuvre aussi glorieuse. Cette œuvre est l’instauration d’une situation de sanctification pour le peuple de Dieu (nous), le parfait hègiasménoï esmén signalant que cette situation résulte d’un événement passé. Il faut poser ici la question du rôle de l’adverbe éphapax, mis en valeur par son rejet en fin de phrase ; la réponse retentit, en effet, sur l’idée même de sanctification inscrite dans ce verset. Pour plusieurs, cette réponse est claire : l’adverbe “ne se rapporte pas à la sanctification réelle et intérieure des chrétiens, mais à l’unique et définitive oblation du corps de Jésus”, écrit Spicq. La TOB retient cette solution (ainsi également Héring, Ph. E. Hughes). Il est vrai que l’unicité de l’offrande salvatrice est un point capital dans l’épître (7/27 ; 9/26-28). Nous optons, cependant, pour l’autre solution, qui ne nie pas un rapport de l’adverbe avec la mention de l’offrande, mais qui le rattache aussi et surtout au verbe et donc à l’idée de sanctification (c’est la construction la plus naturelle, comme le note Braun ; la Bible à la Colombe l’adopte également). Le propos reste très cohérent : le une fois pour toutes de l’acte d’offrande produit une sanctification une fois pour toutes, puisque l’obstacle du péché est levé. Un peuple saint est né : le rapport au Dieu qui pardonne en son Fils est modifié. Que faut-il mettre sous ce terme de sanctification ? Nous dirions volontiers, avec Ph. E. Hughes : purification du péché et restauration dans la sphère de la faveur divine. Héring insiste davantage sur l’idée de consécration à Dieu, Guthrie sur celle de solidarité, d’identification au Christ, Laubach sur celle d’appartenance. Ce v. 10 sera éclairé, de façon heureuse, par le v. 14 du même chapitre, dont le message est parallèle, et complété par 12/14, qui fait appel à l’engagement du “sanctifié”. Autres textes de la même catégorie
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