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Hébreux 10 v 5 - 10 (Jean-Daniel Wohlfahrt)



Hb 10/5-10 26/12/99
L'Épître aux Hébreux a cela de commun avec l'Apocalypse de Jean, que ce sont les textes les moins abordables du Nouveau Testament, enfin de ces textes que même le prédicateur redoute. Texte de haute valeur théologique certes mais une dialectique que la traduction rend moins évidente encore. Bref, ce sont des textes à aborder avec prudence, à l'aide d'un certain nombre de clé. Je vous invite donc aujourd'hui à un exercice qui consiste à partir du cadre du texte, de son Sitz-im-Leben, comme disent les spécialistes pour parvenir au texte proprement dit et à son message pour nous aujourd'hui.
Dans les termes de notre texte vous avez reconnu un large passage du Psaume 40! On pourrait donc accuser l'auteur de notre épître de détournement de texte puisqu'il l'utilise sous un angle différent. Il en fait une lecture Christocentrique en affirmant en quelque sorte: vous les hébreux qui priez ce texte aussi régulièrement lisez-le donc comme il a été écrit: voyez, il concerne la vie, le rôle, la mission du Christ Jésus, celui qui est mort et ressuscité, en sacrifice agréable à Dieu. Mort et ressuscité en victime expiatoire pour nos péchés.
Hébreux et sacrifice voilà deux mots-clés de notre texte sur lesquels il nous faut nous arrêter un moment. Les Hébreux, destinataires de cette lettre d'un auteur qui nous est totalement inconnu, sont les juifs des premiers siècles bien sûr, ici, ceux de la diaspora, ceux qui pour leur commerce ou pour fuir des persécutions locales, s'étaient installé dans tout le bassin méditerranéen. Le but affirmé de cette lettre est de les persuader que leur attachement aux traditions du Temple est mépris plus qu'obéissance de Dieu, qu'ils doivent ouvrir les yeux sur la réalité de l'amour de Dieu plutôt que sur les textes de lois ou plus précisément encore qu'ils doivent enfin lire les textes anciens à la lumière des événements nouveaux. L'événement nouveau et central étant comme dit la naissance, la mort, la résurrection du Christ, autant de faits qui éclairent le premier testament d'une lumière nouvelle et libératrice.
Sacrifice, le sacrifice fait partie intégrante du rite juif attaché au Temple de Jérusalem. Lisez, relisez les bonnes pages du Lévitique ou du Deutéronome et vous découvrirez les règles très précises qui réglementent la pratique et le but du sacrifice. Vous découvrirez un code très complexe. A chaque demande de pardon correspond un type précis de sacrifice, un type d'animal sacrifié, à chaque acte de reconnaissance correspond un autre type d'animal etc. C'est ainsi que Marie et Joseph vont sacrifier un couple de tourterelles lors de la présentation de Jésus au temple; c'est ainsi encore qu'Abraham offrira le bélier à la place de son fils qu'il avait lié sur l'autel.
D'acte permettant de s'approprier un don de Dieu ou son pardon, d'en prendre la pleine mesure et la pleine conscience, le sacrifice revu et redéfini par le Temple de Jérusalem devient acte liturgique, passage obligé pour incliner Dieu en sa faveur, pour obtenir le pardon, pour forcer même le don et l'assistance de Dieu.
D'acte libératoire, le sacrifice devient acte obligatoire auquel le croyant doit se soumettre en un lieu précis, le Temple de Jérusalem ce qui ne simplifie rien et surtout pas la pratique religieuse du juif établi à Rome ou ailleurs dans le bassin méditerranéen, qui devait donc une fois l'an, au moins pour la fête du Grand pardon, et ce seulement s'il n'avait rien de plus précis à se faire pardonner, se rendre à Jérusalem pour sacrifier si j'ose dire à la tradition. Nous voilà loin, vous vous en doutez, de la volonté de Dieu telle qu'elle est exprimée dans et par les Ecritures.
L'argumentaire de l'Epître est clair: si le sacrifice apporté et offert au Temple avait valeur jadis, avant la mort et la résurrection du Christ, il n'en était pas moins imparfait déjà parce que répétitif, il fallait sacrifier chaque année aux fêtes de Pâques, du Grand pardon etc., il fallait offrir un sacrifice pour obtenir le pardon de tout important manquement à la loi, il fallait offrir un sacrifice pour chaque grande joie, pour chaque événement important de la vie. Le sacrifice était donc devenu une institution contraignante, opprimante. Le pharisien entre autres vivait dans l'inquiétude de ne pas en faire assez pour plaire à Dieu. Le sacrifice est imparfait surtout et cela les prophètes n'arrêtent pas de le proclamer, parce qu'il était devenu un rite, un acte destiné à se gagner les faveurs de Dieu au lieu d'être la manifestation visible d'une disposition du cœur.
6. Holocaustes et sacrifices pour le péché ne t'ont pas plu, 7. Alors j'ai dit: me voici, car c'est bien de moi qu'il est écrit dans le rouleau du livre: Je suis venu, ô Dieu pour faire ta volonté.
Paroles de Psaume attribuées au roi David mises par l'auteur de l'Epître aux Hébreux dans la bouche du Christ. Elles remettent les choses à leur place, elles veulent remettre notre foi à jour. Nul ne saurait dire qu'il n'a pas besoin de cette mise au point! qui consiste donc aujourd'hui à nous demander qui est Christ.
Pas de réponse intellectuelle à cette question. Pas non plus de ce sentimentalisme bon enfant qui découle, j'allais dire qui dégouline, trop souvent de la contemplation de la crèche. Les peintres anciens l'avaient bien compris qui, dans les représentations de la Nativité ou de la crèche, faisaient toujours une place à la croix. Les peintres d'icônes également qui marquaient d'une croix, l'auréole de l'enfant de la crèche. Ce qui nous invite à considérer que si Jésus est, certes, l'enfant de la crèche, il est surtout celui qui, par sa mort et par sa résurrection, nous ouvre un accès définitif à l'amour de Dieu, à une vie sous le regard aimant du Père. Et cela précise l'auteur une fois pour toutes. Affirmation chère entre toutes à la Réforme qui en a fait un de ses chevaux de bataille dans la théologie de la Cène. Elle se plait en effet à dire et redire que l'œuvre du Christ ne saurait ni être complétée ni reproduite par qui que ce soit d'humain. Elle est œuvre de Dieu, don de Dieu, signe de la réconciliation unique et définitive du créature et de l'homme qu'il a créé. En temps qu'œuvre de Dieu elle est parfaite et valable sous tous les cieux, pour tous les temps.
Honnêtement, que voudrions-nous ajouter, comment voudrions-nous "refaire" un tel sacrifice d'une vie entière, d'une vie sacrifiée aux affaires du Père, d'une vie offerte pour le salut des hommes.
La seule chose que dès lors nous puissions faire, c'est d'entrer dans… de partager la louange et l'adoration des bergers et des mages mais avec cette connaissance qu'ils n'avaient pas, la connaissance de la croix et du tombeau vide du matin de Pâques. Car nous avons été sanctifiés par l'offrande du corps de Jésus Christ, faite une fois pour toutes.




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