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Hébreux 10 v 15-25 (David Mitrani)
Textes : Luc 6/27-49 ; Hébreux 10/15-25
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 12.08.2001 (baptême d'Olivia et Sophia Perkins) à Jarnac (16). C'est trop difficile ! Décidément, c'est vraiment trop difficile, n'est-ce pas ? Ne soyons pas hypocrites ou malhonnêtes : c'est bien cela que nous pensons, non ?, lorsque nous entendons ces commandements, ces exhortations que saint Luc nous rapporte. Déjà la Loi de Moïse, les Dix Commandements même, c'était trop difficile ! Et Jésus qui nous dit que tout ça, c'était bon pour les païens, d'aimer son prochain, son semblable, celui avec qui on a des relations sociales à peu près équilibrées, ou en tout cas supportables… Et il en rajoute : vous, "aimez vos ennemis", ceux qui vous font du mal, etc… Eh bien non, c'est trop difficile… Jonas aussi, lorsqu'il a entendu l'appel de Dieu, c'est ce qu'il s'est dit : c'est trop difficile ! Et il est parti, complètement de l'autre côté. Remarquez, il y en a eu d'autres ! Moïse, lui, il prenait comme argument qu'il ne savait pas parler. Jérémie, quant à lui, disait qu'il était trop jeune. Et Zacharie qu'il était trop vieux ! Et vous, mes amis, quelles excuses avez-vous déjà inventées et répétées tant de fois, tout comme moi ? Vous n'êtes pas partis à l'opposé de l'endroit où Dieu vous envoyait, sinon vous ne seriez pas là aujourd'hui ! Mais nous sommes tous très inventifs, aucune stratégie ne nous fait peur, quand il s'agit de trouver de bons arguments contre l'appel du Seigneur. Oh, je ne les énumérerai pas, ça n'en finirait pas, et puis ceux que j'ai vus dans ma glace ou autour de moi ne sont peut-être pas les seuls… Un de nos préférés pourtant, c'est de reporter la responsabilité de notre refus d'obéir sur les autres, sur ceux vers qui Dieu veut nous emmener. C'est du style "ils n'en sont pas dignes", "ils n'avaient qu'à pas…", "je ne veux plus rien avoir à faire avec eux", etc… Jonas, là encore, nous montre la route. Il connaissait les Ninivites, oh oui ! Les pires des gens de son époque ! Il connaissait Dieu aussi, un Dieu qui "est bon pour les ingrats et les méchants"… Il n'a pas voulu être le pigeon, il est devenu de la nourriture à poisson. Car fuir l'appel de Dieu, cela aboutit forcément dans le ventre du gros poisson ! Là où Dieu nous appelle, c'est la vie et le bonheur, même dans la plus difficile des existences. Et là où nous fuyons, c'est la mort et le malheur, même dans la plus tranquille des existences. Il est des vies qui ressemblent à la mort, même avec argent et santé, et il est des gens bien vivants au cœur de la souffrance ou de la pauvreté. Ça n'a rien à voir. J'ignore totalement, et vous aussi, ce que sera le quotidien de l'existence d'Olivia et de Sophia. Ce que je sais, ce que les baptêmes que nous venons de célébrer nous ont montré, c'est que Dieu les appelle à la vie, et que cette vie, il la leur a offerte ! C'est un peu ce que l'auteur de l'épître aux Hébreux tente de nous dire, dans son style un peu difficile, lorsqu'il parle de "purification", et de "libre accès au sanctuaire". C'est que, contrairement aux apparences, Dieu ne nous appelle pas à quelque chose de difficile ! Pour être de bons chrétiens, nous ne devons pas être des super-héros, des spécialistes de la morale, de la bonté, de la gentillesse. Nous ne devons pas tendre 25 joues quand on nous a frappé sur une ! Dieu n'appelait pas Jonas à convertir Ninive ! D'ailleurs, quand vous arriveriez à vivre cet impossible, de quoi donc témoigneriez-vous, sinon de vous-mêmes, de vos propres qualités, et de l'immense orgueil que vous en éprouveriez au point même de ne pas oser le reconnaître vous-mêmes ! Non. La Loi de Dieu est-elle difficile ? Pire : elle est impossible. Et quand vous la mettriez tout entière en pratique, il en resterait encore un petit bout qui manquerait, mais ce petit bout, ce serait vous tout entier quand même. Car Dieu ne veut pas votre obéissance, Dieu ne veut pas vos qualités émérites, Dieu ne veut pas vos richesses morales et spirituelles. Dieu n'en a pas besoin. Ça ne lui servirait à rien. Dieu vous veut, vous, tels que vous êtes. Vous ne vous acceptez pas tels que vous êtes ? Dieu, si. Il ne vous veut pas autrement, mais il vous promet que vous changerez à son contact. Deviendrez-vous meilleurs ? Qu'importe. Puisque vous serez à son contact. Puisque vous vivrez en sa compagnie… Voilà le sens du baptême. Olivia et Sophia ont été purifiées par le sang de la Croix de Jésus, représenté par cette eau qui aurait pu les noyer si nous en avions mis un peu plus, mais qui, au lieu de cela, leur a dit une parole d'amour. Purifiées de quoi ? De leurs péchés ? J'en ai commis bien plus qu'elles deux réunies, et – à ma connaissance – vous aussi ! Non : elles ont été purifiées de bien plus que cela. Elles ont été débarrassées de tout ce qui, aujourd'hui ou plus tard, les empêcherait de s'approcher du Dieu vivant. Elles ont été débarrassées de la culpabilité, elles ont été débarrassées de ce fantasme créé par le diable selon lequel, un jour, elles ne seraient plus dignes de l'amour de Dieu. Puissent-elles ne jamais écouter cette voix abominable ! Cette eau, qui est celle d'une naissance, cette eau qui a bien dû mouiller Jonas quand le gros poisson l'a laissé ressortir vivant, c'est une fontaine d'eau vive, c'est la force nécessaire et suffisante pour avancer en présence de Dieu notre Père, quand bien même il aurait toutes les raisons du monde de nous rejeter… s'il n'était pas notre Père, mais il est notre Père. Nous ne sommes pas assez bons, nous disent le diable et la Loi, parlant d'une seule voix. C'est vrai. Ils ont raison. Mais ce que la Loi ne sait pas, parce qu'elle est la Loi, et ce que le diable ne sait pas, parce qu'il n'en a pas voulu, c'est que Dieu se contente d'enfants "ingrats et méchants", mais ce sont ses enfants. Dieu est partial, Dieu est jaloux. Il n'est pas injuste, mais son amour passe par-dessus sa justice, et sa Loi, au lieu de nous condamner, nous fait justement réaliser combien cet amour est grand, d'autant plus grand que nous sommes petits, d'autant plus précieux que nous n'en sommes pas dignes, d'autant plus fort que nous risquons notre vie. Et dans cet amour, il y a plus encore ! Cerise sur le gâteau, il y a l'Eglise ! Je veux dire : il y a des frères et des sœurs, des gens avec qui grandir, tomber, se relever, marcher ensemble, se fâcher et se réconcilier, etc… "Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l'amour et aux bonnes œuvres", dit l'épître, et elle rajoute "N'abandonnons pas notre assemblée". Car nous en avons besoin. Puisque le Père me fait m'approcher de lui sans honte, pourquoi éprouverais-je celle-ci devant mes frères et sœurs ? ! Comme le chantait le psaume 133, "Ah ! qu'il est bon, qu'il est agréable pour des frères d'habiter ensemble". C'est que, tout seuls, nous ne pouvons rien. Et lorsque nous tombons, il n'y a personne pour nous tendre la main et nous relever. Que celui qui préfère rester par terre plutôt que d'être aidé reste et meure ainsi, tant pis pour lui ! Mais que celui qui ne peut plus rien soit relevé gratuitement par son frère, et parfois même par son ennemi, c'est bien. C'est bien parce que c'est Dieu. Dieu est un Dieu qui relève ceux qui lui tournent le dos. Dieu est un Dieu qui libère ceux qui ne voyaient pas leurs chaînes et qui s'en estimaient contents. Dieu vient nous embêter quand nous nous passons très bien de lui. Dieu vient dire au poisson de nous rendre à la vie et il nous envoie vers Ninive. Il nous envoie comme témoins. Mais témoins ensemble: nous avons plus de chance que Jonas qui était seul ! Le baptême, nous faisant enfants du même Père, nous fait frères et sœurs les uns des autres. Il nous est fait devoir de nous recevoir et de nous entraider, il nous est fait devoir de nous exhorter et de nous encourager mutuellement. Mais de la même façon que celui qui reçoit un cadeau doit l'ouvrir et s'en servir, de la même façon que celui qui reçoit la vie doit respirer et vivre. Le mot "devoir" ne ressortit plus de la Loi, encore moins de la destinée. Il décrit ce que nous faisons en grandissant : tu dois marcher, tu dois perdre tes dents de lait, tu dois parler, tu dois aimer… "Aime Dieu, et fais ce que tu veux". Cette phrase de saint Augustin, bien connue, dit les choses essentielles. C'est que, si tu vis avec Dieu quelque chose qui s'appelle l'amour, alors tu pourras faire ce que tu veux, c'est-à-dire être chaque jour plus fort que les chaînes et la mort. Parce que Jésus-Christ sera là, au milieu, lui qui a vaincu le mal et la mort. "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom", disait-il… Merci, Olivia et Sophia, et votre famille, merci de nous avoir réunis, un peu plus que deux ou trois, pour recevoir ensemble l'amour de Jésus, en attendant qu'il revienne et que nous n'ayons vraiment plus de souci à nous faire ! Cantiques : * NCTC 255 = ARC 257 Jésus, ton nom est le plus beau * NCTC 254 = ARC 261 Gloire à ton nom Autres textes de la même catégorie
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Avant dernier dimanche de l’année ecclésiastique - Jérémie 8, 4-7