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Hébreux 10 v 14 - 18



La Réforme (Romains 1/16-17; Hébreux 10/14-18)
(Prédication donnée au temple de Saint-Germain-en-Laye, culte du 16 novembre 2003)
Romains 1/16-17
16 Car je n'ai point honte de l'Evangile, c'est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec,
17 parce qu'en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi; selon qu'il est écrit, Le juste vivra par la foi.
Hébreux 10/14-18
14 Car, par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés.
15 C'est ce que le Saint-Esprit nous atteste aussi; car, après avoir dit,
16 Voici l'alliance que je ferai avec eux, Après ces jours-là, dit le Seigneur, Je mettrai mes lois dans leur cœur, Et je les écrirai dans leur esprit, il ajoute,
17 Et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités.
18 Or, là où il y a pardon des péchés, il n'y a plus d'offrande pour le péché.
La lettre aux Hébreux est l’une des plus longues et des plus importantes du Nouveau Testament.
De son auteur, qui ne se nomme pas, on peut seulement dire que c’est un chrétien d’origine juive (« nos ancêtres » 1.1) versé dans la connaissance de l’Ancien Testament et, en particulier, du rituel décrit dans le livre du Lévitique. L’Evangile lui est parvenu par l’intermédiaire des premiers témoins (2.3).
Il s’adresse à des Juifs convertis, comme lui, membres d’une Eglise qui lui est familière, à laquelle il espère rendre bientôt visite (13.19 et 23). La plupart des exégètes proposent Rome comme lieu de destination de la lettre (cf. 13.24). C’est là en tout cas que l’on trouve les premières traces de cette lettre (dans la lettre de Clément de Rome en 95-96). La mention de la persécution en 10.33-34 pourrait se rapporter à l’édit de l’empereur Claude en 49, qui chassa, pour quelques années, les Juifs de Rome. La lettre pourrait dater de 60-64.
L’auteur définit son écrit comme une « lettre d’encouragement » (13.22) ; de fait, recommandations et avertissements entrecoupent le développement doctrinal. C’est une théologie pratique, « collant » au terrain, celui d’une Eglise confrontée à l’incompréhension et la persécution croissantes.
Les nombreuses mises en garde contre l’abandon de la foi (2.1-4 ; 4.1-11 ; 6.4-6 ; 10.26-31) qui s’insèrent dans une démonstration suivie de la supériorité du Christ sur les anges (ch. 1 et 2), sur Moïse et Josué (3.1 à 4.13) et sur les grands-prêtres de l’ancienne alliance (4.14 à 8.13) laissent à penser que ses destinataires étaient tentés de retourner au judaïsme. L’auteur leur montre la supériorité du sacrifice du Christ, accompli une fois pour toutes, sur ceux de l’ancien Israël (9.1 à 10.18).
Pour les encourager, il leur donne en exemple les hommes de l’ancienne alliance qui avaient déjà la foi (ch. 11). Il les invite à garder « les yeux fixés sur Jésus » (12.2), modèle de persévérance dans l’adversité.
Cette lettre est fondamentale pour la compréhension du sens des sacrifices de l’ancienne alliance, qui pointaient vers le sacrifice du Christ, accompli une fois pour toutes.
Elle contient aussi des encouragements précieux qui gardent toute leur force pour les hommes de notre temps : « Nous n’avons pas un grand-prêtre qui serait incapable de se sentir touché par nos faiblesses. Au contraire, il a été tenté en tous points comme nous le sommes, mais sans commettre de péché. Approchons-nous donc du trône du Dieu de grâce avec une pleine assurance... » (4.15 et 16).
Cette lettre nous rencontre aujourd’hui dans ce mémorial au protestantisme français des origines.
Pour les réformateurs français déjà, le risque était grand de voir l’Evangile ramené à une religion des œuvres méritoires. La théologie catholique de l’image, (valorisation des œuvres visibles, pélerinages, sacrifice eucharistique au centre de la messe, décoration des églises) , s’est vue contestée par une théologie protestante de l’écoute et du son.
Plutôt que d’insister sur un « faire », les protestants préféraient annoncer « l’être nouveau » promis en Christ. C’est ce que nous lisons en Hébreux 10 :14-18 :
v. 14 — Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l'accomplissement les sanctifiés. Ce verset précise et prolonge à la fois le v. 10, qui proclamait une sanctification définitive.
Il faut le retraduire d’après le grec : ce n’est pas « il a mené pour toujours à l’accomplissement les sanctifiés » mais « il a mené pour toujours à l’accomplissement de ceux qui sont en voie d’être sanctifiés. »
Le moyen est toujours le même, l’offrande, prosphora mais la sanctification, au lieu d'en être le but puis le résultat, devient une donnée au service d'un but encore plus élevé, l’accomplissement. On remarque ici l'emploi du participe présent tous hagiazoménous (un passif plutôt qu'un moyen), « ceux qui sont en voie d'être sanctifiés », différent du participe parfait hègiasménoï, « dans la situation de sanctifiés », v. 10.
Le v. 14 voit donc la sanctification comme un processus qui s'inscrit à l'intérieur de la position nouvelle de sainteté acquise pour le croyant. Par contre, on retrouve le temps du parfait avec le verbe principal il a mené à l'accomplissement (tétéleïôkén) ; l'accomplissement est un résultat incontesté.
Ceux en qui se poursuit l'œuvre de sanctification, traduction dans la vie quotidienne de leur situation nouvelle en Christ, ont, en fait, déjà atteint le but, la communion durable avec Dieu. C'est le grand paradoxe de la vie chrétienne : le but proposé au départ à la créature humaine, le but assigné à tout le culte lévitique, l'accès à Dieu et une communion bienheureuse avec lui, est atteint, même s'il reste un chemin à parcourir, une actualisation à vivre.
La lettre de Paul au Romains proclame elle aussi cette victoire définitive de Jésus-Christ. Le moine Luther s’en est émerveillé dans son couvent.
« En Christ est révélée la justice de Dieu par la foi selon ce qui est écrit : le juste vivra par la foi ». (Romains 1.17.).
v. 15-18 — C'est ce que l'Esprit Saint nous atteste, lui aussi. La reprise de Jérémie 31/33-34, déjà mis à contribution au chapitre 8 pour annoncer la fin de l'ancienne alliance, sert ici à exprimer le caractère définitif de cette nouvelle alliance. Le pardon (en grec, on exprime cela par aphèsis, « remise de dette, délivrance d’un surendettement») est total et ne réclame donc plus de nouveau sacrifice (v. 18).
On peut noter que le texte de Jérémie 31, introduit de façon abrupte en 8/8 par un « il dit », parole d'un « Seigneur » pas même nommé, est mis ici au compte de l'Esprit Saint. Et le message de l'Esprit est si actuel que le verbe est au présent : dans l'Ecriture il parle aujourd'hui (cf. 3/7).
Je retiens donc 2 exhortations, en forme de remarques:
A propos des 4 thèmes majeurs prônés par la Réforme protestante à St Germain:
-Respecter liberté de conscience
-Ne rien obtenir par la force
-Dissocier religion du pouvoir politique
-Réconcilier catholiques et protestant.
Notre Eglise annonce-t-elle une piété incarnée, temporelle, engagée, militante ici-bas, selon ces 4 valeurs vénérables, ou bien se réfugie-t-elle dans une morale triste, un replis identitaire nostalgique et mondain ?
Cherche-t-elle à contribuer aux débats d’idées, contre les tentations de violence arbitraire ? Est-ce un message spirituel adressé à tous, ou bien une tribune politique partielle et partiale ?
L’Evangile respecte notre réflexion, notre liberté de conscience, ce n’est pas un salut « gratuit et obligatoire », mais un choix de vie.
Les protestants n’ont rien voulu obtenir par la force, ils ont discerné un message spirituel qu’ils ont distingué d’un message politique.
-La Réforme a redécouvert le salut gratuit. Nous sommes aimés, précédés, pris en compte. Cette parole est une bonne nouvelle.
Dieu définitivement un allié, Celui qui nous ouvre les bras.
Cette bienveillance nous engage, comme la découverte d’une amitié jusque-là secrète, avec Dieu, avec autrui.
Est-ce que les protestants annoncent une Bonne Nouvelle ? Une joie, un enthousiasme communicatif ? Une paix qu’il faut rechercher et poursuivre ?
Est-ce qu’ils croient que Dieu promet une vie joyeuse et libérée ?
Luther était joyeux, il a cessé la contrition, le fouet, la privation de sommeil. Son Dieu n’était plus avide de souffrance expiatoire. Luther n’a voulu qu’annoncer cette joie retrouvée, cette amitié avec Dieu et avec soi-même que tout chrétien peut expérimenter. Luther n’a jamais voulu diviser l’ Eglise. Il a été mis dehors, alors qu’il voulait simplement la réformer. La Réforme est un message de paix et d’unité autour de Christ, centre de la foi.
La Réforme saura-t-elle offrir un regard bienveillant sur le monde catholique, sachant que l’on est avant tout chrétien avant même d’appartenir à une tradition, serait-elle vénérable.
La Réforme annonce-t-elle un message de joie, un combat contre la peur du lendemain, avec son cortège de tristesse et de solitude, De manque d’espérance, de stress, valorise-t-elle ici-bas le corps temple du St Esprit ?
La Réforme saura-t-elle voir de vrais chrétiens hors de ses frontières historiques ? Verra-t-elle l’Eglise non comme l’ Eglise dite « Réformée » (Toujours à réformer et il y a de quoi faire!!!) mais comme le corps du Christ ?
2ème remarque :
Le protestantisme saura-t-il écouter la lettre aux Hébreux lorsqu’elle nous parle de la sanctification ?
Nous sommes les champions du salut par la foi.
Mais qu’est-ce que cela veut dire ?
Qu’est-ce que la foi change-t-elle dans notre vie ?
« La foi sans les oeuvres est morte »( Epître de Jacques).
Nous sommes aimés, sauvés, de la mort en l’occurrence et de notre passé dans ce qu’il a de toxique et de paralysant.
Mais il s’agit d’en vivre, de l’incarner, de devenir ce que l’on est.
Tout cela est déjà accompli, mais nous sommes néanmoins « en voie d’être sanctifiés ». Ce chemin reste à faire. Personne d’autre que nous pourra en faire l’expérience. S’appuyer sur l’oeuvre parfaite de Christ, c’est en tirer les fruits, les lui demander dans une prière persévérante, éclairante et fortifiante.
C’est écouter l’Esprit qui parle aujourd’hui encore au présent.
Le pasteur Charles Dombre a dit en 1930 à St Germain :
« Célébrer la tradition protestante, c’est rappeler ce que nos prédécesseurs ont fait, et surtout c’est découvrir l’esprit qui a présidé à la réalisation de ces œuvres, et qui en inspirerait de tout autres en d’autre lieux et d’autres temps. »
Le protestantisme n’est donc pas un musée Grévin, une répétition crispée d’une modélisation considérée comme immuable primant sur les Ecritures. Poser la tradition sur un tel piédestal serait une attitude typiquement romaine.
L’esprit du protestantisme n’est autre que l’Esprit saint qui aujourd’hui encore peut animer toute Eglise de Jésus-Christ qui se confie vraiment à lui, que cette Eglise soit catholique ou protestante.
Nous sommes ici non pas d’abord pour nous défouler contre l’injustice du passé, mais pour nous convertir avec la même foi que ceux qui nous ont précédés.
Se convertir, c’est se sentir impliqués par cette histoire, se sentir apostrophés par ce qui nous a été raconté
Si je pleure sur l’éradication systématique des protestants par Louis XIV, tout en étant indifférent au sort de mon Eglise actuelle, si je ne veux que me lamenter sur Coligny et oublier comment vit et risque de mourir ma paroisse sur le plan spirituel et/ou immobilier, si je suis incapable de lutter pour ceux que l’on torture, déporte, méprise chaque jour au présent, alors l’histoire passée n’aura servi à rien. Me souvenir de l’histoire, c’est me convertir, découvrir mes responsabilités et mes culpabilités à l’égard de l ‘Eglise d’aujourd’hui. C’est devenir un protestant actif qui prie, qui lit la Bible qui va au culte et s’engage dans et hors de sa paroisse pour rencontrer d’autres gens actifs et vivants. Heureux serons-nous de redire les uns aux autres que nous sommes dignes de ceux qui nous ont engendrés, et de constater les fruits de notre sanctification tels que Jésus seul peut les faire germer en nous. Amen.
J.C. Robert.



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