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Hébreux 10 v 11-18 (Samuel Benetreau)



Texte : Hébreux 10/11-18
Genre : Commentaire biblique
Auteur : Samuel BENETREAU
Source : L’épître aux Hébreux, tome 2. Edifac (Editions de la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine), 1990 (p. 103-106).



Après le sacrifice, exaltation, triomphe, et plein salut des sanctifiés (10/11-18)

v. 11-12 — Et tandis que chaque prêtre se tient debout... lui, par contre, après avoir offert pour les péchés un sacrifice unique, siège pour toujours à la droite de Dieu. On retrouve ici les accents joyeux qui ponctuaient la fin de l'exorde : le Fils est un Seigneur intronisé, à la droite de Dieu (1/3, reprenant le Psaume 110/1 ; cf. 1/13) ! Mais se prolonge aussi la comparaison avec la condition des prêtres du sacerdoce lévitique. La session céleste du Christ (« un prêtre assis est la garantie d'une œuvre achevée et d'un sacrifice agréé », Bruce, p. 239) est placée en contraste saisissant avec l'activité incessante (cf. 7/27 : « jour après jour ») de ces hommes qui, debout (Spicq, à ce propos, cite Deutéronome 10/8, 17/12, 18/7), en serviteurs qu'ils étaient, se dépensaient pour des rites en définitive inefficaces.

Au v. 12, l'intérêt se fixe sur le débouché de l'offrande unique, en premier lieu par rapport à l'auteur de l'offrande lui-même. On retrouve le mouvement allant du sacrifice à la glorification qui animait 1/3-4, 2/9-10, 5/7-10, présent également dans de nombreux textes du Nouveau Testament. Le peuple des croyants n'est pas oublié : c'est pour leurs péchés que le sacrifice a été présenté. On hésite sur la fonction de l'expression adverbiale eïs to diènékés, à jamais : se rapporte-t-elle à « offrir » ou à « siéger » ? Bruce (p. 237) et Guthrie (p. 207), sur les traces de Westcott, la rattachent à offrir : « Il a offert un sacrifice unique pour toujours ». La TOB et la Bible à la Colombe la relient à siéger : « Il siège pour toujours à la droite de Dieu » (ainsi Braun, p. 301). La seconde solution est préférable, car l'unicité de l'offrande (soulignée par mian, une seule) implique déjà la permanence de ses effets et l'intérêt de l'auteur pour le caractère définitif de la session glorieuse est manifeste, comme le montre le verset qui suit [La nécessité de souligner la durée de la situation de souveraineté du Christ était d'autant plus grande que cette dernière pouvait paraître contestée dans les faits : les ennemis ne sont pas encore sous ses pieds, comme le constatait déjà 2/8].

v. 13 — Et il attend désormais que ses ennemis en soient réduits à lui servir de marchepied. Le Seigneur exalté, bien qu'assis, n'est pas inactif : il « porte le monde » (1/3), intercède pour les siens (7/25), les prend en charge (2/16). Mais il y a place aussi pour une « attente ». Son pouvoir est sans réserve, car il a réduit à l'impuissance le grand adversaire, le prince de la mort (2/14). Et pourtant cette victoire sans ombre ne déploie pas encore toutes ses potentialités. Tel est le mystère d'un plan de Dieu qui laisse place au temps, avec ses moments forts et ses délais. Parler d'attente, c'est dire, précisément, qu'il n'y a plus rien à faire dans ce domaine de la souveraineté, plus de combat à livrer : l'issue heureuse est assurée. Ainsi s'accomplira certainement cet autre aspect de la prophétie du Psaume 110/1 : faire de ses ennemis son marchepied, manifester concrètement et définitivement le triomphe du Fils.

Comme en 1/13, ces ennemis ne sont pas nommés. Il s'agit de tout pouvoir qui s'oppose à Dieu et à la réalisation de son plan. Il n'y a pas de raison déterminante pour n'y voir que des hommes hostiles, comme le pense Braun. Même si l'épître ne fait pas mention des puissances invisibles, en dehors du diable, elles sont très vraisemblablement comprises dans ce camp adverse. Elles sont visées au premier chef dans l'interprétation courante du Psaume 110/1 (cf. 1 Corinthiens 15/25-28).

Quand prendra place cette soumission des ennemis ? Aucune précision. L'eschatologie est très présente dans l'épître, mais elle est peu détaillée. S'impose, ici encore, le paradoxe d'un règne inauguré et effectif, mais qui laisse une place à l'action du mal, des pouvoirs hostiles (le passif téthôsin, « soient placés », souligne que telle est la volonté de Dieu). A l'attente du Christ correspond celle de son peuple (11/10) et, pour les renégats, l'attente du jugement (10/27).

v. 14 — Par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l'accomplissement les sanctifiés. Ce verset précise et prolonge à la fois le v. 10, qui proclamait une sanctification définitive. Le moyen est toujours le même, l’offrande, prosphora (un datif instrumental, remplaçant le dia instrumental du v. 10), mais la sanctification, au lieu d'en être le but puis le résultat, devient une donnée au service d'un but encore plus élevé, l’accomplissement. On remarque ici l'emploi du participe présent tous hagiazoménous (un passif plutôt qu'un moyen), « ceux qui sont en voie d'être sanctifiés », différent du participe parfait hègiasménoï, « dans la situation de sanctifiés », v. 10. Le v. 14 voit donc la sanctification comme un processus qui s'inscrit à l'intérieur de la position nouvelle de sainteté acquise pour le croyant. Par contre, on retrouve le temps du parfait avec le verbe principal il a mené à l'accomplissement (tétéleïôkén) ; l'accomplissement est un résultat incontesté (cf. l’excursus sur L'accomplissement, tome 1, p. 136ss). Ceux en qui se poursuit l'œuvre de sanctification, traduction dans la vie quotidienne de leur situation nouvelle en Christ, ont, en fait, déjà atteint le but, la communion durable avec Dieu. C'est le grand paradoxe de la vie chrétienne : le but proposé au départ à la créature humaine, le but assigné à tout le culte lévitique, l'accès à Dieu et une communion bienheureuse avec lui, est atteint, même s'il reste un chemin à parcourir, une actualisation à vivre.

v. 15-18 — C'est ce que l'Esprit Saint nous atteste, lui aussi. La reprise de Jérémie 31/33-34 surprend, car le passage a été déjà mis largement à contribution au chapitre 8. Mais, avant de se consacrer à l'exhortation, à partir de 10/19, l'auteur estime devoir insister : la totale perfection du salut acquis est réaffirmée, ainsi que la solidité de son fondement scripturaire. Bruce (p. 242) discerne une différence dans ces deux utilisations d'un même texte : au chapitre 8, il sert surtout à annoncer la fin de l'ancienne économie, alors qu'ici c'est plutôt le caractère définitif de la nouvelle qui est mis en valeur. Le pardon (aphèsis, « remise de dette ») est total et ne réclame donc plus de nouveau sacrifice (v. 18). L'antique prophétie est réalisée.

On peut noter que le texte de Jérémie 31, introduit de façon abrupte en 8/8 par un « il dit », parole d'un « Seigneur » pas même nommé, est mis ici au compte de l'Esprit Saint. Et le message de l'Esprit est si actuel que le verbe est au présent : dans l'Ecriture il parle aujourd'hui (cf. 3/7).

La construction de la phrase grecque, qui va de 15b à 17, est complexe. On est vraisemblablement en présence d'une rupture de construction (une anacoluthe) et il faut ajouter en français un « il dit » ou « il ajoute » au début du v. 17. L'introduction après avoir dit (v. 15b) le montre, en effet : après l'exposé de la première annonce, celle de l'intériorisation des lois comme caractéristique de la nouvelle alliance, l'auteur tient à attirer l'attention sur la seconde, relative au pardon des péchés, à partir de laquelle sera construite la conclusion du paragraphe (v. 18).




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