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Hébreux 10 v 1-24 (David Mitrani)



Texte : Hébreux 10/1-24
Genre : Prédication
Auteur : David MITRANI
Source : Prédication pour le 18.04.2003 (Vendredi-Saint) à Jarnac (16).



Qu'est-ce que ça change ? Cette question, depuis toujours, nous est renvoyée par les adversaires du Dieu biblique, ou simplement par ceux qui ne le connaissent pas. "Où est ton Dieu ?" (Psaume 42/4). Ton Dieu, qu'est-ce qu'il change à ta vie ? Nos ados nous renvoient aussi avec sarcasmes cette interrogation, d'autant plus vive chez eux qu'ils se la posent à eux-mêmes. A quoi ça sert d'être chrétien ?… Car, dans notre monde de rentabilité, de performance, on ne s'encombre pas de choses gratuites, d'idées superfétatoires, et se faire plaisir est une fatigue inutile si elle n'apporte rien d'autre.

Alors, vous pouvez toujours essayer de répondre sur ce registre, ça n'entraînera aucun regain d'intérêt, à peine un léger amusement, si vous dites que, la foi, "c'est pour le fun". Tout le monde le pense, et c'est pour ça que personne ne s'approche…! Pourtant, déjà ça, ce serait suffisant. Et si nous savions montrer que, oui, nous trouvons notre plaisir, notre bonheur, à confesser et croire ce Dieu-là, peut-être simplement que d'autres se reposeraient plus sérieusement la question pour eux-mêmes, se demandant à leur tour qu'est-ce qui, dans leur propre vie, leur procure le bonheur, leur donne du plaisir à vivre…

Mais, au-delà de ce témoignage concret, que savons-nous en dire ? Pas grand-chose, sans doute. Nous ne savons pas parler, votre serviteur le tout premier. Nous ne savons pas parler de ce qui nous fait vivre, nous ne savons pas dire pourquoi ça nous fait vivre. A moins que ça ne nous fasse pas vivre réellement ? J'aime à penser que la raison n'en est pas celle-ci !… Mais nous nous noyons dans les paroles intellectuelles, la théologie de trop haut vol pour nos interlocuteurs, parce que trop éloignée de nous-mêmes, de nos propres existences.

L'épître aux Hébreux la maîtrise mieux que nous, et nous n'y comprenons pas tout, c'est peu de le dire… Là encore, serait-ce qu'elle parle de choses inconnues de nous, concrètement inconnues, non pratiquées, non vécues ?… Je veux croire que non. L'extrait que je vous ai lu, et c'est à ce chapitre que nous en sommes de notre lecture continue du 3° mercredi du mois, cet extrait, donc, je voudrais ce soir vous le résumer en deux très courtes formulations. C'est que, un, la loi ne nous enlève pas le poids de notre péché, et deux, la mort du Christ, oui.

La loi ne nous enlève pas le poids de notre péché. La loi, celle de Moïse : mais vous ne la pratiquez pas, et le Temple est détruit depuis 19 siècles. Mais c'est aussi tout ce qui est réponse humaine à la volonté de Dieu, tout ce qui est essai de l'être humain pour accomplir la justice, comme dit la Bible. Tout ce que vous faites. Tout ce que vous vivez de beau, de bon, de juste, tout l'amour que vous donnez et partagez, tous les sacrifices que vous consentez constamment pour les autres, pour Dieu même et pour son Eglise. Toutes vos œuvres morales ou pieuses, personnelles ou sociales.

De tout cela — et ça peut être beaucoup ! — vous ne gagnez rien qui allège votre conscience, qui allège votre vie, qui vous rende légers et libres de vous-mêmes. Et c'est normal, c'est vous qui êtes à l'œuvre dans toutes ces choses ; comment pourriez-vous ne pas vous y appesantir ? ! Vous faites le bien — et c'est bien ! Mais à vous, cela n'apporte rien, rien d'autre que l'éventuelle satisfaction orgueilleuse de l'avoir fait, d'y être arrivé, d'être même un peu mieux que le voisin… La loi a fait abonder le péché… (cf. Romains 7).

Ainsi, rien de ce que je peux faire, ne me rend libre, et pas même, surtout pas, des convictions religieuses, œuvres de mon cerveau ou de celui des autres ! Suis-je donc voué à l'esclavage ? Suis-je donc destiné à peiner sous le fardeau de mon péché jusqu'à la fin de mes jours ? A quoi me sert-il d'être chrétien ? Eh bien, précisément : ce n'est pas ce que je crois, ce n'est pas ce que je fais, qui me sert, mais c'est celui en qui je crois, car c'est lui qui fait, pour moi, c'est lui qui me libère, moi. C'est le second point, c'est la raison pour laquelle ce culte existe ce soir, et pour laquelle aussi nous portons le nom de chrétiens.

C'est que Christ, c'est que la mort de Christ m'ôte tout fardeau. Il peut bien rester ceux que les hommes me font porter, mais ceux-là n'ont jamais été les plus lourds ! Non. Ce qui pèse dans ma vie, c'est moi, moi préoccupé de moi, moi coupé de Dieu, moi rivé à mes peurs, mes défauts, mes malaises, mes amours et mes haines, moi prisonnier de moi. Voilà ce qu'est le péché. Voilà ce qui est enlevé par la mort de Jésus-Christ. Sans moi. Sans ma participation. Sans que je puisse me mettre en travers avec bonne ou mauvaise volonté. Sans que je puisse rien empêcher…

Mes amis, vous avez été libérés du fardeau qui pesait sur vous depuis toujours ; vous avez été relevés, restaurés dans la communion du Père. Il ne vous manque rien. Si la foi chrétienne nous réjouit, ce n'est pas par satisfaction intellectuelle ou par autojustification de nos pratiques morales ou religieuses : ce serait grande bêtise, excusez-moi… Non, si elle nous réjouit, c'est parce que la mort du Christ nous a fait du bien. Parce que, de manière certes difficile à comprendre et expliquer — pour nous qui ne fonctionnons jamais ainsi —, la mort du Roi de gloire a scellé sa victoire et la nôtre.

"Approchons-nous donc d'un cœur sincère, avec une pleine foi, le cœur purifié d'une mauvaise conscience et le corps lavé d'une eau pure". Les évangiles, à longueur de pages, nous montrent des gens qui ont vécu une telle libération, et d'autres qui préfèrent s'enfermer dans la mort. Nous, nous sommes des premiers, comme il a plu à Dieu et sans que nous l'ayons mérité. A nous d'en profiter, à nous de vivre cette vraie et totale liberté, nous qui ne risquons plus rien, nous que plus rien ne sépare de la vie pleine et véritable que Dieu offre à ses enfants.

Le "sacrifice unique et parfait" a été "offert une fois pour toutes sur la croix". Notre vie, présente et à venir, est au bénéfice de ce sacrifice. Notre vie n'est plus nôtre, vouée à la mort, mais elle est chrétienne, appelée à l'éternité par celui qui en est l'auteur et le maître. Puisse la joie de l'esclave affranchi être la vôtre chaque jour. Puisse l'amour de celui qui n'a rien à perdre et tout à offrir, se manifester dans votre cœur, dans vos paroles, vos gestes, vos relations, à tous les instants. Alors, les autres verront bien à quoi ça sert d'être chrétien. Alors, ils sauront qu'est-ce que ça change, en vous regardant, vous.

Amen.



Cantiques :
* NCTC 184 = ARC 453 Pour quel péché
* NCTC 191 = ARC 445 Jérusalem est dans la nuit




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