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Hébreux 1 v 1 - 6 (Pierre Muller)
PRÉDICATION
Frères et sœurs, Dieu règne depuis toujours et pour toujours. Voilà quelque chose qui, pour n'être pas très neuf, mérite d'être rappelé dans notre monde qui l'a oublié ! Dieu règne, et non pas la nature, les astres, le destin, les forces cosmiques… Dieu règne, et non pas l'économie, l'argent, les structures, le politique, l'idéologie… Dieu règne, et non pas la maladie, la destinée, les gènes, la mort… Dieu règne, et non pas moi, ni mon voisin, ni mon cousin… Oui, Dieu règne, et ce n'est pas que je le sache ou pas qui y changera quoi que ce soit, et ce n'est pas que je l'honore, le méprise ou l'ignore qui changera l'étendue de ce règne d'une quelconque manière… Dieu règne ! C'est bien, mais il n'y avait pas besoin du Nouveau Testament pour le savoir ! Le Premier Testament nous le disait déjà ; nous venons de l’entendre. Dieu règne en son Fils ; c'est le Fils qui règne : voilà qui est plus original et nous rapproche de Noël ! Le Fils règne depuis toujours et pour toujours. Le Dieu qui s'est uni depuis toujours à l'humanité, c'est lui qui règne depuis toujours et pour toujours. Le Dieu fait homme, celui en qui la divinité et l'humanité ont été unies, c'est lui qui règne. Jésus de Nazareth, le Christ, homme historique, né peut-être au printemps de la fin du règne d'Hérode le Grand, à l'époque du recensement romain au Proche-Orient, c'est lui qui règne depuis toujours et pour toujours. Mais cet homme est né un jour du temps. C'est vrai : nous en fêtons aujourd'hui un improbable anniversaire, ce devait être il y a 2 000 et 10 années, quoique les historiens divergent là-dessus ; en tout cas, un jour inconnu dans l'année… Sa naissance a fait le bonheur de ses parents et de leurs amis et des voisins venus voir l'étrange spectacle, étrange et ordinaire, banal et exceptionnel : un homme est né, hors de chez lui, dans un monde de misère, couché dans une mangeoire à bestiaux. Eh bien, c'est lui qui règne depuis toujours et pour toujours. Mais cet homme est mort un mauvais jour de cette triste époque, quelque 33 ans plus tard, peut-être… Il est mort cloué à un poteau de torture, comme deux autres ce jour-là, comme tant d'autres qui le méritent et tant d'autres qui ne le méritent pas… Sa mort a fait la douleur de sa mère, de ses amis, de ses disciples qui sont rentrés chez eux effondrés, et s'y sont cachés par grand peur de finir de la même façon ! C'est lui, c'est ce mort proclamé "roi des Juifs" par dérision, c'est lui qui règne depuis toujours et pour toujours. Or, cet homme est ressuscité sans qu'on sache quand ni comment. Vivant, il a été vu, et vivant, il a disparu. Vivant, il a été proclamé et cru, prêché et rencontré. Le même homme. Mais ce n'est pas même depuis le jour de cette étrangeté qu'il règne, mais c'est depuis toujours et pour toujours. Car celui qui est comme vous et moi, qui a été conçu, qui est né, qui a vécu les années d'une courte vie, qui est mort, oui, celui dont l'Esprit et l'Eglise affirment qu'il est vivant et qu'il vient bientôt, c'est en lui que Dieu et l'humain se sont rencontrés. C'est lui le visage éternel du Fils de Dieu venu dans la chair. C'est lui qui règne depuis toujours et pour toujours. Ne me demandez pas comment il se fait qu'il soit 100 % Dieu et 100 % homme, et que cela ne fasse néanmoins que 100 % Jésus-Christ et non pas 200 % ni deux fois 50… Je n'en sais rien, je le sais simplement, je le confesse en communion avec toute l'Eglise, je le chante au milieu d'elle, j'en vis au cœur du monde. Il fut homme et il l'est toujours, il naquit et il fut mort et il est vivant. Il est Dieu, Fils éternel du Père qui règne depuis toujours et pour toujours. Alors, ceux qui ne s'en sont pas satisfait ont cherché des explications. Ils ne les ont, bien sûr, pas trouvées… Ils voulaient une foi rationnelle, et ils n'ont pas attendus d'être protestants pour être libéraux : dès le 1° siècle, ils n'ont pas cru que cet homme fût Dieu, ni que Dieu fût cet homme. Je ne vous ferai pas ici un cours sur les hérésies du 1° siècle : il suffit de considérer nos propres incompréhensions, nos propres doutes, pour comprendre ce que nos pères anciens ou moins anciens ont pu imaginer ! Ce Jésus de Nazareth, qui règne depuis toujours et pour toujours, ne serait-il pas un demi-dieu, un grand prophète, un héros comme Hercule ? Ne serait-il pas plutôt un ange ?… Vous me direz : voilà bien des spéculations étrangères à l'Evangile ! Les paroles, les gestes de Jésus nous suffisent bien. Il est le Maître et il faut, il suffit de mettre en pratique ses paroles ; il faut, il suffit, de s'aimer les uns les autres, comme il l'a dit, comme il l'a fait, et voilà… Peut-être. Mais alors, on en revient à l’éternel problème : faut-il croire pour comprendre, ou faut-il comprendre pour croire ?… Les anges existent, c'est sûr ! Mais, là, votre serviteur n'est pas à la hauteur : je suis bien incapable de vous les expliquer, encore moins de vous les montrer. Et pourtant, toute la Bible en parle, le Premier Testament comme le Nouveau. Anges de lumière et anges de ténèbres, anges fidèles et anges déchus, anges combattants et anges gardiens,... Mais Jésus n'en est pas un. Il est homme et non pas ange. Homme n'ayant accompli aucune action d'éclat, aucune grande œuvre humanitaire, aucune libération durable. Il a abandonné son métier. Il a refusé de diriger les foules. Il a refusé de prendre les armes contre l'occupant. Il n'a pas fondé de foyer, ni même de mouvement culturel ou social. Il est mort seul, seul comme il était né, avec le strict minimum d'anges et d'humains autour de lui. Mort dans les ténèbres. Comme il était né dans les ténèbres. Et pourtant, c'est lui qui règne depuis toujours et pour toujours. En tout cas, l'ouverture de l'épître aux Hébreux, et les textes de Noël, nous disent que, pour Dieu, les choses brillantes ne comptent pas, les pouvoirs au ciel ou sur terre n'ont qu'un seul but, qu'un seul chef, qu'une seule raison d'être : l'homme. Ils ont cette raison-là, ou bien ils ne sont rien, ils ne sont plus rien. Le sommet de la création, ce n'est pas l'économie, ce n'est pas la connaissance, ce n'est pas même la religion, et ce n'est sûrement pas l'Homme avec un grand H. Le sommet de la création, ce devant quoi tous les pouvoirs doivent plier le genou et reconnaître la source de leur légitimité et les limites de leur liberté, c'est l'être humain, c'est chaque homme, chaque femme. C'est l'enfant de la crèche. C'est vous. C'est moi. Ce sont les milliards qui peuplent notre petit caillou qu’on appelle la terre, chacun d'eux en particulier. Ce que Jésus-Christ est venu vivre, manifester, c'est l'alliance éternelle entre le Dieu du ciel et toutes ces fourmis sans intérêts pour les puissants et même pour certains anges ! Le bœuf et l'âne se sont prosternés. Les mages se sont prosternés. Les anges ont adoré. Les bergers ont adoré. Lucifer, le faiseur de lumière, a refusé : il a été précipité. Hérode le Grand a refusé : il est mort. Car c'est cet enfant-là, dans la mangeoire, qui règne depuis toujours et pour toujours. Cette bonne, cette heureuse nouvelle, n'est pas arrivée dans le ciel. Elle s'est passée sur notre terre. Elle a proclamé la "bienveillance", la volonté bonne "de Dieu pour les humains", et pas pour les anges, et pas pour les pouvoirs, et pas pour le cosmos. Ce Noël qui contient le tout de la vie de Jésus-Christ, il s'est passé pour nous et pour beaucoup d'hommes et de femmes, d'enfants et de vieillards. A notre tour, prosternons-nous et adorons, et pas seulement ce matin, et pas seulement le dimanche. Mais chaque instant de notre vie, car il règne, lui, l'enfant de Noël, depuis toujours et pour toujours. Amen. D’après David MITRANI : Prédication pour le 25.12.1999 à Châteauneuf & Jarnac (16). Autres textes de la même catégorie
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