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Hébreux 1 v 1-6 (Douglas Nelson)
Texte : Hébreux 1/1-6
Genre : Notes bibliques & Prédication Auteur : Douglas NELSON Source : Notes bibliques & Prédication pour le 25.12.2002 (Noël). Coordination nationale ERF "Edifier-Former". Notes bibliques Pour une introduction générale à la lettre aux Hébreux, voyez l'introduction à l'édition d'étude de la Nouvelle Bible Segond. Vraisemblablement nous n'avons pas à faire à une vraie épître, mais plutôt à un sermon ou un discours, une « parole d'encouragement » (Hébreux 13/22 ; la même expression est employée dans Actes 13/15 pour introduire une prédication de Paul dans une synagogue) dont le but était de rappeler à l'ordre des chrétiens d'origine juive (les Hébreux) tentés de revenir à des pratiques cultuelles anciennes. L'auteur de ce texte, dont la date est incertaine (certains proposent juste avant la destruction du temple en 70, d'autres entre 80-90), est inconnu : Tertullien (3° siècle) fait référence à Barnabas, la traduction latine de la Bible du 4° siècle, la Vulgate, l'attribue à l'apôtre Paul, Luther propose Apollos. Cela ne change rien à son message. Le texte proposé inclut le prologue (1/1-4) et les deux premiers versets d'un long développement sur les versets 3-4 du prologue qui va de 1/5 à 2/18 : le Fils est supérieur aux anges, car il est le seul auteur de notre salut, ayant partagé notre condition humaine pour nous libérer de la mort et du péché. Manifestement, si on déploie cet argument, en s'appuyant sur plusieurs textes de la Bible hébraïque, c'est justement parce que les destinataires de ce document étaient tentés d'assigner aux anges et aux êtres intermédiaires, plus d'importance qu'au Christ lui-même. Tout le but de ce discours est de montrer que Jésus, par ce qu'il a souffert, a ouvert une nouvelle dispensation, une voie de salut : il est devenu « un grand prêtre compatissant et digne de confiance dans le service de Dieu, pour faire l'expiation des péchés du peuple » (2/17). v. 1 — Dieu reste un Dieu communicateur, un Dieu de parole : il n'a jamais cessé de s'adresser aux hommes. Il y a « une continuité dans la révélation persévérante de Dieu » (Norbert Hugedé, Le sacerdoce du Fils, Paris, Fischbacher, 1983). v. 2 — Mais, dans les derniers temps (en grec, eschaton), Dieu choisit de se révéler autrement : il parle par un Fils « établi comme héritier » : tout l'univers lui sera soumis (2/8) ; il est aussi identifié comme étant à l'origine du monde : « par qui il a fait les mondes ». C'est une autre façon de dire que le Christ est l'Alpha et l'Oméga (Apocalypse 1/8), à la fois à la source de l'univers et son but ultime. v. 3 — Le Fils est « le rayonnement de la gloire [de Dieu] », « l'expression, l'empreinte de sa réalité même, de sa vraie nature » (en grec, charakter tes hypostaseos) ; ce dernier terme grec deviendra plus tard un terme technique pour exprimer l'unité d'être du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; la parole de sa puissance soutient tout ce qui a été créé par lui ; mais, par une autre courte phrase, on évoque son entrée dans l'histoire humaine pour effectuer « la purification des péchés » : le mot grec utilisé ici est à l'origine du terme catharsis, employé par la psychanalyse pour décrire une décharge émotionnelle à valeur libératrice : c'est cette œuvre libératrice qui est au cœur du message proclamé par la lettre aux Hébreux ; mais cet abaissement n'est que momentané : après avoir accompli ce pour quoi il est venu, « il s'est assis à la droite de la majesté dans les hauteurs ». v. 4 — Donc il est clair qu'il est devenu « supérieur aux anges », tout comme l'alliance qu'il inaugure est supérieure à l'ancienne alliance (6/22), fondée sur des promesses supérieures (8/6), Melchisédek est supérieur à Abraham (7/8) et le sacrifice du Fils est supérieur aux anciens sacrifices (9/23). Ainsi ceux qui croient en lui peuvent prétendre à des possessions supérieures (10/34), une patrie (11/16) et une résurrection supérieure (11/36). En effet, Dieu avait en vue pour eux quelque chose de supérieur : la réalisation de la promesse que les anciens ont reçue dans la foi (11/40). Ce qui fait qu'il est supérieur, c'est qu'il a hérité un nom plus remarquable que le leur : il est le Fils. v. 5 — Deux citations de l'Ecriture viennent appuyer cette affirmation : Psaume 2/7, un psaume royal récité par le roi au jour de son intronisation pour souligner sa relation privilégiée à Dieu ; et 2 Samuel 7/14, où Dieu s'engage envers David et promet d'établir sa lignée sur le trône d'Israël à perpétuité. v. 6 — Jésus est introduit (le verbe peut aussi avoir le sens d'introniser) dans le monde habité (oikoumene) comme le « premier-né » : sa mission est de « conduire beaucoup de fils à la gloire » (2/10), il devient semblable à ses frères afin de les libérer du péché (2/17). L'auteur cite la version grecque du Psaume 97/7 : Prosternez-vous (ou adorez-le), vous tous ses anges. Prédication : Il sera pour moi un Fils La paternité de Dieu Noël est la fête de la paternité de Dieu. A Noël, nous proclamons que la promesse faite par le prophète Nathan au vieux roi David trouve son accomplissement dans la vie qui commence dans une étable à Bethléem : Moi, je serai pour lui un Père, et il sera pour moi un Fils. C'est cette promesse, reprise dans l'épître aux Hébreux, que je vous propose de méditer en ce matin de Noël : Moi, je serai pour lui un Père, et il sera pour moi un Fils. Depuis le temps de Jésus, il est devenu banal de dire Dieu est notre Père. Nous le disons dans la prière que Jésus lui-même nous a apprise : Notre Père, qui es aux cieux... Mais qu'est-ce que cela veut dire d'être le père de quelqu'un ? Qu'est-ce que cela veut dire d'être un fils ou une fille ? Nous touchons là à un des mystères les plus profonds de notre humanité. Parler de la paternité de Dieu, comme la fête de Noël nous invite à le faire, ne veut pas dire que Jésus n'a pas eu un père humain. Cela ne veut pas dire que sa naissance échappe aux lois de la biologie humaine, comme dans des mythes grecs où les dieux ont des rapports avec des humains et il en résulte des êtres divinisés. Comprendre Noël et l'incarnation de cette façon-là réduit, à mon sens, la foi chrétienne à une sorte de fable ou de légende qui n'a rien à nous apporter. Si Jésus n'est pas un homme comme nous, né de parents biologiques, il n'a rien à nous dire. On peut soumettre la vie de Jésus à l'examen de la science historique, comme on l'a fait maintenant il y a bien plus d'un siècle. Vu de cet angle, il est à peu près certain que sa mère s'appelait Marie. Par contre, il n'est pas déraisonnable de croire qu'il existait un doute quant à l'identité de son père biologique. C'est peut-être justement des questions de ce genre qui ont contribué à façonner les récits de la naissance de Jésus que nous livrent les évangiles de Matthieu et de Luc. Les deux s'accordent pour dire que Joseph était dans le rôle de père dès le départ. Mais les évangiles attribuent la paternité de l'enfant Jésus à Dieu, « par la puissance du Saint-Esprit ». C'est une affirmation théologique, et non pas biographique ou biologique. Etre un père, ce n'est pas seulement être un géniteur. En tant que Créateur, Dieu est cela aussi pour Jésus, comme pour nous tous. Mais l'épître aux Hébreux situe la réflexion sur la paternité de Dieu dans un autre cadre, celui d'une promesse. L'histoire d'une promesse Noël, c'est l'histoire d'une promesse et le début de sa réalisation. Moi, je serai pour lui un Père, et il sera pour moi un Fils. Noël est incompréhensible sans toute l'histoire qui le précède et le prépare. Il y a la promesse faite à Abraham, qu'à travers sa descendance toutes les nations de la terre seraient bénies. Mais la promesse qui nous intéresse tout particulièrement ce matin est celle faite par Dieu à David : Moi, je serai pour lui un Père, et il sera pour moi un Fils. David, comme Abraham avant lui, a été choisi par Dieu pour jouer un rôle particulier. David portait le titre de Messie, l'Oint de Dieu. Comme Abraham, il avait une relation particulière et très profonde avec Dieu. En David, selon les Ecritures, Dieu trouve « un homme selon son cœur » (1 Samuel 13/14). L'histoire de Dieu est l'histoire d'une relation, une relation qu'il tisse entre les êtres humains et lui-même. Dieu ne veut pas exister tout seul dans une majesté lointaine et sublime. C'est pour cela qu'à bien des reprises et de bien des manières, selon l'expression de la lettre aux Hébreux, Dieu a parlé à nos ancêtres par les prophètes. Il veut instaurer une relation où il n'est pas simplement le géniteur, le Créateur de l'homme, mais le véritable Père. On ne peut pas être père sans tenir compte de ses enfants. Un père, qu'il soit le géniteur, ou simplement le père adoptif, échoue dans le rôle qui est le sien s'il n'est pas reconnu comme père par ses propres enfants. David n'était pas parfait, loin de là. Mais ce qui a fait sa force, c'était sa propension à mettre sa confiance en Dieu plutôt qu'en sa propre force. Il regardait vers Dieu pour donner un sens à sa vie. Il respectait la loi de Dieu, même si, à certains moments de sa vie, il l'a transgressée pour accomplir ses propres désirs d'homme. Il a eu aussi la grandeur de reconnaître ses fautes et d'accepter d'être corrigé. Il a travaillé pour donner à Dieu la place centrale dans sa vie et dans la vie de son peuple. Son rêve était de construire une maison pour abriter l'Arche de l'Alliance, symbole de la présence agissante de Dieu parmi son peuple. Quand le prophète Nathan vient le voir, c'est pour lui dire que ce n'est pas lui, mais son fils Salomon, qui construira le premier temple. A cette même occasion, Dieu parle à David par l'intermédiaire du prophète pour lui faire une autre promesse, qui dépasse de bien loin l'importance du temple. Dieu ne veut pas seulement des lieux de culte qui témoignent d'un respect révérenciel des hommes à son égard. De tels lieux ne servent pas à grande chose si le cœur des hommes qui les ont construit est ailleurs. Ainsi Dieu s'engage envers David lui-même. Il promet d'établir la lignée de David sur le trône d'Israël à perpétuité. Puis le prophète dit, au nom de Dieu, cette autre promesse, pleine de tendresse. A l'origine, elle visait sans doute le roi Salomon, mais avec le temps elle a pris une dimension toute autre : Moi, je serai pour lui un Père, et il sera pour moi un Fils. Tu es mon Fils La paternité de Dieu a forcément des implications énormes pour la vie des être humains. L'homme et la femme doivent apprendre à être des fils et des filles pour Dieu. Cette idée de la filiation divine est très présente dans les liturgies utilisées au moment de l'intronisation des rois. On en trouve encore des traces dans certains psaumes royaux. A la différence de beaucoup de nations environnantes, Israël n'a jamais cru à la divinité du roi, même si l'on l'appelait, comme en Egypte, le « Fils de Dieu ». Le jour de l'intronisation du roi était considéré comme le jour de sa naissance. Cela permet de comprendre le sens du psaume cité par l'auteur de la lettre aux Hébreux. Ce même psaume est cité également à plusieurs reprises dans les évangiles, notamment dans le récit du baptême de Jésus ou celui de la transfiguration. C'est le verset 7 du Psaume 2, que le roi récitait lui-même le jour de son intronisation : Je publierai le décret de l'Eternel ; Il m'a dit : Tu es mon fils ! C'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui. Le roi recevait donc cette reconnaissance de la part de Dieu. Sa relation privilégiée à Dieu devait être une source de bénédiction pour son peuple. Il était chargé de faire appliquer la loi de Dieu : établir la justice, défendre les pauvres et les démunis, être un berger pour son peuple. Le titre Fils de Dieu le désignait comme le lieutenant de Dieu, celui qui représente Dieu devant le peuple et le peuple devant Dieu. Etre un véritable fils implique le fait de reconnaître à sa juste valeur l'héritage de ses parents et de transformer fidèlement cet héritage dans une nouvelle vie, unique et originale. Peut-on dire vraiment que l'on est le fils ou la fille de quelqu'un, si personne ne peut reconnaître dans sa vie les marques distinctives des parents ? L'expression Il est bien le fils de son père prend ici tout son sens. Les Ecritures hébraïques nous racontent en long et en large comment les rois qui se sont succédés sur le trône de David n'ont pas toujours été à la hauteur de la tâche. Ce n'est pas seulement de nos jours que les politiques déçoivent. Souvent, Dieu a dû trouver d'autres voies pour faire entendre sa voix et faire connaître sa volonté. Mais cette promesse faite par Dieu à David reste inscrite dans les Ecritures et dans la mémoire d'un peuple : Moi, je serai pour lui un Père, et il sera pour moi un Fils. L'accomplissement de la promesse Or, nous proclamons que cette promesse trouve son accomplissement en Jésus, le Christ : Après avoir autrefois, à bien des reprises et de bien des manières, parlé aux pères par les prophètes, Dieu nous a parlé, en ces jours qui sont les derniers, par un Fils... En Jésus, proclame la lettre aux Hébreux, Dieu a enfin trouvé, non seulement un homme selon son cœur comme David, mais une vie humaine capable de refléter pleinement et fidèlement sa divinité. Jésus est ce Fils, il nous montre le visage humain de Dieu. En Jésus, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, Dieu est reconnu pleinement comme un Père pour l'homme et l'homme parvient enfin à la stature du Fils. L'accomplissement de la promesse faite à David ne fait que commencer à Noël, car, pour être reconnu pleinement comme le Fils de Dieu, Jésus doit suivre un chemin particulier, un chemin semé d'embûches, un chemin difficile. La lettre aux Hébreux exprime cette réalité à sa manière, dans un langage qui peut nous paraître étrange. Jésus est venu accomplir « la purification des péchés ». Le mot grec utilisé ici donne en français le mot catharsis. Ce terme est employé par la psychanalyse pour décrire une décharge émotionnelle à valeur libératrice : Jésus vient libérer l'humanité de son péché, de tout ce qui l'empêche de vivre pleinement. Autrement dit, Jésus, par son obéissance parfaite à la volonté du Père et par sa solidarité avec l'humanité tout entière, nous démontre que l'homme peut être un Fils pour Dieu. Jésus est celui qui reste fidèle à cette filiation tout au long de sa vie : dans l'impuissance et la fragilité d'un nouveau-né dans la crèche, dans les années secrètes de son enfance et son adolescence où il a dû apprendre à connaître et à aimer la loi de Dieu, dans les trois dernières années de sa courte vie où il proclame publiquement et avec puissance la venue du règne de Dieu, et enfin, dans ses derniers instants où il renonce une fois pour toutes d'être l'égal de Dieu son Père pour mourir comme un homme sur une croix. Jésus est celui qui sera, à tout moment de sa vie, un Fils pour Dieu. Et Dieu se révélera comme un Père pour lui, surtout en refusant de l'abandonner à la mort. En ressuscitant Jésus d'entre les morts, Dieu atteste que Jésus est ce Fils tant désiré, le premier-né d'une multitude de frères et de sœurs. Noël est la fête de la paternité de Dieu. Dieu est un Père pour Jésus. Jésus est un Fils pour Dieu. Et c'est cette relation privilégiée qui nous permet à notre tour d'entrer dans la grande famille de Dieu. Autres lectures : Esaïe 52/7-10 ; Matthieu 1/18-25 Autres textes de la même catégorie
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