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Genèse 2 v 7 - 9 Jean Daniel Wohlfahrt
Gn 2:7-9; Rm 5:12-19; Mt 4:1-11
Ce n'est pas toujours le cas mais aujourd'hui les textes se suivent, se complètent et forment un ensemble remarquable, une série telle qu'il me semble impossible de n'en prendre en considération qu'un seul pour la prédication. En les suivant dans l'ordre de la lecture nous sommes passés de la création dans sa simplicité et sa grande beauté, au péché et au pardon pour terminer par l'affirmation de la toute puissance du Christ sur le diable ou plutôt sur l'affirmation de sa totale soumission au Père. Bref un beau raccourci du catéchisme de l'Eglise chrétienne, une confession de foi que je voudrais suivre avec vous aujourd'hui. Et tout commence par le commencement, par l'affirmation primordiale: crée de la poussière l'homme reste poussière tant qu'il ne prend pas conscience qu'il est porteur au plus intime de lui-même de ce souffle, de cette 'nephes rahia' que Dieu lui a insufflée, de ce souffle de Dieu. En hébreu cette expression n'intervient nulle part ailleurs. Cette 'nephes rahia' différencie fondamentalement l'homme de l'animal. Si les animaux font partie de la création, Dieu n'a donné la 'nephesh rahia' qu'à l'homme seul. Traduire un mot qui n'apparaît qu'une fois dans le texte est une gageure, nous aurons donc à faire face à plusieurs propositions. Certains traducteurs parlent d'âme et en privent ipso facto les animaux, ce qui leur vaut les foudres des amis des animaux. Si j'abondais dans ce sens mon chat me le reprocherait sûrement. Je n'insisterai donc pas, sinon pour dire que si le problème est loin d'être résolu je n'aurai pas la prétention de le faire progresser aujourd'hui car pour ce faire il faudrait déjà parvenir à définir enfin la notion d'âme ce qui nous confronterait à des notions de théologie élémentaires faussées d'une part par les philosophies anciennes, notamment gréco-latines, et d'autre part par les modernes spiritualités indo-européennes. Dès le début donc l'homme porte en lui, au plus profond de lui, intimement lié à son être-même quelque chose de divin. Quant à moi, je verrais volontiers là la définition de cette image de Dieu dont l'homme est reflet. Dans cette définition nous rejoignons Jésus quand il nous dit, comme nous l'avons réentendu la semaine dernière: vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Vous êtes, vous êtes parce que Dieu vous a donné dès l'origine d'être tels. Le texte biblique est clair sur un autre point encore: Dieu donne son souffle à l'homme originel. Il n'y a donc pas lieu de discuter si un tel oui, si tel autre non. Dieu a donné, Dieu a donné, largement, sans compter, avec la générosité du semeur qui ensemence le champs. Laissons ce souffle divin se développer en nous, ce sera le meilleur moyen de lutte contre le mal, contre le péché, contre le diable, puisqu'il faut bien appeler ainsi celui qui dès le début s'insinue pour séparer ce que Dieu a uni. La mal, l'épître aux Romains nous en parle largement dans un raisonnement bien à l'image de son auteur, l'apôtre Paul, nourri de théologie juive et de philosophie. Voilà donc Adam, l'homme originel, à qui Dieu a tout confié, pour qui Dieu a tout fait. Il aurait dû trouver plein épanouissement dans le cadre que Dieu lui a donné, et pourtant il se détourne. Pour l'apôtre, le chemin est dès lors marqué pour l'humanité entière qui le suivra, persuadée qu'elle est d'être sur un chemin de liberté alors qu'il va vers la perdition. Celui qui n'a pas étouffé le souffle de Dieu au plus profond de lui, l'aura le plus souvent empêché de se manifester pour mener sa vie à sa propre guise. Croyant être maître de sa vie, il s'est de fait mis au service d'un autre maître. C'est ce que Paul nous explique. Dans l'évangile aussi, le diable prétend donner à Jésus la parfaite liberté par l'acquisition du pouvoir. Mais Jésus sait que ces paroles sont paroles de perdition; nous y reviendrons. Pour l'humanité, tout semble donc perdu à cause du choix d'Adam -curieux, on ne parle pas d'Eve, et pourtant…-. Tout est perdu, Paul insiste: "tout est perdu" oui, et pour toute l'humanité, celle d'avant et celle d'après Adam.. C'est sans appel. L'homme a perdu sa chance auprès de Dieu. Le temps de la passion est occasion de remémorer la souffrance du Christ mais c'est aussi le temps de penser à notre situation devant Dieu, ces textes viennent à point pour nous rappeler notre condition de pécheurs puisqu'il faut bien employer le langage biblique! De toute façon, vous en conviendrez, changer le mot comme on le fait si souvent dans un souci de plaire ou d'être conforme à telle ou telle théologie, ne change pas la nature du problème. J'imaginerais assez bien le texte de Paul en deux gros plans de cinéma placés successivement sous le feu des projecteurs. Le premier révélerait comme dans la peinture antique la foule marchant vers la perdition entraînée par Adam et Eve. Le second plan mettrait la croix du Christ en pleine lumière et la foule manifestant la joie du salut. "Si par l'offense d'un seul (Adam) il en est beaucoup qui sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d'un seul homme, Jésus-Christ, ont-ils été abondamment répandus sur beaucoup" nous dit l'apôtre. Mais il a mis là une restriction qui à la lecture des Evangiles, me semble injustifiée voire même insoutenable, à moins que…: la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d'un seul homme, Jésus-Christ, ont été abondamment répandus sur beaucoup. Jésus ne serait-il donc pas mort pour tous? Le salut, la réconciliation ne serait-il pas offert à toutes et à tous? A y voir de près Jésus pourrait lui-même avoir mis une restriction quand il dit que le Fils de l'Homme est venu afin que quiconque croit en lui ne meure pas mais qu'il ait la vie éternelle. Jésus sachant qu'il y a là tout un collectif prêt à se saisir de lui pour le conduire devant les juges son 'quiconque croit en lui' ne peut qu'être restrictif et les condamner. Restriction confirmée par Jésus lui-même. Entre le texte de la Genèse et le texte de l'Epître aux Romains une similitude notable devrait nous aider à y voir plus clair: au commencement Dieu met en l'homme, en tout homme son souffle de vie, Paul, lui, affirmera bel et bien et ce fut la grande découverte des Réformateurs que la réconciliation est offerte à toutes et à tous. Mais dès le commencement déjà, certains dont Caïn sera le premier rejetteront l'image de Dieu, Paul nous dit que la réconciliation ne sera efficace que pour celles et ceux qui l'accepteront. Comment celui qui refuse un don oserait-il reprocher au donateur de ne pas pouvoir en jouir. Pourrait-il s'en prendre à autre qu'à lui-même? Il en va donc d'une capacité, d'une volonté de choisir. En cela c'est l'évangile de ce dimanche qui va nous aider. Ce texte d'Evangile nous permet d'abord d'identifier l'ennemi. Non pour que nous en tirions une quelque vanité ou que nous y trouvions motif de nous rassurer en nous reconnaissant 'responsables mais non coupables' comme le fit un jour un certain ministre français. Reconnaître l'œuvre du diable c'est d'abord accepter notre humaine faiblesse. Nous nous laissons détourner de la voie de Dieu. Le diable a la tâche facile qui connaît les arguments qui portent. Avez-vous remarqué que ce sont toujours les mêmes: la faim, la mise à l'épreuve de Dieu, l'attirance du pouvoir; ce sont les arguments que le diable soumet à Jésus mais ils étaient déjà présents et dans le même ordre dans les paroles du serpent de la Genèse. Pour Jésus le pain, pour Adam la pomme est belle dans laquelle croquer; Pour Jésus: Dieu a promis, laisse-toi tomber, Pour Adam: Dieu a-t-il vraiment dit? Le doute quant à la parole de Dieu; et le dernier: Vous serez comme des dieux, vous aurez toute puissance et pour Jésus: Je te donnerai toutes ces choses. Le pouvoir, la plus grande tentation de tous les temps. Intéressant parallèle que Paul complète en parlant d'Adam et du Christ comme respectivement du premier homme de l'ancienne et du premier homme de la nouvelle alliance. Deux modèles donc pour l'humanité. Mêmes tentations mais l'issue du combat ne sera pas la même. En cédant Adam et Eve disent l'humanité soumise au mal. En résistant, Jésus nous prouve qu'il y a un autre chemin, il nous donne les moyens de résister et les armes pour ce faire: la prière et le jeûne. Quelle meilleure invitation en ce début du temps de la passion? JD Wohlfahrt, St Léonard, 13 février 2005 |
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