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Genèse 2 v 18-25 David Mitrani
Texte : Genèse 2/18-25
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 08.10.2000 à Châteauneuf & Jarnac (16). Y aurait-il donc aujourd'hui un mariage ? Mais où sont les mariés ?… Y aurait-il eu un divorce ? Personne n'en a parlé… Non, chers amis, ni mariage ni divorce : simplement la liste habituelle de lectures qui nous fournit aujourd'hui Marc et Moïse pour notre méditation ! Je ne reviendra guère sur l'évangéliste : les Pharisiens, après tout, y ont entendu ce qu'ils venaient chercher ; eux, les empêcheurs de vivre heureux, ils ont vu leur propre loi leur revenir en pleine figure dans la bouche de Jésus ! Tant pis pour eux et pour ceux qui veulent connaître la loi de Dieu pour se servir d'elle. D'ailleurs, tant pis pour ceux qui veulent un conjoint pour pouvoir s'en servir, et peut-être le jeter quand ils n'en ont plus envie. Jésus dit non. Moïse dit non. Que disent-ils donc, à la place ? Qu'est-ce que la Genèse nous enseigne, à nous qui ne nous marions pas ce matin, qui l'avons fait il y a plus ou moins longtemps, ou peut-être jamais, à nous qui avons un conjoint proche ou lointain ou peut-être déjà plus de ce monde, ou même pas encore connu… ? Adressez-vous à Dieu lui-même pour le savoir. Dans notre récit, il parle une seule fois, et pas même à l'être humain qu'il vient d'installer dans "le jardin d'Eden" (2/15). Mais si nous sommes institués auditeurs de cette parole, c'est qu'elle est sans doute lourde de sens pour nous, non pas seulement nous mariés, mais tous les lecteurs de la Bible, quels qu'ils soient. "L'Eternel Dieu dit : Il n'est pas bon que l'être humain soit seul…". Jusqu'à ce verset, tout ce que Dieu a vu, il l'a vu bon. Rappelez-vous le premier chapitre de notre Bible, c'était la page précédant notre texte de ce matin. Dieu n'a vu que du bon. Il a créé le monde, "et voici, c'était très bon"… (1/31). Mais maintenant, avec l'arrivée de l'être humain — rappelez-vous, ici il n'est question que d'un être humain, pas d'un monsieur, et ce jusqu'à ce qu'il parle à la femme ! — avec son arrivée donc, c'est le désordre qui apparaît. Le désordre, ou plutôt la possibilité du désordre, du retour du chaos, la non-création. Croirez-vous, comme des générations avant vous l'ont cru, croirez-vous que c'est la sexualité qui va amener ce désordre ? ou la femme ? !… Le texte ne dit rien de cela. La non-création, le "pas bon", c'est que l'être humain vive tout seul, séparé des autres, à part, comme un sauvage ! Chers amis, ce texte, cette idée, sont beaucoup plus larges que simplement un refus du célibat, comme peut-être le judaïsme l'avait compris. Je crois que le texte ne parle pas de ça, en tout cas pas en premier lieu. Car le célibat est une histoire, une histoire personnelle. Tandis qu'ici il est question d'un choix de vie, il est question d'une manière de concevoir le monde. Prenez un homme. Ou une femme, d'ailleurs, sauf qu'elle y aura peut-être moins tendance… Prenez quelqu'un et mettez-le au milieu des autres. Que va-t-il faire, cet animal de laboratoire que vous observez attentivement ? Il va avoir deux attitudes, ou même trois, parfois en même temps. 1. Il va tâcher de se trouver un coin où il aura la paix, où il aura la place, où il aura de quoi respirer, puis de quoi manger, puis de quoi s'installer. 2. Il va chercher des gens qui lui ressemblent, pour ne pas se sentir seul, des gens qui, à cause de cette ressemblance, ne seront pas dangereux. 3. Il va chercher à asseoir son autorité ou, pour le dire autrement, il va se chercher des esclaves, des instruments. Bon, je sais bien que l'homme n'est ni une souris blanche ni un singe. Quoique… Mais, bon… Dans ces deux ou trois attitudes (leur proportion variant en fonction de son caractère, de ses muscles, de son inertie, etc…), l'être humain que vous observez ne fait rien d'autre que de s'organiser un monde pour lui. Il illustre précisément ce que craignait le Dieu qui parle au début de notre récit. C'est un "homme seul". C'est un animal sans altérité, sans autre définition de lui-même que celle qu'il se donne, sans autre espace que celui qu'il conquiert ou qu'il récupère, sans autres relations qu'avec des gens qui sont comme lui, parce que c'est moins dangereux. Et quand les gens sont différents, parce qu'évidemment ils le sont, alors ce ne peuvent être que des ennemis ou alors des esclaves potentiels. Notre homme a réduit tous les autres au rang d'objets : objets de ses peurs ou objets de ses désirs, objets extérieurs de toute façon à son monde fermé sur lui, objets à s'approprier ou alors à casser. Aucun des commandements de la Seconde Table ne peut tenir. Notre homme est évidemment menteur, parjure, adultère, assassin, même s'il ne passe jamais à l'acte : ce sera alors par faiblesse… Observez-le bien, car nous avons chacun un excellent laboratoire pour cette expérience, nous avons un excellent poste d'observation : c'est notre miroir. Célibataires ou mariés, cela n'y change pas forcément grand-chose. Car le conjoint, quand il existe, peut très bien n'être lui aussi qu'un objet : rappelez-vous les Pharisiens qui voulaient pouvoir "répudier". C'est vrai que, parfois, il y résiste, et la vie devient intéressante. Compliquée, certes, mais intéressante… D'ailleurs, cette observation peut se poursuivre un peu plus loin. Dans mon cas n° 2 de tout à l'heure, la souris de laboratoire se cherchait des semblables pour faire nombre, pour être plus forte. L'individu n'est plus alors un seul être humain, mais un groupe. Tenez, au hasard, par exemple : une Eglise !… Vous pouvez faire les mêmes observations que précédemment. Le groupe va se chercher sa place à lui où on ne lui marchera pas sur les pieds. Il va tenter des rapprochements vers ce qui lui ressemble, afin de s'agrandir sans changer. Il va exercer ou chercher à exercer son pouvoir sur le reste, pour l'utiliser si possible, sinon le détruire, en fait le plus souvent l'ignorer… Mes amis, en fait, nous sommes souvent confrontés à cette réalité-là pour nous-mêmes, comme communauté et pas seulement comme individus. Chacun y a sa stratégie particulière, sa spécialisation, qui peut varier selon l'époque. Nous reprochons assez souvent à l'Eglise catholique d'être dans le cas n° 3, agressive ou oublieuse de ceux qu'elle n'agresse plus. C'est vrai. C'est faux aussi. Comme pour nous qui, désormais, sommes réduits à des attitudes du style n° 1, restant dans notre coin, notre petit coin, parce que là, au moins, nous ne risquons pas de nous faire manger, nous ne risquons pas de nous perdre, nous avons nos murailles qui nous tiennent chaud… Mais qu'aurions-nous donc à perdre, à fréquenter les autres différents de nous ? Je ne parle pas de récupérer deux ou trois catholiques qui nous ressemblent ou qui viennent par dépit à cause de ce qui se passe chez eux. Je ne parle pas même de leur faire à manger. Tout ça, c'est très bien, c'est le cas n° 2, nous nous donnons l'illusion d'être forts et grands parce que nous satellisons quelques électrons libres ou que nous avons des amis, des relations, qui nous ressemblent… Qui nous ressemblent ? Ou bien est-ce nous qui leur ressemblons ? Jeux de miroir. Jeux de dupes, peut-être… Non, je parle de gens qui ne nous ressemblent vraiment pas. Réformé, je parle des pentecôtistes. Protestant, je parle des catholiques — des vrais, ceux qui prient la Vierge et suivent le pape les yeux fermés. Chrétien, je parle des musulmans, des athées. Etc... On n'est pas obligé de tout faire. On n'est pas obligé d'embrasser le monde entier. Quand on est le nombre qu'on est, il ne faut pas avoir plus grands yeux que grand ventre ! Mais rappelez-vous donc la parole de Dieu aux jours d'avant les jours, au fond de notre cœur : "Il n'est pas bon que l'être humain soit seul"… C'est aussi vrai pour notre petite, notre minuscule Eglise, avec ses orgueils et ses peurs, démesurés les unes comme les autres. La suite du texte nous apprend ce qui va se passer, et que peut-être certains ont pu vivre par rapport à leur conjoint aussi… L'être humain qui se laisse faire par la parole de ce Dieu, celui qui accepte de laisser tomber sa sécurité, la sécurité de sa solitude, et qui sort respirer là où les autres risquent de polluer l'air, oui, cet homme va chercher. Il va faire du zèle dans ce nouveau sens, dans cette perspective nouvelle : trouver quelqu'un de différent de lui pour vivre une altérité qui rende heureux sans enfermer. Il va chercher avec le risque de reproduire ce qu'il sait faire, et qu'on a évoqué tout à l'heure. Ou bien il va aller trop loin, et la distance sera telle que le partenaire ne sera pas adapté, qu'il ne pourra pas être partenaire. Il va chercher, il ne va pas trouver. Il va devoir se laisser trouver. C'est là abandonner la dernière des sécurités. Non seulement sortir là où il y a de la différence, et donc du danger pour soi. Mais s'y endormir. Laisser le hasard agir, diraient les incroyants. Mais nous ne le sommes pas. Laisser Dieu agir, dirons-nous en lisant la Genèse. Laisser Dieu, celui dont nous tirons notre identité, nous fournir lui-même les partenaires avec qui nous la vivrons, dans le respect de la différence, de la distance, sans assujettissement de l'un à l'autre, comme une articulation indissoluble de deux libertés. Ce projet est beau pour le couple. Aussi, pour paraphraser Paul lorsqu'il en parle, "je dis cela par rapport à Christ et à l'Eglise" (Ephésiens 5/32), et même aujourd'hui, simplement "par rapport à notre Eglise et à ses consœurs"…! Entendez tout ceci pour votre vie de couple, s'il vous a été donné d'en avoir une. Mais entendons-le, mes frères et sœurs, pour le présent et l'avenir de notre Eglise. Laissons-nous endormir par Dieu, laissons-le "bâtir", peut-être à partir de "la côte" qui nous appartenait, les Eglises partenaires avec qui "nous vieillirons ensemble", si tel est son projet. Il n'y a aucun doute : seuls, nous allons nous asphyxier simplement de l'air que nous ne recyclons plus ! C'est le projet de Dieu pour nous, aujourd'hui : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul". Amen. Autres lectures : Marc 10/1-16 Psaume 131 Cantiques : * NCTC 251 = ARC 244 Grand Dieu, nous te louons * NCTC 296 = ARC 428 Comme un enfant Autres textes de la même catégorie
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