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Genèse 2 v 18-24 Nicole Deheuvels
Texte : Genèse 2/18-24
Genre : Prédication Auteur : Nicole DEHEUVELS Source : Prédication pour le 06.07.2003 au temple de Saint-Germain-en-Laye (78), trouvée sur le site de l’Eglise réformée de Saint-Germain en Laye. Une réflexion sur le couple "Voici, un autre moi-même", s’exclame Adam. Toute sa joie transparaît dans ces quelques mots. Apparemment simples, ils contiennent pourtant les notions essentielles au bonheur du couple, redécouvertes par les sciences humaines. Je vous propose d’y réfléchir ensemble ce matin. Mais, avant de parler des couples, je voudrais souligner le fait que la joie d’Adam est à la mesure de son attente anxieuse ; connaissez-vous la seule chose que Dieu ait créée au commencement et qui n’était pas "bonne" ? Vous savez, chaque étape de la création s’achève par ces mots : "et Dieu vit que cela était bon !". TOV en hébreu, ce qui signifie à la fois beau, bien, bonheur, harmonie... Eh bien, il dit aussi : "Il n’est pas bon que l’homme soit seul !". LO TOV en hébreu ! La solitude, voilà la seule chose créée qui n’est pas bonne, ou tout du moins pas toujours. Une solitude qui sévit de plus en plus dans notre société. A « La Cause », association dans laquelle nous exerçons nos ministères, mon mari et moi, nous accompagnons les personnes seules. Celles qui n’ont pas choisi la solitude. A qui elle pèse et qui souhaiteraient en sortir. Nous entendons leurs difficultés et leurs souffrances. Elles attendent celui ou celle qu’ils aimeront et qui saura les aimer. Avec qui bâtir un foyer solide, un lieu de partage, d’écoute, de soutien, de projets,... Bâtir un foyer, former couple : c’est le vœu d’Adam ; et devant la femme, il s’écrie : "Voici un autre moi-même !". Une première remarque : notons son émerveillement ! Qui fait écho au verset du chapitre 1 : Dieu vit que cela était très bon ! Le couple est une bonne invention de Dieu, pour notre bonheur, pour la vie ! A une époque où le laxisme et le défaitisme est tel que parler de fidélité, d’engagements et de couples qui durent, paraît austère ou moraliste ; à un époque où les souffrances conjugales n’ont jamais été aussi nombreuses, la Parole de Dieu résonne comme un appel et une espérance : l’objectif de Dieu en créant le couple était, et est toujours de nous rendre heureux, nous apprendre la Vie, c’est-à-dire l’AMOUR ! "Voici un autre moi-même !", selon la traduction en français courant ; littéralement, il est écrit : "os de mes os, chair de ma chair", ce qui semble insister sur l’identification d’Adam avec sa compagne ; elle ne s’appelle, alors, pas encore Eve, porteuse de vie, mais compagne de son compagnon ICH et ICHA en hébreu ; Autre / moi-même . Deux pôles, deux vérités... Nous commencerons par "moi-même". I — SEMBLABLE Un coup de téléphone à la Cause un lundi matin : “Nous avons passé le dimanche ensemble : c’était super ! Vous savez, pasteur, c’est incroyable le nombre de points communs que nous avons ! Je crois que je suis amoureuse...”. C’est l’enthousiasme ! Le choc amoureux ! Chaque ressemblance frappe l’esprit, accroche le cœur : les points communs sont autant d’aimants qui attirent, émerveillent, rassurent : "Voilà quelqu’un qui me ressemble ; on va pouvoir se comprendre". Il me paraît important de remarquer que la Bible insiste sur cette similitude dans le couple. Homme-Femme semblables ? Ce ne fut pas toujours évident au cours de l’histoire et d’un bout de la terre à l’autre. Il y a eu et il y a encore la Femme-objet, échangée pour une dot, en Inde. Femme-esclave, vendue, dans certains pays d’Afrique ou en Chine. Femme enfermée sous le Tchador en Afghanistan. Femme, mère du vice et du péché, méprisée par les théologiens européens du Moyen-Age. Femme que l’on croyait d’une nature débile, c’est-à-dire faible. Le "Voici, un autre moi-même" d’ Adam résonne, à contre courant de toutes les pensées misogynes, comme un émerveillement devant l’égalité. Il ne trouvait pas de partenaire parmi les animaux ; mais, là, il s’émerveille ! Pour l’auteur du livre de la Genèse, il y a là une révélation capitale de l’identité humaine qu’il souligne par cet : "Os de mes os et chair de ma chair!". "Oui, nous sommes, elle et moi, créés par Dieu, égaux devant lui, pétris par lui et fait l’un pour l’autre. Nous avons reçu de lui le souffle de vie et nous lui rendrons de la même manière. Nous avons dans nos veines le même sang, animé par un même cœur. Nous avons reçu le même Esprit, la même soif de Dieu. Il s’agit d’un partenariat : le mot hébreu est NÉGÈD : vis-à-vis, contre, en présence, devant, face. Une lecture psychologique du texte montre que Dieu place l’homme et la femme en partenaires, en vis-à-vis, face à face. Ce vis-à-vis joue le rôle d’un miroir. La relation qu’il crée avec sa femme, permet à l’homme de mieux se connaître, de se sentir exister, de progresser... Et vice-versa ! "Chair de ma chair" (v. 23) (BASAR en hébreu). On s’étonne souvent du récit de la Genèse qui parle de Dieu prenant une côte d’Adam pour former Eve. On s’imagine une scène de boucherie, ou alors on repense aux fresques naïves du Moyen-âge qui ornent de vieilles églises... L’hébreu, langue originelle du récit, veut exprimer autre chose. En fait de "côte", il parle de "côté". ZALEROT : ce terme peut être appliqué aux 2 battants d’une porte par exemple. Cette image est intéressante, car, justement, ils peuvent être à la fois vis-à-vis quand les portes sont ouvertes, et côte à côte lorsque les portes sont fermées. Il y a les moments de face à face, les moments de complicité, de dialogue profond, de prière à deux ; et le temps du côte à côte, main dans la main vers le monde, un objectif... D’où l’idée de mouvement : un couple vivant bouge ; comme une respiration, ouverture aux autres et retrouvailles à deux sont deux pôles indispensables. Ce qui demande d’y être attentif et de prendre du temps. II — DIFFÉRENT Adam avait dit : "Un autre moi-même !". Elle est "autre" ; autre parce qu’elle est femme. Mais aussi parce qu’elle a son caractère, ses goûts, ses idées. Autre par son histoire, son milieu social d’origine. Autre, si elle vient d’un autre pays, avec une culture différente. Tout simplement, elle est L’AUTRE : un être indépendant, mystérieux, qui m’échappe, que je ne peux pas posséder corps et âme, que ne je peux pas comprendre d’un coup d’œil. On peut avoir choisi son conjoint parce qu’il était différent ; et pourtant, la même réalité va devenir source de conflit. “Vous savez, pasteur, je l’ai choisi parce qu’il était différent : calme, humble, doux. Cela me complétait bien, moi qui suis stressée, hyper-active ! — Il répond : et maintenant, elle me reproche mon calme et s’énerve...”. Nos différences sont dans tous les domaines... Chacun de nous est unique, incomparable. Mais, la différence homme ou femme reste fondamentale. En Europe, l’émancipation de la femme a produit un changement de mentalité en profondeur. Aujourd’hui, la différence des sexes est gommée, presque niée. Une tendance à l’uniformisation. Parti d’un juste désir d’égalité, cette conception peut être un leurre qui crée des déconvenues au sein des foyers. On avait oublié l’importance d’être différents ! Dans la première phase de la vie du couple, les époux sont dans l’euphorie du regard amoureux. Peu à peu surgissent les premiers étonnements : les personnalités se dévoilent ; on remarque des différences dans les habitudes, les goûts, les projets. Des petits riens qui peuvent gêner, amuser ou agacer... Avant qu’ils ne s’accumulent, pour mieux nous comprendre, il est nécessaire de reconnaître nos différences. Les voir, en parler, les expliquer. Combien de disputes naissent d’un simple malentendu ! Et puis, même après de longues années de vie commune, l’autre peut encore surprendre : il évolue, il change... L’idéal du mariage n’est pas de figer l’autre, comme on mettait sous globe la couronne de mariée. Le premier cadeau de l’Amour avec un grand A, l’amour vrai, c’est d’accepter l’autre tel qu’il est, comme il est. Avec ses atouts et ses faiblesses, ses ambitions et ses peurs, ses compétences et ses lacunes... Il a sa propre logique, qui n’est pas toujours la mienne. Me respecter et respecter l’autre sont les bases de l’amour. Les ajustements se font. En douceur ou avec quelques heurts. Ils sont possibles lorsque règne un climat de confiance : confiance en soi, confiance en l’autre, confiance en l’avenir. Voilà d’ailleurs une des raisons pour laquelle la foi est un atout pour le couple chrétien . Foi, confiance ; l’un découle de l’autre. Quelquefois de vrais changements s’imposent : un climat qui sécurise permet les changements. Je crois à une très grande capacité de l’être humain au changement, à l’adaptation. Nous ne sommes pas des statues ; il n’y a pas de raison d’être fatalistes et de baisser les bras devant les difficultés qui surgissent dans le couple ou les malaises installés. Chacun peut changer, s’il le décide, s’il le veut, s’il ose travailler sur lui-même au lieu de penser que tous les torts sont de l’autre côté. Comme dit Jacques Salomé, "vieillir ensemble, ce n’est pas ajouter des années à la vie, mais de la VIE aux années !". Dans l’ensemble, les différences sont autant de richesses, de chances à explorer avec souplesse. Et surtout elles permettent d’être complémentaires : - l’un entraîne l’autre dans des domaines nouveaux, c’est la complémentarité d’ouverture qui éveille la curiosité. - L’un assure facilement des tâches qui rebutent l’autre. C’est la complémentarité pratique. - L’un soutient l’autre quand il faiblit physiquement et moralement ou spirituellement. Complémentarité morale. Mais ces différences n’ont pas seulement un objectif utilitaire ; fondamentalement, elles nous renvoient à nos limites, à nos manques. Elles évitent que chacun se prenne pour la norme, le centre du monde, l’absolu. Elles permettent de découvrir vraiment l’altérité et d’apprendre à laisser place, toute sa place à l’autre. Et ce n’est pas qu’une notion philosophique ; c’est une école au quotidien, exigeante, mais qui rend meilleur ! Cela ne rejoint-il pas le commandement de Jésus : "Aime ton prochain comme toi-même" ? Mon conjoint est "le plus proche des prochains". III — Ensemble, en route Dans le couple, la relation n’est pas figée. Chaque étape appelle une adaptation pour retrouver un équilibre. Comme nous somme en période de congés, je prendrai l’image d’un bateau, un beau voilier sur la mer... Comme le navigateur est sur le pont pour vérifier l’équilibre du bateau, le couple réclame notre attention, une attention portée à l’autre ! C’est une vigilance de tous les instants. La Bible ne nous dit pas que cela est facile et nous pouvons y lire bien des histoires de conflits et de déchirures. Mais elle nous montre l’objectif, le projet de Dieu et elle nous donne des moyens : la tendresse, la confiance, la franchise, la patience... Cela ressemble à la liste des fruits de l’Esprit dans la lettre aux Galates, chapitre 5 ; je vous invite à la relire... Et j’y rajouterai un atout fondamental, clé spécifique des chrétiens pour le mariage : LE PARDON ! Je suis souvent frappée par la difficulté que les couples ont à vivre un véritable pardon ; pour les petites choses, ils l’évitent, en “passant au-dessus” des problèmes et des rancunes ; ils ne se rendent pas compte qu’en réalité ils accumulent des frustrations qui éclateront un jour ; et pour les grands problèmes, le pardon semble hors de portée, surhumain... Il y aurait encore beaucoup à apprendre de la nécessité du pardon tel que Jésus l’a enseigné et vécu ! — "Combien de fois pardonnerai-je à mon frère ?", demandait Pierre. "Sept fois ?". — "Je ne te dis pas sept fois, mais sept fois sept fois", répondit Jésus. Ce qui signifie, bien sûr, sans cesse et toujours à nouveau. Et Jésus a été jusqu’au bout de cette logique, apparemment surhumaine, lorsque, sur la croix, il s’exclame : "Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font". Le pardon permet de sortir des tempêtes comme des petits grains, de réparer le navire, de retendre les voiles, de retrouver le cap, de lâcher du lest pour avancer plus libre... et enfin de faire lever le soleil et le ciel bleu ! Un vrai processus de pardon sincère et respectueux est le souffle de vent qui permet d’avancer, même contre les marées ! Car, comme un navire, le couple n’est pas né pour "faire du sur-place". Il demande toujours à avancer. Il a besoin de rêve, il a besoin d’avenir ; il a besoin de durée pour goûter à un peu d’éternité. CONCLUSION Le mariage est un choix libre. Jésus est resté célibataire, ouvrant ainsi une perspective nouvelle à cette situation. L’état de célibat et l’état conjugal sont deux situations aussi justes l’une que l’autre et saintes aux yeux de Dieu. Le mariage est un engagement et une grâce. Engagés l’un envers l’autre devant Dieu, mari et femme lui demandent la grâce de tenir leur promesse. L’Esprit est le souffle qui gonfle la voile, la Bible : la carte pour se diriger, la prière : la boussole, la volonté d’aimer : la barre pour tenir le cap. Je voudrais souhaiter : "Bon voyage" à tous les amoureux ! A ceux qui démarrent et à ceux qui sont déjà bien en mer. Et pour ceux qui cherchent encor leur co-équipier : qu’ils soient guidés dans leur rencontres pour trouver leur "autre moi-même". Et je n’oublie pas ceux qui font route en solitaire ; on peut aller très loin aussi ! Que Dieu envoie le vent pour gonfler leur voile. Que Dieu vous bénisse tous ! Amen. Autres textes de la même catégorie
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Genèse 1 v 1-15 Christian Tanon