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Genèse 2 v 18-24 Louis Honnay



Texte : Genèse 2/18-24
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 03.10.1982.



On connaît l’histoire : Dieu pense que l’homme ne doit pas rester seul. Alors il crée les animaux. Mais l’homme ne trouve pas de compagnon parmi eux. Dieu fabrique donc une femme à partir d’une côte de l’homme, ou peut-être d’un de ses côtés. Histoire bien naïve, à ce qu’il semble à première vue. Il fut un temps où on la croyait telle quelle et où on l’enseignait telle quelle aux enfants de l’école du dimanche. Nous avons compris qu’il s’agit d’un mythe ou, si l’on préfère, d’une légende. Et nous avons vite fait de mettre de côté ce récit de la création de l’homme et de la femme, en le reléguant au musée des objets amusants, touchants peut-être et pittoresques, mais inutiles.

Et si justement ce mythe, cette légende avait quelque chose à nous apprendre ? S’il contenait plus de vérité que toutes les enquêtes sociologiques et toutes les études de moeurs sur le couple humain et sur sa signification ? Pourquoi ne pas essayer de recevoir comme une révélation de Dieu ce qui n’est, à première vue, qu’un conte de fée ?

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“Il n’est pas bon que l’homme soit seul”. Ce jugement, ce n’est pas l’homme, l’être masculin, qui le formule. C’est Dieu. Nous ferions bien d’y prêter attention. Ce n’est pas l’homme qui décide tout-à-coup d’avoir une femme, de prendre femme, de former un couple. C’est Dieu qui crée le couple ; c’est lui qui va envoyer la femme vers l’homme. Le couple n’est pas une invention humaine. Il n’est pas davantage le produit de l’instinct, il ne résulte pas de l’attirance mutuelle des sexes. Ou plutôt, si cet instinct existe, si cette attirance fonctionne, ils sont là comme l’expression de la volonté de Dieu, comme la manifestation, inscrite au plus profond de la nature humaine, de son projet à lui pour l’humanité. Et voilà que la vie de couple prend tout son sérieux de cette volonté de Dieu, de ce jugement de Dieu sur le fait que la solitude est mauvaise. Les couples qui le savent, parce qu’ils sont chrétiens et qu’ils reconnaissent le projet de Dieu, trouvent là le fondement de leur harmonie, et aussi le motif essentiel de leur fidélité.

Qui sera cette compagne de l’homme ? Dieu fait comme s’il ne le savait pas. Il fait défiler devant l’homme tous les animaux de la création. Et l’homme donne des noms à chacun, c’est-à-dire qu’il les reconnaît, qu’il les distingue et qu’il les classe. Mais, à cette parole de l’homme qui nomme, aucune parole ne répond. Les animaux ne parlent pas, on ne peut pas attendre d’eux une réponse. Face à eux, l’homme reste seul. Par contre, les choses changent dès que l’homme aperçoit la femme. “Os de mes os et chair de ma chair !”. Elle est sur le même plan que l’homme. L’expression hébraïque signifie une parenté, un rapprochement sur un plan très profond. L’os répond à l’os, la chair répond à la chair. L’homme et la femme sont de même nature. C’est pourquoi ils peuvent dialoguer. Il y a la demande et la réponse, il y a l’interpellation et la réaction. Mais une réaction qui n’est pas de l’ordre de l’instinct ou d’une sorte de sympathie primaire, comme avec les animaux. La réaction de la femme est réfléchie, elle s’exprime à son tour en parole.

Le couple se fonde sur cette réciprocité de la parole. Donc sur l’accord qui devient possible à travers cette parole. Parler, c’est pouvoir acquiescer à la parole de l’autre et pouvoir aussi la refuser. Celui qui parle peut dire “oui” et il peut dire “non”. Le couple humain repose sur cette possibilité du “oui” et du “non”. C’est-à-dire sur la liberté de l’un et de l’autre. Car chacun est toujours libre de vouloir ce que l’autre veut ou de ne pas le vouloir : il peut toujours l’accueillir ou ne pas l’accueillir. Et, parce qu’il y a possibilité d’acquiescement et d’accueil, il y a aussi la confiance partagée. Tout au long d’une vie, la confiance s’éprouve, se met à l’épreuve. Le temps dira si on peut compter sur l’autre, mais c’est dans ce jeu de la mise à l’épreuve que le couple se consolide.

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Voici donc l’homme et la femme en face l’un de l’autre. En parlant de la femme, nos versions françaises habituelles disent : “une aide semblable à lui”, c’est-à-dire à l’homme. On a dit beaucoup de sottises à partir de ce mot “aide”. La femme ne serait qu’une aide, donc elle occuperait une position inférieure. Un peu comme autrefois l’aide d’un maçon n’était pas un maçon. Il participait bien à la construction d’une maison, mais il n’était pas un vrai ouvrier et il gagnait moins que lui. Avec cette idée, on a justifié bien des pratiques sociales. On a basé là-dessus le mariage où la femme n’avait pas les mêmes droits que l’homme, où, par exemple, elle ne pouvait pas disposer librement de ses biens. La femme cantonnée dans les tâches secondaires, le ménage et la cuisine, ou obéissant à son mari, seigneur et maître, était vue à travers l’idée que l’aide n’est qu’une auxiliaire, donc qu’elle a moins de valeur.

Si on regarde attentivement le texte original, on s’aperçoit que la traduction traditionnelle est fausse. Il ne faut pas dire “une aide semblable à lui”, mais il faut dire : “une aide comme son vis-à-vis”. L’idée d’aide est présente. Mais on pourrait tout aussi bien dire que l’homme est l’aide de la femme : lequel aide le mieux l’autre à vivre ? Surtout le fait que l’homme et la femme sont en vis-à-vis, l’un en face de l’autre, donne une vision toute différente. Pour être en face, on doit se trouver sur le même plan. Il n’est plus question d’infériorité ou de supériorité, c’est la stricte égalité. La Bible proteste contre notre idée que la femme serait inférieure. En faisant d’elle le vis-à-vis de l’homme, elle affirme fortement leur égalité. La Bible dénonce l’erreur de nos habitudes sociales et de nos conceptions humaines, marquées par le paganisme plus que par la révélation.

Le récit de la création montre également la fausseté du renversement qu’on voudrait opérer aujourd’hui. En réaction contre la domination masculine, on essaie de rabaisser l’homme et de rehausser la femme. L’homme devrait tenir le second rang et céder la place à la femme dominatrice, non seulement libre, mais encore décidant seule de ses actes. On assiste à une tentative de vengeance, contre les hommes, accusés de tous les maux du monde. On voudrait faire croire à une sorte de pureté intrinsèque de la femme, le monde retrouvant enfin son équilibre parce que la femme aurait le dessus. Mais qui ne voit que cette prétention est complètement anti-biblique, anti-chrétienne ? Car, dans la Bible, il ne peut exister de supériorité ni d’infériorité. Ce qui existe, c’est la collaboration à l’intérieur du couple, entre deux êtres qui reçoivent de Dieu la même valeur.

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C’est à cette condition que le couple peut connaître la joie. “Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair !”. C’est le cri de l’homme quand il aperçoit la femme. C’est un cri de joie ! Et cette joie peut être mutuelle, elle apparaît quand il y a une vraie rencontre, quand un garçon ou une fille découvre la compagne ou le compagnon avec qui une harmonie s’établit et qui fait dire : “On était fait l’un pour l’autre”. Alors on quitte la famille dans laquelle on avait jusque là vécu et, comme le dit le texte biblique, on devient une seule chair.

“Une seule chair...”. Encore une de ces expressions qui donnent lieu à de multiples malentendus. La chair, c’est beaucoup plus que le physique, que le biologique. Etre une seule chair, c’est bien plus que de s’unir physiquement. Dans la Bible, la chair, c’est toute la personnalité, tout ce qu’on est, tout ce qui forme un individu. L’unité en une seule chair, c’est l’exigence d’une unité complète, sur les plans physique, affectif, intellectuel, spirituel. Si on fonde l’union sur un seul de ces plans, toute l’affaire est ratée. Si on pense au plaisir physique seul, le couple va s’amputer de tout ce qui fait la profondeur de la personne. Et, si on veut une union spirituelle, qui néglige l’aspect corporel, l’unité ne sera jamais complète. Dans un cas comme dans l’autre, on méprise l’oeuvre de Dieu, qui est une oeuvre totale. Le couple ne peut se former ni uniquement pour le plaisir, ni uniquement par besoin de sécurité, ni uniquement pour s’assurer une descendance — dont il n’est d’ailleurs pas question dans le récit de la création. Il ne peut se former valablement que comme une exigence de partage et d’ouverture totale. C’est difficile, bien sûr, mais c’est la condition de la réussite.

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Nous le voyons maintenant, ce récit de la Genèse, au-delà de son apparente naïveté, donne matière à la réflexion. Il parle aussi bien aux jeunes ménages qu’aux couples âgés, aussi bien à ceux qui envisagent l’expérience de la vie à deux comme à ceux dont l’expérience est déjà longue. Il nous apprend à prendre de la distance par rapport à nos idées ou à nos préjugés. C’est en partant de ce récit que nous pouvons juger les pratiques actuelles. Non pour les condamner, mais pour essayer de mieux accorder notre vie à l’Evangile.

Amen !



Cantiques proposés :
* Psaume 119/1, 2, 4 Heureux
* LP 194/1, 3, 5 Ta Parole, Seigneur, est ma force
ou NCTC 291/1 à 4 Seigneur, tu as formé la terre
ou ARC 608/1 à 3 Ta volonté, Seigneur
* ARC 248/1 à 3 Père éternel et bon
ou ARC 242/1 à 3 Dieu des louanges



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