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Genèse 2 v 18-24 Alphonse Maillot



27° Dimanche ordinaire
ou 19° Dimanche du Temps de l’Eglise

Genèse 2/18-24


Le lectionnaire a fait au début de cette lecture un amalgame des deux récits de la création du couple, mais on aurait dû alors traduire : “Au commencement, après que le Seigneur Dieu eut fait la terre et le ciel...”. En effet, dans les deux cas, le couple “Epoux-Epouse” (moyen de rendre le jeu de mots du v. 23) est considéré comme le couronnement de l’oeuvre de Dieu. Le chef-d’oeuvre du Créateur est, pour la Bible, le “foyer” d’Adam et Eve. Il faut y insister car :

1) dans les autres religions, l’homme était plus souvent créé pour être un esclave du monde divin dont il devait accomplir les corvées ;

2) sous prétexte d’une humilité mal placée, ou de bonnes causes mal fondées comme certaine écologie, on veut (aurait dit Voltaire) de nouveau nous faire marcher à quatre pattes et oublier que de cette Création fantastique, la moindre des créatures : l’homme, en est le gérant, le gouverneur, car seule créature à l’image de Dieu.

Et précisément l’une de ses caractéristiques divines est qu’il ne peut pas vivre “pour lui-même” (traduction littérale du v. 18), pour-soi, introverti, tourné vers son seul souci propre. Cet homme-sans-relation, court-circuité n’est pas “bon” = conforme à l’intention divine. Alors, après que le monde animal eut défilé devant l’homme et qu’aucune créature ne lui eut semblé pouvoir le sortir de la prison de son “ego”, Dieu va lui donner une “compagne” (mieux que “aide”) qui devra être “sa partenaire” ; c’est “l’épouse qui, selon un vieux rabbin, sera à côté de lui quand il sera sur la bonne route, et qui lui tiendra tête quand il sera engagé sur une mauvaise”. Et monte alors le premier cantique de l’homme (v. 23) (et chacun aura remarqué que c’est un chant d’amour et non un chant... d’Eglise) où l’époux et l’épouse sont engagés sur la route du “Devenir (et non faire, ni être) une seule et même histoire” (v. 24). Ce texte doit être bien médité pour mieux comprendre celui de l’Evangile de ce jour.

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Hébreux 2/9-11


Il faut tout d’abord savoir qu’à l’époque, l’Ancien Testament était le plus souvent la version grecque (la LXX) ; craintive, elle lisait souvent “anges” au lieu de “Dieu” (ce qui explique la version du Psaume 8 donnée ici : l’homme créé de peu inférieur “aux anges” ; texte hébreu littéral “à Dieu”). Cela dit, l’un des soucis de l’auteur est que le Christ puisse vraiment (contrairement à bien des dieux païens, distants des hommes et surtout absents à leurs peines et à leurs douleurs), partager nos angoisses et nos misères. Tout d’abord et avant tout, seul de tous il a fait “l’expérience de la mort”, celle qui attend tous les hommes (littéralement : il a goûté la mort ! !). Il peut donc partager notre propre angoisse, celle de ses frères (v. 11), devant elle.

Et l’auteur de manque pas de rappeler que c’est ainsi que la grâce-de-Dieu-envers-les-hommes s’est manifestée : dans la mort et l’abandon (c’est ce que donnent des manuscrits) du Fils. Dans la déréliction. Ainsi, même si nous croyons être abandonnés de Dieu, ce sera pour mieux être retrouvés par le Christ. On remarquera que ce passage suppose un plan de Dieu qui voulait acquérir une multitude de fils, et que le noeud de ce plan est Jésus-Christ.

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Marc 10/2-16



On ne comprend pas bien ce texte si on oublie la situation très malheureuse de la femme à l’époque.

On remarquera ici combien Jésus est un redoutable débatteur, et on comprendra mieux la fatalité (!) de sa Passion.

Tout d’abord des pharisiens, qui ont transformé l’Ecriture en code de la route sont venus le piéger (mieux que “mettre à l’épreuve”) toujours selon la même méthode :

— ou Jésus confirme Moïse (il suffit alors de rédiger un billet de répudiation pour être libre du mariage) ; cf. Deutéronome 24/1, version d’ailleurs bien édulcorée ; c’est formidable comme on peut arranger l’Ecriture — le billet était aussi, curieusement, une sorte de garantie, un contrat de... travail pour la répudiée... Il la libérait. Dans ce cas, Jésus n’apporte rien et n’a plus qu’à se taire ;

— ou Jésus infirme Moïse et on va le désigner à la vindicte populaire et masculine.

Et à ces gens fort pieux mais prisonniers du droit dans lequel d’ailleurs ils enferment plus les autres qu’eux-mêmes et qui, plutôt que de parler de mariage, parlent de divorce, Jésus va essayer d’apprendre (dans la deuxième partie de sa réponse) que le mariage n’est pas d’abord une question de droit, car le droit donne le coeur sec (v. 5). En effet, le mariage a été donné (cf. première lecture) pour que l’homme n’ait plus le coeur tourné vers lui-même, le coeur sec, mais pour s’attacher à quelqu’un (quelqu’une) d’aussi unique que lui et avec qui il construit un long avenir commun (traduction du v. 8 calqué sur l’hébreu : “Ils deviendront une chair - ou une histoire - commune” ; garder ce futur, car le mariage est fait d’à-venir), d’amour-à-venir (et non pas d’amours flashs, contrefaçons de l’amour conjugal).

Mais d’une autre manière, Jésus a retourné le piège : “Que dit Moïse ?” (v. 3) ; ici, bien entendu, les juristes citent d’abord le Moïse-casuiste (à cause du coeur sclérosé des Juifs) du Deutéronome 24, et non pas le Moïse rédacteur de Genèse 1 et 2 que Jésus va d’ailleurs mêler de manière merveilleuse ; il revient aux textes fondateurs où se trouve la volonté primordiale et finale de Dieu. “C’est vers ces textes qu’il faut vous tourner si vous voulez savoir ce que Dieu pense vraiment du mariage”. A ceux qui invoquaient Moïse, Jésus répond par MOISE.

Et Jésus ajoute non comme un verdict, mais comme une phrase chargée d’espérance : “Que l’homme (l’homme en général, pas seulement le mari) ne sépare jamais ceux que Dieu a conjoints” (littéralement).

Quant aux enfants, rabroués par les apôtres et que Jésus va défendre, ils démontrent eux aussi, comme les femmes, que Jésus est venu accueillir ceux qu’on tenait au-dehors du Royaume à venir.


MAILLOT Alphonse : Va, ta foi t’a sauvé — Notes homilétiques pour les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année B - Fin de l’année : Octobre-Novembre. Mission Intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1991 (p. 11-15).



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