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Genèse 2/7-9 & 3/1-7 Alphonse Maillot
Texte : Genèse 2/7-9 & 3/1-7
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 9-12). 1° dimanche de Carême Genèse 2/7-9 & 3/1-7 (Vous ne parlerez jamais trop de ce chapitre 3 de la Genèse, surtout pour dire... qu'on en a beaucoup trop parlé). On aurait au moins pu joindre à Genèse 2/7-9 les v. 21 à 23 qui nous relatent la création de la femme. En effet, non seulement dès le premier verset du chapitre 3 il va être question d'elle, sans qu'on sache alors d'où elle provient, mais cela aurait permis de bien apercevoir la différence des verbes employés pour la création de l'homme et celle de la femme. L'homme est créé, plus exactement modelé, pétri (telle une poterie) à partir de la poussière (humidifiée ?) de la terre (Adamah). On retrouve des récits semblables dans bien des religions anciennes : par exemple à Babylone (au moins 17° s. av. J.C.) où l'homme est pétri... pour sortir les dieux subalternes du... "pétrin" (le travail terrestre !) ; ou encore (cf. TOB) en Egypte, où le dieu-potier Khnoum modèle l'homme sur son tour, et recommence dans le ventre de chaque mère, avant de donner son souffle à l'embryon (Genèse 2/7), etc… Mais ici l'origine de la femme est fort différente, elle est tirée d'une côte (ne pas craindre le jeu de mots, redouté de certains, côte et côté ; il en est un autre possible entre "côte" et "vie", cf. plus tard le nom d'Eve = Vivante) de l'homme (certains font alors remarquer qu'ainsi l'homme n'est pas... lésé) ; ensuite elle est bâtie (c'est un édifice harmonieux). Or, on retrouve ce schéma en deux temps pour la construction de certains sanctuaires ; de là à conclure que le couple est le Temple de Dieu, il y avait un grand pas que des exégètes ont franchi (pas qui me tente aussi) et qu'en tout cas Paul franchira intuitivement en 1 Corinthiens 3/16 (ainsi probablement qu'en 6/17-20, qui reçoit alors un bel éclairage). On notera qu'on retrouve huit fois ce terme en 1 Rois 6 (v. 5, 6 par exemple) pour la construction... du Temple, et onze fois en Ezéchiel 41 où il s'agit du "nouveau" Temple (cf. Exode 25ss où le même terme se retrouve 19 fois pour le Tabernacle). Comme le Temple est la couronne du monde habité, le couple couronne ainsi la création de Dieu. On comprend mieux alors les répercussions cosmiques de la désobéissance d'Eve, puis d'Adam, décrite en Genèse 3. Donnons quelques renseignements rapides pour aider à une meilleure exégèse de ce chapitre 3, victime tout d'abord d'un usage hypertrophié : a) dans les Deutérocanoniques, b) surtout dans les Ecrits Intertestamentaires, c) et encore bien plus dans la(les) théologie(s) ecclésiastiques(s), d) alors qu'en revanche toute l'Ecriture n'en parle guère (sauf Paul en Romains 5 pour montrer comment le Christ le rend périmé, et en tout cas dépassé, surmonté). 1- C'est un premier malheur d'avoir appelé l'événement ici décrit : la chute. L'homme n'est ni "chu" ni déchu, mais définitivement mis à la porte de l'Eden, sans possibilité d'y revenir. 2- Il y a un jeu de mots superbe entre "nus" de 2/25 et "habile" (et non "rusé" contre le Lectionnaire catholique) que j'ai rendu jadis par "rasé" et "rusé" (cf. D. Louÿs : "ingénu et nu"). 3- Il y a un autre jeu de mots (non apparent, mais dont se souviendra par exemple Nietzsche) à propos d' "Eve" (nom qui n'apparaîtra qu'en 3/20) qui signifie non seulement "vie", mais aussi "se lover" (comme un reptile) ; ceci est peut-être à l'origine du fait que, dans ce récit, c'est la femme qui est la première interpellée par le serpent. 4- Il ne s'agit pas, comme on le dit trop souvent, de "l'arbre-de-la-connaissance" mais "...de la connaissance du Bien (ou Bonheur) et du Mal (ou Malheur"). C'est un péché éthique et surtout religieux qui est commis, où la femme et l'homme prétendent désormais être capables de discerner, sans recours extérieur, ce qui est bien et ce qui est mal. Et d'ailleurs ils y réussissent (au moins partiellement : 3/22). Paul s'en souviendra en Romains 7 où, conformément à Genèse 3/6 où le fruit est "convoitable" à regarder, l'apôtre dénoncera la convoitise éthique (qui se sert de la Torah pour se faire valoir devant Dieu : Romains 7/7-8) comme étant le péché qui me déchire et me tue. On rapprochera aussi Romains 7/11 et Genèse 3/13 (dans la Septante). Le péché d'Adam et Eve = péché d'orgueil, de volonté d'autonomie en face de Dieu = être comme des dieux (3/5) (c'est aussi l'hybris grecque). 5- On prendra garde : a) aux astuces du dialogue de Genèse 3/1-3 où, de l'interdition d'un seul arbre, le serpent, "créateur" du soupçon, veut faire une interdiction de tous, et où aussi Eve (?) cite mal la Parole de Dieu (...de la vertu du "par cœur" !). b) il n'est pas sûr (en tout cas en théologie paulinienne) que cet arbre était interdit à jamais ; en effet, au moins pour Paul, devait arriver un second Adam (cf. Romains 5/14 et 1 Corinthiens 15/45) qui viendrait vivre et nous donner de vivre le seul vrai Bien qui s'appelle : aimer. c) comme il n'est pas sûr du tout qu'Adam et Eve étaient éternels par nature (3/4). Ils ont en tout cas introduit la mort arbitraire et tragique : l'ennemie (Thanatos), en voulant devenir les seuls critères du Bien et du Mal, et les maîtres de la vie. d) on prendra garde aussi à des expressions comme "péché originel". Il faut plutôt parler d'homme devenu étranger (3/17-24), d'homme seul se justifiant sur le dos des autres dont il devient l'ennemi (3/12-13). La rupture est partout, entre Dieu et le couple (3/9 & 16), entre l'homme et la femme (3/12), entre l'homme et l'espace ainsi que la nature (3/17-18), entre la femme et la vie (3/15-16), entre l'homme et lui-même, etc… Quant à l'arbre de vie, disons simplement qu'il était probablement une vigne (cf. Genèse 9/20-21 ; Jean 15) (l'arbre de la connaissance du Bien et Mal est tenu par la tradition comme ayant été un figuier). >>>>>>>>> Texte : Genèse 2/18-24 Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Va, ta foi t’a sauvé — Notes homilétiques pour les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année B - Fin de l’année : octobre-novembre. Mission Intérieure de l’Eglise évangélique luthérienne à Paris, 1991 (p. 11-15). 27° dimanche ordinaire ou 19° dimanche du Temps de l’Eglise Genèse 2/18-24 Le lectionnaire a fait au début de cette lecture un amalgame des deux récits de la création du couple, mais on aurait dû alors traduire : “Au commencement, après que le Seigneur Dieu eut fait la terre et le ciel...”. En effet, dans les deux cas, le couple “Epoux-Epouse” (moyen de rendre le jeu de mots du v. 23) est considéré comme le couronnement de l’oeuvre de Dieu. Le chef-d’oeuvre du Créateur est, pour la Bible, le “foyer” d’Adam et Eve. Il faut y insister car : 1) dans les autres religions, l’homme était plus souvent créé pour être un esclave du monde divin dont il devait accomplir les corvées ; 2) sous prétexte d’une humilité mal placée, ou de bonnes causes mal fondées comme certaine écologie, on veut (aurait dit Voltaire) de nouveau nous faire marcher à quatre pattes et oublier que de cette Création fantastique, la moindre des créatures : l’homme, en est le gérant, le gouverneur, car seule créature à l’image de Dieu. Et précisément l’une de ses caractéristiques divines est qu’il ne peut pas vivre “pour lui-même” (traduction littérale du v. 18), pour-soi, introverti, tourné vers son seul souci propre. Cet homme-sans-relation, court-circuité n’est pas “bon” = conforme à l’intention divine. Alors, après que le monde animal eut défilé devant l’homme et qu’aucune créature ne lui eut semblé pouvoir le sortir de la prison de son “ego”, Dieu va lui donner une “compagne” (mieux que “aide”) qui devra être “sa partenaire” ; c’est “l’épouse qui, selon un vieux rabbin, sera à côté de lui quand il sera sur la bonne route, et qui lui tiendra tête quand il sera engagé sur une mauvaise”. Et monte alors le premier cantique de l’homme (v. 23) (et chacun aura remarqué que c’est un chant d’amour et non un chant... d’Eglise) où l’époux et l’épouse sont engagés sur la route du “Devenir (et non faire, ni être) une seule et même histoire” (v. 24). Ce texte doit être bien médité pour mieux comprendre celui de l’Evangile de ce jour. |
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