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Genèse 18 v 20 - 32 Pierre Muller



Frères et sœurs, avec le texte de la Genèse que nous avons entendu, voici donc la première vraie prière que l’on trouve dans la Bible. Elle est bel et bien ce dialogue entre l’homme et Dieu, que doit être toute prière. Cette prière du “père des croyants” est pour nous riche d’enseignements dans bien des domaines. Je vous propose donc de redécouvrir cette prière et d’en tirer profit, de sorte que notre propre prière en soit renouvelée et enrichie.

D’abord, rappelons-nous le contexte général de cette prière. Quelques chapitres auparavant, le livre de la Genèse rapporte l’alliance que Dieu a conclue avec Abraham. Après qu’il ait reçu les promesses de Dieu (promesse d’une descendance, promesse d’un pays, promesse de bénédiction), il nous est dit d’Abraham :

Il eut confiance dans le Seigneur. C’est pourquoi le Seigneur le considéra comme juste (Genèse 15/6).

Tel est le point de départ de l’aventure d’Abraham avec Dieu. Une relation de confiance s’est établie, et Abraham croit en Dieu, il croit en ses promesses, par la foi et non par la vue. Cette relation de confiance se traduit notamment par cette phrase, qui précède immédiatement la prière d’Abraham pour Sodome et Gomorrhe :

Le Seigneur se dit : Je ne veux pas cacher à Abraham ce que je vais faire (v. 17).

Ainsi, Abraham a cru aux promesses de Dieu, et il a cru qu’il pouvait également s’adresser à Dieu dans la prière pour lui demander quelque chose de précis.

De même, nous chrétiens, croyants de la Xème génération depuis Abraham, nous avons eu l’occasion de dire notre confiance en Dieu :
* à notre baptême, si nous avons été baptisés adultes ;
* le jour de notre confirmation, pour d’autres.
* Et si nous ne l’avons jamais fait, il est toujours temps de dire, dans le secret de nos cœurs ou en présence de témoins :
“Seigneur, je veux te suivre. Seigneur, je veux te faire confiance. Jésus-Christ est le Seigneur”.

Forts de cette confiance en Dieu, qui est non seulement Seigneur, mais aussi Père, nous pouvons avoir, comme Abraham, cette audace de nous adresser à lui dans la certitude d’être entendus. Ainsi, notre prière ne sera pas un cri dans la nuit, ni un dernier recours dans l’adversité, ni même un monologue émis en direction du vide, mais elle sera l’expression d’un homme qui a une véritable relation avec Dieu.

Mais pour quelles raisons Abraham prie-t-il ainsi ? Ce n’est pas seulement par pitié pour ces centaines d’hommes qui vont périr, mais parce que l’honneur de Dieu est en jeu. En effet, si Dieu détruit Sodome et Gomorrhe, il va faire mourir en même temps des coupables et des innocents, des méchants et des justes. Et ceci, pour Abraham, ne doit pas se produire : un Dieu juste ne peut pas commettre une pareille injustice !

On pourrait en déduire qu’Abraham propose deux solutions à Dieu :

— ou bien faire le tri, la séparation entre les coupables et les innocents, et ne faire périr que les premiers ;
— ou bien préserver les uns et les autres, les uns par les autres, les justes protégeant les coupables.

En fait, toute la prière d’Abraham est construite autour de cette idée : les justes protègent les coupables. Autrement dit, les hommes qui servent Dieu sont “le sel de la terre” (Matthieu 5/13) et retardent la putréfaction ; ils sont agents de conservation, de par les propriétés mêmes du sel.

Alors vous allez me dire qu’il y avait Lot et sa famille pour jouer ce rôle. Alors pourquoi, à cause d’eux, les villes n’ont-elles pas été épargnées ? Pourquoi Dieu a-t-il fait sortir Lot et les siens avant de tout détruire ?

Et c’est là que nous sommes obligés de dire que Lot aurait dû être le sel de la terre ; mais nous avons ici l’exemple cuisant de l’échec de son témoignage. Au lieu d’avoir une influence bénéfique sur son entourage, au lieu d’être ce sel efficace, c’est lui qui s’est laissé contaminer par le milieu ambiant, et ce sont les idées des païens qui sont entrées chez lui. Le chapitre suivant montre d’ailleurs de façon éloquente quelles concessions il avait faites. Ainsi, on pourrait dire qu’à Sodome et Gomorrhe, et malgré la proximité de la Mer Morte, le sel était en quantité insuffisante et qu’il était de qualité médiocre ; il avait perdu sa saveur, sa spécificité.

Alors, si Lot et sa famille ont été épargnés “in extremis”, c’est essentiellement par grâce et (peut-être) un petit peu pour faire plaisir à Abraham. Paradoxalement, la femme de Lot a été changée en statue de sel, ce sel qu’elle n’avait pas su être pendant sa vie…

Vous remarquerez qu’Abraham n’a pas simplement prié pour Lot, ni seulement pour les gens qu’il connaissait, mais pour l’ensemble de la population des deux villes. Ce qui m’amène à poser la question suivante :

Avons-nous l’habitude de prier pour le monde entier, ou pour un pays dans son ensemble ?

Certaines œuvres veulent nous donner la bonne habitude de prier pour leur ministère dans différents pays. Ainsi, l’Alliance Biblique Universelle édite chaque année une brochure donnant les “sujets de prière” pour chaque semaine ; la Croisade de Maison en Maison propose un sujet de prière quotidien. Ce principe est fort louable, mais il comporte néanmoins un danger, celui de nous inviter à prier pour les chrétiens seulement, pour les œuvres chrétiennes, mais plus pour le monde entier ni pour ceux qui se perdent sans Dieu. Et c’est là ce que faisait précisément Abraham.

Voyons également comment prie Abraham, quelle est son attitude intérieure. Il prie avec humilité, et avec insistance ; c’est ce que nous allons voir maintenant.

On pourrait avoir l’impression que, dans ce dialogue, Abraham cherche à “marchander” avec Dieu. Mais, en réalité, même si nous sommes là au Proche-Orient, Abraham ne discute pas avec un marchand de tapis pour lui faire baisser son prix ! Non, Abraham se tient devant Dieu avec humilité, et même avec une humilité croissante. Il semble qu’à chaque demande, il hésite à intervenir une fois de plus ; on dirait qu’il cherche à se faire de plus en plus petit :

* Excuse-moi d’oser te parler, Seigneur, moi qui ne suis qu’un peu de poussière et de cendre (v. 27).

* Je t’en prie, Seigneur, ne te fâche pas ; c’est la dernière fois que je parle (v. 32).

Mais, parallèlement, il faut parler aussi de l’insistance d’Abraham. Si j’ose dire, il revient à la charge à six reprises. Peut-être son courage augmente-t-il avec sa foi ?

Toujours est-il qu’aux hésitations et aux paroles très prudentes d’Abraham, Dieu répond par des affirmations très tranchées ; aux peut-être d’Abraham répondent les certainement de Dieu :

— Peut-être s’y trouvera-t-il 40 justes ?
— Je ne ferai rien à cause de ces 40 (v. 29).

Quel contraste entre l’insistante humilité d’Abraham et les réponses très affirmatives de Dieu ! Quant à nous, nous avons plutôt tendance à vouloir dire à Dieu ce qu’il a à faire, quand ce n’est pas à lui donner des ordres :
“Seigneur, fais ceci ; Seigneur, fais cela”.

Inversement, on notera la patience de Dieu, qui reste à l’écoute et qui tient compte des arguments d’Abraham.

Mais, au fait, la prière d’Abraham a-t-elle été exaucée ? Non, dans la mesure où Sodome et Gomorrhe ont été détruites ; mais oui, dans la mesure où la promesse de Dieu était conditionnelle :

S’il s’y trouve 10 justes, je ne détruirai pas la ville (v. 32). Et les dix justes n’y étaient point. Cette prière — ne l’oublions pas — se trouve dans l’Ancien Testament. Le Nouveau Testament nous apprend ensuite qu’à cause d’un seul juste, qu’à cause du seul juste véritable qui ait jamais existé, Jésus-Christ, Dieu a offert le salut à tous. Ce n’est donc plus du “10 pour tous”, mais du “un pour tous”.

Si nous reconnaissons notre situation d’hommes pécheurs devant Dieu, si nous acceptons que Jésus-Christ est, pour nous, cette main tendue pour nous sauver, soyons sûrs qu’alors Dieu nous considère comme justes, car alors il nous revêt de la justice, de la droiture et de la perfection de Jésus-Christ lui-même.

De plus, sachons que le Christ ressuscité est assis à la droite de Dieu et qu’il intercède pour nous (Romains 8/34). En cela, Abraham était une préfiguration de Jésus-Christ qui prie le Père en notre faveur. Soyons donc réconfortés par cette certitude que l’intercession du Christ nous accompagne ; mais que cela nous encourage aussi à être nous-mêmes des intercesseurs, comme Abraham l’a été en son temps.

Ne cherchons pas à compter le nombre de justes qui se trouvent autour de nous, mais cherchons plutôt à être de ce nombre et intercédons en faveur de notre ville afin que le message de l’Evangile la pénètre profondément.

Amen.



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